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Le jour où YouTube fermera (Ecrans.fr)

Par le - 14h18 - lu

La fermeture de Megaupload ne finit pas de soulever des questions. Dans un article paru aujourd'hui sur Ecrans.fr, Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur à l'Université de Nantes, y voit l'occasion de s'interroger sur le modèle du cloud computing.

Le web peut-il devenir amnésique ? La fermeture de Megaupload, le 19 janvier dernier, avait entraîné l'effacement dans la foulée des données importées par les utilisateurs, sur consigne du ministère public américain. Or, "combien d’entre nous avaient été capables d’anticiper la fermeture si brutale et soudaine de MegaUpload, modèle archétypal de la consommation culturelle connectée, et responsable à lui seul de plus de 4% de l’ensemble du traffic internet?" s'interroge Olivier Ertzscheid, par ailleurs blogueur.

La tribune se base sur la notion de cloud computing, le stockage de nos données sur des serveurs distants, loin de nos ordinateurs.

Un scénario catastrophe plausible ?

Des services comme FlickR (pour les photographies) ou YouTube (pour les vidéos) proposent ainsi aux utilisateurs d'importer leurs contenus directement sur ces plateformes. Des données qui deviennent alors "nomades" et qui ne nécessitent plus d'être conservées sur nos disques durs.

Cette tendance inquiète l'auteur : "Combien de musées, d’universités, d’entreprises de toutes tailles, d’organismes publics, sont aujourd’hui capables d’affirmer qu’ils possèdent une copie numérique «résidente» de l’ensemble des données et informations qu’ils ont ainsi essaimé dans les nuages?" Outre l'affaire Megaupload, le modèle a récemment montré ses limites : des rumeurs ont ainsi circulé sur la fermeture du service FlickR, suite aux difficultés financières de son popriétaire, Yahoo. Des nouvelles qui n'ont pas manqué de paniquer les internautes: "Des milliers [d'entre eux] tentent alors de récupérer leurs photos grâce à une application tierce (API) que FlickR s’empresse de bloquer pour arrêter l’hémorragie."

Pour l'universitaire, la fermeture hypothétique de tels services ne relève pas du scénario catastrophe, et demeure techniquement possible, tout comme les pertes massives de données qui en résulteraient : "Est-il envisageable que Google décide de fermer YouTube et qu’en disparaissent alors les innombrables mémoires quotidiennes enregistrées, mais également l’ensemble des trésors culturels qui n’existent que sur cette plateforme? Les millions de blogs hébergés sur Blogger peuvent-ils disparaître? Un aléa financier pourrait-il décider les actionnaires de Google à fermer le service Google Books? Pour toutes ces questions, la réponse est, hélas, «oui». Or, si les CGU (conditions générales d’utilisation) de ces services leur donnent toute propriété sur nos données, elles ne les engagent pas à nous permettre de récupérer l’intégralité de nos données en cas de fermeture. "

Pour éviter d'être dépendants de la bonne santé financière de ces groupes, l'auteur plaide pour un investissement de la puissance publique dans le stockage des données : "Le projet Hathi Trust rassemblant de nombreuses bibliothèques universitaires américaines est en train de créer une «copie» de la base de donnée de Google Books et des ouvrages du domaine public qu’il contient. En France, l’INA assure l’archivage de notre patrimoine télévisuel. Les bibliothèques présentes sur FlickR dans le cadre de la plateforme FlickR: The Commons ont eu l’intelligence de toujours garder la main sur les fonds iconographiques qui y sont présentés."

Toutes ces problématiques posent, toujours selon l'auteur, la question de savoir qui sont les garants de la mémoire numérique. La confier à des acteurs commerciaux serait "une folie culturelle, et un risque majeur pour les sociétés humaines qui sont, sans mémoire commune et sans référent stable en permettant la consultation, irrémédiablement condamnées à l’errance et aux dangers de l’idéologie".

(Jamel Benhassine)


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