Procès Gaccio contre Canal : apparition des fadettes
Brève

Procès Gaccio contre Canal : apparition des fadettes

"Pourquoi et comment, à l’aube des années 2000, l’un des auteurs des Guignols, Bruno Gaccio, a-t-il vu l’intimité de sa vie violée, ses appels téléphoniques et ses courriels espionnés au sein de sa propre entreprise, Canal Plus?" C'est la question posée devant le tribunal correctionnel depuis hier, note la chroniqueuse judiciaire Pascale Robert-Diard sur son blog du Monde.fr. Elle signale aussi que l'audience a vu débarquer des invitées surprenantes: les fameuses "fadettes" (factures détaillées d'un utilisateur de téléphone). Avec un aveu effrayant.

Bruno Gaccio avait déplu à la direction de Canal+ lorsqu'il avait animé la contestation interne face à l’éviction, en 2002, de son patron Pierre Lescure. La direction avait donc demandé à une équipe d’anciens policiers, chargés de lutter contre le piratage des décodeurs Canal+, de le surveiller. Une surveillance révélée en 2005 par Un Agent sort de l'ombre, le livre de Pierre Martinet, ex-agent de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), qui avait participé à l'opération. Martinet se retrouve aujourd'hui dans le box avec les autres accusés de ce procès.

Durant l'audience, signale la journaliste du Monde, Jean-Yves Desvignes, ancien inspecteur de police, reconverti chez France Telecom à l’époque des faits, a raconté comment un de ses anciens collègues, basé à Canal+, lui avait demandé les fadettes du portable de Gaccio: "Je reconnais mon tort, mais je voulais juste rendre service à un collègue et aider une enquête à aller plus vite... C’est assez classique, on donne les fadettes et la réquisition vient après. Si la fadette ne donne rien, ce n’est pas la peine de faire une réquisition. Etant donné que ça coûte cher, les policiers essaient de faire des réquisitions quand elles sont vraiment utiles. "

L'ex-policier semble dire que lorsque la police souhaite des factures détaillées, elle les demande directement à son contact chez l'opérateur, sans aucune réquisition légale, ni requête officielle auprès de la direction de l'opérateur. Puis, si le contenu des dites factures détaillées fournies par l'opérateur paraît intéressant aux enquêteurs, les policiers feraient alors, à des fins de régularisation, une demande officielle, payante... "Incroyable aveu", note Robert-Diard, qui semble être la seule à avoir relevé cette déclaration.

L'affirmation de l'ancien policier résonne étrangement avec une autre affaire, où les fadettes sont justement au coeur d'une enquête judiciaire : le procureur de Nanterre Philippe Courroye pourrait être mis en examen pour s'être procuré illégalement celles du journaliste du Monde Gérard Davet.

Un élément pour notre dossier Barbouzes, l'éternel retour des "farfelus".

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