Mediapart contre Cahuzac, Borgen à la française
Brève

Mediapart contre Cahuzac, Borgen à la française

Innocent Cahuzac ! Droit dans le piège.

Reprenons le déroulé. Mediapart publie un premier article l'accusant d'avoir détenu un compte en Suisse. Un article vague. Flou. Bizarre. Sans preuve tangible. Prenant pour point de départ un "mémoire" avec de vrais morceaux de rumeurs dedans. Faisant simplement état de quelques "traces". "Je les tiens", songe Cahuzac. Qui dégaine tweet sur communiqué, et se précipite sur tous les micros tendus. Je n'ai jamais eu de compte en Suisse ni ailleurs, jamais, jamais, jamais. Parfait. Quelques heures passent. Et là, paf. Mise en ligne du deuxième article, avec conversation de l'an 2000, enregistrée dans des conditions rocambolesques, à la suite d'une erreur de manip du futur ministre avec son téléphone. Innocent Cahuzac. Il n'a donc pas suivi l'affaire Woerth ? Il n'a pas compris comment ça marche ?

Et nos amis (et partenaires en abonnements) de Mediapart, de protester, sans rire, de leur bonne foi : feuilletonner, nous ? Ah non, jamais ! Quelle idée. "Mediapart n’est nullement adepte du «feuilletonnage» et de mise en scène outrancière d’information (...) C'est parce que nous avons été gravement mis en cause, que nous avons décidé de publier cette conversation téléphonique", assure le directeur de la rédaction, François Bonnet. Sont-ils mignons. À quelle autre réaction s'attendaient-ils, au vu du premier article, qu'une défense en "tapis de bombes", comme la décrivait hier notre confrère Fabrice Arfi ? Attendaient-ils que le ministre du budget, tout en reconnaissant l'existence du compte maudit, plaide l'étourderie, et implore l'indulgence du jury, tout en se répandant en éloges sur le travail des investigateurs ? Soit Cahuzac admettait avoir détenu un compte en Suisse, et il démissionnait immédiatement. Soit il démentait, et devait mécaniquement "gravement mettre en cause" Mediapart.

Feuilletonnons donc. Après tout, pourquoi pas ? C'est un choix. Mediapart mène ses enquêtes comme il l'entend, les découpe en tranches de l'épaisseur qu'il décide, publie au tempo qui lui convient (dans l'affaire Bettencourt, la pièce maîtresse, les enregistrements du majordome, avait ainsi été publiée morceau par morceau, les transcriptions précédant les enregistrements proprement dits). Encore, transparence pour transparence, gagnerait-on à l'assumer ouvertement, à en exposer les motifs (commerciaux, stratégiques, ou narratifs), pour que chacun sache à quel type de spectacle exactement il assiste : à une authentique série à la française, à un Borgen sur Lot, interprété par des personnages réels, plus vrais que les faux. Le scénario que les auteurs français n'osent pas écrire, ou plutôt que les chaînes n'ont jamais osé leur commander. Reconnaissons que le spectacle est excellent, avec ces retournements de rôles, les insulteurs de Mediapart qui deviennent ses plus chauds supporters, et vice versa, et attribuons le César du Second Rôle à l'ineffable Jean-Marc Ayrault qui, ce matin, n'avait "pas eu le temps" d'écouter les enregistrements mis en ligne hier soir. Les choses seront claires, et Edwy Plenel et Fabrice Arfi feront des invités parfaits pour Rafik Djoumi, dans notre nouvelle émission sur les séries, @u prochain épisode.

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