Le boson, la pomme et la mélasse
Brève

Le boson, la pomme et la mélasse

Comme le fait remarquer Pujadas lui-même
, il est rare que le JT commence par la rubrique scientifique. C'est dire si l'heure doit être grave, et s'il faut se retenir de zapper. Grave, elle l'est. Et heureuse. Applaudissements: on vient de découvrir "la particule de base de la matière", le boson de Higgs. C'est plus important que le "coup de tonnerre dans le monde de l'entreprise" de la mise en examen de l'ancien patron de France Télécom ou le soupçon d'empoisonnement d'Arafat au polonium. Aux sceptiques, France 2 en fournit en image la preuve immédiate: il existe un M. Higgs, il est vivant, et même très ému.

Pensez donc: cela fait maintenant près d'un demi-siècle qu'il avait flairé l'existence du boson comme le chercheur d'or flaire le filon, et ça y est, à peine cinquante ans plus tard les copains viennent de le découvrir, le boson, dans leur méga-tunnel du CERN.

Reste à expliquer aux téléspectateurs la nature exacte de la découverte. Là, on rame un peu. France 2 a beau sortir le grand jeu (écran géant, infographies de la mort), on peine à suivre. C'est un métier impossible, journaliste scientifique. Non seulement il faut être capable de suivre les calculs des ordinateurs les plus puissants du monde, si possible en détectant en temps réel les erreurs de virgule (voir la tragique histoire des neutrinos, qui allaient vite, mais finalement pas si vite), mais il faut ensuite, sans reprendre son souffle, se tourner face au public inculte et perplexe, et lui expliquer la chose avec de belles images et de jolies couleurs.


Pratiquer l'exercice sur Internet en redouble la difficulté. La moindre approximation d'expression, la moindre inadéquation d'image, sera immédiatement relevée par les physiciens nucléaires, professionnels ou amateurs, qui pullulent dans les forums. Mais la vie n'ayant de saveur que si elle est dangereuse, je me lance tout de même, au terme d'un surf effrené, et notamment sur la base de l'article de mon confrère Michel de Pracontal, dans Mediapart (lien payant, mais il y a un abonnement conjoint): ce qu'on vient de découvrir, c'est la raison pour laquelle les pommes tombent. Rien que ça. En d'autres termes: pourquoi les particules élémentaires qui composent la matière, ces machins minuscules qui ne sont que vide et énergie pure (oui, je sais, réaliser que Jean-Marc Ayrault, David Pujadas, ou soi-même, ne sont composés que de vide, ça rend modeste), ont une masse. C'est à dire, un poids (la masse, comme les collégiens le découvrent avec stupéfaction en 4e, c'est le terme scientifique pour désigner ce que le sens commun, lui, appelle le poids). Donc, oui, pourquoi ? Parce que ces particules, dans leur course folle de canards sans têtes, sont ralenties par une sorte de viscosité, disons de mélasse. Et cette mélasse est justement constituée de bosons de Higgs. Voilà. Depuis un demi-siècle, on était sur la trace de la mélasse. La mélasse est faite aux pattes. Je me moque, mais il est vrai que la découverte donne le vertige. Pour les détails (circonstances, implications), vous reporter à vos médias habituels qui, à n'en pas douter, vont suivre l'affaire.

Newton et la pomme, par Marcel Gotlib, précurseur malchanceux de Higgs

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