Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

09h15 le neuf-quinze

Des amazones à la télé

Par
Daniel Schneidermann le 26/05/2015

On a assez contesté, ici et ailleurs, la nomination par le CSA de la nouvelle présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. On vous le racontait la semaine dernière. Manoeuvres, chausse-trapes, opacité à tous les étages, il est peu de dire qu'à en croire les journalistes spécialisés, la position de Ernotte, avant même son entrée en fonctions, est fragile. Pour ne pas parler de celle d'Olivier Schrameck, président du CSA.

Là-dessus, déboule le jamais décevant Renaud Revel, chroniqueur-blogueur medias de L'Express, et porte-parole attitré du syndicat unifié des dirigeants de la télé, passés, présents, et à venir. Tout transfert, toute rumeur de transfert, toute possibilité de nomination, tout rêve de démission, est un sujet "revelisable". Et donc, pendant le week-end, Revel publie un billet annonçant le départ de France Télévisions du directeur de l'info Thierry Thuillier (notre émission avec lui est ici) et sa possible arrivée sur Canal+. Jusque là, du classique, rien à dire.

Sauf qu'au détour de ce billet, Revel livre une indication sur la future équipe entourant Ernotte. Il évoque "la nouvelle pédégère, dont l'équipe prend le visage d'un cortège d'amazones". Diantre, un "cortège d'amazones" ! Qu'est-ce à dire ? Ernotte envisage-t-elle de recruter des guerrières scythes ou sarmates ? Plus simplement, en français, Revel signifie ainsi qu'il croit savoir que des femmes auraient été approchées pour des postes de responsabilité (le seul nom cité par le chroniqueur de L'Express est celui de Bibiane Godfroid, ancienne dirigeante de Canal+ et M6).Si Ernotte s'entourait, comme tous les PDG français, d'une équipe d'hommes, Revel parlerait-il d'un cortège de myrmidons ? C'est exactement par ce genre de remarque d'un sexisme néanderthalien, que l'on peut rendre inattaquable une dirigeante à la nomination contestée. Bien joué.

Amazone

 

 

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15h33 lu

Aphatie quitte RTL (et peut-être Le Grand Journal)

Par
Anne-Sophie Jacques le 23/05/2015

Aphatie, c’est fini. Selon une information du Parisien confirmée par le site Ozap, le journaliste Jean-Michel Aphatie ne mènera plus son interview politique matinale sur RTL dès la rentrée prochaine. En cause : sa faible audience vis-à-vis de sa concurrente Léa Salamé qui intervient sur France Inter au même moment. Toujours selon ces deux médias, la place d’Aphatie sur le plateau du Grand journal de Canal+ est également menacée.

Aphatie

Copie écran du site Ozap

"L’invité de RTL" à 7h50 ne sera plus celui de Jean-Michel Aphatie à la rentrée prochaine : selon Le Parisien et le site Ozap, le journaliste qui menait l’interview politique matinale depuis 2003 n’est pas reconduit dans la nouvelle grille de la station. En cause d’après Ozap : "le journaliste s'est fait sévèrement distancer par France Inter. En effet, l'interview de Léa Salamé, diffusée à la même heure, y est écoutée par 1.933.000 d'auditeurs, contre 1.705.000 pour celle de Jean-Michel Aphatie." A en croire le site, RTL cherche ainsi à renouveler son rendez-vous politique deux ans avant les présidentielles. Il est vrai que Salamé ne se borne pas à interroger des politiques mais invite également à son micro des acteurs (Juliette Binoche ou Lambert Wilson), des écrivains (Christine Angot), des cinéastes (Wim Wenders), des architectes (Rudy Ricciotti) ou encore - joli scoop - Julien Coupat sur l'affaire dite Tarnac que nous évoquions récemment ici. De son côté, Aphatie s'entoure quasi exclusivement de politiques (mâles) : rien que cette semaine, on a pu entendre les socialistes Vincent Peillon, Stéphane Le Foll et Christian Paul mais également l'UMP Laurent Wauquiez.

Même souci d’audience, même conséquence ? Toujours selon Le Parisien et Ozap, Aphatie risque aussi sa place de chroniqueur sur le plateau du Grand Journal de Canal+ qui est "confronté à une forte érosion de ses audiences ces derniers mois". Si le départ de Natacha Polony, chroniqueuse pourtant fraîchement arrivée, est attesté, celui d’Aphatie est encore en suspens. Là encore, l'objectif annoncé de la chaîne est de "rajeunir le tour de table". Sûrement pas de rapport avec l'âge du journaliste mais plus probablement avec ces neuf ans d'antenne. Restera dans les annales son opposition à Mediapart à l'époque des révélations du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac, où Aphatie demandait sans relâche des preuves au site d'informations.

Sur twitter, concernant son départ de Canal+, le journaliste n’a rien confirmé… ni infirmé :

Aphatie

En revanche, sur son départ de RTL, le journaliste s’est contenté d’une reprise de la dépêche de Libération, et d’un merci… façon Aphatie.

Aphatie

L'occasion de rouvrir notre dossier consacré au journaliste : Aphatie en question(s)

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15h28 suivi

Les Youtubeurs de Minecraft ne comprennent pas leur succès (NYT)

Par
la rédaction le 22/05/2015

Pourquoi tant de personnes en regardent-elles d'autres jouer aux jeux vidéo ? Le New York Times s'est penché sur ce phénomène qui compte plusieurs millions d'addicts, en donnant cette fois la parole aux joueurs. Qui ne comprennent visiblement pas grand chose à ce succès.


> Cliquez sur l'image pour zoomer <

En septembre dernier, @si s'était penché sur "Twitch", cette plateforme vidéo au succès phénoménal qui permet à des internautes d'en regarder d'autres jouer. Un concept qui avait suscité les moqueries du Grand Journal, et de son animateur Antoine de Caunes, contraint de s'excuser quelques jours plus tard suite à une bronca de la communauté des joueurs sur Twitter. Pour tenter de percer ce mystère, @si avait donc donné la parole aux "twichtonautes" : pour admirer les performances des meilleurs joueurs du monde, ou pour le côté convivial, on trouvait des tas de bonnes raisons de regarder d'autres joueurs jouer.

Le New York Times s'est, à son tour, interrogé en donnant cette fois-ci la parole à... ceux qui jouent. Et force est de constater que leurs arguments sont moins abondants. "C'est super bizarre, je ne comprends même pas moi-même", avoue par exemple Mitchell Hughes, 21 ans, qui compte 4,8 millions d'abonnés sur sa chaîne Youtube, où les internautes regardent ses exploits sur le jeu Minecraft deuxième mot-clé le plus recherché sur Youtube en 2014 (retrouvez ce jeu "bac à sable" dans notre émission sur les vertus pédagogiques du jeux vidéo).

Une audience incompréhensible pour ce Youtubeur mais qui se traduit facilement en revenus publicitaires : la société Newzoo, citée dans le Times, estime ainsi que huit à dix Youtubeurs spécialisés dans Minecraft gagnent plus d'un million de dollars par an.

L'occasion de relire la chronique de Daniel Schneidermann : Twitch : fini les decaunnades !, notre article : Twitch : n'ont-ils vraiment rien à foutre de leur vie ?, et aussi de revoir notre émission, où il est largement question du jeu Minecraft : Serious Games, ils doivent être un peu chiants, sinon c'est pas crédibles !.

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15h21 suivi

Charlie : deux films privés de Cannes

Par
la rédaction le 22/05/2015

Deux documentaires, mais aucune sélection officielle. Selon BFM Business, deux documentaires sur Charlie Hebdo ont été présentés au marché du film, en marge du festival de Cannes : Cavanna de Nina et Denis Robert (que nous avions reçu sur notre plateau) et L’Humour à mort de Daniel et Emmanuel Leconte. Aucun de ces deux films ne fait partie de la sélection officielle du festival alors qu'un précédent film de Leconte sur l'hebdomadaire (C’est dur d’être aimé par des cons) avait été présenté en 2008 en "hors compétition". Mais pas cette fois-ci, malgré les efforts de Leconte qui se serait activé en coulisses pour que son film soit sélectionné, selon BFM Business et L'Express.

