Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

09h15 le neuf-quinze

Sapin : le plouf de l'argument argentin

Par
Daniel Schneidermann le 02/07/2015

Et si on avait mal jugé le FMI ? Et si son inflexibilité, déplorée de plus en plus fort jusque dans les couloirs de l'UE, ne relevait pas d'un désir sadique de faire rendre gorge à la Grèce, mais simplement de pressions de certains de ses membres ? Au micro de France Inter, hier matin, le ministre français des finances Michel Sapin : « Le FMI ne répond pas devant des pays d’Europe, il répond de sa responsabilité devant l’ensemble des pays du monde. Et dans ces pays du monde, savez-vous ceux qui étaient les plus exigeants ? L’Argentine, le Brésil. Des pays qui avaient, par le passé, bénéficié de l’aide du FMI et qui posaient une question à la directrice générale : “Pourquoi êtes-vous plus flexible avec un pays européen que vous ne l’avez été avec nous ?” »

A priori, pourquoi pas ? Ce serait possible. Méfions-nous de nous-mêmes. Méfions-nous, dans une guerre de propagande comme celle-ci, de notre propension à diaboliser les positions qui ne sont pas les nôtres. Cherchons toujours à comprendre la logique de l'autre, ses ressorts, ses contraintes. Et s'il était vrai que Christine Lagarde soit sous pression insoutenable de l'Argentine et du Brésil, il ne serait pas étonnant qu'on n'en soit pas informés. Une crise de haute intensité comme la crise grecque depuis quelques semaines fait craquer les cadres de l'information. L'épuisement est partout, comme le racontent dans notre enquête les journalistes qui la couvrent en première ligne. Chez les journalistes, chez les politiques et leurs sherpas, jusque chez les traducteurs, sans doute. Par manque de moyens, par manque de temps, par manque de sommeil, se réduisent les champs de vision intellectuel, géographique, temporel. On réduit "l'Europe" au duo France-Allemagne, en oubliant "les petits pays", comme l'Estonie. Donc, oui, il serait possible qu'une éventuelle jalousie argentine passe sous les radars d'une presse mondiale surchauffée. Qu'un pays ayant déjà fait défaut, et en ayant payé le prix (notre dossier complet est ici) veuille en faire payer un autre, ce serait possible.

Mais voilà. Deux jours avant que Sapin dégaine l'argument argentin en défense de Lagarde, le chef de cabinet de la présidente Kirchner, Anibal Fernandez, avait été parfaitement clair. La crise grecque « a été provoquée par les ajustements du FMI », avait-il dénoncé, voyant « l'ombre des fonds vautours,  spécialement Elliott, acheter des bons grecs » et redoutant qu'en cas de défaut, la Grèce soit "pillée". D'accord, cette position n'a donné lieu, en France, qu'à une brève dans Les Echos, mais après tout, on peut attendre que le ministre français des finances lise Les Echos. Contactée par Le Monde diplomatique, l'ambassadrice argentine en France a d'ailleurs confirmé la position de son pays. Quant au cabinet de Michel Sapin, il n'a pas donné suite aux demandes du Monde diplomatique. Le manque de temps, vous dit-on.


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13h51 lu

Uberpop : les taxis victimes de l'effet Streisand ?

Par
la rédaction le 01/07/2015

La grève des taxis qui ont mené des opérations escargot, le 25 juin, pour protester contre le service Uberpop, qui permet à des chauffeurs non professionnels de transporter des passagers contre rémunération, aura eu plusieurs effets. D'un côté, François Hollande a demandé la "dissolution" d'Uberpop et deux dirigeants français de l'application Uber ont été placés en garde à vue -ils seront jugés à la rentrée pour pratique commerciale trompeuse, complicité d'exercice illégal de la profession de taxi et traitement de données informatiques illégal. De l'autre, Uber (qui intègre Uberpop) a fait un bond phénoménal dans... le classement des applications les plus téléchargées en France la semaine dernière.


