Rumeur : "bruits de chiotte", "irresponsable" (journalistes blogueurs)
Ils ne le disent pas tous de la même façon, mais une chose est sûre : ils sont contre. Jean-Michel Aphatie, journaliste-chroniqueur sur RTL et au Grand journal, évoque sur son blog "un irresponsable", qui a "mis un tweet sur son Twitteur, c’est à dire une centaine de caractères qui tous ensemble forment un texte crapuleux."D’autres personnes ont repris le texte, sans vérification ni précaution, et le font courir dans la plus totale irresponsabilité.." Il ajoute : "Du coup, au delà des frontières, parce que protégées par elles, des journaux reprennent ce qu’ils qualifient eux mêmes de rumeur, oubliant visiblement que le journalisme n’est pas la transmission des rumeurs mais la publication d’informations." Apathie est donc très en colère contre les internautes (il ne parle pas spécifiquement des journalistes), mais préfère ne pas en préciser la raison exacte : "Indiquer un lien pour vous mettre sur la piste reviendrait à manier l’hypocrisie et le double langage, ce que je ne peux me résoudre à faire", écrit-il en conclusion de son billet. Ni le nom de Sarkozy, ni de Bruni n'apparaissent donc sous le clavier d'Aphatie.
Même condamnation mais règle de conduite différente pour Renaud Revel, journaliste médias à L'Express, qui pointe durement du doigt la responsabilité des journalistes. "Après avoir navigué de manière souterraine dans le petit microcosme politico-médiatique parisien, Dame Rumeur a finit par atterrir, tel un virus, sur Twitter où quelques malins, dont des journalistes patentés, se sont cru intelligents de la relayer. Là aussi, sans le moindre élément, sans la plus petite information susceptible de nous éclairer", écrit-il.
Il se trompe cependant lorsqu'il relate le processus d'apparition de la rumeur : ce n'est pas le journal du dimanche mais un blogueur de leur plate-forme qui a publié l'histoire, et ce bien après lepost.fr, dont un internaute avait sous-entendu l'affaire dans une note ce week-end.
"Hier, il suffisait d’un coup de fil à trois patrons de presse, pour calmer les ardeurs des journalistes" (...),aujourd’hui la Toile joue aux apprentis tabloïds" regrette-t-il avant de conclure : "Certes. Internet, dans cette affaire Sarkozy-Bruni, a joué et continue de jouer les caisses de résonance, aiguillonnant les curiosités malsaines. Mais il serait trop facile d’exonérer celles et ceux qui dans les rédactions ont pris la responsabilité de la répandre, sans s’interroger une seconde sur sa validité et ses ravages. C’est un jeu dangereux que celui-ci. Il donne du grain à moudre à tous les radicaux de la politique qui rêvent de mettre au pas les internautes et de corseter la Toile à coups de textes." |
De son côté, Eric Mettout, rédacteur en chef de L'Express.fr, s'inquiète sur son blog pour la crédibilité de son média. "Je passe des heures chaque semaine à défendre mon job, mes équipes, notre boulot contre les accusations, parfois fondées, la preuve, portées contre les nouveaux médias. On se remet tout juste, deux ans après, du SMS de Sarkozy et bim, les facéties de quelques collègues en ligne, et pas des moindres, et pas de ceux que j'estime le moins, renvoient brutalement le débat quelques années en arrière. D'où cette autre question : un journaliste peut-il s'amuser avec sa moelle substantifique, l'information, sans mettre gravement en péril sa propre crédibilité et, beaucoup plus grave, celle de tout le journalisme en ligne?"
La réponse d'Eric Mettout, en forme de mise en garde, est évidemment négative. "Les réseaux sociaux sont désormais des médias à part entière, que nous avons intérêt à considérer comme tels si nous voulons éviter les tête-à-queue. Se moquer des copains sur Twitter, ça peut faire rire, contribuer à diffuser des bruits de chiotte, c'est déjà beaucoup moins drôle et considérablement plus dangereux."
Comment cette rumeur est-elle apparue ? Suivez son itinéraire grâce à notre observatoire.
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