Charlie

Interrogé par BFM Business, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, marche sur des oeufs. Il ne souhaitait visiblement pas prendre partie entre ces deux documentaires, dont l'un donne surtout la parole à la direction de l'hebdomadaire (Leconte) et l'autre est beaucoup plus critique (version Cavanna). Dit autrement en version langue de bois : "Ce sont de très bons documentaires, que j’ai regardés à titre personnel avec passion. Mais la présence française était si forte et pléthorique cette année qu’il a fallu faire des choix.", a déclaré Frémaux.

En clair, plutôt exclure les deux docs du Festival de Cannes que de créer la polémique. Car il y avait matière. Dans le documentaire de Denis Robert par exemple, Cavanna s'en prend à Val : "Cela fait plusieurs années que je suis en conflit avec eux. Le passage de Val a été une tornade qui me laisse complètement désillusionné et à poil. Et les autres aussi, d'ailleurs. J'ai agi par faiblesse. Je me suis fait avoir tout le temps".

Le film de Leconte, qui n'a pas été présenté à la presse, apparaît plus proche de la direction actuelle à en croire simplement la liste des intervenants : Val, Riss (directeur de la rédaction), Gérard Biard (rédacteur en chef), Eric Portheault (directeur financier) ou encore l'avocat, Richard Malka, entre autres.

L'occasion de revoir la première partie de notre émission avec Denis Robert, consacrée au film sur Cavanna

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09h15 le neuf-quinze

Ménard, Cyrulnik, et les "tocards"

Par
Daniel Schneidermann le 22/05/2015

Quel talent, tout de même, ce Ménard, pour faire la Une tous les deux jours. Après les Robocops de sa police municipale, après ses statistiques ethniques en calcul mental, voici "Ménard insulte les journalistes locaux". C'est Libé qui raconte, comment le maire de Béziers, élu avec le soutien du FN, a éjecté de sa mairie deux journalistes envoyés en "médiation" par le Club de la presse Languedoc Roussillon, non sans les traiter de "tocards" ou de "sous presse".

On vous avait raconté ici comment Midi libre, voici quelques mois, s'était auto-censuré à propos de la police municipale de Béziers. Mais le noeud du conflit, c'est l'affaire Cyrulnik. Le 30 septembre dernier, Midi Libre publie un article relatant la fermeture à Béziers d'un institut de la petite enfance, dirigé par le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Midi libre interviewe une administratrice de l'Institut, Laurence Rameau laquelle, parmi d'autres explications de la fermeture, donne celle-ci :"Les parents de Boris Cyrulnik sont morts dans un camp d'extermination nazi quand il avait 5 ans. Lui a réussi à s'échapper alors qu'il avait été arrêté sur Bordeaux. Il raconte d'ailleurs tout cela dans son livre “Sauve-toi, la vie t'appelle”. Vous comprenez bien qu'un IPE Boris Cyrulnik est difficilement compatible avec le régime politique de la ville de Béziers". Contacté par téléphone par Midi Libre, Cyrulnik indique pour sa part "avoir pris la décision de partir de Béziers avant les résultats des élections municipales à Béziers. Je m'étais parfaitement entendu avec (...) l'ancienne municipalité. Puis le fait que la mairie soit devenue FN nous a confortés dans notre décision de partir. Je partage entièrement les réponses de Mme Rameau. Ce qu'elle a dit est totalement vrai". Les détails de la conversation téléphonique ne sont pas relatés. En "partageant" ce que dit Laurence Rameau, Cyrulnik endosse-t-il aussi la référence à l'extermination ? On ne sait pas.

Se voir assimilé à l'extermination nazie suscite la fureur de Ménard. Qui réagit dans son journal municipal. Et coup de théâtre ! Le 1er octobre, dans une tribune au Plus (site contributif) du Nouvel Observateur, titrée « Mon institut quitte Béziers : non, ce n'est pas à cause de Robert Ménard » Cyrulnik change (imperceptiblement) de ton: « Il ne faut pas interpréter notre départ comme un rejet du mandat de Robert Ménard. Je ne suis pas un amoureux du Front national. Le fait qu'un maire FN soit aujourd'hui à la tête de Béziers ne m'y retient pas particulièrement. Mais encore une fois, il avait été acté préalablement que nous partirions. C'est important de le dire, car nous craignons d'être engagés dans un combat qui n'est pas le nôtre. Notre projet n'est pas politique, il est éducatif. Nous œuvrons à développer l'accueil et la prise en charge de la petite enfance. Nous restons concentrés sur notre mission, sans faire de politique. »

Le procès démêlera -peut-être- ce qu'a vraiment dit Boris Cyrulnik, ce qu'il n'a pas dit, ce qu'il pense, ce qu'on pense qu'il pense, et ce que l'on doit s'interdire de penser qu'il pense. Manifestement, la médiation du Club de la Presse Languedoc Roussillon ayant échoué, il faudrait la confier à une autre organisation de défense de la liberté de la presse, une organisation  que Ménard ne puisse soupçonner de défendre "tocards" ou "sous presse". Reporters sans Frontières ?

Cyrulnik petite enfance

 

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06h51 suivi

Djihadistes "hors de combat" : quand Paris revendique

Par
Justine Brabant le 22/05/2015

Cette fois, ce n'est pas un secret. Les forces spéciales françaises ont annoncé mercredi qu'elles avaient tué au Mali deux chefs des groupes djihadistes Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et Ansar Eddine, dont l'un serait responsable de la mort de deux journalistes de RFI au Mali, en 2013. Alors que ce type d'opération est d'ordinaire peu médiatisé, le ministère de la Défense s'est cette fois fendu d'un communiqué.

Pas de "tués", d'"assassinés" ni même de "morts" en titre. Le ministre de la Défense a intitulé son communiqué "Deux importants chefs terroristes mis hors de combat au Sahel". Même pudeur (ou jargon, c'est selon) chez un certain nombre de médias français, qui annoncent en titre "l'élimination" des chefs djihadistes :

 
> Cliquez sur l'image pour zoomer <

Site du Monde, 21 mai 2015

 


> Cliquez sur l'image pour zoomer <

Site de Direct matin, 20 mai 2015

Avec des pincettes lexicales certes, mais il n'empêche : l'opération est revendiquée. Or, les autorités françaises n'ont pas toujours assumé publiquement ces assassinats ciblés (ainsi que l'expliquait sur notre plateau le journaliste Vincent Nouzille, auteur d'un livre sur les assassinats commis par les forces spéciales et les services secrets français). Dans ce cas, l'empressement à communiquer s'explique certainement par le profil des deux victimes : Ibrahim Ag Inawalen et Amada Ag Hama alias «Abdelkrim al-Targui» étaient présumés responsables de l'assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon en novembre 2013 à Kidal, et impliqués dans plusieurs enlèvements de ressortissants français.

Pour mieux comprendre les ressorts de la communication des forces spéciales françaises, (re)plongez vous dans notre émission : "Services secrets : "Sous Hollande, on prend moins de gants pour éliminer". Tueurs de la République : ce que l'on en sait"

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17h19 suivi

Charlie : la direction publie les montants des dons et recettes

Par
la rédaction le 21/05/2015

Opération transparence. Une semaine après la polémique déclenchée par la mise à pied d'une journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, et alors que cette dernière a émis des doutes sur l'utilisation des dons reçus par le journal, la direction contre-attaque en donnant les chiffres exacts des dons et des recettes perçus depuis janvier.

