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09h15 le neuf-quinze
Pie XII, Duhamel, et la peur
Par Daniel Schneidermann le 21/12/2009

Pour être un "éminent théologien", le pape actuel n'en affectionne pas moins les petites manoeuvres. En engageant la béatification de Pie XII en même temps que celle de Jean Paul II, en fourrant donc dans le même fourgon vers la Sainteté le pape du "n'ayez pas peur", et le pape qui a eu peur des nazis, comment ne pas imaginer qu'il ait voulu ruser avec une condamnation de la communauté juive, qu'il ne pouvait pas ne pas anticiper ? Après la levée de l'excommunication de l'évêque négationniste Williamson ( à laquelle nous avions consacré un dossier), on aura du mal à croire que ce pape n'avance pas avec un étrange agenda caché. Et...une certaine peur, lui aussi, d'agir à visage découvert.

Immédiatement, dans les radios et les télés du week-end, est donc resuscitée la figure d'un méchant, d'un lâche, qui n'a pas protesté contre la Shoah. Jusqu'à l'éditorialiste multi-cartes Alain Duhamel qui, avec une férocité bienvenue, mais qu'il ne réserve hélas qu'aux hommes politiques étrangers ou morts, suggère au pape de béatifier aussi Papon. Ah, si seulement il avait officié entre 40 et 45, Duhamel ! Dès juin 40, il aurait lâché ses chroniques à la radio et dans les journaux, et sauté dans le premier bateau pour Londres ! Ah, on l'aurait entendu tonner, à Radio Londres ! Avant qu'il ne saute dans son uniforme pour aller libérer Paris, les armes à la main, dans la division Leclerc.


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Pourquoi Pie XII n'a-t-il pas condamné la Shoah, alors qu'il multipliait les gestes de compassion ponctuels, parfois jusqu'à l'absurde, allant jusqu'à fournir à la communauté juive de Rome quinze kilos d'or, pour l'aider à payer une rançon exigée par les nazis ? Par méchanceté pure ? Par antisémitisme inavoué ? Son cadavre étant depuis longtemps refroidi, le pape Pacelli appelle moins les condamnations ou les réhabilitations, que le souci de comprendre. Une incursion dans sa notice Wikipedia (notice lacunaire, où manquent des références, mais intéressante pour une première approche) laisse entrevoir certaines des raisons : la pression exercée par les nazis et le gouvernement de Mussolini ; la peur des représailles exercée par les nazis contre les catholiques, s'il parlait trop fort ; enfin (et surtout ?) un anticommunisme viscéral, sans nuances, qui lui a fait fermer les yeux sur les crimes hitleriens. Tout cela peut se résumer en un mot : la peur. Sans doute Pie XII n'a-t-il pas "aimé les nazis". Mais il semble avoir été avant tout et par-dessus tout, un diplomate, qui parlait le diplomate. Métier honorable, nécessaire, mais par nature peu glorieux en période d'extermination de masse, et qui n'a que peu à voir avec la sainteté.


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