La presse italienne accuse la Mafia d'une "chasse aux immigrés" dans le Sud
Voitures renversées, pare-brise cassés, ces affrontements spectaculaires avec la police ont provoqué une réaction en chaîne. Le lendemain vendredi, la situation dégénère, deux immigrés sont blessés par balle. Une Italienne aurait été frappée dans sa voiture par des immigrés. Puis certains habitants manifestent et demandent devant la mairie que tous les clandestins quittent la ville. Deux clandestins sont blessés par des tirs de fusils de chasse, et cinq autres renversés volontairement par des automobilistes. Tous n'ont que des blessures légères, mais deux autres, agressés à coup de barre de fer, sontgrièvement blessés.
Certains habitants ont manifesté violemment. Les affrontements ont fait près de 70 blessés dont une trentaine d'immigrés, une vingtaine de policiers et une vingtaine d'habitants. Le président de la République a appelé au calme, le ministère de l'Intérieur a envoyé 200 policiers en renfort pour rétablir l'ordre, avant d'évacuer une partie des clandestins vers d'autres régions d'Italie, tandis que certains médias soulignent que la mafia contrôle le trafic de main d'oeuvre clandestine et a orchestré ces incidents.
Les grands quotidiens italiens évoquent tous, à la Une, ces incidents emblématiques de la crise traversée par cette région pauvre du pays, et leur consacrent ce dimanche entre deux et quatre pages. Exemple avec le Corriere della Sera de ce dimanche : titre à la Une et les quatre premières pages du journal.
"Les immigrés de Rosarno" tandis que le surtitre évoque l'influence de la mafia calabraise, la "ndrangheta" "A Rosarno 910 étrangers ont accepté le transfert vers d'autres régions. L'hypothèse de l'influence des gangs dans ces incidents se confirme de manière concrète." Corriere della Sera dimanche 10 janvier ![]() |
"L'exode des immigrés de Rosarno" titre la page de gauche avec une photo d'immigrés quittant la ville dans des cars sous la protection de la police.
Sur la page de gauche de la deuxième double du Corriere della Sera, le journal explique que les immigrés ont quitté Rosarno avec la promesse de ne pas avoir d'ennuis avec les autorités, mais les contrôles d'identité ont commencé dans la nuit à Crotone et Bari où ils ont été transférés. Sous la pression des dirigeants d'extrême droite de Forza Nueva, le ministère de l'Intérieur est entré en action.
"Les patrons des champs : il n'y a plus de travail va-t-en". Le deuxième article de la page propose une explication à cette crise : "C'est la faute de la récession mondiale." Cette crise s'explique par le manque de travail selon Antonio Lupini, agriculteur et vice-président du Confagricultura qui regroupe 5 000 exploitations de la province. Les clandestins étaient payés 25 euros par jour. Mais 800 000 quintaux d'agrumes ont pourri sur les arbres, faute de débouché. 80 % de la production est transformée en jus de fruit. Or selon Lupini, un kilo de jus concentré italien revient à 1,70 €, alors qu'un kilo venant du Brésil arrive dans les ports italiens à 1,20 €.
Sur la page de droite, des chiffres: "4,8 millions d'étrangers en Italie et 418 000 clandestins au 1er janvier 2009, dont 150 000 dans le sud de l'Italie".
A noter la prise de position d'Il Giornale, le journal de la famille Berlusconi qui écrit sur toute la largeur de la page "Si les Calabrais avaient combattu la ndrangheta avec la même vigueur qu'ils déploient contre les immigrés, ils auraient résolu les problèmes de leur région"
Il Giornale dimanche 10 janvier 2010
"Les immigres fuient Rosarno" Il Mattino avec une photo de carcasses de voitures brûlées transformées en barricade.
"Rosarno, la fuite des immigrés" "Les enquêteurs : la 'ndrangheta a provoqué la manifestation" à la Une du Messagero qui publie une "analyse" titrée "Une défaite pour tous"
"Le grand exode des immigrés" titre la Stampa
"Le Far West à Rosarno" titre la double page de la Stampa et page de droite : "La transhumance des damnés de la terre" qui seraient "57 822 dans toute la Calabre soit 1,6 % de population"
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