Un communiqué dans Charlie, un entretien au Petit journal et un autre sur Europe 1. Les principaux actionnaires de Charlie Hebdo, le dessinateur Riss et le directeur financier Eric Portheault (possédant respectivement 40% et 20% des parts du journal, le reste étant détenu par les parents de Charb, mort le 7 janvier) sont montés au front en dévoilant le montant des dons reçus par le journal ainsi que la manière dont ils allaient être distribués.

Riss sur Europe 1

Riss, sur Europe 1, le 20 mai 2015

Concrètement, le journal a reçu 4,3 millions d'euros, provenant de 36 000 donateurs. "Ces sommes seront déposées à la Caisse des dépôts et consignations, précise la direction dans un communiqué publié dans l'hebdomadaire. La répartition de ces dons sera confiée à une commission des sages" qui sera désignée par la ministre de la Justice. Par ailleurs, les ventes du journal ont rapporté environ 12 millions d'euros (avant impôts) depuis janvier et les actionnaires se sont engagés à ne pas percevoir de dividendes sur ces sommes.

Si le chiffre de 4,3 millions d'euros de dons était connu depuis février, on ne connaissait pas les modalités de distribution. Ce souci de transparence est lié à la polémique qui a éclaté la semaine dernière. Comme @si l'a expliqué, la journaliste de Charlie, Zineb El Rhazoui, menacée par les islamistes, a reçu une convocation pour un entretien préalable en vue d'un licenciement. Motifs évoqués ? Elle rendrait des papiers en retard et n'assisterait pas aux conférences de rédaction. Si la direction a fait marche arrière depuis, en réfutant vouloir la licencier, El Rhazoui n'en est pas restée là. Elle estime que cette mise à pied est liée à la publication d'une tribune, signée par elle et plusieurs journalistes de l'hebdomadaire, demandant l'ouverture de l'actionnariat de Charlie Hebdo à tous les salariés et reprochant à la direction actuelle un manque de collégialité dans les décisions (@si vous en parlait ici).

Charlie

Zineb El Rhazoui au Petit journal

Invitée du Petit journal, mardi 19 mai, elle en a remis une couche en s'interrogeant sur l'utilisation des dons reçus par Charlie : "Cet argent qui est dans les caisses de Charlie n'est pas un retour sur investissement pour les actionnaires. Cet argent, disons-le, c'est le prix du sang. Et aujourd'hui, cet argent devrait être un bien commun, un bien qui aille d'abord aux familles des victimes. Est-ce qu'ils ont reçu, ne serait-ce que des miettes des millions qui ont été envoyés à Charlie ?"

Des propos aussitôt condamnés par Coco, une dessinatrice du journal, sur Twitter :

tweet

Dès le lendemain, Riss (sur Europe 1) et Portheault (sur Canal+) contre-attaquaient donc en dévoilant tous les chiffres.

L'occasion de lire la chronique de Daniel Schneidermann sur ce dernier épisode Charlie : "Petites blagues entre survivants"

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09h15 le neuf-quinze

Bismuth : de quoi la Justice est-elle le nom ?

Par
Daniel Schneidermann le 21/05/2015

On a bien fait de faire provision de pop corn : le feuilleton Paul Bismuth va pouvoir se poursuivre. Si vous avez manqué les premiers épisodes, on vous les rappelle ici. En résumé, cette affaire dans l'affaire dans l'affaire a permis d'établir, au moyen d'écoutes téléphoniques, notamment entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, des indices de trafic d'influence auprès d'un haut magistrat de la Cour de Cassation. La Cour d'appel, saisie par Sarkozy, vient de valider toute cette procédure, et notamment les fameuses écoutes des conversations Sarkozy-Herzog, bien qu'il soit théoriquement interdit d'écouter un avocat.

Quand un avocat apparait dans des écoutes téléphoniques, les policiers ne doivent pas transcrire ces conversations, et ont le devoir de les oublier aussitôt. Ce qu'ils n'ont pas fait en l'espèce, et dont ils sont absous par la Cour d'appel, au motif, écrit-elle, que "la qualité d'avocat désigné ne se présume pas". En d'autres termes, "Me Herzog, à cette date, n'était pas le conseil désigné de M. Sarkozy, qui lui-même n'était pas partie à ladite procédure", cite Le Monde, qui s'est procuré les attendus de l'arrêt de la Cour.

Etrangement, cette grande victoire de la Justice sur le clan Sarkozy n'est pas saluée par la presse d'investigation qui suit pourtant l'affaire à la loupe, jusque dans les replis du peignoir de Herzog. A l'heure où écrit le matinaute, Mediapart s'est réjoui de cet arrêt de la Cour d'appel, mais pas encore commenté ses attendus. Quant au Monde, il se contente d'un compte-rendu très neutre, sans commentaire. Le seul qui commente, est...Le Canard enchaîné, qui se fend de quelques coups de bec bien sentis aux magistrats, en complétant la citation (incomplète, donc) du Monde : "La qualité d'avocat pressenti ne se présume pas, quand bien même fût-elle de notoriété publique", ont-ils écrit. Formule "tellement faux jeton qu'elle en devient comique", écrit Le Canard. "En résumé, toute la France sait qu'Herzog est l'avocat de Sarkozy, depuis toujours, sauf les juges et les policiers qui les surveillent".

On est ici dans la situation très classique où un fait, un fait obstiné, un fait désagréable, un fait dérangeant (ici, la duplicité de la Cour d'appel) vient ternir le récit d'un combat ô combien légitime. Que faire de ce fait ? Pourquoi Le Canard est-il le seul journal à souligner la "faux-jetonnerie" des juges, et l'attentat contre les droits de la défense ? Pourquoi n'entend-on pas les innombrables défenseurs des libertés qui, voici quelques semaines encore, ferraillaient contre le projet de loi Renseignement, et le spectre de "Big brother" ? Comment qualifier ce consensus général à laisser à la Justice le soin de débarrasser le pays de Sarkozy, à n'importe quel prix ? De quoi la Justice, ici, est-elle le nom ?

Bismuth, Google images

 

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17h04 vu

Estrosi / "excès de vitesse" : Canal+ camoufle l'ignorance de Toussaint

Par
la rédaction le 20/05/2015

C'est une sortie de piste dont Estrosi a le secret. Interrogé sur Itélé, mardi 19 mai, à propos de la mort de Zyed et Bouna en 2005 - le fait-divers qui avait déclenché un mois d'émeutes - et de la relaxe dont les policiers, poursuivis pour non-assistance à personne en danger, viennent de bénéficier, le maire de Nice et candidat UMP aux régionales en Paca a estimé que "les familles n'ont qu'à éduquer leurs enfants et faire en sorte qu'ils ne soient pas des délinquants". Zyed et Bouna des délinquants ? Quand Bruce Toussaint lui glisse qu'il n'y avait "pas de preuve", Estrosi réplique : "Mais de quoi parlez-vous ? Ils étaient bien en excès de vitesse".

Une grave erreur de fait aussitôt reprise un peu partout (RTL, Libé, LeMonde.fr, etc.). Car comme l'a précisé Itélé dans un sujet reprenant des extraits de l'interview diffusée le matin, Estrosi confond deux affaires : Clichy (2005) et Villiers-le-bel (2007). Bouna Traoré (15 ans) et Zyed Benna (17 ans) sont morts en 2005, électrocutés sur un site EDF à Clichy-Sous-Bois, après avoir fui la police, alors même qu'ils n'avaient pas commis d'infraction. Ils n'étaient pas en excès de vitesse... vu qu'ils étaient à pied. Estrosi confond avec l'affaire de Villiers-le-bel, où deux autres adolescents, Mushim et Laramy, avaient trouvé la mort dans une collision de leur scooter avec une voiture de police.

Une confusion rectifiée dans le sujet d'Itélé :


Ce n'est pas la première fois qu'Estrosi dérape et que toute la presse lui tombe dessus. Comme l'explique Mediapart, qui recense le meilleur et le pire d'Estrosi depuis 2012, c'est devenu un mode de communication chez lui. Plus c'est gros, plus on parle de lui.

