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09h15 le neuf-quinze
Le plateau de Denisot, Yalta du buzz
Par Daniel Schneidermann le 11/10/2012

Mon premier vend sa couverture sur Hollande et les femmes qui lui gâchent la vie. Mon deuxième son interview-exclusive-laissez-moi-tranquille de DSK. Mes troisièmes leur livre qui révèle la liaison de Trierweiler et Devedjian: la quintessence du journalisme français tient sommet chez Denisot. Ce n'est pas une émission, c'est un petit Yalta du buzz. Et se déploient, grandioses, des prodiges de dialectique. La couverture, non, n'est pas sexiste, que va-t-on imaginer ? C'est un vibrant hommage aux femmes. L'interview de DSK n'est pas, surtout pas, un coup de com' de l'Obsédé et de ses conseillers. C'est un couronnement de trésors de patience et d'approche animalière. Quant à la révélation de la liaison de Trierweiler et Devedjian, friandise de la semaine, ce n'est pas un argument de vente du livre. Elle éclaire, bien évidemment, les trente dernières années de la vie politique nationale, sans parler des pays émergents, et du conflit israélo-palestinien. Et toute cette quintessence du journalisme deniso-compatible de déployer ses arguments de vente au milieu des piaillements offensés d'Aphatie, qui a trouvé là un sujet de polémique à sa mesure.

Quelques heures plus tard, sur France 2, Delahousse nous fait revivre (très bien, d'ailleurs, excellente enquête) l'épopée Mazarine. Comment, deux septennats durant, le secret fut maintenu. Comment Mitterrand put recruter un escadron de gendarmes d'élite pour protéger sa fille et ses copines d'école, faire écouter illégalement la moitié de Paris, faire intimider les éditeurs potentiels de Jean-Edern Hallier (petits cercueils sur le paillasson, etc) ou encore annexer un château dans l'Essonne pour les leçons d'équitation de Mademoiselle, dans l'indifférence totale de Gattegno, Barbier, Jakubyszyn et Bouilhaguet, alors vagissants. Tout est dit, rien n'est caché. Il n'aura finalement fallu que trente ans.

Ah, je vous entends déjà, petits malins. Je l'entends déjà, la question diabolique. Et alors, hein, Monsieur le Déontologue, où préfères-tu vivre ? Dans le déballage d'aujourd'hui, ou dans l'omerta d'hier ? Le piège, chers petits malins, c'est de nous forcer à choisir entre l'un et l'autre système. Car ce n'est pas la question. La seule question intéressante, c'est de se demander où sont les Mazarine d'aujourd'hui. Où sont les lourds secrets, préservés par cet accord tacite, informulé, imparable, qui est le revers obligé du plateau de Denisot.

Trierweiler Devedjian

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