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Les taxis parisiens, victimes de l'effet Streisand ? En attendant de voir les conséquences juridiques des déclarations de Hollande et Cazeneuve, l'application Uber ne s'est jamais aussi bien portée en France. Sur l'Appstore, la plateforme de téléchargement d'applications en ligne d'Apple, Uber a même été propulsé en tête du classement l'espace de quelques heures, comme le relève le site L'informaticien :


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Un bond phénoménal, qui semble épouser la montée de colère des conducteurs de taxis la semaine dernière. Classée 25ème le 22 juin, l'application était deuxième le 25 juin avant de se retrouver en tête du classement le lendemain des opérations escargot menés dans plusieurs ville françaises. L'effet Streisand est depuis retombé, l'appli étant aujourd'hui redescendue à la 26ème place des applis gratuites les plus téléchargées sur l'Appstore.

Et sur Google Play, la boutique en ligne créée par Google, utilisée par tous les utilisateurs du système d'exploitation Android ? Pas de première place mais la progression du nombre de téléchargements au cours de la semaine dernière, reste spectaculaire. Uber, version Android, est ainsi passé de la 112ème à la 63ème place le lendemain des manifestations.

L'occasion de relire la chronique de Daniel Schneidermann "Uber : barbares contre barbares" et notre article : "Guerre taxis contre VTC : les réseaux sociaux s'enflamment pour Uberpop".

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09h15 le neuf-quinze

Cottrez-Pérol, deux procès

Par
Daniel Schneidermann le 01/07/2015

Pendant que la Grèce et l'Europe frôlent le précipice, qu'éclatent les bombes, qu'on mitraille les touristes sur une plage de Tunisie, une femme répond de huit infanticides devant la Cour d'Assises de Douai. Le procès de Dominique Cottrez est suivi passionnément par les chroniqueurs judiciaires de ce qu'il reste de la presse française. Les stars de la profession, Durand-Souffland, Millot, Robert-Diard, l'ont même préféré au procès pour prise illégale d'intérêt de François Pérol, ex-conseiller de Sarkozy, aujourd'hui président de Banque Populaire Caisses d'Epargne après avoir supervisé la fusion des deux banques, qui se déroule simultanément. Et, attiré par les signatures, par la qualité des plumes, on lit évidemment les compte-rendus. Comment cette femme a tué à la naissance huit de ses nouveaux-nés. L'amour pour elle de ses deux filles, ses premières nées, aujourd'hui âgées de 26 et 28 ans. Son spectaculaire revirement, quand elle avoue finalement que non, elle n'a pas été violée par son père dans son enfance.

Et chaque jour on se demande : mais que font-ils là ? Et que faisons-nous là, nous, à les lire ?

Que font-ils là, c'est clair. La Justice est rendue en public. Ils ont donc le droit d'y être, comme nous avons le droit de les lire. Mais qu'est-ce qui justifie que cette tranche de vie nous soit ainsi offerte ? Les faits jugés sont-ils en telle progression statistique qu'il soit urgent d'en informer le public ? Ont-ils pour cause un dysfonctionnement des institutions, qu'il importe de dénoncer bien fort ? L'accusée est-elle soutenue, ou combattue, par de puissants mouvements d'opinion, de puissants intérêts ? Le procès a-t-il une dimension politique ? Une loi pourrait-elle y mettre fin ? Autant de questions auxquelles, dans le procès Pérol, la réponse est "plutôt oui, a priori", tandis qu'elle est "plutôt non" dans le procès Cottrez. Ajoutons que sur le plan purement scénaristique, le procès Pérol se défend bien lui aussi, comme dans cette audience où l'accusé s'efforce de convaincre le tribunal que rien, strictement rien, ne se décidait à l'Elysée de Sarkozy, ou encore lorqu'il explique que Sarkozy "s'est trompé" en affirmant faussement que la commission de déontologie avait été saisie de son cas.

L'affaire Cottrez n'a aucun autre intérêt que sa monstruosité intrinsèque.  Huit meurtres, une accusée aide-soignante en surpoids de 160 kilogs : c'est ce hors-normes, qui a attiré les chroniqueurs judiciaires vers ce procès pénal "chimiquement pur", plutôt que vers le procès politico-financier. On dirait d'ailleurs que certains s'en rendent compte, tentant l'impossible pour ne pas en livrer davantage qu'il n'est strictement nécessaire. Par exemple, dans Libération, Ondine Millot ne désigne les deux filles de la prévenue que par l'initiale de leur prénom, E. et V. tandis que Stéphane Durand-Souffland, dans Le Figaro, n'hésite pas à dévoiler les prénoms entiers de Emeline et Virginie. Comme si c'était là toute leur marge de manoeuvre.


