Chavez : une icône entre Evita Peron et Che Guevara
Brève

Chavez : une icône entre Evita Peron et Che Guevara

Chavez va-t-il devenir une icône comme Evita Peron ou Che Guevara ? se demande Ouest France

, tandis que la presse internationale essaie aussi de prendre du recul face au phénomène. Le Guardian britannique souligne ses contradictions, et l'argentin Pagina 12 estime, lui, que Chavez démasquait les contradictions des démocraties. Petite sélection (arbitraire) dans la presse internationale.

"Son irruption sur la scène internationale, à la fin 1998, fut tout de suite remarquée. Après un putsch manqué quelques années plus tôt, un lieutenant-colonel prenait, par les urnes, le pouvoir au Venezuela. Son ambition ? Renverser le régime libéral et ses partis corrompus et refonder le socialisme au XXIe siècle. Son modèle ? Simon Bolivar, le héros de tout un continent au XIXe siècle. Le Libertador et le fédérateur. Un dictateur, aussi", analyse l'éditorial à la Une de Ouest France ce jeudi.

Ouest France conclut ainsi "Au fond, il y avait chez lui plus de péronisme que de marxisme. La mort prématurée de Chavez n'effacera pas les dérives de son régime, mais pourrait rapidement faire de lui une icône. Quelque part entre Evita Peron et Che Guevara."

Des analyses qui fleurissent aussi un peu partout dans la presse internationale. Les commentateurs oscillent toujours entre les différentes facettes de Chavez.

"Chez lui comme à l'étranger, il suscitait aussi bien l'adoration que la révulsion, une polarisation qui aveuglait les deux camps", note le Guardian.

"La réalité était plus complexe et fascinante. Chávez était un personnage hybride, un démocrate et un autocrate, un progressiste et une brute. (...) Il a développé un culte de la personnalité, muselé les médias privés et pris le contrôle direct des forces armées, du législatif, du judiciaire et de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale. Il fermait les yeux sur la présence de camps de la guérilla des Farc près de la frontière avec la Colombie et considérait comme des frères Mugabe, Kadhafi et autres El-Assad".

"Après avoir empoché pendant dix ans des revenus pétroliers sans précédent, d'un montant de 1 000 milliards de dollars, le Venezuela tombe en morceaux. Les routes sont crevassées, les ponts s'effondrent et les raffineries explosent. Le réseau électrique, asthmatique, enchaîne les coupures de courant. Les hôpitaux publics sont rongés par l'humidité et dans les prisons d'une saleté répugnante la barbarie règne".

"Il n'en reste pas moins que Chávez était vénéré par des millions de ses concitoyens(...) Il a remporté des élections libres (dont la transparence laissait parfois à désirer), dépensé sans compter pour financer des établissements de santé, des programmes d'alphabétisation et d'aide sociale".

Comme le remarque le quotidien argentin de gauche Pagina 12 signalé et traduit par Courrier International, Chavez souvent critiqué a aussi montré les contradictions des démocraties occidentales. "Que vont-ils faire, maintenant que leur plus grand adversaire a passé l'arme à gauche ? L'Occident a perdu un paladin inimitable, un ennemi sans égal qui, au cours des années passées à la tête du Venezuela, a mis à nu toutes les hypocrisies qui permettent aux démocraties occidentales d'asseoir leur légitimité. Diabolisé par la presse, ridiculisé jusqu'à tourner en ridicule ceux qui se moquaient de lui, Hugo Chávez était le miroir inversé à partir duquel les âmes bien pensantes des pays occidentaux construisaient leur propre image de démocrates honnêtes. Le président vénézuélien, décédé le 5 mars 2013, était le scélérat de l'histoire car il avait offert l'asile au leader de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, peu avant sa mort".

De plus, ajoute Pagina 12, Chavez était critiqué pour ses relations avec le président iranien alors que les démocraties, elles, laissent leurs compagnies pétrolières commercer avec l'Iran. "Et pourtant, ceux qui avaient passé des décennies à négocier des accords pétroliers avec le colonel haut en couleurs étaient aussi ceux qui critiquaient Chávez. Même chose avec l'Iran : à chaque fois que le dirigeant vénézuélien recevait le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, les colonnes de la presse occidentale et les chroniqueurs télé s'en prenaient violemment à Chávez. Pendant ce temps, les compagnies pétrolières des pays de ces journalistes étaient installées à l'étranger pour exploiter les puits pétroliers iraniens. Deux poids, deux mesures. Les condamnations étaient à sens unique".

Mal soigné pour des raisons politiques ?

Le journal conservateur espagnol ABC qui a souvent écrit sur Chavez de son vivant estime que des raisons politiques ont poussé le président vénézuélien à se faire soigner à Cuba, au lieu de le faire en Russie, où ses chances de survie auraient été meilleures."Le grand ego d'Hugo Chávez a sans doute été son principal ennemi dans sa lutte contre le cancer. Alors qu'il aurait pu être traité convenablement quand sa maladie a été détectée, début 2011, il a préféré donner l'image de quelqu'un qui avait plein pouvoir sur sa révolution", avance ABC.

"Pendant plusieurs mois, le président avait eu dans son agenda la possibilité d'un voyage à Moscou (...) Au dernier moment, il a refusé. Il a toujours préféré des solutions partielles à Cuba, en raison de sa proximité géographique, qui permettait des absences plus courtes de Caracas, et dans l'espoir que le régime cubain ne laisserait filtrer aucune information" croit enfin savoir ABC.

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