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Libé : cachetonneur du Titanic

Par le - 09h18 - le neuf-quinze
Démasqué ! J'ai honte. Je ne sais plus où me mettre. Voilà que l'extralucide chroniqueur medias de L'Express, Renaud Revel, vient de découvrir que le matinaute que vous lisez ici, le signataire de ces lignes, était aussi chroniqueur hebdomadaire à Libé, sous le pseudonyme que je croyais indécelable de Daniel Schneidermann. Enfin, Revel ne dit pas "chroniqueur". Il dit que je "cachetonne" à Libé. Collaborer à un autre journal que L'Express, c'est "cachetonner".
Cachetonneur à Libé, je devrais m'abstenir d'écrire quoi que ce soit sur la crise de Libé. Mieux : sans doute notre site lui-même devrait s'abstenir de tout article. Par exemple, on ne devrait pas relever les perles, les fautes d'orthographe, les citations tronquées, les exploitations godwinnesques de citations non sourcées, des billets de Revel sur son blog, quand il défend les actionnaires, ou le nouveau directeur Fraidenraich (pardonnez le pléonasme. Le fondement de la philosophie revelienne des medias, c'est que l'actionnaire a toujours raison, et que le patron de presse dit le Vrai, le Beau et le Juste).

Où Revel a raison, c'est qu'en tant que cachetonneur, je n'ai que des coups à prendre en évoquant sur ce site la crise de Libé. Expliquer que les actionnaires du journal, par leurs incohérences, leur méconnaissance de la presse, leur mépris du journalisme, sont en train d'accélérer son agonie, c'est m'exposer à un certain retour de bâton, si un jour par accident les faits me démentent, et qu'ils parviennent à prendre le contrôle effectif du journal. Mais symétriquement, exposer la moindre réserve sur "les salariés du journal", qui signent chaque jour les fameuses pages "Nous", c'est risquer d'être pris pour cible par l'escadron volant de twittos de la rédaction, ce qui n'est pas forcément plus enviable. Danger pour danger, et puisqu'on a souvent écrit ici ce qu'on pensait de la bande Ledoux-Fraidenraich, répétons aussi ceci : les papiers quotidiens des "salariés de Libé", ne donnent pas toujours forcément l'image la plus alléchante du journalisme. Par exemple, même si enquêter sans concession sur son nouveau patron est une démarche novatrice, rafraichissante et nécessaire, et qui tranche radicalement avec l'omerta que pratiquent, sur leurs dirigeants, tous les autres medias, ce n'est pas une raison pour le flinguer sans preuve. Fallait-il écrire, sans aucune preuve, que Fraidenraich était lié à une sombre afffaire de ménage à France 3 dans les années 90 ? Non. Tout le monde a droit aux précautions de base du métier. Même Fraidenraich ? Oui, même Fraidenraich. Expérimenter une radicalité inédite, tout en respectant les règles : plus facile à dire qu'à faire. Mais nécessaire. C'est en tout cas mon avis de cachetonneur du Titanic.
Revel Schneidermann

 

 


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