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Climategate inversé : un scientifique avoue

Par le - 20h04 - suivi

Depuis le 14 février, circulent sur la toile des documents internes au Heartland Institute. Ils décrivent les méthodes de lobbying employées par cet organisme américain influent, très en pointe sur la défense des positions climato-sceptiques. Un article du Monde détaille ce que certains appellent déjà le "Heartlandgate".

Il est celui par lequel le scandale est arrivé. L'hydrologue Peter Gleick, un scientifique reconnu, a affirmé sur son blog hébergé par le Huffington Post être à l'origine de la fuite de documents internes du Heartland Institute, fer de lance du combat climato-sceptique américain. "Début 2012, j'ai reçu par mail un document anonyme qui décrivait ce qui semblait être les détails de la stratégie du programme du Heartland Institute", écrit-il le 20 février.Il précise ne pas connaître la source qui lui a envoyé les documents, qu'il a à son tour fait circuler, en les remettant à différents journalistes et experts.


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C'est le site Desmogblog, spécialisé dans la collecte de ressources sur le réchauffement climatique, qui a publié en premier les documents. Ils ont ensuite largement circulé sur le net.

Mais Gleick n'a pas seulement fait circuler ces documents à ses contacts. "Dans ce qui s'apparent à une grave faute vis-à-vis de mon éthique et de mon jugement professionnels, j'ai sollicité et obtenu du Heartland Institute, sous l'identité de quelqu'un d'autre, des documents supplémentaires", confesse-t-il, en expliquant qu'il souhaitait confirmer les informations qu'il avait reçues. Par sincérité ou voulant anticiper une polémique sur une méthode rarement employée par les chercheurs, il présente également ses "excuses personnelles" à tous ceux qui auraient pu être "affectés" par sa démarche.

picto image publicitaire du Heartland Institute circulant sur les blogs qui luttent contre ses arguments.

Ces révélations portent un coup à la crédibilité de l'un des principaux organes d'information et de communication des climato-sceptiques. Les documents désignent par exemple comme une "action prioritaire" la nécessité de convaincre les enseignants et les élèves américains que le changement climatique est "incertain". Ils montrent aussi le souci pour le Heartland Institute de favoriser sur internet des "groupes capables de mobiliser rapidement des réponses face à des découvertes scientifiques, des articles de presse ou des billets de blog défavorables" à la cause climato-sceptique. On apprend notamment que Anthony Watts, figure du net américain mettant en doute le réchauffement climatique, a reçu 90000 dollars pour l'année 2012. Toujours selon les informations de Peter Gleick, les rapports du Non-Intergouvernmental Panel on Climate Change (NIPCC), un groupe de chercheurs chargé de critiquer les thèses dites "réchauffistes", ont coûté plus d'un million et demi de dollars à l'Institut, dont un demi-million environ versé pour ses auteurs.

Ces révélations sur le Heartland Institute rappellent, en miroir, le Climategate. En décembre 2009, quelques jours avant le sommet de Copenhague, avait été mis en ligne le contenu de plus de mille e-mails échangés entre chercheurs sur le climat, pour dénoncer une prétendue manipulation des données mesurant le réchauffement climatique. "Ironiquement, le Heartland Institute – qui proteste aujourd'hui avec virulence contre la publication des documents qui lui ont été dérobés –, avait été l'une des principales caisses de résonance, en novembre 2009, de l'affaire", rappelle Le Monde. Il avait été ensuite prouvé que la polémique avait été créée de toutes pièces, et que les chercheurs n'avaient pas cherché à exagérer l'impact humain sur l'effet de serre.

Pour mieux comprendre le débat sur le réchauffement climatique, vous pouvez vous plonger dans notre dossier.

(Par Luc Nakache)


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