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Tarnac : l'étrange e-mail du juge

Par le - 15h21 - suivi

Le juge parle à "la presse libre", et met en danger son enquête. Mercredi, le Canard enchaîné a publié un étrange e-mail, adressé par le juge d'instruction Thierry Fragnoli à plusieurs journalistes qui suivent les rebondissements de l'enquête, qu'il instruit toujours, sur les "anarcho-autonomes" et autres membres de "l'ultra-gauche" interpellés à Tarnac en novembre 2008. Ce message faisait suite à un coup de fil du Canard,qui s'intéressait à un malencontreux épisode : le 23 février, des policiers de la Sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat), en pleine perquisition près de Rouen, ont laissé sur place une sacoche pleine de documents confidentiels et un téléphone portable.

Des documents qui n'auraient "aucun intérêt" (mais comportaient tout de mêmes les identités et les numéros de portables de plusieurs policiers et des détails sur les opérations de surveillance en cours), a assuré Fragnoli à ses correspondants.

Mais le message du juge est pour le moins surprenant : il s'agit d'un e-mail envoyé à plusieurs journalistes en même temps, où il précise qu'il parle en "off", et qu'il assure avoir réservé à ses "amis de la presse libre", c'est-à dire "celle qui n'est pas affiliée à Coupat/Assous". Julien Coupat est le leader du "groupe de Tarnac", et Jérémie Assous, un de ses avocats, adepte du battage médiatique contre l'enquête policière et judiciaire.
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Ce mail groupé est une vraie maladresse de la part du juge. Ce matin, Libération assurait que "les avocats de Julien Coupat, mis en examen pour «organisation d’une association de malfaiteurs terroristes», déposent aujourd’hui une «requête en récusation», auprès du premier président de la cour d’appel de Paris, contre Thierry Fragnoli". Ils estiment que les "propos subjectifs" qu'il a tenus trahissent un "parti pris en faveur de la culpabilité" de Coupat et de ses amis. L'article cite un juge anonyme, qui estime que "ce mélange confondant d’aveuglement et de naïveté montre qu’il a pété une durite" : "Il a été blessé par cette affaire. Là, ça dérape."

Les avocats comptent aussi s'appuyer sur les entretiens que Fragnoli a eu avec le journaliste David Dufresne, auteur d'un récent (et excellent) livre sur l'affaire. Ils révèleraient son "point de vue" et ses "émotions". Dufresne raconte notamment que le juge "exultait" en apprenant que des tubes en PVC qui auraient pu servir de perches pour poser les crochets sur les caténaires avaient été retrouvés.

"Que décidera la justice contre lui ?", s'interroge Libé, qui rappelle à très bon escient que plusieurs juges d'instruction, jugés un peu trop dérangeants dans leurs investigations, sont dans le collimateur : "Pour avoir rencontré une source hors PV dans l’affaire Clearstream, le juge financier Renaud Van Ruymbeke est poursuivi par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) depuis près de cinq ans. Le juge Patrick Ramaël, qui instruit les disparitions à Paris de l’opposant marocain Mehdi benBarka et en Côte-d’Ivoire du journaliste Guy-André Kieffer, est renvoyé devant l’instance disciplinaire pour un manque de délicatesse envers sa hiérarchie. Et le juge Marc Trévidic, en charge de l’attentat de Karachi et du génocide au Rwanda, a été menacé de sanctions pour avoir reçu des journalistes."

Qui est le juge Fragnoli ? Que cherche-t-il à prouver ? Pourquoi aime-t-il Kill Bill ? Des questions auxquelles a longuement répondu sur notre plateau David Dufresne.


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