De quoi susciter à chaque fois les sarcasmes du Petit journal de Canal+. Qui a donc repassé hier les mêmes extraits d'Itélé : la question de Toussaint et la réponse d'Estrosi. Avec un commentaire assassin de Barthès : "comment un responsable politique peut-il ne pas connaître à ce point une affaire qui a secoué la France il y a dix ans et que secouent encore la France depuis deux jours ?"

Le Petit journal cible Estrosi :

 

C'est vrai, comment peut-on méconnaitre à ce point une affaire qui a secoué la France ? On aurait pu aussi poser la question à Bruce Toussaint. Car Canal+ et Itélé (même groupe) ont eu la délicatesse de couper la séquence suffisamment tôt pour ne pas montrer que... Toussaint, lui-même, ne connaissait manifestement pas très bien l'affaire de 2005. Lorsque Estrosi a sorti son énormité à grande vitesse, qu'a répondu le journaliste d'Itélé ? Que "ça n'en fait pas des délinquants", validant ainsi cette énormité.

La réponse intégrale de Toussaint coupée par Itélé et Canal+ :

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14h40 lu

Transparence : Mediapart flingue le candidat du président du Sénat

Par
Anne-Sophie Jacques le 20/05/2015

Perdu ! Jean-Michel Lemoyne de Forges, le candidat proposé par le président du Sénat pour siéger à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) n’a pas été retenu hier lors de son audition par les sénateurs. Un camouflet selon Mediapart qui lundi avait dressé le portrait du poulain de Larcher, juge à Monaco, dont la candidature n’avait été annoncée que très tardivement et dont le CV n’apportait pas les gages d’une défense ardue de la transparence.

"Crash" ou "violent camouflet" : Mediapart ne lésine pas sur le vocabulaire pour souligner la tentative (ratée) de Gérard Larcher, président du Sénat, d’imposer Jean-Michel Lemoyne de Forges en tant que neuvième membre du collège de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) créée en 2013 suite à l’affaire Cahuzac et chargée d’examiner le patrimoine des parlementaires par ailleurs rendu public – mais pas toujours lisible comme on vous le racontait ici. Mediapart peut en effet se régaler. Lundi, à la veille de l’audition du candidat de Larcher, le site d’informations s’est chargé de dresser le portrait de ce candidat dont on ne connaissait rien, à commencer par sa candidature.

Mediapart

Selon Mediapart, "alors qu’une audition est programmée mardi 19 mai devant la commission des lois, afin que les sénateurs entérinent ce choix par un vote à la majorité des trois cinquièmes, le nom de Jean-Michel Lemoyne de Forges n’a été rendu public subrepticement que vendredi 15 mai au soir, glissé dans les tréfonds de l’agenda du Sénat". Et encore ! D’après le site Contexte, qui s’étonne également de cette candidature gardée secrète, de nombreux membres de cette commission "ont découvert l’information le lundi, en recevant la convocation pour le lendemain". Une convocation à 9h du matin, "horaire assez inhabituel". Et si "le président de la commission, Philippe Bas (UMP) […] assure que la présidence du Sénat aurait rendu publique cette information par un communiqué", ce dernier "ne figure nulle part sur le site de la présidence du Sénat".

Du coup, suggère Mediapart, plusieurs membres de la commission des lois ont découvert sur le site d’informations le CV de Lemoyne de Forges. A savoir : "professeur de droit public retraité, catholique engagé […] qui s’est mobilisé hier contre le mariage pour tous, avant-hier pour la liberté d’action des militants anti-IVG" mais surtout juge à Monaco. Ses liens avec le président du Sénat ? "Jean-Michel Lemoyne de Forges y côtoie l’actuelle conseillère «Justice» de Gérard Larcher, nommée sur le Rocher elle aussi en 2007, comme suppléante". Pour autant Mediapart peine à remplir le CV du candidat de Larcher à la rubrique avocat, activités entamées en 1990 et qui ont laissé peu de traces. Ce spécialiste du code de la santé a-t-il travaillé pour des laboratoires pharmaceutiques ? Mystère. Seul élément évident : ses activités d’avocat n’ont rien à voir avec les questions de déontologie ou de corruption dans la sphère publique.

Mais la question qui fâche – et que n’a pas manqué de poser en premier le socialiste Jean-Pierre Sueur et ancien président de la commission des lois – était de savoir si le juge de Monaco comptait abandonner ses fonctions en cas de validation de sa candidature. Réponse de Lemoyne de Forges reprise par Mediapart : "je rappelle quand même qu’à [la HATVP] c’est une fonction quasi bénévole. Il faut tout de même être raisonnable, puisque si mes informations sont exactes, c’est 200 euros la séance (à la HATVP), plafonné à 7500 euros par an". Notons que son poste de juge est rémunéré plus de 10 000 euros par mois. "Cela a jeté un froid" témoigne Christophe-André Frassa (UMP) cité par Contexte.

Quant à l’exigence de transparence en démocratie, l’homme n’a pas fait de mystère : pour lui, à en croire Mediapart, elle "a ses limites, parce qu’il y a un moment où l’exercice risque de frôler le ridicule. Ou encore: on n’est pas là pour faire le chevalier blanc à tout prix". Une tenue de chevalier que Lemoyne de Forges n’aura pas l’heur de porter (ou de laisser au vestiaire) : il n' a obtenu que 22 voix alors que 23 étaient nécessaires. Larcher est donc contraint de proposer un autre nom. Et pas celui d’un avocat même si – rappelons-le – l’Assemblée nationale n’avait pas hésité à recruter en 2012 au poste de déontologue chargée d’examiner les patrimoines des députés Noëlle Lenoir, par ailleurs avocate d’affaires.

Pourquoi un tel candidat qui apparaît peu fervent défenseur de la transparence ? Selon Mediapart, "sous couvert de l’anonymat, au Sénat, certains estiment que Gérard Larcher vise d’abord à tranquilliser ses troupes, pour partie ulcérées par «l’activisme» de la Haute autorité. Présidée par l’ancien magistrat Jean-Louis Nadal, un temps proche de Martine Aubry, cette instance indépendante créée à la fin 2013 a déjà saisi la justice du cas de sept parlementaires soupçonnés d’avoir fourni des déclarations de patrimoine mensongères, dont les sénateurs Aymeri de Montesquiou (UDI) [dont le nom se trouve également sur les listes HSBC dévoilées par Swissleaks], Serge Dassault (UMP) et Bruno Sido (UMP)". Les troupes ne sont donc pas (encore) tranquillisées.

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09h15 le neuf-quinze

Potus, flotus, et l'oiseau bleu

Par
Daniel Schneidermann le 20/05/2015

Jérôme et Mathieu se taquinent. Car on ne le savait pas, mais Jérôme et Mathieu sont copains. Plus précisément, Jérôme kiffe Mathieu. C'est un autre copain qui les a branchés l'un sur l'autre : et si Mathieu jouait le rôle de Jérôme ? Immédiatement, Mathieu a rebondi. "Haha, tu en penses quoi, Jérôme ?" Réponse de Jérôme : "ah ah ah Mathieu tu sais comme je t a dore. Ca m aurait fait kiffer".  Bref, on est prévenus, on le sait, on est dans le secret : s'il y a un jour un film sur l'affaire Kerviel (et il y aura un film, tôt ou tard, sur le gentil trader broyé par la méchante banque, avec la complicité de l'infâme Justice), Mathieu Kassowitz est candidat pour le rôle.

