Gaz de schiste : experts partiaux ? (Canard)
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Gaz de schiste : experts partiaux ? (Canard)

Certains experts sentent un peu trop le gaz. C'est le constat du Canard enchaîné, qui révèle ce mercredi 19 septembre que des spécialistes pro-gaz de schiste défendent l'exploitation de cet hydrocarbure dans les journaux... tout en dissimulant leur lien avec l'industrie pétrolière.

Parmi les "experts gaziers", que dénonce cette semaine Le Canard, il y a Jean-Pierre Schaeken Willemaers, le président du pôle "énergie" à l'Institut Thomas More.

Dans une tribune publiée dans Le Figaro le 14 septembre (contenu payant), Schaeken Willemaers assure que sans exploration, il est difficile d'évaluer l'impact réel de la "fracturation hydraulique" (technique d'exploration jugée polluante par les écologistes) sur l'environnement. "L'application du "principe de précaution ne doit pas devenir un obscurantisme et il est irresponsable et coupable au regard du défi énergétique qui est devant nous de se refuser à connaître la réalité", écrit-il. Car la réalité, Schaeken Willemaers croit la connaître : "il n'est pas fondé de prétendre que les technologies employées par l'extraction des gaz de schiste sont a priori néfastes pour l'environnement et susceptibles d'aucun progrès".

La preuve ? "Sans entrer dans des détails trop techniques (sic), il convient en effet de rappeler qu'aussi bien sur la technique de fracturation hydraulique elle-même que sur les besoins en eau et les composés chimiques qui y sont dilués, que sur le risque de pollution des nappes phréatiques et des sols, et que sur le nombre et la surface des puits au sol, industriels et chercheurs avancent, progressent et trouvent des solutions nouvelles et moins intrusives pour l'environnement". Et l'expert de rappeler que la filière des gaz de schiste "avait créé 600 000 emplois aux Etats-Unis en quinze ans".

Convaincant ? Peut-être, mais attention : comme l'indique Le Canard, celui qui est simplement présenté par Le Figaro comme le "président du pôle Energie, climat et environnement de l'institut Thomas More" est aussi... l'ancien vice-président de "Suez-Tractebel EGI (Electricity and gas international) et administrateur de Powerfin où il était en charge des investissements en Europe, en Russie et au Moyen-Orient, dans les domaines de la production, de la transmission et de la distribution d'électricité ainsi que du stockage, du transport et de la distribution de gaz naturel". Pas étonnant qu'il ne soit pas contre le gaz de schiste.

"Oui, le gaz de schiste est une solution"



Autre expert épinglé par Le Canard : Philippe Chalmin, un spécialiste des matières premières que nous avons déjà reçu sur notre plateau. Ce professeur d'économie à l’université Paris-Dauphine défend les gaz de schiste depuis plusieurs mois. En mai 2011, dans une vidéo diffusée sur L'Expansion, l'expert était catégorique :

picto "Vous ne voulez pas de gaz de schiste, vous aurez du charbon"

 

Une phrase choc, reprise en septembre 2012 dans un article de L'Express intitulé "Faut-il exploiter les gaz de schiste ?".

Pendant la campagne présidentielle, en février 2012, il était intervenu sur RTL pour l'affirmer haut et fort : "Oui, le gaz de schiste est une solution". Le 14 septembre, jour où François Hollande a annoncé qu'il interdirait tout permis d'exploration, Chalmin expliquait sur France Info que le "gaz naturel" était pourtant "une bonne énergie intermédiaire" dans la phase de transition vers les énergies renouvelables. Attention toutefois au terme : derrière l'expression "gaz naturel", Chalmin parle bien des gaz de schiste.

Enfin, le lendemain, sur Atlantico.fr, l'expert listait les avantages de cet hydrocarbure : "Les points positifs, c’est d’abord de donner une certaine indépendance énergétique au pays. C’est aussi faire des économies et de développer une énergie moins polluante que le pétrole ou le charbon. Nous serions ainsi moins dépendants que nous le sommes aujourd’hui", expliquait-il.

A chaque fois, Chalmin est présenté comme un "économiste", "directeur du rapport Cyclope sur les matières premières" ou encore "spécialiste des matières premières". Une présentation incomplète pour Le Canard, qui précise que le cours de Master de Chalmin a pour partenaire... "Total et le roi du trading pétrolier, Trafigura", comme l'indique le site de l'Université.

De quoi lui permettre de fournir des "arguments bruts et raffinés", ironise l'hebdomadaire.

Un nouvel élément pour notre dossier : "Nucléaire, gaz de schiste, brûlants débats".

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