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Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

09h15 le neuf-quinze

Cotillard, et le chaton de Banksy

Par
Daniel Schneidermann le 27/02/2015

Banksy chaton Gaza

Comme il est mignon, ce petit chat sur les ruines de Gaza. Mais que fait-il là ? Il a été dessiné par Banksy, cet artiste de rue dont Alain Korkos vous raconté les exploits à plusieurs reprises (par exemple ici). Pourquoi Gaza, plutôt que New York ou Londres, ses terrains habituels, tout de même plus accessibles ? Pour nous mettre un grand coup de griffe, de ses mignonnes petites griffes, sur nos faces de voyeurs velléitaires et volatils. Ce qu'il nous miaule, le chaton, très gentiment, c'est que nous sommes, peuple internaute, trop indifférents pour nous intéresser à Gaza si on ne nous en parle pas avec un lolcat. Ce qu'il nous dit, c'est qu'il nous connait par coeur, dans notre notre inertie crasse, et qu'il va nous parler le seul langage qu'on soit capables de comprendre.

Et il a raison, comme le reconnait Pierre Haski sur Rue89, qui a repéré le lolcat. Il nous connait bien. Haski, et moi-même, aurions-nous parlé de Gaza, sans le chaton de Banksy ? Bien sûr que non. La concurrence des sujets est rude. Que Gaza se reconstruise, et on en reparlera à la prochaine quand les Israéliens rebombarderont. Justement. Au rythme actuel, il faudra 100 ans pour reconstruire Gaza, selon Oxfam, citée par Haski. Pourquoi ce rythme est-il si lent ? Parce que les Israéliens ne laissent passer les camions de matériaux de reconstruction qu'au compte-gouttes. Sans doute fouillent-ils les sacs de plâtre un par un, ce qui n'aide pas à accélérer le processus. 100 ans, c'est un joli chiffre tout rond, médiatiquement bankable. Mais tout de même pas autant qu'un joli chaton. Bien joué Banksy.

Ce que dévoile Banksy, c'est la pratique quotidienne du marché de l'information. Je dis bien, quotidienne. Le même soir, voici que nous tire l'oeil Marion Cotillard, au générique du 20 Heures de France 2. Cotillard ? Ah oui, avec sa collègue Mélanie Laurent, elle accompagne Hollande aux Philippines, où il est parti parler réchauffement. Le premier sujet du 20 Heures est d'ailleurs, comme il se doit, largement consacré aux deux comédiennes, qui éclipsent largement Royal, Hollande, et Hulot lui-même. Cotillard explique que Hollande "a un discours très intelligent et très réfléchi" sur le changement climatique, elle en a parlé avec lui dans l'avion. Nous voici rassurés. Si elle lui donne un brevet d'intelligence, tout va bien. Et, à la fin du reportage, le présentateur Julian Bugier, s'adressant à l'envoyée spéciale : "Maryse Burgot, la question que tout le monde se pose, c'est pourquoi ces deux actrices aux côtés du chef de l'Etat ?". Julian, pensez-vous vraiment que tout le monde se pose la question ? Avez-vous vu le chaton de Banksy ?

Cotillard Manille

 

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18h44 grrr !

Alain Soral, ce grand sociologue... pour la Fnac

Par
Justine Brabant le 26/02/2015

Alain Soral, ce grand sociologue. Dans l'une de ses "sélections d'auteurs", classés par discipline, le site de la Fnac fait figurer le polémiste antisémite Alain Soral : il est "n°2" du "Top 10 des sociologues" établi par l'enseigne culturelle.

Vous voulez lire un peu de sociologie pour égayer vos soirées, mais vous avez déjà l'intégrale de Bourdieu ? Pas de panique : le site de la Fnac propose à ses clients une sélection d'auteurs par discipline, sous la forme de "Top 10". Sans trop de surprises, Platon arrive n°1 du "Top 10 des philosophes". Beau challenger, Alexandre Jollien le talonne – semant René Descartes et Jean-Paul Sartre avant le sprint final.

Plus étonnant : le "Top 10 des sociologues" [retiré par la Fnac de son site suite à la publication de cette brève, cf mise à jour plus  bas]. On y accède depuis la page "Sociologie" de la rubrique Livres, en cliquant sur la mention "Nos sélections auteurs : Top 10 des sociologues". Le grand vainqueur ? Emmanuel Todd. Plus connu comme démographe et historien que comme sociologue, mais admettons. Plus difficile en revanche d'expliquer la place sur le podium du polémiste et politicien Alain Soral, plus connu pour ses sorties complotistes, antisémites, homophobes ou encore anti-roms que pour son analyse du fait social – lui-même émarge sur son site comme "écrivain", et n'a pas jamais suivi de cursus en sciences sociales (il a stoppé ses études en terminale).


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En bas, à gauche du portail du rayon sociologie, la "sélection auteurs" de la Fnac...


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... et dans la sélection en question, au rang n°2 : Alain Soral.

D'un clic sur sa "fiche artiste", les clients peuvent ainsi se procurer les œuvres-phare du polémiste, riches d'intenses morceaux de sociologie tels que : "«La femme est l'avenir de l'homme...» Cette citation devenue célèbre résume à elle seule le credo de l'époque, son idéologie. Que le poète qui a écrit cette sentence ait vécu en stalinien et fini pédé devrait pourtant inciter à la prudence, voire à la réflexion" (quatrième de couverture de Vers la féminisation, 3e ouvrage dans la liste de la "page artiste" de Soral) ou encore "L’existence, au plus haut niveau d’initiation, de maçonneries sataniques type: Illuminati, Skull and Bones et autres sectes vouant un culte aux dieux anti-chrétiens, babyloniens ou égyptiens (…) n’est pas si délirante." (p. 113 de Comprendre l’Empire – pour plus de citations d'Alain Soral dans le texte, voir cette recension par Mediapart).

Ces classement sont-ils le fruit d'une sélection opérée par des libraires ou des employés de la Fnac, ou plutôt d'un algorithme prenant en compte les meilleures ventes et/ou les "notes" attribuées aux ouvrages par les clients du site ? Le service de presse de la Fnac, contacté par @si, explique qu'il s'agit bien d'une sélection effectuée à partir des meilleures ventes, mais ajoute que le classement "date d'il y a quinze mois, quand A. Soral avait publié avec Eric Naulleau ses Dialogues désaccordés", et que "c'est une erreur, la page ne devrait plus être en ligne." De fait, vendredi matin, le "Top 10 des sociologues" renvoyait vers un message d'erreur.

L'occasion de vous replonger dans notre dossier (fourni) sur Alain Soral, Dieudonné et autres "confusionnistes".

[Mise à jour, 27/02, 10h : ajout de la réponse du service de presse de la Fnac.]

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17h58 entendu

Ukraine / néonazis : clash Guetta-Philippot (France Inter)

Par
Anne-Sophie Jacques le 26/02/2015

Ambiance houleuse dans la tranche matinale de France Inter. Lorsque le vice-président du Front national Florian Philippot, invité par la radio publique, a évoqué l’extrême droite nazie au pouvoir en Ukraine, le chroniqueur géopolitique Bernard Guetta s’est emporté en assurant que l’extrême droite ukrainienne s’était écroulée lors des dernières élections. Qui a raison ? Un peu les deux.