Ils ne sont pas les seuls à se taquiner. Tout le monde se taquine, sous l'aile du grand oiseau bleu. Barack et Bill, par exemple, qu'est-ce qu'ils sont drôles ! Après six ans, enfin Barack a gagné le droit de taquiner qui il veut. "Salut Twitter, c'est Barack. Après six ans, ils me donnent enfin mon propre compte" :  entrée en fanfare. Un million d'abonnés dans la journée, pour le vrai compte officiel de Barack Obama, sur lequel il taquinera en personne, et se laissera taquiner. Premier taquin : son pote Bill « Bienvenue sur @Twitter, @POTUS ! », lance Clinton (pour les attardés, POTUS est l'acronyme de President Of The United States), avec une question taquine : le nom d'utilisateur est-il attaché à la fonction ? (Autrement dit, Hillary va-t-elle hériter du joujou ?) « Bonne question, répond Obama.  Connais-tu quelqu'un qui serait intéressé par @FLOTUS ? »(toujours pour les attardés, Flotus est l'acronyme de First Lady of the United States. Par cette réponse, Barack charrie Bill, et son possible destin de pot de fleurs mâle, pardon, de "first gentleman", si Hillary est élue). Bref, les grands patrons, anciens grands patrons, futurs grands patrons de la NSA s'amusent bien. C'est un grand progrès. Ils ne sont plus, comme naguère, sur une lointaine estrade. Ils sont dans la salle, avec nous, parmi nous, au milieu de nous, copains du monde entier, il ne manque que Snowden, que fait-il ? Il boude ?

Pendant ce temps, Hillary vient d'admettre qu'elle avait fait une erreur en votant en 2003 pour la guerre américaine en Irak. Mais cet aveu intéresse beaucoup moins l'oiseau bleu. Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment réussi à trouver la blague. Ces filles, il faut toujours que ça casse l'ambiance.

Obama twitter Stromae


 

 

 

 

 

 

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15h43 suivi

Collège / allemand : Inter contredit Vallaud-Belkacem

Par
la rédaction le 19/05/2015

Des "arguments plutôt trompeurs". En ce jour de grève contre la réforme du collège, France inter a accusé la ministre de l'Education d'enfumage. Le tort de Najat Vallaud-Belkacem ? Sous-entendre qu'elle va offrir des classes bi-langues pour tous les élèves, dès la cinquième. Ce qui n'est pas le cas.

Cascade de chiffres sur France inter ce matin. Vallaud-Belkacem propose du bilinguisme pour tous dès la Cinquième ? "C'est faux", explique le journal de 8h. Les élèves en Cinquième n'auront que 2h30 de cours de Langue vivante 2 contre 3h dès la sixième en classe bilangue. Pour cette deuxième langue, les élèves bénéficieront sur toutes leurs années de collège de 270 heures de cours contre 432 heures aujourd'hui en classe bi-langue, c'est 37% d'heures en moins".


Une réforme qui retire 37% d'heures de cours de langues ? Présenté comme ça, on comprend mieux l'hostilité, notamment des profs d'allemand, contre la réforme. Mais d'où viennent ces chiffres ? Et qu'a dit exactement la ministre ?

En réalité, Vallaud-Belkacem marche sur un fil. Elle n'a jamais formellement déclaré qu'elle généralisait les classes bi-langues, ce dispositif permettant à un élève d'apprendre deux langues vivantes (souvent anglais et allemand) dès la Sixième. Et pour cause : la réforme supprime ce dispositif. Tout en reconnaissant la fin de ces classes qui ne concernent que 10% des élèves, Vallaud-Belkacem a toujours préféré insister sur l'avancée d'une année de l'enseignement de la LV2 (qui débuterait en Cinquième).

Passer rapidement sur la suppression de ces classes bi-langues, et insister sur la généralisation de la LV2 dès la Cinquième : c'est la tactique de la ministre depuis le début de la polémique sur la réforme du collège. Depuis plusieurs semaines, elle répète cette même argumentation. A l'Assemblée nationale, cela donne ceci : "Oui, les classes bi-langues n'existeront plus comme elles existent aujourd'hui. Au lieu que seulement 10% des élèves puissent commencer plus tôt leur deuxième langue vivante, c'est 100% des collégiens qui commenceront dès la classe de cinquième leur deuxième langue vivante". Sur RTL, même tactique : elle a insisté sur l’augmentation du nombre d'heures (+54) de LV2 pour les collégiens qui la commenceront désormais en Cinquième.

 

Alors, avec cette réforme, y aura-t-il 37% d'heures de cours de langues en moins ou 54 heures de plus pour les collégiens ? Les deux. Tout dépend de quels collégiens on parle. Pour bien comprendre cette bataille de chiffres, il faut revenir au principe même de la réforme : Vallaud-Belkacem supprime un dispositif qui touche une minorité d'élèves (environ 10% des collégiens sont dans une classe bi-langue) pour permettre à tous les élèves de commencer plus tôt une langue vivante. En substance, on supprime des heures qui bénéficiaient à une minorité, pour les répartir entre la totalité des élèves.

Aujourd'hui, d'après les chiffres de l'Adeaf (association qui défend l'enseignement de l'Allemand en France), repris en partie par France inter, un élève qui suit une scolarité en classe bi-langue bénéficie de 3 heures de LV2 par semaine, de la Sixième à la Troisième. Soit 432 heures. Avec la suppression de la bi-langue et la généralisation de la LV2 en Cinquième, un élève en classe bi-langue aujourd'hui va donc perdre des heures de langue (en passant de 432 à 270 heures de cours pour la seconde langue). Seulement cette perte d'heures d'enseignement ne concerne qu'une minorité d'élèves (les fameux 10%). Tous les autres élèves, ceux qui ne sont pas actuellement en classe bi-langue, vont bénéficier d'heures supplémentaires en commençant la seconde langue un an plus tôt. Résultat : 54 heures de plus sur toute leur scolarité. Au total, difficile de savoir si le volume horaire global de l'enseignement de l'Allemand va augmenter ou pas. Le gouvernement assure qu'il faudra embaucher plus d'une centaine de profs d'allemand dès la rentrée 2015. Mais y parviendra-t-il ?

L'occasion de relire notre observatoire : "Collège : pour comprendre la bataille des classes bi-langues"

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09h15 le neuf-quinze

Luz, Ginette, et les Kouachi

Par
Daniel Schneidermann le 19/05/2015

Luz ne dessinera plus Mahomet. Luz va quitter Charlie Hebdo. Comme on aimerait que personne n'en tire aucune conclusion, qu'on se contente de l'écouter, d'écouter ses mots d'explication qui se déroulent en interminable guirlande dès que se tend un micro, ses mots qui scintillent, s'entortillent sur eux-mêmes, s'envolent à mille vents contradictoires (ici ou). Comme on aimerait se contenter simplement de pouvoir regarder ses dessins qui racontent l'histoire mieux encore que les mots. Dans son dernier livre, Catharsis, dont il fait la promo, Luz a dessiné les Kouachi, enfants, le regardant dessiner. Comme on aimerait que chacun se contente de regarder le funambule funambuler vers sa résilience avec sa petite troupe : ses dessins, qui l'ont sauvé, et Ginette, sa boule dans le ventre.


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Bref, comme on aimerait n'entendre rien d'autre qu'un grand silence de chapiteau. Mais non. Impossible. Les combattants sont encore là, grondants, l'arme au pied, qui attendent de Luz des mots, un comportement de chef de guerre. De plateau en plateau, s'étale une étrange mélopée venimeuse, nommée Jeannette Bougrab. L'ancienne ministre sarkozyste est, elle aussi, en promo pour un livre. "La greffe qui marche le moins bien, c'est la greffe de couilles" a-t-elle dit, dans Valeurs Actuelles, à propos de Luz, et de sa désertion, disant tout haut ce que l'Armée pense tout bas. "Je m'en branle de cette conne", répond Luz, ce qui est la meilleure réponse.

