Hortefeux : réactions en cascade
Libération consacre trois pages à la polémique. Dans son éditorial Laurent Joffrin commence par justifier cette interview : "Chacun dans l’espace public a le droit de présenter sa défense. Même les ministres… Libération a
donc demandé, comme aurait pu le faire tout autre journal
d’information, à Brice Hortefeux de s’expliquer sur les propos par lui
tenus devant les militants UMP et répercutés, à l’origine, par le site
Internet du Monde. Le ministre nie avoir explicitement désigné
un quelconque groupe dans sa (mauvaise) plaisanterie. Au pied de la
lettre, c’est exact. (...) On entend bien qu’on ne saurait désormais pratiquer, (...) une sorte de police du langage qui
interdirait (...) toute sortie humoristique,
serait-elle de mauvais goût, dès qu’il s’agit de telle ou telle
minorité (...)"
Le journal relève par ailleurs "Des dérapages en série entre collègues" expliquant : "Brice Hortefeux a la
blague lourdingue. Que ce soit avec des militants UMP ou avec ses
collègues du gouvernement. Azouz Begag, Fadela Amara ou Rama Yade ont
goûté à son «humour»."
Libération samedi 12 septembre 2009
"Je suis scandalisé par l’exploitation hallucinante de cette affaire. Lors de ce campus d’été, après avoir fait une soixantaine de photos, j’ai été interpellé par un jeune, sympathique, qui m’a demandé un cliché supplémentaire. Plusieurs personnes autour de lui ont plaisanté sur mes origines, mon affection et mon parler auvergnat. Pris dans les conversations, j’ai alors eu ce commentaire qui ne visait aucune communauté ethnique ou géographique. Pas un mot dans ma bouche, pas un seul, ne fait référence à une communauté. (...) J’ai été outré par cette tentative de lynchage médiatique puisque tout dans mon engagement, mon action, mes convictions démontre mon rejet de toute forme de racisme à l’égard de qui que ce soit." déclare le ministre à Libération
Dans une interview publiée par le Journal du Dimanche paru samedi Claude Guéant, secrétaire général de l'Eysée "trouve injuste qu'on accuse Brice de racisme" et ajoute qu'il est "toujours facile d'accuser en utilisant des propos hors de leur contexte (...) La seule personne qui a pu percevoir le contexte de cet échange de propos est le jeune militant auquel il s'adressait. Or, il n'a pas été choqué". |
Le Parisien/Aujourd'hui en France 12 septembreLe Parisien ajoute : "L'affaire risque de peser sur la carrière d’Hortefeux, qui fait partie des Premiers ministrables. « Ça va lui coller à la peau. Il ne pourra plus mettre un pied dans une cité. Et pour Matignon, ça se complique », analyse une source proche du gouvernement."
"«Je ne vais pas me laisser piétiner. Cette histoire est scan-da-leu-se!» Dans sa permanence de Clermont-Ferrand, Brice Hortefeux ne mâche pas ses mots. «Je suis la cible d’une tentative de lynchage médiatique. C’est scan-da-leux. Je ne dis pas un mot qui permette de m’accuser de racisme» , enrage le ministre de l’Intérieur. Nicolas Sarkozy avait prévenu ses ministres : «Comme la rentrée se passe bien, vous allez tous être individuellement ciblés.»" écrit Le Figaro
Le Figaro samedi 12 septembre 2009

Ceci alors que le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) a lancé une pétition demandant la démission d'Hortefeux
Le Républicain Lorrain inquiet pour .... l'UMP en Auvergne
La presse régionale évoque aussi la polémique, mais pas à la Une. L'éditorial du Republicain Lorrain défend le ministre, mais souligne son côté gaffeur : "Le meilleur ami de Nicolas Sarkozy est-il raciste,
comme beaucoup, à gauche, voudraient le faire croire ? Ou la boutade à
l'emporte-pièce sur ce jeune beur qui « ne correspond pas du tout au
prototype » est-elle à mettre sur le compte d'une difficulté du
ministre à décoller en direction des sphères éthérées de
l'understatement britannique que maîtrisait si bien à titre d'exemple
Edouard Balladur ? Pour connaître l'intéressé, nous aurions plutôt
tendance à opter pour cette dernière lecture. En revanche, l'usage
démontre que le sens de l'opportunité ne constitue pas la qualité
première de Brice Hortefeux. Et que celui des nuances a parfois
tendance à lui échapper. Pour preuve : en affirmant pour sa défense
qu'il ne parlait pas des Arabes mais des Auvergnats, il aggrave son cas
dans la région dont il est originaire et complique le travail de son
collègue du gouvernement Alain Marleix qui, selon toute vraisemblance,
sera appelé à le remplacer comme tête de liste UMP aux régionales en
Auvergne. "
L'hebdomadaire Charlie Hebdo a aussi annoncé le lancement d'une pétition demandant la démission du ministre de l'Intérieur.
Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur "manifeste à Brice Hortefeux tout son soutien personnel, tant la probité de ce ministre et son contact ont été gratifiants pour les Musulmans d'Auvergne, une région de France pour laquelle nous partageons un très grand attachement (...) Je témoigne qu'il n'a eu que des paroles de respect et d'aménité pour toute la communauté musulmane de France dans mes contacts avec lui." Ajoutant concernant la vidéo qu'il ne donne "pas d'importance à ce qui est lancé comme ça, à la cantonade, sur le mode de la plaisanterie"
Interrogé dans la cour de l'Elysée, aux côtés du Premier ministre espagnol, Zapatero, Nicolas Sarkozy, répond "Franchement, en ce moment, j'aimerais que chacun se concentre sur son travail, et ne perde pas de temps dans les polémiques"
iTeleDe son côté, la Société Des Journalistes de la chaîne LCP-Assemblée nationale explique dans un communiqué : "Nous avons appris avec effarement la décision de ne pas diffuser les images de la séquence sur les propos controversés du ministre de l'Intérieur. Une fois encore ce genre d'épisode entame la crédibilité des chaînes parlementaires et l'indépendance de leurs rédactions".
Toute l'affaire est dans notre dossier : Hortefeux raciste ?
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