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"Futile", "peste" : auto-sabotage des femmes sur le web ?

Par le - 12h28 - lu
Les femmes sont-elles moins présentes sur le web? Ou bien se mettent-elles moins en avant que les hommes ? C'est à ces questions que tente de répondre, sur le site du Nouvel Obs, une journaliste web, Sophie Gourion.

C'est le classement Klout qui le dit. Selon cet outil de mesure de l’influence sur la toile, les femmes auraient moins d'influence que les hommes. Klout attribue aux utilisateurs un score entre 0 et 100, une note calculée à partir de plusieurs variables (nombre de followers et d’amis, écho donné à vos publications, taille de l’audience engagée…). Les résultats sont sans appel, selon le site Minutebuzz, qui effectue un classement des cent personnalités les plus influentes à partir de Klout : 21 femmes pour 79 hommes. Ce qui est d'autant plus étonnant, souligne l'article, que, selon certaines études, les femmes seraient plus actives et plus présentes sur les réseaux sociaux que les hommes.

Gourion

Sophie Gourion a donc enquêté sur ses propres "followers", les personnes qui suivent ses tweets. "Intriguée par ce déséquilibre flagrant entre les sexes, j’ai décidé de mener l’enquête en analysant les bios de mes 819 followers (539 personnes une fois soustraites les entreprises, les personnes dont le sexe n’est pas identifiable, les collectifs…). Une base assez équilibrée puisqu’elle se répartit entre 275 hommes et 264 femmes". Si elle s'est intéressée aux "bios", c'est parce qu'il s'agit, selon elle, d'un "condensé d’informations en 160 caractères qui influe considérablement la perception d’un individu. Elle a, par conséquence, une incidence directe sur le nombre de followers".

Et qu'a-t-elle constaté ? "J’ai souvent été étonnée par le nombre de femmes qui se dépréciaient et minimisaient leurs compétences dans leurs bios." Elle en tire plusieurs conclusions: les femmes semblent donner davantage de détails personnels que les hommes et donc professionnalisent moins leurs bios : le pourcentage d’utilisateurs masculins mentionnant des détails de leur activité professionnelle (53%) est supérieur à celui des utilisateurs féminins (43%). Les utilisateurs se définissant comme "experts" sont à 85% des hommes. Les femmes, quant à elles, donnent plus de détails concernant leur vie maritale (célibataire, mariée, divorcée, mère) (78% des utilisateurs mentionnant ces informations dans leur bio sont de sexe féminin).

Non seulement les femmes ne se mettraient pas en valeur, mais en plus, elles auraient tendance à se dévaloriser, note-elle. Voire à faire de l'auto-sabotage. Le pourcentage d’utilisateurs mentionnant un ou plusieurs adjectifs négatifs dans leurs bios sont à 96% des femmes, souligne-t-elle. Les femmes utiliseraient elles-mêmes des stéréotypes, qu'elles auraient intégrés, pour se qualifier :"premier dans le top : le qualificatif "futile". Viennent ensuite les classiques "peste" "chieuse", "râleuse", "chiante" "énervée" "bavarde". Un macho ne saurait pas mieux définir la gent féminine !"

L'article cite également la blogueuse Marlène Schiappa Bruguière, invitée à un dîner des "acteurs du web", par Eric Besson, qui pose la question : "Sommes nous nulles en personnal branding ?". "Quand on compare les blogs animés par des hommes et les blogs animés par des femmes, les premiers ont souvent une photo et un nom affiché clairement sur leur home tandis que sur les sites des secondes, il faut chercher dans "l’à propos", souvent, pour finir par trouver leur identité. Quand je pose la question aux blogueuses, elles me répondent à tort ou à raison "Ca fait mégalo", "C’est par modestie", "Les lecteurs se fichent de savoir si je m’appelle Ginette ou Gertrude". Certaines appellent ça "tapiner". D’autres appellent ça "du personal branding".

Cette constatation, nous la faisons aussi à @si, lors de la préparation des émissions : des invitées refusant parfois de venir, estimant que leurs compétences ne leur permettront pas de prendre part au débat. Rares sont les hommes qui expriment la même crainte.


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