On appelle ça un clash. Ce matin, à l’occasion des questions des auditeurs, l’animateur de France Inter Patrick Cohen a interrogé son invité, le vice-président du Front national Florian Philippot, sur la question ukrainienne. Ce dernier a alors assuré à l’animateur qu’"il y a deux Ukraine. L'extrême droite nazie, c'est elle qui est au pouvoir, vous confondez". Fureur de Bernard Guetta, chroniqueur en charge de la géopolitique et présent sur le plateau : "vous ne pouvez pas dire ça. Aux dernières élections, l'extrême droite ukrainienne représentait moins que l'extrême droite en France ! Arrêtez de dire que l'Ukraine serait gouvernée par des nazis, c'est n'importe quoi" s’agace le chroniqueur avant d’assurer que, selon les résultats électoraux, l’extrême droite s’est écroulée à moins de 5%. S’ensuit alors une passe d’armes  retranscrite notamment par le site Ozap. Guetta finit par demander à Cohen de faire taire Philippot, lequel réplique que ce n’est pas vraiment dans l’esprit du 11 janvier.


Au-delà du clash, qui a raison ? L’extrême droite est-elle effectivement au pouvoir en Ukraine ou les dernières élections ont-elles sorti du gouvernement les membres néonazis issus notamment du Parti Svoboda ? "La vérité est entre les deux" répond Olivier Berruyer qui suit l'actualité de la crise mais aussi l’actualité ukrainienne sur son blog les-crises.fr et qui fut l'un des nos invités à notre émission sur l’Ukraine. Si on s’en tient aux résultats des dernières élections, les législatives du mois d’octobre, Svoboda est en effet passé sous la barre des 6% – et non 5% comme l’affirme Guetta – un score trop faible pour avoir des députés au parlement. En 2012, ils étaient près d’une quarantaine. De même, tandis que le gouvernement a compté jusqu’à six ministres issus du même parti, il n’en reste aujourd’hui plus un seul.

Pour autant, précise Berruyer, "il sera faux d’affirmer qu’il n’y a plus d’extrême droite au pouvoir en Ukraine. D’abord, tout dépend de ce qu’on appelle extrême droite. De nombreux néonazis sont restés au pouvoir ou ont changé de parti, sans compter tous ceux qui sont clairement fascisants". Berruyer cite alors Andrew Parubiy, cofondateur de Svoboda et aujourd’hui vice-président du Parlement ou encore Oleg Lyashko, président du parti radical et député, par ailleurs chef du bataillon "Ukraine" et accusé par Amnesty International de kidnapping et de traitements dégradants…

 

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17h46 buzz

Bild : "Nein" aux Grecs "avides"

Par
la rédaction le 26/02/2015

Le quotidien ultra-conservateur allemand Bild a lancé jeudi 26 février une campagne de selfies ouvertement hostile à la Grèce. Le principe est simple : il suffit de se prendre en photo en tenant une page de l'édition du 26 février barrée d’un "NEIN!" majuscule. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Le quotidien national allemand Bild aime faire parler de lui, et il a remis ça aujourd’hui. Le journal propose aux lecteurs de se prendre en photo avec leur édition du jeudi 26 février, dont la deuxième page, également disponible en ligne en version imprimable, est barrée d’un bandeau bleu agrémenté d’un "Nein!" majuscule. Bild assortit son "non" d’une phrase pour le moins explicite : "Pas de milliards supplémentaires pour les Grecs avides". Les photos doivent être envoyées par mail à la rédaction.


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Deuxième page du Bild - 26 février 2015

Le site de Bild ne dit pas combien de photos il a reçu mais il a déjà publié un article présentant quatre-vingt-treize photos de lecteurs tenant leur page. En voici quelques exemples :


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De quoi réjouir le rédacteur en chef Kai Diekmann, qui s'est vanté de la réussite, toute discutable puisqu'on ignore le nombre de participants, de l’initiative sur Twitter : "Record de participation à l’action des lecteurs du Bild contre de nouveaux crédits chiffrés en milliards".


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Avec cette campagne, Bild espère influencer le vote du Bundestag à propos du prolongement du plan d’aide à la Grèce. Les parlementaires allemands doivent se réunir sur le sujet vendredi 27 février. Malgré quelques dissensions au sein des députés de la fraction chrétienne-démocrate CDU-CSU, comme le rapporte dans un article le site du Spiegel Online, le Bundestag devrait valider la reconduction du plan d’aide.

Ce n’est pas la première fois que Bild s’en prend aux programmes d’aides de l’Union Européenne à la Grèce. En 2010 déjà, il s’attaquait directement - et violemment - aux Grecs. A l’époque, de nombreux articles étaient parus, aux titres plus provocateurs les uns que les autres : "Pourquoi payons-nous aux Grecs leurs retraites de luxe?", "Nous ne voulons pas épargner pour la Grèce !", "Peur pour notre argent, les Grecs seront bientôt fauchés"...

"Arrêt Immédiat" de l'action

La nouvelle campagne de Bild a suscité de nombreuses réactions. Le journaliste médias Stefan Niggemeier, qu’@si vous a présenté l’année dernière, et qui écrit pour de nombreux journaux allemands dont Die Zeit et le site Krautreporter, a par exemple réagi par un tweet ironique : "La rédaction de Bild a réalisé hier qu’ils traitaient de la Grèce avec beaucoup trop d’objectivité".


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Réponse de Stefan Niggemeir à la campagne du Bild

Dans le même temps, l'organisation de jeunesse du parti social-démocrate SPD Jusos a lancé une contre-campagne : "Non à l’incitation à la haine dans les quotidiens!.", peut-on lire sur le site de Jusos. La campagne (avec un Nein en rouge) a été diffusée sur Twitter :


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Les participants postent leurs tweets avec les mots-clés #nein et #BILD :


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L’association des journalistes allemands (le DJV), la plus importante association de journalistes en Allemagne, a publié jeudi 26 février un communiqué réclamant "l’arrêt immédiat" de l’action : "la campagne de selfies du Bild dépasse les limites et se fait campagne politique", ce qui est "douteux en terme d’éthique médiatique", déclare le DJV.

(Par Juliette Gramaglia)

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16h31 vu

Le Louvre-Lens à Auchan...

... ou le discours verbal contredit par le discours visuel

Par Alain Korkos le 26/02/2015

Le Louvre-Lens, nous apprend un reportage d'Arte diffusé il y a deux jours, s'installe pendant une semaine dans une galerie marchande accueillant huit millions de visiteurs par an. Opération culturelle désintéressée, affirme Didier Lebon, directeur de ce centre commercial créé par Auchan. Arte semble approuver. À moins que…


« Je pense qu'un lieu comme la galerie marchande d'Auchan Noyelles-Godault, déclare Sylvie Lantelme, responsable de la médiation au Louvre-Lens…

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« … peut être, si les personnes sont accompagnées, un lieu d'éveil à la culture. L'émotion artistique, elle peut être produite, vécue, ressentie n'importe où. Ici, comme dans un musée. »

En illustration de ces propos, deux vues de la galerie marchande au plafond de laquelle sont fixés des kakémonos* représentant différentes oeuvres d'art conservées au Louvre-Lens : une Vierge à l'enfant de Botticelli (qu'on verra de plus près plus tard)…

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…suivie par un Saint Sébastien du Pérugin et le Portrait de Dona Isabel de Requesens par Raphaël :

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______
* Un kakémono est une peinture ou une calligraphie japonaise verticale. Les publicitairtes ont décidé d'appeler ainsi les banderoles de format vertical vantant des marques ou des produits.

