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Les conseils de déontologie de la presse scandinave font des envieux

Par le - 17h43 - lu

Le modèle scandinave fait des envieux. Services publics de qualité, accès à l'éducation assuré, mais aussi système médiatique qui fonctionne. Conseil de presse, code de déontologie, transparence et protection des sources... La journaliste américaine Lauren Kirchner et le spécialiste britannique des médias Roy Greenslade se prennent à rêver d'un modèle similaire dans leurs pays.

La Scandinavie, éden du journalisme? C'est ce qu'affirme l'écrivain et journaliste Lauren Kirchner dans un article publié le 2 juillet dans la revue de l'école de journalisme de l'université de Columbia (à New York) Columbia Journalism Review (CJR), et relayé par le spécialiste des médias britannique Roy Greenslade sur son blog hébergé par The Guardian.

"La Suède, la Finlande, la Norvège et le Danemark sont toujours les mieux classés dans le monde à la fois pour la liberté de la presse et la démocratie participative", affirme Lauren Kirchner, en se basant sur un classement des pays en fonction de leur liberté de presse effectuée par l'organisme Freedom House. Elle renvoie aussi à une carte de données réalisée par l'Institut Internet de l'Université d'Oxford. Celle-ci atteste du la diversité des médias en Scandinavie : "La population scandinave a le plus grand lectorat de journaux au monde, et celui-ci peut choisir parmi le plus grand nombre de journaux locaux et nationaux par habitant", résume Kirchner. Selon l'Association internationale des journalistes et publications de nouvelles (WANIFRA) le lectorat est le "plus fort en Islande, où 96 % de la population lit chaque jour un journal, suivi par le Japon ( 92 %), la Norvège la Suède et la Suisse ( 82 %) et la Finlande et Hong Kong ( 80 %)."

World's Newspapers

Le nombre de titres de journaux pour 1000 habitants. L'Islande et la Scandinavie sont en tête.

Pourquoi donc la presse se vend-elle si bien dans les pays scandinaves? Lauren Kirchner a passé deux mois en Scandinavie afin de percer ce mystère. Elle en a tiré sept grandes leçons de journalisme. Et c'est "l'autorégulation de la presse" qui a le plus marqué la journaliste. "L'autorégulation marche, aussi longtemps que tout le monde est à bord. Les conseils de presse de Scandinavie sont des organisations indépendantes, employant des journalistes et financés par l'industrie du journalisme, qui ont été mis en place pour donner aux lecteurs un endroit pour exprimer des plaintes contre les agences de presse." Journalistes et éditeurs doivent se soumettre à un code de déontologie, surveillé notamment par un médiateur de la presse, qui reçoit les plaintes du public et agit en coordination avec le conseil. Ce dispositif est indépendant, et entièrement financé par la presse.

"Chacun des conseils de presse de Scandinavie est une combinaison entre un médiateur et un conseil : le lecteur qui porte plainte et l'organisme de presse accusé ont leur mot à dire, et ensuite, un groupe de journalistes, éditeurs, et membre du public décide d'instruire ou non la plainte, explique la journaliste. Si ils décident que l'organisme de presse n'a pas respecté le code de déontologie, il doit en payer le prix en imprimant et diffusant un avis le faisant savoir". Elle ajoute que la participation au système du conseil de presse est volontaire, mais qu'à peu près toutes les médias dans chaque pays y adhèrent. "Pour le public, se soumettre à un tel examen est en quelque sorte une marque de responsabilité".

Le Premier amendement de la constitution américaine qui interdit au Congrès des Etats-Unis d'adopter des lois limitant la liberté de la presse ne semble pas suffire à la journaliste. Kirchner invite les médias américains à suivre le modèle scandinave. "Afin de suivre ce modèle scandinave de conseil de presse, les organisations de presse ici devraient s'accorder sur un code de déontologie, à accepter de soumettre à une évaluation externe et à des punitions éventuelles, et contribuer directement de façon pécuniaire aux dépenses opérationnelles du conseil."

Greenslade blog

Roy Greenslade, professeur de journalisme et ancien rédacteur en chef du magazine Daily Mirror est aussi admiratif devant ce système d'autorégulation. "Alors que la commission Leveson (qui enquête sur les liens entre le groupe Murdoch et les politiques, ndlr) en est à sa dernière étape - l'étape du "que faut-il faire ?" - il est navrant de réfléchir sur ce que nous perdons en ayant foutu en l'air l'auto-régulation'", déplore le journaliste.

 

Autre leçon de journalisme à retenir selon Kirchner et Greenslade : la transparence du système de presse suédois. "Aujourd'hui, le principe de l'accès du public dans la constitution suédoise exige que tous les documents judiciaires, les documents et les communications au sein du gouvernement à la disposition du public, explique Kirchner. Les employés du gouvernement sont encouragés à fournir des informations aux journalistes, et de les punir pour ce faire est interdit". Elle ajoute que la loi sur la liberté de presse est plus ancienne en Suède qu'aux Etats-Unis.

Tout n'est pas rose pour autant en Scandinavie. Reporters sans frontières s'est récemment insurgé contre la condamnation de trois journalistes du tabloïd suédois Expressen, prononcée le 18 mai 2012 par un tribunal de Malmö. L'action d'un tueur en série à Malmö en octobre 2010 avait suscité un vaste débat sur la disponibilité des armes à feu dans le pays. Expressen a démontré qu'il était facile de se procurer des armes illégalement. Le tribunal a condamné le journaliste à une amende de 1 600 euros pour infraction à la législation sur les armes. Le rédacteur en chef à quant à lui été condamné à 3 300 euros de peine pour incitation à commettre une infraction.

Si les conseils de presse font rêver dans le monde anglophone, la France en est encore loin. C'était la conclusion de notre enquête sur le sujet l'an dernier.

(Aude Garachon)


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