Luz ne dessinera plus Mahomet. Oui, Luz déserte ce combat-là. Et alors ? On aimerait trouver les mots pour leur faire comprendre, à Bougrab et à tous les petits soldats, la victoire que constitue cette désertion. Leur faire comprendre, toucher du doigt, ce que ça demande, de dessiner les Kouachi enfants, l'harassement, la victoire sur soi, leur faire comprendre au prix de quel effort un tel dessin peut sortir des profondeurs des tripes pour se poser pantelant sur la feuille blanche, leur faire comprendre combien cela exige, en un mot, du courage, tellement plus de courage que pour dessiner Mahomet.

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18h25 lu

Facebook a transmis un tchat sexuel de Jean-Luc Lahaye à la police

Par
la rédaction le 18/05/2015

Facebook scanne les messages privés. C'est à l'occasion de la condamnation du chanteur Jean-Luc Lahaye à un an de prison avec sursis pour corruption de mineur que l'on a découvert cette information. Après avoir repéré une correspondance privée à connotation sexuelle entre Lahaye et une jeune fille de 15 ans, Facebook a transmis tous les éléments à la police.

"Inaudible" et "légitime". C'est en ces termes que Rue89 a qualifié la démarche de Jean-Luc Lahaye : condamné pour corruption de mineur, le chanteur se présente comme une victime. Inaudible : les retranscriptions des échanges privés entre le chanteur de 60 ans et une jeune fille de 15 ans ne laissent place à aucun doute sur leur caractère sexuel et expliquent sa condamnation. Mais Lahaye et ses avocats ont contre-attaqué ... en s'en prenant à Facebook. Car c'est bien la société américaine qui est à l'origine de l'enquête, comme le rappelle Rue89. "Ni Sophia, ni les autres jeunes filles un peu plus âgées repérées par Facebook (pour avoir eu le même type d’échanges), n’ont souhaité porter plainte contre Lahaye. Les parents, plus ou moins choqués, ont tous respecté le choix de leurs filles", explique le site d'info. En réalité, l'enquête a débuté après un signalement de Facebook auprès de la police judiciaire.

Dans le cadre de la lutte contre la pédopornographie aux Etats-Unis, Facebook utilise un algorithme qui scanne tous les messages privés et repère les contenus illicites. Selon quels critères ? Un logiciel développé par Microsoft permet de repérer les images pédopornographiques. Sont également surveillés les comptes dont la date de naissance change régulièrement (au-dessus et en-dessous de 18 ans) et dont les demandes d'amis à destination de femmes atteignent les 80%.

 

Lahaye

Des messages privés scannés par Facebook ? C'est en juillet 2012 que Reuters avait révélé cette pratique utilisée par le réseau social aux Etats-Unis pour repérer les pédophiles. "Un homme d'une trentaine d'années discutait de sexe avec une jeune fille de 13 ans [...] et avait prévu de la rencontrer le lendemain après les cours. La technologie [...] de Facebook pour balayer les messages et les historiques pour repérer les activités illégales a automatiquement signalé la conversation aux employés, qui l'ont lue avant de prévenir immédiatement la police", expliquait Reuters. En août 2014, c'est Google qui avait dénoncé à la police un habitant de Houston après avoir repéré qu'il échangeait des images pédopornographiques via son compte Gmail.

Et en France ? A notre connaissance, c'est la première fois qu'une affaire de corruption de mineur éclate après un signalement de Facebook. Pour Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l'information, interrogé par Rue89, l'affaire Lahaye est un révélateur : "Les utilisateurs devraient connaître la part de détection automatique, la part humaine et le seuil à partir duquel la société décide de signaler les comportements et à qui, police ou justice". Lahaye et ses avocats ont fait savoir qu'ils pourraient porter plainte pour "violation des correspondances privées".

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18h02 chapeau !

Corée du Nord : France 24 épingle les "fantasmes médiatiques"

Par
Justine Brabant le 18/05/2015

Une introspection comme on en lit peu. Cinq jours après l'annonce (toujours non confirmée, mais largement reprise) de l'exécution du ministre de la Défense nord-coréen, un article publié sur le site de France 24 s'interroge sur la propension des médias occidentaux à relayer sans précautions les informations en provenance de Pyongyang.


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Un démontage en règle de la tendance des "médias occidentaux" à relayer les "rumeurs les plus extravagantes", à faire l"impasse sur la vérification des informations" pour satisfaire la "curiosité malsaine des lecteurs fascinés par la dernière dictature stalinienne au monde" : le ton est offensif et, chose rare, il vient d'un média généraliste. L'article publié sur le site de France 24 (et repéré par Acrimed) se fait même volontiers auto-critique : "C'est une sorte de règle journalistique tacite qui ne s’applique qu'à la Corée du Nord. Presque tous les médias occidentaux – et France24 ne fait pas exception – la respectent scrupuleusement : ignorer l'un des fondamentaux de la profession, la vérification de l'information."

Il revient sur l'annonce de l'exécution "au canon anti-aérien" du ministre de la Défense nord-coréen par les services secrets sud-coréens, annonce dans un premier temps relayée sans précautions par la presse– avant de se voir adjoindre quelques conditionnels lorsque ces mêmes services secrets ont indiqué que cette exécution n'était pas confirmée. "Des exemples du même genre se comptent par dizaines", rappelle le site de France 24, citant la chanteuse Hyon Song-Wol (réapparue en mai 2014, alors qu'un quotidien sud-coréen avait annoncé son exécution par le régime en août 2013), ou encore la tante de Kim Jong-un dont l'assassinat, largement relayé dans la presse française en mai 2014, n'a jamais été confirmé.

Pourquoi les journalistes relaient-ils avec si peu de prudence ces annonces, alors qu'"un État comme l’Erythrée, par exemple, tout aussi fermé et violent que Pyongyang, est épargné par ce genre de rumeurs" ? Peut-être car, outre la réalité des purges, la propagande nord-coréenne apparaît volontiers extravagante pour le public occidental : "Si les deux pays sont aussi violents l’un que l’autre, l’Érythrée n’adopte pas le même langage et les mêmes pratiques loufoques que la Corée du Nord. Elle ne menace pas d’envoyer des missiles sur l’Occident", ou de "noyer Séoul dans un océan de flammes", avance l'historien Pierre Rigoulot, interrogé par France 24.

De l'art de la légende

Mais au fait, comment le site internet de France 24 avait-il traité cette information ? D'abord, comme l'écrasante majorité des sites d'info en ligne francophones : en reprenant la dépêche de l'Agence France-Presse sur le sujet, et en la titrant à l'indicatif sans mention de la source, "Corée du Nord: exécution du ministre de la Défense". Plus tard dans la journée, France 24 s'est toutefois distinguée de la plupart des médias francophones en publiant un nouvel article qui précisait dès le titre "selon Séoul"– manière de marquer la distance avec une information non confirmée (ainsi qu'@si vous le racontait ici).


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Àsept heures, une "exécution" sans pincettes...


> Cliquez sur l'image pour zoomer <

... puis dans la journée, une exécution "selon Séoul"

Le site de France 24 fait également montre de plus de prudence concernant son choix d'image : alors que dans sa première brève, il reprend une photo à la légende manifestement erronée, il utilise dans son second article un portrait du ministre moins sujet au doute. Le problème posé par la première photo ? Sa légende indique : "Un Sud-coréen suit le 13 mai 2015 à Séoul la retransmission télévisée de l'exécution du ministre de la Défense nord-coréen Hyon Yong-Chol".


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Photo et légende initialement publiées par le site de France 24
(13 mai 2015)

Cette légende a son importance : l'assassinat du ministre de la Défense, si tant est qu'il ait eu lieu, n'a jamais été retransmis à la télévision. Que nous montre alors cette photo ? Il s'agit plus probablement d'un journal télévisé sud-coréen annonçant l'exécution du ministre nord-coréen– et illustrant cette annonce avec une photo d'archive. Une photo utilisée par Le Monde, qui montre aussi un Sud-coréen devant un écran de télévision, est ainsi légendée : "Séoul, le 13 mai. La télévision sud-coréenne annonce l'exécution du ministre nord-coréen de la défense Hyon Yong-Chol, le 16 avril 2015".