Tout de suite après, une merveilleuse vue sur l'intérieur de l'hypermarché Auchan au plafond duquel sont accrochés des centaines de promotions, réclames et autres informations indispensables :

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Elles sont suivies par un plan nous montrant un autre kakémono, celui du portrait d'une hôtesse de caisse :

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La voix off nous dit alors : «Pour l'enseigne de grande distribution qui fut l'un des mécènes bâtisseurs du musée… » À ces mots s'inscrit sur nos écrans un plan rapproché de la Vierge à l'enfant de Botticelli :

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«… il ne s'agit pas uniquement d'une opération événementielle. » Intervient alors Didier Lebon, directeur du centre commercial :

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« Nous sommes un acteur de la vie locale à part entière. Donc il n'y a aucun aspect commercial par rapport à l'animation et à la découverte de la culture dans notre centre. C'est véritablement un partage ».

Apparaît un autre kakémono, une Tête d'ange en mosaïque provenant de la basilique de Torcello à Venise. Il ne s'agit pas là d'un plan fixe, mais d'un mouvement de caméra qui descend vers deux kakémonos publicitaires accrochés dans la vitrine d'un magasin. De la mosaïque byzantine nous passons au selfie #FUN et aux basquettes #SHINY d'une boutique de fringues :

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Le reportage continue avec les activités dispensées aux enfants dans la pyramide de toile installée par le Louvre-Lens, les intervious d'une mère de famille et d'un enfant, la phrase finale de la responsable de la médiation et la conclusion de la voix off qui dit que « Le Louvre-Lens (…) se prend même à rêver que l'on vienne au musée aussi souvent qu'au supermarché. »

Cette très charmante bobine d'Arte est une ode au partenariat unissant le Louvre-Lens et Auchan, un dithyrambe en forme de panégyrique élogieux, un paquet de louanges deux-pour-le-prix-d'un-profitez-de-nos-promotions-en-tête-de-gondole. Dans les mots, en tout cas. Car la succession des images nous montrant des reproductions d'oeuvres d'art suspendues et des kakémonos publicitaires peut être perçue comme un commentaire ironique et muet, une façon de dire qu'ici l'on rabaisse l'art au niveau de la réclame.

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À moins qu'il s'agisse d'une manière de constater que l'art et la réclame sont deux produits de consommation équivalents, Botticelli / H&M même combat.


Remerciements à Louvre pour tous qui a déniché cette perle.

 

L'occasion de lire ma chronique intitulée L'hypothèse du tableau volé.

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14h15 flash

Mémorial de Caen : annulation des Rencontres du dessin de presse

Par
Sébastien Rochat le 26/02/2015

On ne rira pas à Caen. Quarante-quatre dessinateurs, venus du monde entier, devaient participer aux 5e Rencontres du dessin de presse, organisées par le Mémorial de Caen, les 10 et 11 avril. Mais à la suite des attentats à Paris et à Copenhague, la rencontre a été annulée. A cause de menaces précises ? Non, mais "on ne peut pas travailler avec la boule au ventre", nous déclare le directeur du Mémorial, Stéphane Grimaldi.

Le symbole est terrible. Deux mois après l'attentat contre Charlie Hebdo, le Mémorial de Caen a décidé d'annuler les 5èmes rencontres du dessin de presse. Quarante-quatre dessinateurs étaient attendus. Quels sont les motifs de l'annulation ? "Parce que notre site Internet a été plusieurs fois attaqué et en raison du drame de Copenhague, nous ne pouvons évidemment pas organiser sereinement nos prochaines rencontres des dessinateurs de presse dans l’esprit dans lequel elles se sont toujours tenues", indique un communiqué transmis à la presse.

Dessin de presse


Y'a a-t-il eu des menaces précises ? "On n'a pas eu de menaces, reconnaît le directeur du Mémorial, Stéphane Grimaldi, joint par @si. Le site web du Mémorial de Caen a été piraté plusieurs fois. Ils sont rentrés dans le système informatique, ont mis un virus. Ça a été une première alerte. Et ensuite, il y a eu l'attentat de Copenhague. Des dessinateurs, qui sont des "durs" mais je ne veux pas citer de noms, m'ont demandé comment j'allais faire pour garantir leur sécurité. Il y avait aussi des inquiétudes des salariés du Mémorial de Caen. Car Copenhague, c'était un dessinateur. Là, il y en aurait quarante-quatre". Et alors ? "Ce sont 44 dessinateurs qui investissent la ville, poursuit Grimaldi. Ils vont dans des lycées, ils parlent devant un public. Le public peut approcher les dessinateurs. Quoi qu'il arrive, cela n'aurait pas été possible d'organiser une manifestation aussi libre. On s'est donc réuni hier, on en a parlé entre nous en réunion, et on a décidé de reporter la manifestation". Reporter à quelle date ? "Ça c'est la question piège et dégueulasse, lâche le directeur. Je ne sais pas".

La préfecture a-t-elle dissuadé le Mémorial d'organiser cette manifestation ? Non. "Les autorités m'ont dit : on ne vous interdit pas de le faire, on vous suit", nous répond Grimaldi. Alors pourquoi annuler s'il avait le feu vert ? Au téléphone, le directeur assume : "On ne peut pas travailler avec la boule au ventre. Je ne peux pas prendre le risque vis-à-vis du public et organiser une manifestation avec une telle tension". Et quand on ose insister sur le fait qu'il n'y avait pas eu menaces, la conversation se tend : "Généralement, on ne prévient pas quand on fait un attentat". Comme dirait Daniel Schneidermann, on n'a pas fini de rire.

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11h28 ça reste à vérifier

« Tous Ensemble » (TF1) : un artisan accuse, et se rétracte

Par
la rédaction le 26/02/2015

"Tous Ensemble", l’émission de TF1 dans laquelle un groupe d’artisans "solidaires" remet en état des habitations n’a pas fait que des heureux. Dans un article publié samedi 21 février dans l’édition Deux-Sèvres du Courrier de l’Ouest, le terrassier Hervé Audureau se plaignait des conditions de travail. Mercredi 25 février, la rédaction du Courrier s’est rétractée dans une brève lapidaire. Contacté par @si, Audureau dément avoir parlé au journaliste du Courrier de l'Ouest... alors que ce dernier maintient.

La déclaration publiée mercredi 25 février dans l’édition Deux-Sèvres du Courrier de l’Ouest est brève. Le "récit du chantier que ‘Tous Ensemble’ a mené à Argenton-l’Eglise pendant plus de trois semaines ne correspond pas à la réalité. Nous présentons donc nos excuses pour cette information erronée".


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Capture Le Courrier de l'Ouest - 25 février 2015

De quoi s’agit-il ? L’émission de TF1 « Tous Ensemble » s’occupe de remettre en état des habitations avec l’aide d’artisans "solidaires" de la région. Ils tournaient dernièrement à Argenton-l’Eglise, dans le département des Deux-Sèvres. Samedi 21 février, Gérard Curé publie dans l’édition Deux-Sèvres du Courrier de l’Ouest un article dans lequel le terrassier Hervé Audureau, qui travaille sur le chantier, critique le comportement de l’animateur phare de l’émission, Marc-Emmanuel Dufour : "dès le premier jour, l’ambiance s’est tendue, l’animateur se moquant des artisans qui étaient là". Selon lui, les artisans qui participaient au chantier à Argenton-l’Eglise "en ont eu ras-le-bol et ont tout abandonné", les laissant à trois pour faire le travail, au lieu des vingt artisans.

Le journal s’est ensuite excusé pour l’article incriminé mercredi 25 février, après avoir reçu un appel d’Audureau qui « s’est rétracté pour des raisons qu’on ignore. », raconte le directeur départemental adjoint Jean-Jacques Fouquet. "Il a téléphoné à la rédaction locale lundi pour se plaindre, disant qu'on lui avait fait tenir des propos qu’il n’avait pas tenus".