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07h02 suivi

Yoshi : mais quel est le sexe du dinosaure de Mario ? (Le Monde)

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la rédaction le 01/07/2015

Yoshi, le célèbre destrier vert de Mario, est-il un homme ou une femme ? La question s'est posée, très sérieusement, sur le web après une remarque signée Anita Sarkeesian, blogueuse américaine spécialisée dans la représentation des femmes.


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"Nous sommes bien conscients que le genre de Yoshi a fait l'objet de discussions et de débats, mais Nintendo utilise un pronom masculin quand elle se réfère à Yoshi. Donc dans le cas de notre étude, Yoshi's Woolly World est classé dans les jeux où le héros est masculin". Dans le cadre d'une analyse quantitative de la part de héros masculins et féminins dans les titres présentés à l'E3, le salon annuel du jeu vidéo à Los Angeles, Anita Sarkeesian a tranché : Yoshi est un homme et le petit dinosaure vert, vedette d'un jeu sorti très récemment sur la console Wii U, a été rangé par la blogueuse dans les 32% de jeux présentés à l'E3 qui imposent le contrôle d'un personnage masculin, plutôt que dans la catégorie "Ne s'applique pas".

Comme le relève Le Monde, Internet n'a pas attendu Sarkeesian pour se poser la question du sexe de Yoshi. "Rien que sur Yahoo! Answers, la plateforme de questions-réponses collaborative du moteur de recherche américain, la question a été posée plus d'une trentaine de fois depuis 2007. L'encyclopédie collaborative de fans Mariowiki consacre une section entière aux principales thèses concernant sa biologie reproductive. Tandis que sur l'incorrigible Reddit, le forum anglophone géant où règne le second degré, un schéma corporel hypothétique de Yoshi circule pour expliquer sa constitution", note le journaliste.

Alors, mâle ou femelle Yoshi ? Difficile de savoir tant les arguments des uns (le prénom Yoshi est masculin en japonais) valents ceux des autres (Yoshi pond des oeufs et a la voix aigue). Pour Le Monde, le débat, de toute façon, est ailleurs : "Ce qui se joue désormais, c'est la blessure à vif au sein de la vaste et hétéroclite communauté des joueurs, entre les nostalgiques d'un discours sur le jeu vidéo apolitique et les tenants d'une grille d'analyse fondée sur la question du genre et désormais de plus en plus systématisée". Yoshi, nouvelle victime du Gamer Gate ?

L'occasion de revoir notre émission : "Gamergate : rebellion populaire, ou éruption réac ?".

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15h49 à voir et revoir

1996 : Quand De Greef "suspendait" Karl Zéro

Par
la rédaction le 30/06/2015

Quelles sont les limites de l'humour acceptable ? Qui doit les fixer ? Le mélange d'images d'information et d'images truquées ne pose-t-il pas des problèmes ? L'ex-directeur des programmes Alain de Greef, décédé le 29 juin, était venu en parler le 3 novembre 1996 sur le plateau d'Arrêt sur images.

Crise à Canal+. Un sketch du Vrai Journal de Karl Zéro a mis sens dessus dessous la présidence de la chaîne cryptée. Dans une parodie de Pulp Fiction, de Quentin Tarantino, Karl Zéro met en scène l'assassinat du président de la République, Jacques Chirac, par deux tueurs qui lui reprochent d'avoir trahi ses promesses de campagne. De Greef, qui reconnait ne pas avoir été assez vigilant, a donc décidé de suspendre l'émission pour quatre semaines, afin de "réfléchir à une émission devenue trop importante". Il s'en explique sur notre plateau.

