Géorgie : la presse internationale et "l'ours russe"
La presse internationale s'étonne du pari tenté par le président
géorgien, tandis que certains pays européens, qui faisaient partie du
bloc soviétique avant la chute du Mur de Berlin, comme la Pologne,
prennent fait et cause pour la Géorgie contre la Russie.
Pendant cette crise, il était difficile de lire la presse géorgienne dont la parution a été très perturbée. Exemple avec le message affiché, mardi 12 août, sur le blog du Messenger, le seul quotidien en anglais du pays :
"Chers lecteurs du Messenger, face aux rumeurs et à la panique qui règne dans Tbilissi, les employés de l'imprimerie ont fui, et nous sommes dans l'impossibilité de publier le journal."
De plus, deux journalistes du Messenger, Winston Featherly et Temuri Kiguradze ont été blessés en Ossétie. Mercredi 13 août, ils essayaient de rentrer vers la Géorgie.
Le site de l'hebdomadaire Georgian Times annoncait, le 13 août, un deuil national de trois jours en Géorgie pour saluer la mémoire des victimes civiles et militaires du conflit. Le site du Georgian Times mercredi 13 août 2008 ![]() Le Georgian Times signalait aussi la première médaille d'or remportée par la Géorgie aux JO de Pékin avec Manuchar Kirkvelia en lutte gréco-romaine. |
Le site francophone Armenews souligne que l'Arménie est très concernée par cette crise : "Les raids aériens russes sur des sites militaires géorgiens autour de Tbilisssi, à Vaziani, ont porté la guerre à une cinquantaine de kilomètres seulement de la frontière septentrionale de l’Arménie. La province du Djavakhk, territoire du sud de la Géorgie peuplé majoritairement d’Arméniens, se trouve encore plus exposée en cas d’extension du conflit. Autant dire que l’Arménie se sent concernée par un conflit dont elle redoute qu’il s’installe dans la durée." Et Armenews rappelle que l'Arménie est "étroitement dépendante pour son approvisionnement de la Géorgie, par où transite l’essentiel de son commerce extérieur"
Le site arménien d'information Hetq Online rappelle (en anglais) quelques informations de base. D'abord que tout a commencé le 2 août 2008, par le tabassage d'un policier géorgien dans un village ossète, suivi par des tirs de rétorsion depuis un village géorgien vers un village ossète. Avant l'envoi des troupes géorgiennes en Ossétie.
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Hetq souligne aussi qu'en juin 1992, lors du précédent affrontement entre la Géorgie et les Ossètes, Edouard
Shevarnadze, le président géorgien de l'époque, ancien hiérarque
soviétique, avait lancé son armée à l'assaut de l'Ossétie, mais avait
su arrêter ses troupes avant qu'elles ne prennent la ville ossète de Tskhinvali. Car il avait compris que s'il ne respectait pas l'utimatum de Moscou "il conduirait son pays au suicide en mettant les troupes géorgiennes face aux armées d'un pays nettement plus puissant." |
"L'actuel conflit entre la Russie et la Géorgie montrera
quelle est l'importance politique réelle de la Pologne et de de l'Union
Européenne." écrit un éditorial du quotidien polonais Gazeta Wyborcza.
"L'Amérique n'offrira pas son aide comme elle l'a fait au Kosovo
en 1999. Les Etats Unis sont pleine campagne électorale, et ils sont
engagés dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan. Le conflit
provoqué par l'Ossétie du Sud est peut-être la dernière chance de
l'Union Européenne de devenir une super puissance politique."
Gazeta Wyborcza du lundi 11 août 2008
"L'intervention géorgienne en Ossétie du Sud est peut-être bien une erreur du président Mikheil Saakashvili. mais pour le Kremlin l'enjeu est nettement plus large. Le but de la Russie est de détourner la Géorgie de sa politique pro-européenne. on remarquera que les autorités russes ont rapidement décidé que la "défense" de l'Ossétie passait par une intervention en Géorgie. Cela rappelle beaucoup de choses aux peuples de Pologne et d'autres pays qui n'ont pas oublié l'époque soviétique" expliquait lundi 11 août un analyste du quotidien polonais Rzeczpospolita.
Rzeczpospolita du mardi 12 août 2008

Message d'espoir à la Une du quotidien allemand Der Tagesspiegel qui montre, à Pékin, la russe Natalia Paderina, à gauche, et la Géorgienne, Nino Salukvadze, à droite, respectivement médailles d'argent et de bronze au ... tir au pistolet.
Der Tagesspiegel du lundi 11 août 2008
"Das russische Imperium schlägt zurück" (L'empire russe contre-attaque) titre l'éditorial du quotidien allemand Die Welt.
Le
texte estime que cette crise marque la fin de l'Europe heureuse qui
avait commencé à la chute du Mur de Berlin. Et parle d'un retour à la
vieille politique du 19e siècle où chacun démontrait la force de ses
armées. Die Welt se félicite au passage que la Géorgie n'ait pas encore
été acceptée comme membre de l'Otan, car les autres pays européens
auraient été tenus de lui porter une assistance militaire.
Die Welt du mardi 13 août 2008 
"Le président géorgien a peut-être joué et perdu" titre le Los Angeles Times
"Le président Mikheil Saakashvili, un avocat formé aux Etats-Unis, vu par
Washington comme un démocrate, a bâti sa carrière politique sur un jeu
dangereux avec son voisin russe. Cette fois-ci, il pourrait bien avoir
été trop loin. ... Amoureux du vin géorgien et de la culture de l'Ouest, il
est vu comme très sûr de lui-même et même autocrate." explique le début de l'article publié à la Une du Los Angeles Times.
Los Angeles Times du 12 août 2008
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"Der russische Bär ist wieder da" (L'ours russe est de retour) titre l'article du quotidien Süddeutsche Zeitung, cité par la radio allemande Deutsche Welle. "Et face à cet ours, l'Occident ne peut rien faire.
Alors qu'il y a quelques semaines seulement, la presse moscovite était
pleine de papiers sur le piteux état de l'armée russe, c'est pourtant
cette même armée qui a aujourd'hui envahi la Géorgie, signant ainsi la
plus grosse intervention de ses forces en-dehors du territoire russe
depuis la chute de l'Union soviétique. Il serait exagéré de parler
d'une deuxième guerre froide" note le journal. "Mais le cas de la
Géorgie permet à Vladimir Poutine et consort de démontrer aux
Occidentaux qu'ils feraient mieux d'écouter ce que la Russie proclame
depuis des années: interdiction à l'Otan de faire un pas de plus vers
tout régime considéré par Moscou comme étant sa chasse gardée. L'ours
russe n'avait en réalité jamais vraiment disparu. L'Occident l'espérait
seulement." |
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