> Cliquez sur l'image pour zoomer <

Photo et légende utilisées par Le Monde, qui n'évoquent pas
la "retransmission" de l'exécution à la télévision sud-coréenne, mais "l'annonce"
(13 mai 2015)

L'article publié plus tard dans la journée par France 24 contourne le problème, en utilisant une photo du ministre lui-même lors d'une conférence à Moscou le 16 avril 2015 :


> Cliquez sur l'image pour zoomer <

Photo et légende publiées en illustration du second article de France 24
(13 mai 2015)

L'occasion de (re)lire notre article : "Exécution au canon anti-aérien: la Corée du Nord, ce pays où tout peut arriver. Comment une info de troisième main est devenue une certitude pour les medias"

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09h15 le neuf-quinze

Kerviel, l'information atomisée

Par
Daniel Schneidermann le 18/05/2015

Boum ! Depuis hier soir, Mediapart fait mousser sur les réseaux sociaux le "témoignage d'une commandante de police qui fait exploser le dossier Kerviel". Rien de moins. Devant un juge d'instruction, Nathalie Leroy, commandante de la brigade financière qui a enquêté sur l'affaire, a expliqué, le 9 avril dernier, que la Société Générale avait tout fait pour détourner son enquête d'éventuelles responsabilités des supérieurs de Kerviel dans les manipulations qui ont coûté près de cinq milliards d'euros à la banque.

On connait les camps en présence, dans la bataille d'info que se livrent Kerviel et la banque. Soutenu par Mediapart et par des politiques, comme Mélenchon, Kerviel ne cesse de plaider que ses supérieurs étaient au courant de ses manipulations frauduleuses. Soutenue par la plupart des chroniqueurs judiciaires ayant assisté aux procès qui ont deux fois condamné le trader, la Société Générale martèle l'erreur individuelle. Entre les deux, pour les journalistes spécialisés, pas de salut. Comme dans tous les grands faits divers, il faut être d'un camp, ou de l'autre. Pour avoir simplement repris ici quelques passages d'une enquête de Mediapart, l'an dernier, je m'étais fait fusiller pour complotisme par les anti-Kerviel. A l'inverse, ces mêmes anti-Kerviel sont couramment traités d'infâmes complices des banques.

Que trouve-t-on dans la nouvelle salve des pro-Kerviel ? Les lecteurs intéressés tenteront de se faire leur opinion sur ce qui est solide, ou pas. L'élément le plus impressionnant du témoignage de la policière est celui-ci : «Lors du délibéré, dans les couloirs, j’ai assisté à une conversation d’une dame qui se présentait comme étant aux ressources humaines de la Société générale encore actuellement, qui ne pouvait donc se manifester et qui disait qu’elle était ulcérée que Jérôme Kerviel serve de fusible. Ne sachant comment comprendre ses propos, je me suis présentée à elle en tant que commandant de police à la brigade financière. Elle m’a dit se nommer G. C.. (…) Tout en connaissant ma qualité, elle a surenchéri en m’expliquant qu’en janvier 2008, après la découverte des faits, Frédéric Oudéa, à l’époque directeur financier, avait “séquestré” un certain nombre de cadres afin de leur faire signer un engagement de confidentialité de tout ce qu’ils avaient pu apprendre et qu’ils s’engageaient même à ne pas en parler à leur propre conjoint. De ce qu’elle me disait, la plupart des personnes ont signé cet engagement».

Diable ! Des cadres "séquestrés" par le directeur financier (et aujourd'hui PDG) de la banque ! Et la policière ne l'apprend que par une conversation de couloirs, pendant une suspension d'audience du procès ! Réplique immédiate, avec une apparence de vraisemblance, de la blogueuse-journaliste Aliocha, franc-tireuse des anti-Kerviel : "Si le directeur financier fait signer un accord de confidentialité au moment de la découverte des faits, c'est l'application d'une obligation du droit boursier en matière d'information privilégiée, pour éviter les délits d'initiés. Cela n'a rien à voir avec l'interprétation de la policière".

Au-delà des faits, qui feront peut-être l'objet d'un troisième procès, l'intéressant, ici, est la persistance de ce climat de guerre médiatique entre journalistes confirmés. Evidemment, les uns ne sont pas plus complotistes que les autres ne sont achetés par l'or de la Société Générale. Plus simplement, ce dossier financier complexe est d'abord l'otage d'une sorte d'idéologie low cost, réduite à un sondage binaire (pour ou contre les banques ? Pour ou contre la Justice ?) Puis, les camps étant constitués, leur motivation première, plutôt que la recherche patiente et douloureuse de la vérité, devient la démolition des arguments du camp d'en face. On ne sait pas si le dossier Kerviel va exploser, mais l'information est atomisée.

Kerviel 2015

 

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17h03 tweet

#NSDIRECT : Sarkozy ridicule ? LeMonde.fr modifie son titre

Par
Sébastien Rochat le 15/05/2015

Russie, Heures sup, laïcité... mais aussi revers au tennis, football et séries télé. Ce vendredi 15 mai, pendant plus d'une heure, Nicolas Sarkozy a répondu aux questions des internautes sur Twitter mêlant des sujets classiques à des sujets plus légers. Voire "ridicules", selon un titre du Monde.fr. Qui a finalement retiré le qualificatif.

Entre deux ou trois réponses sérieuses, Sarkozy a répondu à des questions plus personnelles sur Twitter. Exemple ? L'ex-joueuse de tennis a demandé des nouvelles... de son revers :

Tennis


Sarkozy a également répondu à une question sur les chances de victoire de Paris... en Ligue des champions :

Foot



Niveau série, l'ex-locataire de l’Élysée a un peu de retard sur Game of Thrones :

tweet tweet

tweet tweet

tweet tweet



Au cours de son live-tweet, Sarkozy fils en a profité pour demander à son père une plus grande télévision :

TV

tweet tweet



Autant de tweets sélectionnés par l'équipe de Sarkozy. Ridicule ? C'est ce que pensait Le Monde.fr :

Ridicule


Avant de retirer le qualificatif, comme l'a remarqué un twittos. Au minimum, c'était donc "léger" :

Juste léger

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16h42 lu

Dati et la Cour des comptes : "Le Point" contre "Le Monde"

Par
Vincent Coquaz le 15/05/2015

200 000 euros dépensés par le ministère de la justice de Rachida Dati et invalidés par la Cour des comptes. Pour Le Point, qui a révèlé l'arrêt, ce sont bel et bien les dépenses de Dati, et notamment les "frais de représentations" qui sont visés. Pas pour les décodeurs du Monde, qui estiment que la Cour des comptes fait des reproches concernant la justification des dépenses "sur la forme", plus que sur le fond.

"8 985,87 euros de factures qui n'avaient rien à faire là." Le Point a révélé mercredi 13 avril que la Cour des comptes, dans un arrêt publié le 22 janvier, épinglait la gestion du ministère de la Justice de 2007 à 2009. Selon l'hebdo, Rachida Dati "qui aimait alors paraître en Dior ou en Saint Laurent" s’est alors distinguée par "une envolée de ses frais de représentation et de réception" : 269 000 euros en 2007 pour "les fêtes et les diners organisés par madame la ministre". Sur cette somme, 8 985 euros de factures sur 260 000 "n'avaient rien à faire là" affirme l’hebdo. Pire : cet "argent a notamment servi à acheter des foulards Hermès, selon [les] informations [du Point]".