 

Lire aussi la chronique de Daniel Schneidermann : Pasqua / De Greef, affairo-gaullisme et esprit Canal

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11h42 vu

Frères Dardenne : filmer "dans le cul des choses" (Hors Série)

Par
la rédaction le 30/06/2015

Haro sur le cinéma naturaliste. Du spectaculaire, du conflit, une volonté de tout montrer : le cinéma naturaliste triomphe, alors qu'un cinéma alternatif, moins connu, celui du silence et de l'invisible, existe mais peine à s'imposer auprès du public. Dans l'émission Dans le film, présentée par Murielle Jourdet et mise en ligne sur le site "Hors Série", le critique de cinéma, Marcos Uzal, déplore ce cinéma naturaliste qui veut "coller aux choses" et n'a plus de distance. Quand les frères Dardenne disent vouloir filmer "dans le cul des choses", Uzal ironise en constant que "lorsqu'on est dans le cul des choses, on ne voit plus rien".

Uzal insiste également sur la nécessité de distinguer le sujet d'un film et son traitement : ce n'est pas parce que le mariage pour tous s'est imposé que l'on est forcément obligé d'aimer La Vie d'Adèle...

Pour voir l'intégralité de l'émission, c'est ici

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11h38 suivi

Uber déficitaire en France... et ailleurs ?

Par
Anne-Sophie Jacques le 30/06/2015

Si les motivations du VTC Uber sont claires – grignoter puis s’imposer sur le marché des taxis – en revanche ses comptes sont obscurs. Selon l'agence de presse économique Bloomberg reprise par le site Numerama, Uber serait fortement déficitaire à en croire un document remis à des investisseurs potentiels – ce que le VTC dément. Une chose est sûre : Uber est bel et bien déficitaire en France grâce à un montage d’optimisation fiscale révélé par le site de BFM Business.

Uber largement déficitaire ? L’agence de presse économique Bloomberg a épluché un document remis aux investisseurs susceptibles de mettre des billes dans ce VTC installé dans plus de 300 villes à travers le monde, et découvert qu’Uber réaliserait 415 millions de dollars de chiffre d'affaires et 470 millions de dollars de déficit. Soit un gros trou dans les comptes. Ce chiffre d’affaires tranche surtout avec les estimations de 10 milliards de dollars pour 2015, explique Numerama qui reprend l’information avant de nuancer : les 10 milliards estimés peuvent intégrer "les 80 % reversés aux chauffeurs, alors que les 415 millions d'euros peuvent ne refléter que les 20 % de commission collectée par Uber". Pour sa défense, le VTC assure que ces chiffres anciens ne reflètent pas l’activité commerciale aujourd’hui… ce qui n’explique pas pourquoi ces vieux chiffres apparaissent dans le document remis aux investisseurs potentiels.

Uber

 

Reste que ce trou dans les comptes apparaît bel et bien en France. Et pour cause : selon le site BFM Business, Uber a mis en place un montage d’optimisation fiscale pour lui permettre d’échapper à l’’impôt. Si le VTC possède bien une filiale en France, cette dernière est uniquement chargée de la relation avec les chauffeurs, de la promotion de la marque et du support marketing. Les courses sont facturées par une filiale néerlandaise qui reverse ensuite 80% de la somme aux chauffeurs… lesquels sont censés ensuite payer charges et impôts en France. Les 20% restants sont donc délocalisés d’abord aux Pays-Bas avant de rejoindre des contrées plus chaudes, en l’occurrence les Bermudes. En effet, souligne BFM Business, "la filiale néerlandaise paye une gigantesque redevance pour avoir le droit d'utiliser les brevets d'Uber […]. Cette redevance est envoyée vers une autre filiale d'Uber, visiblement la filiale immatriculée aux Bermudes. Intérêt : cette gigantesque redevance n'est pas imposée aux Bermudes, mais n'est pas imposée non plus aux Pays-Bas, grâce à une niche fiscale néerlandaise". Seul lot de consolation pour la France : Uber n’est pas dispensé de TVA.

Pour autant, rien de surprenant. Ces montages sont un grand classique dans le monde des barbares. L’an dernier, BFM Business avait déjà révélé les entourloupes d’Airbnb, plateforme de locations d’appartement entre particuliers, pour échapper au fisc grâce à ses filiales domiciliées dans des paradis fiscaux.