"Je n'ai jamais parlé à Gérard Curé"

Et c'est là que l’histoire se complique. Contacté par @si, Hervé Audureau déclare n’avoir "jamais parlé à Gérard Curé". Il n'aurait parlé qu'à un autre journaliste, Guillaume Raineau, venu sur place prendre la photo pour l’article. Selon Audureau, c’est donc Raineau qui aurait rédigé l’article : "Ce qu’il a mis dedans, ce ne sont pas mes propos", affirme-t-il. Il reconnaît cependant avoir eu un différend avec Marc-Emmanuel Dufour, qui s’est excusé devant l’équipe sur le chantier mardi 24 février à la remise des clés de la maison.

De son côté Gérard Curé, directeur départemental du journal, affirme pourtant avoir discuté au téléphone avec Audureau : "Hervé Audureau m’a téléphoné, il était très remonté. Il m’a raconté ce que j’ai écrit". Le journaliste admet toutefois avoir fait une "erreur" : "Je n’ai pas téléphoné à la production de l’émission par manque de temps pour vérifier les propos de M. Audureau", notamment en ce qui concernait les défections des artisans. "C’est sa parole contre la mienne", conclut-il. "J’assume l’article et l’erreur : on a d’un côté un journaliste qui a été léger sur la vérification des faits et de l’autre quelqu’un qui se contredit".

(Par Juliette Gramaglia)

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09h15 le neuf-quinze

Béziers et ses mystères

Par
Daniel Schneidermann le 26/02/2015

Tiens, un peu d'info locale, pour changer. Coup de tonnerre dans la campagne des départementales : Florian Philippot, numéro deux du Front National, annule sa venue à Béziers, prévue pour le 14 mars prochain. C'est un scoop du journal local, Le Midi libre. Motif de l'annulation ? Robert Ménard, maire de la ville, n'est pas disponible ce jour-là. Diable; faut-il que les choses soient graves, et le mot d'excuses bien argumenté, pour expliquer un tel affront à une si haute personnalité nationale. Pourquoi Ménard n'est-il pas disponible ? Il réceptionne les flingues de sa police municipale ? Il négocie pour l'achat en leasing d'un char Leclerc ? Non. Il "rebaptise une rue", explique sobrement Midi libre.

A ce stade, le matinaute doit confesser une lacune : il ignore tout du rituel de la rebaptisation (ou du rebaptême ?) de rues dans l'Hérault en général, et à Béziers en particulier. Peut-être ce rite inclut-il des festivités, laïques et religieuses, qui peuvent se prolonger toute une journée, et déborder sur une partie de la nuit. Peut-être suppose-t-il, de la part du premier magistrat, une concentration, une immersion intellectuelle, incompatibles avec toute autre activité, et notamment une réunion politique. En grand désarroi et en quelques clics, le matinaute s'est donc plongé dans la situation politique biterroise, et a découvert un sacré sac de noeuds, à base de glissements entre UMP et FN, et d'embouteillage de candidats soutenus alternativement par tout le monde et personne. Ce sac de noeuds étant excellemment décrit dans un article du Point, je renonce paresseusement à tenter à mon tour de le décrire. Bref (pure déduction) il est parfaitement possible que Philippot et Ménard, devant cette situation inextricable, aient convenu d'un commun accord qu'il était plus urgent de rebaptiser une rue, pour ne pas trop attirer l'attention des media nationaux.

Voilà, en tout cas, tout ce que les lecteurs de Midi libre ne sauront pas. Midi libre, c'est ce journal dont le PDG a récemment censuré un article, justement sur la nouvelle campagne d'affichage promouvant l'armement de la police municipale, de crainte d'une plainte en diffamation de Ménard. Une chose est sûre : avec de tels articles, le journal ne risque plus rien.

Béziers char d'assaut

Béziers : humour twitter, non censurable

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18h56 lu

"Montpellier journal" visé par deux plaintes d'un élu du Parti de gauche

Par
Vincent Coquaz le 25/02/2015

"Le maire de Grabels (Hérault) et vice-président de la métropole de Montpellier voudrait-il faire taire un site qui visiblement le dérange ?" René Revol (Parti de gauche) a annoncé lundi qu’il allait poursuivre au civil le directeur de la publication de Montpellier-journal.fr, Jacques-Olivier Teyssier, pour diffamation et au pénal pour dénonciation calomnieuse. Le maire de Grabels (7 000 habitants, limitrophe de Montpellier), reproche au site indépendant (sur abonnement) deux enquêtes : l’une sur les accusations de corruption passive visant René Revol dans le cadre d'octroi de permis de construire, l’autre sur ses liens avec un entrepreneur du bâtiment de la ville.

Montpellier journal

Montpellier journal avait publié en 2010 une enquête sur le budget publicité des collectivités territoriales, véritable perfusion pour certains journaux

Lors du conseil municipal de lundi (dont Montpellier journal diffuse des extraits), René Revol s’est surtout montré remonté contre la reproduction de ces articles, remis en page par une personne anonyme et diffusés dans les boîtes aux lettres de Grabels.

Dans le premier article, daté de décembre 2014, Montpellier journal revient sur des permis de construire que Revol a accordés à la société d’un certain Abdelhakim Nacer. Ce dernier accuse le maire de corruption passive (versement d’une somme à une association en l’échange de l’octroi du permis de construire), mais a été condamné pour diffamation (ce que précise bien l’article de Montpellier journal, contrairement à ce qu'indique Revol lors du conseil municipal). Autre point de débat : Montpellier journal s’interroge sur le fait que René Revol aurait octroyé ces permis de construire sur une zone qu’il savait inondable.

Dans la seconde enquête, Montpellier journal a révélé que Revol "a pris deux décisions d’urbanisme sur sa commune qui ont conduit à faire un cadeau, volontaire ou pas, au patron d’une entreprise grabelloise de ravalement", alors que ce même entrepreneur a reconnu avoir donné "un coup de main" lors de la campagne municipale de 2008 au maire de Grabels.

"Il ne m'a jamais précisé où j'aurais pu me tromper"

Contacté par @si, le directeur de la publication de Montpellier Journal Jacques-Olivier Teyssier confirme qu’il a appelé le maire pour qu’il puisse donner sa version pour les deux papiers (et Revol est effectivement longuement cité dans les papiers en question). "Pour un des articles, il s’apprêtait à s’expliquer, puis il m’a raccroché au nez. Une autre fois, il a exigé que je reproduise intégralement ses propos, mais ce n’est pas mon rôle. Après publication, il me parlait d’erreurs, donc je lui proposais de corriger. Mais il ne m’a jamais précisé où j’aurais pu me tromper… ", indique par ailleurs Teyssier. @si a également essayé de joindre René Revol, sans y parvenir.

René Revol a déposé une quatrième plainte contre X visant les personnes qui auraient informé Jacques-Olivier Teyssier. Comprendre : ses sources. Ce qui pourrait bien être un problème pour Montpellier journal : ainsi que nous l'explique Teyssier, le site ne dispose pas d’un numéro de commission paritaire, et n’emploie pas de journalises détenteurs de la carte de presse (une première demande est actuellement en cours, selon lui). Malgré son nom, la justice pourrait donc considérer Montpellier journal comme un blog et non pas comme un média. Or en 2013, les députés avaient refusé d'étendre la protection des sources aux blogueurs.

