Merah : et s'il était une "chèvre" ? (Match)
Brève

Merah : et s'il était une "chèvre" ? (Match)

Et si Merah avait été utilisé par la DCRI pour remonter les filières djihadistes? Pas un indic, mais une "chèvre", utilisé malgré lui. C'est l'hypothèse de la journaliste de Paris Match, Delphine Byrka, qui

consacre un article ici aux éléments troublants du dossier Merah. La journaliste pose aussi la question du rôle de la DGSE.

Merah, utilisé par la DCRI malgré lui? "Ce n'est qu'une hypothèse, rien ne permet de l'affirmer", souligne à @si la journaliste de Paris Match Delphine Byrka. Dans son article, d'ailleurs, elle ne le dit pas ainsi, mais ne fait que souligner des éléments troublants, sans émettre d'hypothèse. Mais contactée par @si, c'est bien le sens qu'elle donne aux éléments qu'elle détaille dans son article.

paris match

Dans le dossier classé secret défense, transmis récemment au ministre de l'Intérieur Manuel Valls, le terme de "fiable" est utilisé pour qualifier Merah. C'est une source ministérielle qui le confie à Byrka. Or, ce terme "ne peut être utilisé qu’avec le mot source ou contact, pas avec celui d’islamiste ou de menace" souligne Paris Match. Merah était-il donc une source, ou un simple contact ?


Quid de la DGSE ?



Plusieurs éléments montrent en tout cas que Merah était un élément important pour la DCRI, et était suivi de près, selon Byrka. La journaliste cite un PV ( présent dans le dossier donné au juge d'instruction), qui montre que Merah a été surveillé dès 2010, à son retour du Caire, à l’aéroport de Bruxelles. "Il ressort que Mohamed Merah a été contrôlé lors de son passage au poste frontière de l’aéroport de Zaventem (Bruxelles) à son retour du Caire le 18 octobre 2010. De ces éléments, il ressort qu’un individu le suivait sans pour autant donner l’impression qu’ils se connaissaient. Il s’agit du nommé D.B, inconnu de notre documentation," peut-on lire dans le PV, rédigé par la DCRI. Ce PV est étonnant puisque jusque-là, Merah était censé avoir été surveillé uniquement à partir de son voyage en Afghanistan en 2011, souligne Byrka. "On l'a donc surveille plus tôt que ce qu'il a été dit jusque-là", souligne-t-elle à @si.

Autre élément notable, ce PV est présenté comme une "coopération inter-services" : la DCRI, en effet, n'est pas habilitée à enquêter à l'étranger. Selon Byrka, ce serait donc la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), qui aurait surveillé Merah. Ce PV semble gênant : il a été "glissé dans le dossier", dit Byrka dans son article. A @si, elle précise : le PV se trouvait à un endroit illogique (sur les 15 tomes), comme si on avait voulu le cacher.

Par ailleurs, un extrait des retranscriptions des négociations entre le négociateur de la DCRI et Mohamed Merah, mises en ligne sur Libé, que nous évoquions ici), montre aussi, selon Byrka, que Merah était suivi de plus près qu'on l'a laissé croire. Le négociateur DCRI: "Dis moi, tu te rappelles l’entretien quand on s’est vu, on t’avait parlé de tes pérégrinations, on avait un peu suivi ton séjour au Pakistan, et t’avais été repéré, on va dire, assez proche de l’endroit où était mort Ben Laden. Et tu nous as dit "Ouais mais non mais c’est pas vrai du tout" (…) T’as été en pèlerinage là-bas?" Mohamed Merah répond: "J’ai pas dit "non c’est pas vrai", je t’ai dit: j’étais à quelques kilomètres de Abbottabad, de la maison du chef Oussama Ben Laden." Jusque-là, on ne savait pas que la DCRI connaissait le lieu précis où était parti Merah, rappelle Byrka. Or, comment la DCRI l'a-t-elle su ?

Que savait la DGSE sur Merah ? Ce point est à creuser, selon Byrka, qui appelle à une levée du secret défense de cette partie DGSE du dossier Merah. Jusque-là, seule la partie du dossier détenu par la DCRI a été transmise à Manuel Valls. D'ailleurs, "pourquoi aucun journaliste spécialisé défense, comme Jean-Dominique Merchet à Marianne, ou Jean Guisnel au Point, n'a-t-il réalisé une enquête sur Merah?" se demande la journaliste. La DGSE est en effet une administration du ministère de la Défense. "Contrairement aux journalistes de la rubrique police/justice, les journalistes défense sont accrédités : s'ils cherchent trop sur un sujet qui dérange, ils perdent leur accréditation". Contacté par @si, Merchet assure que "s'il avait eu des infos sur le sujet, il les aurait données", ajoutant que "ce n'est pas le rôle de la DGSE" de suivre Merah.

Retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Merah, et notamment notre émission sur ses zones d'ombre.

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