>> L’occasion de relire notre premier épisode sur la guerre qui oppose VTC modernes et taxis ringards.

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09h15 le neuf-quinze

Pasqua / de Greef : Affairo-gaullisme et esprit Canal

Par
Daniel Schneidermann le 30/06/2015

C'est l'heure où règne sans partage la parlote, sur les chaînes d'info. On papote Grèce, on papote Djihad, avec ces invités meublants à tiroirs et recoins, que l'on écoute d'un oeil, comme la bande-son vaguement vindicative des drames du monde. C'est l'heure où va boire à la rivière la meute des Yaka Faucon, comme tout serait simple si on les écoutait, comme la terre irait mieux. Et soudain, dans les bandeaux du bas de l'écran, s'inscrit la nouvelle de la mort de Charles Pasqua.

Il faut quelques minutes avant que cette nouvelle grimpe des bandeaux au cerveau des présentateurs, et tout d'un coup c'est fait, je vous interromps, priorité au direct, actu oblige, Charles Pasqua est mort. Et alors se produit le miracle : les invités Grèce ou Djihad se transforment instantanément en invités Pasqua. Pour tel spécialiste de la sécurité, rien de plus facile : de la sécurité djihad, il glisse à la sécurité Pasqua, terroriser les terroristes, comme il avait tout compris avant tout le monde, l'homme du Pernod-gaullisme. Jean-Marie Cavada (pourquoi diable Cavada ?) exprime tout son respect. Et le politologue Gaël Brustier, qui quelques secondes plutôt plaidait pour le Non au référendum grec, ô miracle, ô prodige, révèle qu'étudiant, il fut jadis invité par Pasqua à prendre un petit déjeuner au Parlement européen. Quoique marxiste, il dit aussi tout son respect pour l'ex-Résistant-à-quinze-ans. Puis, comme un orage d'été, s'abat sur les plateaux la mitraille téléphonique des Tiberi, Karoutchi, Alliot-Marie, Balkany (Patrick et Isabelle, successivement), qui eût cru que la Françafrique des Hauts de Seine recelait tant de trésors d'émotion ? Qui eût cru que Pasqua récitait à la jeune Isabelle Balkany "des sourates entières du Coran, et des pans du Talmud" ? Qui eût cru que la mort du jeune étudiant Malik Oussekine l'avait "atteint" ? Car sous la rude écorce, etc. De toutes ses forces, le présentateur d'iTélé Olivier Galzi rame à contre-courant, rappelle les "zaffaires" financières, les condamnations, la réputation sulfureuse. Mais on ne rame pas contre un orage.

Bref, on est en plein épisode caniculaire de Pasqualgie, quand sur Twitter tombe le second mort de la soirée, Alain de Greef, légendaire directeur des programmes de Canal+. Le même soir, quelle injustice. On repense à la mort de Cocteau, si injustement occultée par celle de Piaf. Sarcastique d'avance, on s'apprête à observer le second miracle de la soirée : la transmutation du chagrin Pasqua en chagrin de Greef, par les mêmes. L'éloge des Guignols par Xavière Tiberi, des Nuls par Nicolas Sarkozy, et du Kulunmouton par Michelle Alliot-Marie. Mais non. Rien. Pas un mot. Pas même de bandeau en bas de l'écran. Affairo-gaullisme contre esprit Canal : on ne pouvait imaginer symboles plus éloignés. Confrontées à l'irréductibilité radicale de ces deux composantes glorieuses de l'identité nationale, les chaînes d'info n'ont eu d'autre solution que le silence.

de Greef

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19h54 lu

Grèce : le début d'une épreuve (Lordon)

Par
la rédaction le 29/06/2015

Hic Rhodus hic salta. Par cet adage latin – "c’est ici qu’il faut sauter" – l’économiste Frédéric Lordon analyse dans un billet de blog la décision du premier ministre Alexis Tsipras de confier le sort de la Grèce au peuple invité à se prononcer par référendum sur les propositions de réformes des institutions européennes – qui n’hésitent pas à corriger en rouge le document officiel grec des négociations, ultime humiliation.

