Pourquoi Ferry ?
Brève

Pourquoi Ferry ?

Il y a des mots qui devraient être interdits aux journalistes.

Au moins pendant une période de sevrage. Par exemple, les mots "semaine décisive", ou "semaine cruciale". Ils en ont abusé, dans les derniers mois sarkozyens. Nous avons été saoûlés de "sommets de la dernière chance", et de "week-ends décisifs". Mais il faut croire que le journaliste est un être infatigable. Et vous voilà donc embarqués, chers citoyens, dans une nouvelle "semaine décisive", de Berlin à Camp David, en passant par Chicago. Il faut croire qu'ils pensent réellement que la crise de l'euro va se dénouer cette semaine, par quelques embrassades entre Hollande et Merkel, et que l'on y verra plus clair en fin de semaine. Va donc pour les roulements de tambour.

Vers cette semaine compliquée, Hollande s'envolera en laissant derrière lui une querelle simple. Et d'actualité: la bataille d'idées entre Jules Ferry et Georges Clemenceau. Pourquoi avoir choisi d'honorer, avec Marie Curie, le colonialiste Jules Ferry, parmi toutes les gloires possibles de la 3e République ? Pourquoi avoir choisi, à peine entré en fonction, de déposer une gerbe sous la statue de celui qui, en 1885, à l'Assemblée, évoquait les droits et devoirs des "races supérieures", envers les "races inférieures" ? Que cet hommage à l'homme de l'instruction gratuite, laïque et obligatoire, soit pour plaire aux enseignants, on le voit bien. Mais tout de même: pourquoi choisir ce symbole ambigu ? Les défenseurs de Ferry diront: il faut faire la part des mentalités de l'époque. Dans la mentalité de l'époque, au 19e siècle, le Noir et le Jaune ressortissent vraiment d'une race inférieure, et Ferry n'est pas seul à le penser. Certes. Mais les mentalités de l'époque n'étaient pas univoques, la réponse de Clemenceau à Ferry (à lire aussi dans la notice Wikipedia en lien plus haut) le montre bien. Et de toutes manières, quelle est l'urgence, en 2012, de cet étrange cours d'Histoire ?

Les présidents socialistes et l'Histoire ! Cette gerbe m'en rappelle une autre. Tout au long de ses deux septennats, Mitterrand, chaque année, le 11 novembre, fit fleurir la tombe de Pétain, à l'île d'Yeu. Le préfet de Vendée débarquait à Port-Joinville, déposait la gerbe présidentielle, et revenait. La nouvelle faisait une brève dans Le Monde, pas davantage. Nul ne manifestait la moindre curiosité. C'était comme ça, une petite lubie. Cet hommage reçut plus tard une tout autre explication, quand fut révélée, dans les derniers mois du règne, l'ambiguïté du jeune Mitterrand envers Vichy en général, et Pétain en particulier. Rien à voir bien entendu avec l'affaire Ferry (à qui Hollande, selon toute vraisemblance, n'a jamais serré la main). Rien, sauf ceci: l'exigence de curiosité. Que va-t-on découvrir plus tard ? Pourquoi Ferry ?

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