Facebook : le musée du Jeu de paume se déculotte
Brève

Facebook : le musée du Jeu de paume se déculotte

Le musée du Jeu de Paume de Paris présente actuellement une rétrospective de l'oeuvre de la photographe Laure Albin Guillot (1879–1962) qui réalisa notamment de nombreux portraits et études de nus.

Pour communiquer autour de cet événement, le Jeu de Paume a posté vendredi dernier sur Facebook une photographie de Laure Albin Guillot représentant un nu féminin. Lequel fut immédiatement censuré par le réseau social :


Voici ce qu'on peut lire aujourd'hui sur la page du musée :

« Vous nous avez manqué ! Vendredi, le compte du Jeu de Paume a été bloqué pendant 24 heures suite à une décision de Facebook, qui a jugé que la photo ci-joint enfreignait les "Standards de la communauté Facebook". Nous avions déjà commis d'autres infractions par le passé, en publiant des nus de Willy Ronis et de Manuel Álvarez Bravo. Au prochain avertissement de Facebook, notre compte risque d'être définitivement désactivé.

Aussi nous ne publierons plus de nus, même si nous pensons que leur valeur artistique est grande et que ces photographies, en rien pornographiques, respectent "le droit de publier des contenus de nature personnelle". »

Et voilà comment un haut lieu de l'art et de la culture dévolu à l'histoire de la photographie accepte de s'autocensurer pour satisfaire aux exigences des dirigeants de Facebook coincés de la braguette, voilà comment un réseau social met à genoux le Jeu de Paume.

Ce n'est pas la première fois que Facebook censure des oeuvres d'art, il serait bienvenu que ce soit la dernière.

Études de nus par Laure Albin Guillot, vers 1935 et 1939


En février 2011, un artiste danois avait publié sur son mur L'Origine du monde de Gustave Courbet. Il fut immédiatement censuré par Facebook.

En octobre de la même année, un internaute français avait vu son compte Facebook censuré parce qu'il avait lui aussi publié sur son mur L'Origine du monde de Courbet, en référence à une émission d'Arte traitant de l'histoire de ce tableau (voir par là un article de 01net.com sur ce sujet).

En juillet 2012, Facebook censurait sur le mur du Centre Pompidou la reproduction d'un tableau de Gerhard Richter illustrant la rétrospective qui avait alors lieu dans ledit musée. L'image fut ensuite rétablie (voir par là ce qu'on en disait sur @si).

Ema (Akt auf einer Treppe) Ema (Nude on a Staircase)
par Gerhard Richter, 1966


Quelques mois plus tard, en octobre 2012, c'était au tour de La Tribune de Genève de se voir censurée sur Facebook pour avoir publié une reproduction de L'Origine du monde encore et toujours, illustrant un article sur une opération de chirurgie esthétique (voir encore par là 01net.com qui n'est rien qu'une sale bande d'obsédés).

Oui, il serait bienvenu que ces censures d'un autre âge cessent. Et que les musées refusent de s'agenouiller devant un réseau social.

L'occasion de lire ma chronique intitulée Faites chauffer la cire ! ou... le sexe s'épile-t-il pour plus de sex-appeal ? dans laquelle il est question des poils de L'Origine du monde mais aussi de ceux d'Adam et Ève, des Trois Grâces de Raphaël et de quelques Vénus.

Et aussi, par la même occasion, ma chronique intitulée Tiens, on aurait retrouvé le visage de L'Origine du monde de Courbet ? Foutaise !

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