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18h30 suivi

Charlie : 1,6 million d'euros de dividendes pour Val ? (BFM Business)

Par
la rédaction le 25/02/2015

A Charlie, l'argent est un "sujet sensible". Selon BFM Business, à l'époque où il était directeur du journal, Philippe Val aurait perçu 1,6 million d'euros de dividendes à lui seul, alors que les salaires "y étaient faibles".

Que faire de tout l'argent reçu par Charlie après l'attentat ? La question est d'autant plus délicate que l'hebdomadaire a connu des conflits, par le passé, à propos de la répartition des recettes du journal. Le Monde avait déjà évoqué les "déchirures de 2008", quand l'ex-directeur Philippe Val avait perçu 300 000 euros de dividendes (tout comme Cabu) après la vente du numéro sur Mahomet "C'est dur d'être aimé par des cons".

300 000 euros, c'était déjà beaucoup. Mais l'ancien directeur du journal aurait, en fait, touché bien plus. "Quand Charlie se portait bien, les bénéfices n'ont pas été gardés en réserve, mais reversés en quasi-intégralité aux actionnaires qui, en six ans, se sont ainsi octroyés collectivement 3,8 millions d'euros de dividendes", assure BFM Business. Alors que les salaires "y étaient faibles", ce système de distribution de dividendes "ne bénéficiait qu'aux quatre salariés qui étaient parallèlement actionnaires: Bernard Maris (13,3%), le directeur financier Eric Portheault (6,6%), Cabu (40%), et le directeur de la rédaction Philippe Val (40%)". Pendant la période où Val était directeur du journal, BFM Business affirme qu'il "a touché ainsi 1,6 million d'euros". Un chiffre d'autant plus élevé que le journal a connu des difficultés financières par la suite. Voilà pourquoi le retour de Val, un temps évoqué par la presse, n'aurait pas eu lieu.

BFM Business

Aujourd'hui, une partie de l'équipe de Charlie Hebdo souhaite transformer la société en coopérative afin que le titre ne soit plus détenu par une poignée d'actionnaires.

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16h30 suivi

Dîner CRIF : précisions sur la déduction fiscale

Par
Anne-Sophie Jacques le 25/02/2015

Dans quelle proportion le dîner du CRIF est-il déductible des impôts ? Dans son billet de mardi consacré à Roger Cukierman, président du conseil représentatif des institutions juives de France, Daniel Schneidermann revenait sur ce "dîner de gala aux frais du contribuable" puisque, selon le matinaute, "le carton d'invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, [ouvre] droit à une déduction fiscale de 800 euros". Ce qui, ajoutait-il, "fait les délices d'une partie de l'islamosphère" et notamment Le journal du musulman qui évoque le buzz généré par la photo du carton d’invitation.


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En effet, depuis mardi, cette photo circule sur les réseaux sociaux ou sur les sites pas forcément amis du CRIF comme celui-ci ou encore celui-là. Pour ce dernier, "il semblerait, selon l’annotation en bas à droite de la photo ci-dessous, qu’il soit possible de s’en faire rembourser, tout du moins déduire, 800 par l’État". Une annotation qui précise "Cerfa à 800 € déduction". Cette hypothèse est également formulée dans notre forum par l’un de nos abonnés qui fait le calcul suivant : "À 700 invités, cela fait 560 000 euros versé par les contribuables à cette association". Autrement dit, sur un dîner à 900 euros, 800 euros sont payés par le contribuable.

Quasi 90% du prix de la soirée seraient donc remboursés par l’Etat ? Comment est-ce possible ? Joint par @si, Yonathan Arfi, vice-président du CRIF, précise : "non l’Etat ne rembourse pas 800 euros. La mention indique seulement que sur les 900 euros dépensés pour participer au dîner, seuls 800 euros sont considérés comme un don, les 100 euros restants sont le prix du repas uniquement. Et seuls les 800 euros ouvrent droit à une déduction fiscale, et non un remboursement". Le vice-président tient également à préciser que de nombreuses personnalités sont invitées et donc ne dépensent pas un sou pour la soirée – sans vouloir livrer de proportion entre les entrées payantes et gratuites. Il ajoute que si une personne souhaite dîner sans avoir les moyens de faire un don, il en a la possibilité. Mais ce n’est pas – dit-il – dans la logique de la soirée qui est de marquer son soutien au CRIF. Enfin, il reconnaît que la formule présente sur le carton n’est pas très explicite.

Conclusion : en participant à la soirée, les généreux donateurs non invités paient 100 euros leur repas et ajoutent 800 euros de don pour lesquels ils peuvent en effet obtenir un Cerfa, le CRIF étant une association loi 1901 déclarée d’intérêt général. Sur ces 800 euros, 66% sont déductibles des impôts, comme n’importe quel don à une association disposant de cette faveur fiscale. Ainsi, pour un don de 800 euros, les participants peuvent potentiellement déduire de leurs impôts 528 euros… à condition que cette somme reste dans la limite de 20% de leur revenu imposable. Cette faveur n’est pas toujours simple à obtenir comme a pu le constater le site Acrimed. En effet, l’Observatoire critique des médias se bat depuis de nombreux mois avec l’administration fiscale pour bénéficier de cette même ristourne – un sujet qui nous avons suivi ici de près.

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15h50 lu

Le faux Goya et la photocopieuse

Par
Alain Korkos le 25/02/2015

L'affaire fait les délices de la presse espagnole depuis vendredi dernier : deux escrocs catalans tentant de vendre un faux Goya se sont fait rouler par plus escrocs qu'eux.

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En 2003, Jaume et Joan Font, deux frères natifs de Gérone en Espagne (non loin de Barcelone), achètent un portrait de don Antonio María Esquivel peint par Goya. Ils font un premier versement de 20 000 euros sur un total de 270 000 mais ne paient pas le reste car en décembre 2006, un expert requis par le tribunal de Gérone décrète que le tableau n'est pas de la main de Goya, que le certificat d'authenticité fourni par le vendeur est un faux. La preuve avancée par l'expert est irréfutable, d'une simplicité enfantine : don Antonio María Esquivel est représenté avec la croix de Commandeur de l'Ordre d'Isabelle la Catholique qu'il reçut en 1839, soit onze ans après la mort de Goya ! Une autre preuve, qui aurait pu être également avancée, sera révélée à la fin de cet article…

Les deux frères se retrouvent donc avec un authentique faux Goya, payé 20 000 euros. « Et si on le refourguait à un cheik arabe ? se disent Jaume et Joan. En lui faisant croire qu'il s'agit d'un Goya dûment estampillé, bien sûr. D'autant plus qu'on a gardé le vrai-faux certificat d'authenticité. De toute façon, ces gars-là n'y connaissent rien en peinturlure et tout ce qui les intéresse, c'est d'accrocher sur leurs murs de la barbouille chèrement payée. » Les deux escrocs trouvent rapidement le pigeon, et l'affaire se conclut pour un montant de  4 millions d'euros.

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La transaction se fait à la fin de l'année dernière à Gérone d'abord et à Turin ensuite, grâce à deux intermédiaires. Au premier ils versent une commission de 300 000 euros, qu'ils viennent d'emprunter à un ami ; le second leur remet alors 1,7 million de Francs suisses en guise d'acompte, le tableau devant être livré à réception du solde. Les deux Catalans vérifient avec une machine l'authenticité des helvètes talbins, rejoignent fissa Genève, entrent dans une banque où un employé tatillon leur affirme que non non non, les photocopies de Francs suisses ne sont pas admises dans cet établissement.

