Race blanche : oui, c'était De Gaulle. Mais...
Brève

Race blanche : oui, c'était De Gaulle. Mais...

Comment est-ce possible ? Le général ne peut pas avoir dit une chose pareille !

Tout à sa volonté d'extirper l'ignominie moranienne, le concert conteste la citation de De Gaulle sur la "race blanche", sur laquelle Nadine Morano s'est appuyée, comme le FN avant elle. Et d'expliquer que cette citation est douteuse, puisqu'extraite du livre d'Alain Peyrefitte, C'était De Gaulle, recueil de propos tenus en privé par le général à son jeune ministre de l'Information. En l'occurrence, Peyrefitte publie en 1994, 24 ans après la mort de De Gaulle, et 35 ans après avoir recueilli les phrases fatidiques. A l'époque, le "off" ne sortait pas sur Twitter cinq minutes après que les propos avaient été prononcés. Il fallait attendre.

La phrase, donc, date de 1959. Qui est Peyrefitte, à l'époque ? Le Gaspard Gantzer du moment, l'homme qui sur son bureau avait un bouton lui permettant d'appeler directement le patron de la radio-télévision publique -on voit là à quel point les choses ont fondamentalement changé. En 1959, De Gaulle est revenu au pouvoir depuis un an. Il ne s'est évidemment pas encore prononcé publiquement pour l'indépendance algérienne, qui interviendra en 1962. L'Armée l'a ramené au pouvoir justement pour qu'il fasse l'inverse : mater la rebellion du FLN, et maintenir l'Algérie dans la France. Mais il envisage l'indépendance comme une des hypothèses de sortie de guerre. Et il utilise Peyrefitte comme "sparring partner", pour tester les hypothèses les plus indicibles. Tenus à Peyrefitte dans le secret de son bureau, à la tombée du soir, ses propos sont à mi-chemin entre le monologue intérieur, et la délivrance officieuse d'éléments de langage.

Donc, De Gaulle -même si évidemment plus personne n'est là pour confirmer ou démentir- peut très bien avoir dit ce que Morano dit qu'il a dit. Mais dans un contexte qui n'a strictement rien à voir. De Gaulle évoque la "race blanche" justement pour expliquer que les Algériens ne seront jamais de vrais français. Dans sa tête, dès 1959, il fomente l'Algérie indépendante, et sa tirade vise sans doute à y préparer son jeune ministre Peyrefitte, pour que celui-ci fasse infuser cette hypothèse dans la tête de ses interlocuteurs journalistes. Aucune trace de démagogie dans sa tirade, pas trace de pression électorale d'un parti xénophobe (il n'en existe pas). Les immigrés, en France, ne constituent nullement un problème économique. Ils sont, au contraire, un atout indispensable. Parqués dans des foyers ou des bidonvilles, ils sont la chair à béton des fameuses Trente Glorieuses qui battent leur plein. Ils construisent des autoroutes, des HLM que l'on ne trouve pas encore immondes, des ponts, des écoles, des hôpitaux. Dans l'esprit de De Gaulle, le mot "races" n'est nullement connecté à "la question de l'immigration". Il pense Histoire, France éternelle, sacre de Reims, cathédrales. Est-ce une phrase "raciste" ? En elle-même, en apesanteur, déconnectée de tout contexte, oui bien entendu. Mais De Gaulle, si on va par là, ne méprise pas les musulmans davantage que les pieds noirs, ou les généraux, ou les Français en général, ces "veaux", et sur toutes ces catégories, on en trouve de gratinées, dans le livre de Peyrefitte (et davantage encore dans les souvenirs de Jacques Foccart, son autre visiteur du soir). Voilà tout ce que le plateau de Ruquier aurait pu objecter à Morano, si le dispositif l'avait permis.

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