La "tonton mania" dans les médias français
Brève

La "tonton mania" dans les médias français

"A un an de 2012, la «tonton mania» règne au PS", titre Le Monde, pour une fois d'accord avec Le Figaro où cette célébration énerve Etienne Mougeotte le patron de la rédaction : dans les médias, impossible d'échapper à l'anniversaire du 10 mai 1981 qui vit l'élection de François Mitterrand.

Même l'actuelle ministre sarkozyste des Finances "Christine Lagarde le concède : elle a voté François Mitterrand le 10 mai 1981", note Le Monde, qui consacre sa Une et huit pages à cette célébration.

Une page montre notamment quatre "photos taboues" du temps de Mitterrand :

1974, une photo de Mitterrand avec René Bousquet, ex-secrétaire général de la police de Vichy, et l'un des principaux organisateurs de la rafle du Vel'd'Hiv : "Le photographe Manuel Bidermanas se souvient bien de ce jour d'avril 1974 où il a pris cette photo, à Latche (Landes). «C'est François Mitterrand qui avait fixé le jour du reportage que nous devions faire pour Le Point (...). Il savait donc qui serait du déjeuner. Il nous a présenté René Bousquet et Jean-Paul Martin [proche de Bousquet, lui aussi collaborateur, ndlr], très naturellement. Et nous n'avons pas tiqué : nous ignorions absolument qui ils étaient.»"

1981, une photo détenue par Minute : "Le journal d'extrême droite a déjà évoqué le nom d'Anne Pingeot et François Mitterrand s'affole à l'idée qu'il révèle l'existence de leur fille. C'est un cliché qu'aucun journaliste n'ose pourtant faire. (...) «J'avais 17 ans, je débutais, raconte Jacques Bourguet, je n'ai même pas eu conscience de qui je photographiais.» Mazarine n'a pas encore 7 ans. La photo est achetée par Minute. C'est François de Grossouvre, le parrain de la petite fille et le conseiller du président, qui se chargera de «convaincre» le journal de ne pas la publier. Aucune photo de Mazarine ne paraîtra jamais jusqu'en 1994, lorsque Paris Match révèle son existence."

1942, La poignée de main avec le maréchal Pétain. "Il a fallu cinquante-deux ans pour que cette photo soit publiée. Le souvenir de la rencontre, le 15 octobre 1942 à Vichy, entre le Maréchal et des membres de l'association des prisonniers de l'Allier, dont François Mitterrand faisait partie." En 1965, "le ministre de l'Intérieur du général de Gaulle, Roger Frey, en avait reçu un exemplaire, mais de Gaulle lui interdit de l'utiliser."

Le Monde daté 10 mai 2011

1996, sur son lit de mort. "Publiée le 16 janvier 1996, huit jours après la mort de François Mitterrand, cette photo permet à Paris Match de réaliser une vente historique de 1,8 millions d'exemplaires." Photo faite par Patrick Amory, "intime de Danielle Mitterrand, dont il est le biographe", précise Le Monde.

Libération consacre, lui, une dizaine de pages à l'anniversaire. "Trente ans après, un an avant. Telle est aujourd’hui la temporalité de la gauche, prise entre la célébration du 10 mai 1981, date de la première élection de François Mitterrand à l’Elysée, et la préparation de la prochaine présidentielle, écrit Nicolas Demorand dans son édito. (...) A la croisée des chemins, sommée d’être à la hauteur de sa propre histoire et du désir que, petit à petit, elle recommence à susciter."

Dans une double page, insérée dans la "séquence" sur Mitterrand, son ancien Premier ministre Michel Rocard donne son analyse sur la future présidentielle, et apporte son soutien à DSK : "Je pense désormais qu’il vaut mieux rapatrier Strauss-Kahn". "Personne ne peut s’en sortir tout seul. On est vraiment mondialisés. C’est ce qui fait l’extraordinaire chance de pouvoir disposer parmi les candidats socialistes à l’élection présidentielle d’un homme qui connaît la mécanique pour l’avoir dirigée, et qui a autorité dans le système. Cet avantage n’est pas reproductible ou transférable. Il y a, à la fois, un savoir et une notoriété."


Tous les journaux, bien sûr, ne jouent pas la carte de la nostalgie.

Le Figaro titre en Une sur "les 7 erreurs de François Mitterrand". Et dans son édito, en bas de la Une, son directeur Etienne Mougeotte s'étonne : "A-t-on vu au Royaume-Uni semblable appareil pour célébrer en 2009 les 30 ans de l’avènement de Margaret Thatcher, le plus grand premier ministre anglais depuis Churchill ; évidemment non. Quant aux Américains, ils mourraient de rire à l’idée d’un pareil déploiement pour glorifier le souvenir de Ronald Reagan, qui fut pourtant leur plus grand président réformateur du XXe siècle. La tontonmania aiguë qui frappe aujourd’hui la quasi-totalité des médias, journaux et magazines, radios et télévisions, ne s’explique pas seulement par le goût du culte des ancêtres, ni l’humeur nostalgique propre à nos concitoyens. (...)

Force est de constater qu’en dépit d’une politique extérieure convenable, l’addition des erreurs économiques et des pratiques politiques détestables interdit, selon l’expression de l’époque, d’établir un bilan globalement positif des années Mitterrand. C’est bien pourquoi il est difficilement supportable, pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans Mitterrand, de subir le matraquage médiatique du choeur des thuriféraires du 10 mai. Oui : trop c’est trop !"


Comme pour chaque occasion en France, les 30 ans de l'élection de Mitterrand ont donné lieu à un sondage (peu utile). Chez les socialistes, François Hollande est, selon les Français, celui qui se rapproche le plus de François Mitterrand, devant Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry, annoncait hier un sondage TNS Sofres pour l'émission La Matinale de Canal+.

Mais les chiffres ne disent pas grand-chose en fait : Hollande récolte 18% de l'avis des Français, soir seulement deux points de plus que DSK. Et surtout, 27 % des Français déclarent qu’aucun des leaders socialistes actuels ne se rapproche des idées de Mitterrand...

Quasiment toute la presse française fait sa Une sur Mitterrand. Exemples :

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