Un tantinet désappointés, Jaume et Joan se rendent alors en France où ils tentent d'écouler leur monnaie de singe. Ils se font rapidement arrêter en Avignon et en décembre par la douane qui, après interrogatoire, prévient la Brigade du Patrimoine historique de la police de Catalogne. Le faux Goya sera retrouvé au domicile de l'un des deux frères, et c'est ainsi que se termine cette rocambolesque histoire dans laquelle deux escrocs se firent plumer de 300 000 euros par plus escrocs qu'eux.

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Bon, mais à part ça, qui était ce noble personnage peint par un anonyme ? Don Antonio María Esquivel (1806-1857) était un célèbre portraitiste espagnol…


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Rafaela Flores Calderoón par Antonio María Esquivel

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José de Espronceda par Antonio María Esquivel,
vers 1842-1846


… qui s'était notamment spécialisé dans les miniatures sur ivoire :

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Portrait de Luís Miranda par Antonio María Esquivel,
aquarelle et gouache sur ivoire, 7,2 x 6 cm


Voici son autoportrait, peint en 1847 :

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C'est cette toile qu'un inconnu copia, et que les deux frères achetèrent en croyant d'abord qu'il s'agissait d'un Goya :

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L'occasion rêvée de lire ma chronique intitulée Faux et usage de faux chez les Grands-Bretons.

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14h15 suivi

US : victoire (temporaire ?) pour la neutralité du net

Par
Vincent Coquaz le 25/02/2015

Victoire annoncée pour Obama et une "armée d’activistes en ligne". L’organisme de régulation des télécommunications américain, la FCC, devrait voter demain pour consacrer le principe de neutralité du net. Et les termes employés sont symboliquement très forts : si tout se passe comme prévu, la FCC considérera désormais Internet comme un "bien public". Surtout, les Républicains ont indiqué hier qu’ils ne devraient pas voter de loi au Parlement pour s’opposer à cette prise de position de la FCC, rapporte le New York Times.

NYTimes

Concrètement, qu’est-ce que cela va changer ? Si la FCC considère Internet comme un bien public, elle interdira toute "voie rapide" payante. En d’autres termes, un fournisseur d’accès ne pourra pas faire payer à une compagnie Internet comme Netflix, ou aux consommateurs, un surplus pour favoriser l’accès à ce service en particulier. A l’inverse, ces mêmes fournisseurs n’auront pas le droit de le ralentir ou de mettre en place toute autre forme d’obstacle.

lobbying : 55 000 appels téléphoniques pour la neutralité

Le vote de la FCC et le renoncement des Républicains sont le résultat d’une campagne menée par quelques grands noms d’Internet : la Mozilla Foundation (la fondation à but non lucratif qui édite notamment le navigateur Firefox), mais aussi Netflix ou Twitter (tandis qu’Amazon et Google sont plutôt restés en retrait, note le quotidien américain).

Publiquement soutenue par Obama, la conception d’Internet comme bien public a également été massivement défendue par les internautes. Ainsi en octobre, quand la neutralité du net était plus que jamais menacée par des décisions de justice (@si vous en parlait ici), des activistes avaient rendu publics les numéros de téléphone de trente responsables de la FCC. Résultat : 55 000 coups de fil pour défendre la neutralité en deux mois.

En face, on trouve l’un des lobbys les plus puissants aux États-Unis : les câblo-opérateurs Comcast, Verizon Communications et Time Warner Cable. Leur principal argument ? Une trop forte régulation d’Internet par la FCC diminue leur rentabilité et les empêcherait d’investir pour accélérer les accès à Internet. Et ces derniers n’ont pas encore baissé les armes : selon le New York Times, ils pourraient bien essayer de s’opposer à la FCC en s’engageant dans une nouvelle longue bataille judiciaire. Mais en attendant, ils ne pourront pas demander davantage à leurs abonnés pour accéder à Netflix plutôt qu’à leur service de VOD.

Mais au fait, la neutralité du net n'est-elle paspas le paravent de puissants intérêts économiques ? L'occasion de voir notre émission 14h42 : "Netflix, sur le cheval blanc de la neutralité".

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09h15 le neuf-quinze

Charlie, résurrection

Par
Daniel Schneidermann le 25/02/2015

D'abord la couverture. Très réussie. C'est à dire graphiquement très bien composée, et totalement incompréhensible. Ou polysémique, si on préfère. On imagine, au Pakistan, au Niger et ailleurs, les islamistes se grattant la tête, et se posant la question de savoir si la nouvelle couverture mérite de remettre le couvert, et d'incendier quelques églises. Qui sont tous ces chiens, qui poursuivent le cabot Charlie ? Et pourquoi le poursuivent-ils ? Pour lui faire la peau, ou pour lui lécher l'arrière-train ? Le cabot pape François, le cabot Le Pen, et le cabot djihadiste, on comprend à peu près. Mais les autres ? Sarkozy, les banquiers, BFM, se sont-ils signalés par un anticharlisme virulent ? On n'avait pas remarqué.


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Un des dessinateurs, interrogés sur la présence de BFM, explique : si BFM figure dans la meute, c'est parce que la chaîne les a harcelés de demandes d'interviews depuis le 7 janvier. D'accord. On comprend donc mieux, qu'il n'y a rien à comprendre dans cette couverture. Camarades islamistes, prenez note.

Ensuite, Riss, le nouveau directeur. La tête de Riss sur les plateaux de télé. Question à ceux qui le connaissent : Riss était-il plus gai avant le 7 janvier, ou une horloge lui est-elle tombée sur la tête quand il était petit ? Il fallait le voir, hier soir, au Grand Journal, s'empatouiller dans une question sur la nouvelle conseillère en com' du magazine, Anne Hommel, qui s'est illustrée dans le passé en conseillant DSK et Cahuzac. Un problème ? Quel problème ? Elle est professionnelle, c'est le principal. Aie aie aie. Symbole mondial du rirensemble, c'est un métier que je ne souhaite à personne. On n'a pas fini de rire, si vous voyez ce que je veux dire.

A en croire les enquêtes sur la résurrection de l'hebdo (et notamment l'excellente enquête de Raphaëlle Bacqué, dans Le Monde), les éventuels dessinateurs sollicités par Charlie se défilent, sous de multiples prétextes : ils veulent bien, mais alors de chez eux, et surtout sans participer à la réunion du mercredi. Aie aie aie. Bien sûr, il y a sans doute d'autres raisons de ne pas travailler pour Charlie Hebdo. Par exemple, en souvenir du traitement naguère infligé par Val à Siné, ou à Denis Robert. C'est légitime. Ce n'est pas honteux. Mais on se doute bien que ce n'est pas la seule raison. Sans en rien savoir, on devine bien que ce n'est pas évident de se décider à venir rigoler dans un bunker, ce qui ne rend que plus courageux les gestes des nouvelles recrues, Pétillon, Dilem, ou Marie Darrieussecq. Un conseil, je peux me permettre, à ces nouvelles recrues : écrivez, dessinez, dans Charlie, sur Charlie. Sur les blindages, sur les dividendes de Val, sur les manoeuvres de Malka, sur les trémolos de Pelloux, sur la tête de Riss, sur Hommel, sur la trouille. La meilleure manière de tenir la trouille à distance, c'est de la dessiner. Appropriez-vous le discours sur Charlie. Soyez les pigeons de vous-même, si vous voyez ce que je veux dire. Ce sera le premier pas vers on ne sait trop quoi, mais un premier pas.

