Réforme bancaire : le ministre Canfin se dédit
Brève

Réforme bancaire : le ministre Canfin se dédit

Réforme bancaire suite (mais pas fin). Lundi matin, Pascal Canfin, ministre délégué au développement, était l’invité du 7-9 de France Inter dans le cadre de l’intervention française au Mali. Avant de passer aux questions des auditeurs, Patrick Cohen et Philippe Lefébure ont interrogé le ministre sur le projet de réforme bancaire en cours. Taquins, les journalistes n’ont pas manqué de rappeler que la réforme était très loin des préconisations formulées par le ministre alors député européen dans un livre cinglant envers le monde de la finance en général et des banques en particulier. Un élégant retournement de veste ?

"Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire" : édité en 2012 par Les Petits matins, ce livre signé Pascal Canfin vaut largement sa modique somme de cinq euros.

Limpide, pédago, l’ouvrage "démasque le double discours des banques" comme l’écrivait à sa sortie Libération. Canfin était alors député européen. Confronté tous les jours au lobbying des banques au Parlement, outre la rédaction de ce petit livre mauve, il a participé à la fondation de l’ONG Finance watch (et nous l’avions à l’occasion invité sur notre plateau).

Aussi, lors de sa venue lundi au micro de France Inter, l’animateur Patrick Cohen le taquine en lui demandant si le gouvernement et le président ont lu son bouquin (à écouter ici).

Canfin ne se démonte pas. Il rappelle que le projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires est la première loi en Europe qui sépare les activités de dépôts et les activités dites spéculatives. S’il concède que le texte n’est pas parfait, il reste confiant car le Parlement est en mesure de muscler le projet. Le ministre en profite pour poser un jalon pour lutter contre la présence des banques dans les paradis fiscaux : il aimerait que la loi "s’assure de la transparence des comptes des banques dans tous les pays où elles opèrent, là où elles font leur chiffre d’affaires, où elle font leurs bénéfices et où elles payent des impôts". Une vieille demande de l’ONG CCFD-Terre solidaire et une transparence déjà exigée par quelques collectivités locales en France.

Seulement, quand Lefébure rappelle que la séparation des activités de spéculation ne concernera que 2% du bilan des banques (et encore, l’étude d’impact du projet de loi avoue son impuissance à donner un chiffre comme le signalait l’éconaute lundi), et que 2% c’est rien, Canfin est catégorique : "je n’ai jamais fait partie de ceux qui, à gauche, considéraient que l’alpha et l’oméga d’une réforme bancaire, c’était la séparation entre les activités spéculatives et de dépôt. La preuve ajoute-t-il, c’est que Lehmann Brothers n’était pas une banque universelle comme l’est la BNP mais une pure banque d’activité de marché [...] il faut donc relativiser cette question et ne pas en faire un totem."

Pourtant, selon le petit livre de Canfin, parmi les dix mesures à prendre pour changer la finance, la deuxième est formelle : elle consiste "à scinder les banques en deux. L’argent du contribuable ne doit en aucun cas servir à sauver la partie «finance de marché» du système bancaire. Le seul moyen de le garantir est de séparer les activités de banques d’affaires et de celles de banques de détail. Cette séparation est possible au niveau national. Le Royaume-Uni est sur le point d’imposer une telle règle. La France doit demain lui emboîter le pas, et même aller plus loin. La banque de détail serait destinée à financer les prêts aux particuliers et aux petites entreprises. La banque d’affaires se concentrerait sur le financement des grandes entreprises et n’auraient accès ni aux ressources des banques de dépôts ni à l’argent de la banque centrale. Ce schéma permet d’éviter que la banque du quotidien ne subventionne les activités spéculatives des banques." Certes, sans avoir la forme d’un totem, l’ambition était néanmoins hautement affichée.

Dernier point : quand Pierre Moscovici loue la fin du trading à haute fréquence prévue dans son projet de loi (mi-novembre et encore début décembre sur BFM TV), ne crions pas victoire trop vite. Toujours à l’antenne de France Inter, Pascal Canfin, qui défendait l’idée d’une régulation de la finance à l’échelle européenne, a été limpide : "le trading à haute fréquence est une activité qui ne se fait quasiment pas en France. Elle se fait à Londres ou ailleurs. On peut l’interdire en France, ce n’aura aucun impact sur la réalité des marchés." Au moins ça, c’est dit.

Lire aussi la chronique de Daniel schneidermann: Montebourg rentre dans le rang

Et pour être incollable sur la séparation des activités des banques, lisez ou relisez l’enquête de l’éconaute sur le sujet.

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