Lordon

Si Lordon salue dans un premier temps le choix de Tsipras à qui "il faut une sacrée consistance pour faire face à ce mélange de périls et de chances qui s’offre à lui aujourd’hui – qui s’offre à lui ? non, qu’il a fait advenir en se tenant au plus près de l’essence de la politique : la proposition faite au peuple de décider souverainement" il esquisse rapidement les conséquences d’une décision qui peut conduire le pays vers une sortie de la zone euro… à moins que ce ne soit la Banque centrale européenne qui choisisse in fine de suspendre le refinancement des banques grecques. Auquel cas, selon l’économiste, "la Grèce sera forcée au réarmement de la Banque centrale grecque comme prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire émetteur d’une liquidité qui ne sera pas reconnue par le SEBC (Système européen de banques centrales). On l’appellera de la drachme".

Ce retour à la drachme constituerait ce que l'économiste appelle "le moment du chaos", surtout si on tient compte de la "totale impréparation du gouvernement grec". De fait, la remise en circulation précipitée de cette monnaie nationale pourrait conduire à "un moment bizarre de double circulation monétaire pendant lequel des espèces émises par le système bancaire grec auront toutes les apparences de l’euro mais n’en seront pas moins des drachmes… qui en principe ne seront pas reconnues comme euros à l’extérieur alors même qu’elles leur ressembleront comme deux gouttes d’eau !"

De même, "avec la dévaluation carabinée de la drachme qui suivra sa réintroduction, les Grecs y perdront du pouvoir d’achat international". Rien d’insurmontable cependant : "les premières fluctuations sont toujours d’une ampleur extravagante, et vouées à s’ajuster plus raisonnablement à moyen terme" comme dans le cas de l’Islande cité par Lordon. A l’heure de la crise en 2008, la couronne islandaise a en effet "perdu près des trois quarts de sa valeur contre euro" et "laissé derrière elle une inflation de 18 %" avant de "se stabiliser 40 % en dessous de sa valeur de 2008". Aujourd’hui, l’inflation est désormais proche de zéro. "Il en ira vraisemblablement de même avec la drachme" estime l’économiste.

Autre inconvénient : la flambée des prix à l'importation. La solution est de mettre en place un dispositif protectionniste "ciblé sur les (certains) biens de consommation (hors énergie notamment), et ceci jusqu’à ce que les exportations «réagissent» à la dévaluation de la drachme". Mais, pour Lordon, le timing tombe mal : "de ce point de vue, la sortie de l’euro se passe au plus mauvais moment possible de l’année puisqu’il est trop tard pour que le tourisme, qui est le secteur le plus dynamique du commerce international grec, en enregistre l’effet, et qu’il faudra attendre la saison prochaine pour en recueillir les bénéfices." L’économiste regrette ainsi que la Grèce n’ait pas profité "de l’accord de prolongation passé avec l’Eurogroupe le 21 février dernier […] pour préparer logistiquement et politiquement la sortie".

Lordon prévient : "le début va être une épreuve" qui peut néanmoins aboutir à la fin de l’austérité et permettre d’"envoyer se faire foutre" les créanciers et les 26 milliards d’euros dus d’ici la fin 2015. Mais l’économiste ne cache pas que "la Grèce passera par le fond du trou. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du «désastre grec» comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique" et, en cela, l’ordre néolibéral. "Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre", conclut Lordon, "être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements".

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14h33 suivi

Grèce : le rouge de la discorde

Par
Anne-Sophie Jacques le 29/06/2015

Des propositions grecques raturées de rouge : mercredi 24 juin, Le Guardian suivi de près par Marianne évoquent le document officiel des négociations remis deux jours auparavant par le gouvernement grec à ses partenaires – la Troïka composée du FMI, de la BCE et de la Commission européenne – et qui leur fut renvoyé avec des corrections… en rouge. Une humiliation (de trop ?) pour le premier ministre grec qui ce week-end a décidé de la tenue d'un référendum.


