Dangers du bio : l'étude n'existait pas
Brève

Dangers du bio : l'étude n'existait pas

C'est l'étude fantôme. Le 27 juin dernier, deux chercheurs du CNRS publiaient une tribune dans Libération, pointant des dangers de l'agriculture biologique. Ils s'appuyaient sur une étude, réalisée à Atlanta, qui aurait prouvé des cas d'infections après consommation de produits biologiques. Nous vous en parlions ici. Or le site Santé et environnement révèle que cette étude n'a jamais existé.

Dans leur tribune, Francis-André Wollman, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de biologie et de physiologie végétale, et Jean-François Briat, directeur de recherches au CNRS, déploraient qu'aucun débat ne soit lancé sur les conséquences de l'agriculture biologique : "Imaginons le traitement médiatique et l’émotion de l’opinion publique si on avait dénombré 43 morts à l’issue d’une intoxication chimique par un mauvais usage de produits phytosanitaires (...) le débat aurait probablement été relancé avec d’autant plus d’émotion, n’en doutons pas, sur la nécessité de revisiter de toute urgence nos pratiques agricoles. A contrario, le silence sidérant consécutif à l’identification de l’infection dans la production d’une ferme biologique évoque irrésistiblement la crainte de contribuer à un débat considéré aujourd’hui comme politiquement incorrect."

A l'appui de leur propos, ils mentionnaient une étude : "Déjà en1996, le Centre de contrôle des maladies infectieuses d’Atlanta avait dénombré 2 471 cas d’infection par une souche pathogène d’E.coli causant 250 décès. Un tiers de ces décès étaient dus à la consommation de produits issus de l’agriculture biologique, alors qu’ils ne représentaient que 1% des aliments consommés aux Etats-Unis. Il est donc indéniable que les mérites de l’agriculture biologique s’accompagnent inévitablement de risques alimentaires spécifiques (...)"

Oui, mais... Selon un article du site Santé et environnement, "Générations Futures (GF) et la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) révèlent aujourd’hui que cette assertion repose sur… une étude qui n’existe pas!"

Un des scientifiques auteur de la tribune ne donne pas de référence pour cette supposée étude américaine mais se contente d'avancer qu’elle serait tirée d’un livre de Alan McHughen, un scientifique canadien, note le site. "Le problème, c’est que ce McHughen n’a fait dans ses livres que reprendre les dires d’un certain Dennis T. Avery qui colporte depuis des années une rumeur selon laquelle le Center for Disease Control d’Atlanta aurait réalisé en 1996 une étude comparative bio / conventionnel montrant que les personnes mangeant des aliments bio ont beaucoup plus de risque d’être infectés par E.coli", explique l'article. Or, cette affirmation a été vigoureusement démentie dès 1999, y compris par des cadres dirigeants du Centre niant vigoureusement avoir conduit de tels travaux comparant le risque d’infection par E.Coli en fonction du mode de production, bio ou non bio.

Et le site précise que Dennis T. Avery travaille pour le Hudson Institute, un think tank conservateur, qui a reçu, selon le site, des fonds de firmes comme Monsanto. Travaillant sur l’agriculture et les biotechnologies il "consacrerait une énergie considérable à dénigrer l’agriculture biologique", précise Santé et environnement.

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