Campagne sexiste de L'Etudiant ?
Brève

Campagne sexiste de L'Etudiant ?

Le magazine L'Etudiant joue-t-il sur les stéréotypes sexistes pour sa nouvelle campagne de publicité ? C'est ce qu'a déploré l'écrivaine Céline Curiol dans une tribune publiée dans Libération le 20 janvier dernier. Ce mardi, le directeur de la rédaction de L'Etudiant lui répond.

Dans le métro parisien, et dans plusieurs magazines, on peut découvrir ces affiches, sur le thème : "Etes-vous sûrs du métier que vous allez choisir ?"

Céline Curiol s'en est pris plus spécifiquement à la dernière affiche, sur laquelle on peut lire : "Je voudré être écrivin pck j’adore écrire, c une vré passion." Elle reproche à cette affiche "d'alimenter des préjugés tenaces". Elle note que la jeune femme "est dessinée, lunettes de soleil, cheveux longs relevés, bouche tapageuse, entourée par des objets qui représentent ses centres d’intérêt : rouge à lèvres, Amélie Nothomb, iPhone, escarpins à talons hauts". "C’est le portrait d’une jeune femme, non d’un jeune homme", insiste-t-elle. "Détail ? Interrogeons-nous tout de même… Doit-on comprendre que le goût pour les accessoires féminins exclut d’emblée certains choix professionnels ? Qu’une «vraie fille» se trompe en souhaitant devenir écrivain ? Que celle qui écrit s’inspire d’une littérature aussi rose que sont roses les petits cœurs, les rouges à lèvres et les lunettes sur cette affiche ? Qu’elle aspire nécessairement à ressembler à une nouvelle Amélie Nothomb plutôt qu’à un Claude Simon, question de look cela s’entend ?", demande-t-elle.

Quant aux fautes d'orthographe : "Doit-on comprendre que la faute d’orthographe révèle une incapacité à l’écriture parce qu’elle est tare incurable ?, demande l'écrivaine. Ce dernier précepte, appliqué par nos dispositifs de sélection scolaire qui font de l’orthographe la condition sine qua non à toute orientation littéraire, exclut de certaines professions des jeunes qui manient le français à leur façon sans être cependant dénués de talent."

Ce mardi, Emmanuel Davidenkoff, le directeur de la rédaction du magazine, répond à l'écrivaine, et assure que l'objectif de la campagne était justement de "rebondir sur les stéréotypes sexistes afin de dénoncer l’ensemble des stéréotypes qui pèsent sur les choix d’orientation des jeunes".

Quant à l'orthographe, il revendique aussi de "jouer sur le fait que le niveau d’orthographe a baissé et que cet affaissement du rapport à la langue et au sens rétrécit la liberté de choix des jeunes quand ils souhaitent accéder aux études supérieures". Il ajoute : "Nos lecteurs savent que nous sommes de leur côté et que la caricature que notre campagne de pub propose est très exactement à l’inverse de ce que nous pensons d’eux. (...) Faire mine de croire que les processus d’orientation, aujourd’hui, se jouent hors de toute représentation, sexiste ou autre, c’est ignorer - ou faire semblant d’ignorer - les effets délétères des mécanismes sociaux, urbains, culturels ou économiques qui empêchent notre école et notre société d’aller vers plus de justice et de générosité."

Céline Curiol n'est pas la seule a avoir critiqué cette campagne. L'écrivaine Marie Darrieussecq, sur France culture, a enregistré une chronique sur ce sujet. L'affiche au sujet du métier de kiné "joue sur le stéréotype de la sorcière, mue par le désir de réduire les hommes à des poupées dévirilisées", critique-t-elle. Quant à celle sur l'auteure en devenir, elle joue sur le stéréotype de la "bécasse". Elle souligne aussi que les hommes sur les affiches sont moins "stéréotypés" que les femmes : "Leurs seuls défauts stéréotypique est d'aimer des femmes stéréotypées. (...) On pourrait en rire, conclut-elle, sauf que nous vivons dans un monde ou beaucoup de métiers sont encore inaccessibles aux femmes. Un monde ou pendant des siècles une femme écrivain était une exception".

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