LEpoint

Et même si en interne "une partie de l’administration" s’était "offusquée du train de vie de Rachida Dati", ce sera au comptable de l’époque, légalement responsable, de rembourser la note. Et elle est plutôt salée, puisqu’aux 9 000 euros de frais, s’ajoutent des contrats avec une société de conseil de près de 180 000 euros, également invalidés. "Le gendarme des finances publiques a découvert qu'aucune des factures n'indiquait ni les prestations exécutées ni les productions fournies" pour ces contrats passés avec une société bien connue des @sinautes : Giacometti-Péron, la société de conseil de Pierre Giacometti, proche de Sarkozy, impliquée dans l’affaire des sondages de l’Elysée.

Immédiatement, la plupart des autres médias reprennent l’info... et le contrat de conseil à 180 000 n’est visiblement pas ce qui les intéresse le plus. LCI comme Les Echos par exemple, titrent sur les "habits de luxe", à grand renfort d’images d’archives censées montrer le goût de Rachida Dati pour ces dépenses somptuaires.

LCI Les Echos

En réponse, Rachida Dati a dénoncé une "cabale politique" émanant de son propre camp. Un argument qu’elle avait déjà utilisé en 2014 lors des révélations sur ses notes de téléphone de près de 10 000 euros par an. Sur le fond de l’arrêt de la Cour des comptes, l’élue UMP dément toute dépense personnelle : "Le ministère de la Justice ne m'a jamais financé de dépenses personnelles ou acheté un quelconque vêtement. Je ne vivais pas au ministère et mes dépenses étaient financées sur mes deniers personnels. La Cour des comptes ne m'a jamais mise en cause ni à titre personnel, ni à titre professionnel", a-t-elle déclaré à l’AFP.

Sur ce dernier point, les Décodeurs du Monde, qui ont "épluché" l’arrêt de la Cour des comptes, confirment la version de l’ancienne garde des sceaux. "Comme le dit Rachida Dati, à aucun moment les magistrats de la Cour des comptes ne remettent explicitement en cause le bien-fondé des dépenses de son ministère […] Le souci, c’est que les formes n’ont pas été respectées pour justifier ces dépenses. Le comptable doit en effet remplir dans ces cas-là un certificat administratif justifiant la catégorie à laquelle se rattache chaque dépense", précisent les fact-checkeurs du quotidien. "Des reproches plutôt sur la forme que sur le fond", et qui visent plutôt le comptable que Rachida Dati, jamais évoquée par la Cour des comptes, donc.

Autre élément allant dans le sens de Dati : contrairement à ce que des titres comme celui des Echos laissait penser, Dati n’a pas laissé "une ardoise à la justice de 9 000 euros d’habits de luxe". Le détail des dépenses contestées ne contient "que" 385€ de vêtements et 1 291€ d’accessoires de vêtement, le reste concernant de la papeterie, des vins mais aussi 1 600€ de fleurs.

des cadeaux ? "le problème, c'est qu'il manque les pièces pour le justifier"

Contacté par @si, le journaliste du Point auteur de l’enquête, Mathieu Lehot, souligne le sérieux de son enquête, et la singularité du dossier. "Un arrêt, donc contraignant, de la Cour des comptes qui invalide près de 200 000 euros de dépenses d’un ministère, ce n’est pas anodin. Un comptable qui signe des factures du cabinet de Rachida Dati, alors qui lui manque des pièces, ce n’est pas anodin. Alors oui, Rachida Dati se défend en disant que les dépenses n’étaient pas pour elle, mais pour des cadeaux. Et c’est ce qu’indique le comptable. Mais justement, le problème c’est qu’il manque les pièces pour le justifier", assure Lehot, en estimant qu’il faut remettre ces informations "dans le contexte de 2007, avec l’explosion des frais de représentation par rapport au prédécesseur de Dati, Pascal Clément, qui ne les utilisait quasiment pas".

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14h16 à voir et revoir

Pétain et l'affiche de propagande

Par
Alain Korkos le 15/05/2015

Pétain refait parler de lui ces temps-ci, une émission d'@si lui est consacrée, et c'est l'occasion de contempler quelques-unes des affiches de propagande réalisées sous le régime de Vichy.

Certaines d'entre elles furent réalisées par un collectif d'affichistes lyonnais qui se faisait appeler l'équipe Alain-Fournier, en hommage à l'auteur du Grand Meaulnes. De 1940 à avril 1944, l'équipe Alain-Fournier réalisa soixante-deux affiches (environ deux par mois) vantant le Travail, la Famille et la Patrie. En voici quelques-unes.

TRAVAIL

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famille

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patrie

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D'autres affiches de ces enfants de Pétain par là.


L'occasion de lire ma chronique intitulée Ça sent si bon la France.

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1940, Jean Demachy et Géraud de la Garde de Saignes - See more at: http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/pages_fantomes/fiches_thematiques/lequipe_alain-fourn/#sthash.G6WX0KCa.dpuf
1940, Jean Demachy et Géraud de la Garde de Saignes - See more at: http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/pages_fantomes/fiches_thematiques/lequipe_alain-fourn/#sthash.G6WX0KCa.dpuf
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12h41 lu

Journalistes / RG : PV contre infos ? Un policier raconte, Kahn dément

Par
Sébastien Rochat le 15/05/2015

C'était "une pêche miraculeuse". Dans le livre Connivences au service de l'Etat (éditions du Moment), Alain Prissette, ancien commandant à la section presse des Renseignements généraux, raconte comment les RG s'arrangeaient avec des journalistes pour récupérer des infos en avant première.

"Sur la vingtaine d’agents de la section presse, une demi-douzaine faisait du terrain et avait des contacts dans les imprimeries de la banlieue parisienne et dans les rédactions", explique Prissette à 20 minutes. Objectif ? Récupérer les exemplaires avant parution, afin notamment que "le politique puisse anticiper les polémiques".

"C’était un échange tacite de bons procédés avec un journaliste, un rédacteur en chef technique, poursuit Prissette. Les articles avant parution contre la fourniture d’un passeport en urgence, une carte de séjour pour la femme de ménage…" Autres avantages ? Les RG pouvaient faire sauter les PV des journalistes. Selon l'ancien commandant des RG, l'échange de bons procédés était particulièrement efficace avec l'hebdomadaire L'Evénement du jeudi, dirigé par Jean-François Kahn et Albert du Roy. "Se montrant particulièrement coopératifs pour nous aider dans notre quête de l’information, [ils] nous faisaient parvenir chaque semaine les morasses du journal, ces pages tirées pour la relecture définitive des articles, avant même qu’elles ne soient envoyées à l’imprimerie, raconte Prissette. L’échange demeurait assez basique et pour tout dire bon enfant : nous recevions, dans la foulée, les liasses de PV pour mauvais stationnement amassées par Albert du Roy dans la semaine précédant la parution… Charge à nous de les faire sauter…"

Connivences

Contacté par @si, Jean-François Kahn dément ce récit : "Franchement, je ne suis pas au courant, je n'ai pas de voiture. Mais à mon avis, il y a une confusion totale avec la préfecture de police. C'était la préfecture de police de Paris qui faisait sauter les PV. Ça en effet, c'était courant. Tous les patrons de presse connaissaient le chargé de communication de la préfecture de Police et se faisaient sauter les PV. Moi, ça me choquait profondément". 

Et avec les RG, il n'y avait pas d'échanges de bons procédés ? "A L'Evénement du jeudi, on avait repéré celui qui était chargé de nous suivre. Il venait, entrait dans la rédac et discutait avec les journalistes. On lui donnait des infos, et on pouvait lui soutirer des infos". Et Kahn de raconter : "Ce type avait quelque chose de particulier : il adorait L'Evénement du jeudi. Il nous prévenait à l'avance quand un journal allait écrire un article sur nous. Et pour l'anecdote, quand on a appris qu'on pouvait consulter son dossier auprès des RG, j'ai fait une demande. J'ai pu consulter mon dossier et j'ai vu qu'il y avait des rapports sur moi, sur L'Evénement du jeudi, sur mes livres avec des commentaires absolument dithyrambiques".

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