Ben Laden : Al Jazeera "en deuil" ?
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Ben Laden : Al Jazeera "en deuil" ?

Principal moyen de communication d′Al-Qaida, la chaîne de télévision Al Jazeera aurait réservé une couverture singulière à la mort d′Oussama Ben Laden. Membre de l′Institut interdisciplinaire de l′anthropologie du contemporain, Hosham Dawod, dénonce ce traitement sur le Monde.fr.

Un deuil. Voici comment Hosham Dawod analyse le traitement particulier réservé à la mort d′Oussama Ben Laden par Al Jazeera. "Ce matin, n'importe quelle télévision, radio, journal se devait d'évoquer cet événement au moins au travers des faits : que s'est-il passé, comment, etc. Mais on a un peu l'impression, en voyant ça en langue arabe, qu'Al-Jazira vit une situation de deuil à peine dissimulée, de tristesse, de frustration".

Ben Laden est montré "dans une posture beaucoup plus paisible" picto

L′anthropologue cite plusieurs exemples: "les images de reportages qui passent en boucle montrent le chef d'Al-Qaida dans une posture beaucoup plus paisible, parfois même humaniste", la chaîne qatarie n′évoque pas "les attentats d′Al-Qaida visant des cvils innocents", "Al-Jazira a été jusqu'à installer une terminologie distinctive choquante en hissant les victimes des Américains et Occidentaux au rang de martyrs (chahid), tandis que les victimes d'Al-Qaida ne demeurent en dernière instance que des morts ordinaires (maqtoul)".

Selon Dawod, cette couverture s′explique par le fait que la chaîne "a été l'une des rares chaînes de télévision à rendre publics les messages des dirigeants d'Al-Qaida, en particulier d'Oussama Ben Laden". Mais il va même plus loin: "dans le monde arabe, on a souvent soupçonné le Qatar d'avoir passé un marché tacite avec Al-Qaida stipulant en substance : "Nous diffusons vos informations et messages, et en échange vous nous laissez la paix." Sans tirer les moindres conséquences, il est à noter que le Qatar n'a jamais été inquiété par Al-Qaida, bien qu'il abrite l'une des plus grandes bases américaines dans la région".

Pour Dawod, "cela montre les limites de cette chaîne et, plus globalement, de la "diplomatie" du Qatar. (...)L'image du pays, comme de la chaîne, paraît floue, brouillée". Il conclut: "à Doha une grande tristesse traverse la chaîne. C'est un deuil à peine dissimulé avant d'être une nouvelle, et plus qu'à un moment d'information, on a le sentiment d'assister avec Al-Jazira à une commémoration".

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