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Selon Marianne qui diffuse le document officiel des réformes proposées par la Grèce à ses créanciers le lundi 22 juin, "la copie rendue n’a pas satisfait la Troïka qui l’a largement amendée" en utilisant la couleur rouge, "à la manière professorale" insiste Marianne (même si le rouge, il est vrai, est la couleur par défaut du suivi des modifications sur Word). Parmi les propositions grecques retoquées, la TVA réduite pour l’ensemble des soins que la Troïka veut limiter aux médicaments seulement, un impôt sur les sociétés limité à 28% quand Athènes proposait 29% ou encore des propositions sur la réforme des pensions balayées par les partenaires européens.

Question de fond - inflexibilité de la Troïka - mais aussi question de forme. Pour Le Monde qui résume aujourd’hui les derniers épisodes opposant la Grèce et ses créanciers, "c’est en recevant les propositions raturées de rouge" que le premier ministre grec Alexis Tsipras "prépare le recours au référendum. Il se sent trahi, humilié". Le quotidien attribue ces corrections à la directrice du FMI Christine Lagarde en personne. La semaine du 18 juin déjà, comme le rapportait là encore Le Monde, en réponse à Tsipras qui accusait les créanciers de "piller" la Grèce, Lagarde demandait, à propos des négociateurs grecs, "s’il y a des adultes dans la salle". Il y a pour le moins des négociateurs qui se sont sentis infantilisés.

(Pour éviter à l'avenir à Christine Lagarde toute gaffe colorimétrique aux lourdes conséquences, le tutoriel permettant de modifier les couleurs du suivi de modifications dans Word est ici)

L'occasion de relire notre article Plan B : pression maximum des medias européens sur la Grèce.

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12h09 vu

Comment l'université a rejeté l'économie hétérodoxe (Hors Série)

Par
la rédaction le 29/06/2015

L'autorégulation des marchés ? C'est la pensée dominante des économistes d'aujourd'hui. Dominante car elle a étouffé tous les économistes "hétérodoxes", du keynésien au marxiste. Comment ? En s'emparant des postes clé nécessaires pour faire vivre une école de pensée (qui nécessite des équipes de recherche). Tous les professeurs des universités appartiennent aujourd'hui à cette école néoclassique qui prône l'autorégulation des marchés.

Dans l'émission "Aux Ressources", présentée par Laura Raim, deux universitaires "hétérodoxes" (Bruno Tinel, maître de conférence à l’Université Paris 1 et André Orléan, directeur de recherche au CNRS) racontent comment l'université leur interdit tout enseignement de l'économie hétérodoxe. Alors qu'ils étaient sur le point de pouvoir créer une section universitaire "Economie et société", le prix Nobel d'économie, Jean Tirol, s'y est opposé :

Pour voir l'intégralité de l'émission "Aux Ressources", c'est ici

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09h15 le neuf-quinze

Grèce, Djihad : deux utopies ?

Par
Daniel Schneidermann le 29/06/2015

Des explications confuses de l'assassin présumé de l'Isère Yassin Salhi, une vérité sortira-t-elle un jour ? Une certitude sur ses mobiles ? Et si cette confusion même - pour explication du meurtre et de la décapitation de mon employeur, je prétexte d'un conflit du travail, mais j'ai néanmoins envoyé un selfie de la tête coupée à mon ami de Raqqa- était la vérité, ou plutôt la seule forme accessible de vérité ? Et si certains esprits dérangés -très peu, mais assez pour frapper le pays de stupeur- se trouvaient désormais plongés dans cette rage indistincte, où on colle un drapeau noir sur une engueulade de travail, ou sur une dispute conjugale ?

"Nous n’avons pas affaire à une "radicalisation de l’Islam", mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale". C'est un anthropologue qui parle, Alain Bertho, dans une interview à la revue Regards, interview recueillie en mai, et qui ne traite donc pas des attentats de vendredi, mais de ceux de janvier dernier. Difficile de résumer cette longue interview, qu'il faut lire en intégralité. Il en ressort pourtant cette intuition : l'utopie violente et meurtrière portée par l'Etat islamique, ce qu'il faut bien appeler l'utopie djihadiste, s'est glissée dans le vide laissé par la disparition de l'utopie communiste, à la fin du XXe siècle. Dans un paysage politique privé d'avenir, et où le passé apparait rétrospectivement avoir charrié tant de mensonges, comment s'étonner qu'on fracasse au marteau-piqueur les survivances du passé, et qu'on n'envisage d'autre avenir que la mort -violente ?