 

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19h56 vous n'êtes pas obligés

D8 : Hanouna accusé de plagiat

Par
la rédaction le 24/02/2015

L'émission Touche pas à mon poste fait parler d'elle... même aux Etats-Unis ! L'animateur américain Conan O'Brien a révélé hier soir, dans son late-show, qu'une séquence de son émission avait été plagiée par l'émission d'Hanouna, qui a promis de s'excuser ce soir.

Hier soir, dans son late-show quotidien diffusé sur la chaîne câblée américaine TBS, Conan O'Brien a pris quelques minutes pour dénoncer, gentiment, le plagiat de l'une des séquences récurrentes de son late-show, intitulé "Tull's Tips". Une séquence volontairement absurde dans laquelle Bill Tull donne des conseils pratiques. Exemple dans cet extrait, plagié par D8, dans lequel Bill conseille aux téléspectateurs, pour la Saint Valentin, de mélanger jus de pomme et aspirine pour obtenir un... faux verre de champagne. En France, "Tull's Tips - Valentine's Day" devient donc "Les Tutos de Mokhtar, spécial Saint-Valentin" mais le principe reste exactement le même : on y voit un homme transformer du jus de pomme et un peu d'aspirine en... champagne.

En plateau, aucune référence n'est faite au late-show de O'Brien. Etonnant, d'autant que sur page Facebook, le chroniqueur de l'émission, Camille Combal, avait évoqué l'influence de l'émission américaine au moment de poster le premier "Tuto de Mokhtar" le 11 février : "Ça ne vaudra jamais la version originale du grand Conan ! Mais on espère que vous passerez une bonne Saint-Valentin grâce aux tutos de Mokhtar le romantique".

Sur le ton de l'humour, Conan O'Brien est revenu sur cet "incident" hier soir : "J'ai été choqué d'apprendre qu'un autre talk show avait volé l'une des séquences les plus appréciées du public et les plus informatives de notre émission, Tull's Tips. Et le pire - et je n'invente rien, c'est très sérieux -, c'est que ça a été volé en France ! Oui, mesdames et messieurs. Il s'agit d'un incident international". Toujours sur le même ton, O'Brien a continué : "Franchement, c'est une insulte ! Une insulte à l'émission, une insulte à notre pays ! C'est pourquoi j'exige que Touche pas à mon poste diffuse des excuses formelles lors de leur émission. Et j'aimerais aussi que le président François Hollande coopère avec notre gouverment et Interpol pour ouvrir une enquête sur cette émission pour espionnage international".

Interpol ou pas, Cyril Hanouna a rapidement réagi, promettant des explications et des excuses. "Ce soir, je convoque Mokhtar en direct sur le plateau ! J'exige qu'il fasse des excuses en américain à Conan O'Brien. On expliquera tout ce qui s'est passé ce soir dans l'émission. Mais je pense que le problème est plus sérieux et qu'en réalité les USA veulent nous voler Camille et Mokhtar".

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17h54 vous n'êtes pas obligés

Abd al Malik et "l'irresponsabilité" de Charlie Hebdo

Par
Robin Andraca le 24/02/2015

Invité hier soir sur le plateau du Grand Journal, le chanteur et réalisateur Abd al Malik, qui a fait la Une de Télérama cette semaine, a affirmé que des lecteurs se seraient désabonnés "parce qu'il y avait un Noir en couverture". Le magazine a démenti. En réalité, ce sont les propos tenus par Abd al Malik dans le magazine, sur "l'irresponsabilité" de Charlie Hebdo notamment, qui auraient provoqué la colère de quelques lecteurs.

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Présent hier soir sur le plateau du Grand Journal de Canal+ aux côtés d'Edouard Baer pour débriefer les Césars, Abd al Malik n'avait pas envie de plaisanter. Invité à commenter sa prestation lors de la cérémonie, où Abd al Malik a remis le César de la meilleure adaptation, le chanteur a vite embrayé sur un autre sujet : "Cette semaine, j'ai fait la couverture de Télérama. Et je voulais rendre hommage à Fabienne Pascaud [la directrice éditoriale du magazine, ndlr] qui nous regarde. Je voulais lui rendre hommage parce que je sais de source sûre que des gens se sont désabonnés de Télérama parce qu'il y avait un Noir en couverture".

Y a-t-il réellement eu une vague de désabonnements suite à ce numéro ? Télérama a réagi ce matin sur Twitter en répondant au compte du Grand Journal, qui reprenait les propos tenus la veille sur son plateau par le chanteur.


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Selon nos informations, ce sont les propos tenus par Adb al Malik dans l'interview accordée à Télérama, et non la couverture, qui ont poussé quelques lecteurs à se désabonner de l'hebdo culturel. Dans cette interview, Abd al Malik, qui vient d'adapter au cinéma l'un de ses ouvrages, Qu'Allah bénisse la France, dans lequel il défend un islam réfléchi, fait de tolérance et de désir d'intégration, revenait sur les attentat : "Jadis, il a été possible de faire des blagues sur les chambres à gaz ; aujourd'hui, avec la montée de l'antisémitisme, ce n'est plus acceptable, et Dieudonné est à juste titre poursuivi. Pour moi, dans le contexte actuel de pression extrême sur les musulmans, dans ce climat de surenchère médiatique autour de l'islam, Charlie Hebdo a fait preuve d'irresponsabilité en multipliant ces caricatures. Même si le but était de montrer du doigt les intégristes, et même s'ils en avaient le droit au sens légal".

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12h52 grrr !

Climatosceptique et... financé par les industriels du pétrole et du charbon

Par
la rédaction le 24/02/2015

Dans le viseur de l'association Greenpeace depuis des années, Willie Soon se retrouve aujourd'hui accusé de conflit d'intérêts. Depuis 2008, le célèbre (et influent) climatosceptique a publié au moins 11 articles sans jamais faire mention de ses liens avec... l'industrie des énergies fossiles.

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Wei-Hock Soon, de son vrai nom, est un célèbre climatosceptique américain. Depuis des années, l'astrophysicien défend l'idée que le soleil serait à l'origine du réchauffement climatique et non l'activité humaine, comme le prétend la grande majorité des chercheurs. Et Soon sait se faire entendre : conférences, articles dans les revues scientifiques, plateaux télévisés, le chercheur a même été amené à témoigner devant le Congrès américain. Problème : comme le révèle aujourd'hui Greenpeace, l'astrophysicien a accepté, au cours de la dernière décennie plus d'un million d'euros, versés par des lobbys industriels. Et au moins onze articles ont été publiés depuis 2008 sans faire mention de ses liens avec l'industrie des énergies fossiles, dont huit en violation évidente avec les règles éthiques des publications qui ont accueilli ses articles.

Un exemple ? Le 11 novembre 2014, la revue académique chinoise Science Bulletin publie un article de Soon et de trois autres signataires, qui critiquaient alors la méthodologie utilisée par les climatologues des Nations Unies pour estimer l'évolution des températures, avant de conclure que les menaces de réchauffement climatique étaient largement exagérées. A la fin de cet article, les quatre signataires affirment n'avoir aucun conflit d'intérêts dans le cadre de cette publication, comme le Science Bulletin l'impose à tous les auteurs. Ce n'est visiblement pas tout à fait vrai dans le cas de Soon. Comment Greenpeace, en collaboration avec le Climate Investigations Center, a-t-elle pu obtenir ces informations ? En faisant jouer la loi américaine sur la liberté de l'information (Freedom of Information, FOIA), qui oblige les agences fédérales à transmettre leurs documents à quiconque en fait la demande (et le Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, qui regroupe 300 chercheurs dont Soon, est une agence gouvernementale).

Ce n'est pas la première fois que Soon et ses travaux font polémique. Dès 2003, et la publication d'un article dans le magazine Climate Research où Soon écrivait que "Le 20ème siècle n'est certainement pas le siècle le plus chaud", plusieurs scientifiques étaient montés au créneau pour dénoncer les liens entre Soon et l'American Petroleum Institute, qui avait financé une partie de ses travaux (à hauteur de 53 000 dollars). En 2011, Greenpeace avait également publié une première salve de documents, attestant du fait que Soon avait reçu près d'un million de dollars de la part d'industriels du pétrole et du charbon depuis 2001. L'American Petroleum Institute et Exxon Mobile étaient alors les deux plus gros donateurs. En 2013, au cours d'une conférence dans le Wisconsin, Soon s'était exprimé à ce sujet : "J'écris des propositions. Je les laisse décider s'ils veulent me financer ou pas. S'ils choisissent de me financer, je suis heureux de recevoir ces dons mais je ne serais jamais motivé par l'argent".

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09h16 le neuf-quinze

Contrer Cukierman

Par
Daniel Schneidermann le 24/02/2015

Dans la série "les grands vieillards se lâchent", après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l'a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l'an, c'est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d'ailleurs. Le carton d'invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d'une partie de l'islamosphère).

Cukierman, lundi matin, est donc invité d'Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l'antisémitisme, Marine Le Pen est "personnellement irréprochable", même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes "commises par des jeunes musulmans", même si c'est "une toute petite minorité des musulmans français". N'empêche qu'il faut absolument que "les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer".

Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu'elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur "les Noirs et les arabes". Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC, tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu'il en soit autrement.

Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de... Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c'est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de "Français de souche, comme on dit", première occurence remarquable du terme dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l'oreille, s'interpréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s'est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c'est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s'arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que "tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs". Ce n'est certes "qu'une toute petite minorité de la communauté juive française". N'empêche qu'il serait bienvenu "que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer".


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17h38 lu

Euronews, entre Kiev et Moscou (Le Figaro)

Par
Justine Brabant le 23/02/2015

Tiraillée entre Kiev et Moscou. Depuis l'adoption, en octobre 2014, d'une nouvelle loi encadrant la présence de médias étrangers en Russie, Euronews est la seule chaîne internationale à émettre dans le pays. Un article du Figaro rappelle que parmi les actionnaires d'Euronews figure la télévision publique russe... mais aussi l'audiovisuel public ukrainien, ce qui oblige la chaîne à un équilibre parfois difficile lorsqu'il s'agit de couvrir le conflit en Ukraine, entre récriminations du Kremlin et reproches de l'Union européenne.

"Euronews est le dernier pont entre l'Europe et la Russie" : c'est ainsi que le directeur de la chaîne d'informations internationale Michael Peters, interrogé par Le Figaro, conçoit son rôle. Depuis octobre, Euronews est en effet la seule chaîne internationale à émettre en Russie. CNN a cessé de diffuser dans le pays suite au vote d'une loi restreignant la présence de la presse étrangère – loi qui limite à 20% le volume de capitaux pouvant être détenus par des étrangers au sein des entreprises médiatiques. La BBC avait, elle, cessé d'émettre en 2011, mais pour des raisons budgétaires.

 


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Article paru dans Le Figaro du 14 février 2015

Désormais seul grand média international face à la chaîne d'information en continu Russia Today, proche des positions du Kremlin, Euronews n'a pas la tâche facile. La rédaction doit en effet composer avec des actionnaires aux sensibilités... variées : parmi les 21 télévisions publiques européennes qui détiennent ses capitaux figurent à la fois la chaîne publique russe RTR, et la la télévision nationale ukrainienne (la NTU). La tâche est particulièrement compliquée lorsqu'il s'agit de couvrir le conflit ukrainien. "La pression est intense sur Euronews", chacun des protagonistes accusant la chaîne de faire le jeu des intérêts adverses, raconte le directeur monde de la chaîne au Figaro.

Exemple de reportage qui a provoqué l'ire de Moscou : un court sujet, diffusé en septembre 2014, montrant des volontaires ukrainiens à l'entraînement. Pour s'exercer au tir, ces derniers visent des panneaux où est affiché un portrait de Vladimir Poutine arborant la mèche et la moustache d'Adolf Hitler :

Le reportage a valu à Euronews une plainte de la part d'un député de Russie unie (le parti de Dmitri Medvedev), qui a estimé qu'elles insultaient "non seulement le président russe mais un peuple entier qui a connu les horreurs du fascisme". À l'inverse, l'Union européenne accuse elle Euronews "de ne pas jouer le rôle de média pro-européen à destination de l'étranger", note encore Le Figaro, sans toutefois préciser si des séquences en particulier ont été à l'origine de ces reproches.

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12h16 vu

Toutes les religions protègent les femmes

Par
Alain Korkos le 23/02/2015

Une vidéo indienne de propagande montrant deux jeunes gens qui s'apprêtent à violer une jeune fille circule actuellement sur les réseaux sociaux…

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Cette bobine, parue en juillet de l'année dernière, fut relayée à l'époque par le Daily Indian Herald, un quotidien de la province du Kerala dans le sud de l'Inde. Elle circula sur les réseaux sociaux de plusieurs pays en juillet et août, disparut pour reparaître en novembre et décembre, disparut à nouveau pour réapparaître ces jours-ci  - et pour la première fois - sur des comptes Facebook français. En voici les plans principaux :

Une jeune fille, une étudiante, marche dans la rue. Deux jeunes gens la remarquent…

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… lui barrent la route, menaçants :

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Un autre jeune homme arrive, s'interpose (il est probablement hindouiste, comme la suite le laisse supposer) :

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Puis un autre, un sikh :

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Les deux se prennent par la main :

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Arrive ensuite un musulman qui prend la main droite du supposé hindouiste :

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Puis un chrétien…

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… qui prend la main gauche du sikh :

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Vue du dessus, la scène nous montre ensuite quatre autres personnages qui viennent l'un après l'autre entourer l'étudiante, et tous forment maintenant un cercle protecteur ; dans le même temps, les deux sales types qui voulaient l'agresser reculent jusqu'à disparaître du cadre :

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Ouf ! se dit la jeune fille en malayalam, en panjabi, en hindi ou dans l'une des 858 autres langues parlées en Inde y compris le grand-breton :

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S'affiche alors le slogan de cette vidéo, Every religion protects women, protecting women is religion (Toutes les religions protègent les femmes, la protection des femmes est un acte religieux) :

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C'est donc grâce aux religions que cette jeune femme n'est pas violée, à elles qu'elle doit son salut. Les athées, eux, l'auraient sans aucun doute laissée se débrouiller. Mais enfin, il faut bien reconnaître qu'elle l'a tout de même un peu cherché, hein ! Si elle était sortie dans une tenue un peu plus discrète, elle aurait à coup sûr évité ce genre de désagrément. Et puis quelle idée saugrenue d'aller étudier alors qu'elle aurait pu rester chez elle afin d'aider sa pauvre mère qui lave, repasse, balaie et cuisine tous les jours… C'est peut-être ça, le vrai message de cette vidéo : ne quittez pas votre tour d'ivoire, jeune fille, car les rues indiennes sont dangereuses (sans parler des autobus). Et n'oubliez pas d'être une bonne hindouiste, une bonne sikh, une bonne musulmane, une bonne chrétienne, une bonne juive, une bonne jaïn, une bonne bouddhiste, une bonne animiste.

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La vidéo dans son intégralité :



L'occasion unique de lire ma chronique intitulée
L'Inde à Paris.

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