Quel lien avec la crise grecque et son dernier rebondissement, le référendum-coup de poker de Tsipras, pour ou contre les dernières propositions des créanciers ? Nous aurons passé tout le week-end, un oeil sur les enquêtes sur les attentats, l'autre sur la crise grecque. Tragédie apparemment religieuse, tragédie apparemment politique : nous aurons passé le week-end à chercher un improbable lien entre les deux, à chercher si dans leur concommitance, il y avait davantage qu'une coïncidence. Nous aurons passé le week-end à tenter de comprendre de quoi nous vengeait sourdement le geste de Tsipras, et pourquoi il suscitait ce déchainement de rage chez les Ultras de Bruxelles. Jubilation, rage : ce que nous disent ces réactions, c'est peut-être que la démocratie, la vraie, un scrutin exprimant un vrai choix, et dont le résultat sera respecté, donc vraiment engageant pour l'avenir d'un peuple, est (re) devenue une utopie. Tant qu'à faire, celle-là est tout de même préférable à l'autre.


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13h37 ça reste à vérifier

Référendum / Grèce : BFM TV et les images de file d'attente

Par
la rédaction le 28/06/2015

Panique en Grèce ? Après la rupture des négociations entre le gouvernement grec et l'UE, et l'annonce d'un référendum en Grèce pour accepter ou non les nouvelles mesures d'austérité réclamées, une sortie de la Grèce de la zone euro se profile. Invité de BFM TV samedi 27 juin, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé un "coup d'Etat financier" contre les Grecs. Mais au moment où il dénonce la politique de l'UE à propos de la dette grecque, des images d'illustration montrent de longues files d'attente devant les banques grecques, images qui sous-entendent qu'un début de panique gagne le pays et affaiblissent, de fait, les propos de Mélenchon. Des images servies par les commentaires du journaliste de BFM, Christophe Hondelatte : "Les Grecs sont en train de se ruer sur les distributeurs, ils veulent retirer toutes leurs économies, les banques n'ont pas l'argent, donc elles vont s'effondrer".

Peur sur la Grèce... Une mise en scène dénoncée dans une vidéo mise en ligne sur Youtube et postée par Antoine Léaument, qui se présente sur son blog comme membre du Parti de gauche et du mouvement de la 6eme République. Ce soutien de Mélenchon dénonce la mise en scène de BFM TV, et constate notamment que sur certaines images, les Grecs ne font pas la queue devant des distribiteurs comme le suggère la chaine d'info continue.

Ces Grecs ne sont pas devant un distributeur, mais devant un rideau de fer baissé

 

Le sens des images de BFM TV était pourtant clair : ces files d'attente et ce début de panique sont liés au refus du gouvernement grec d'accepter les conditions de l'UE et présagent du prochain chaos avec la sortie de la Grèce de la zone euro.

Sauf que selon les commentaires, ces images n'ont pas le même sens. Illustration avec le 20 heures de TF1 du 27 juin. Plusieurs files d'attente devant des banques et des distributeurs ont été filmées :

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Dans un premier temps, les commentaires vont dans le sens de la panique de BFM : "Ce matin, il y avait encore deux files d'attente devant cette banque. Cet après-midi, il n'y en a plus qu'une, car un seul des distributeurs automatiques est encore approvisionné. Celui de gauche est vide, il a été pris d'assaut toute la matinée". "Ce samedi, il n'y a plus qu'une seule banque ouverte à Athènes. Cinquante personnes y patientent. Surtout des retraités, car les pensions ont été reversées ce matin".

Sauf que les témoins de TF1 donnent une autre signification à ces images.

Témoin

Une femme confirme ces craintes, mais elles ne sont pas liées à la sortie de l'euro, elles renvoient dos à dos l'UE et le gouvernement grec : "Faire la queue comme ça, je n'ai jamais vu ça, j'ai peur car je ne sais pas ou tout cela va nous emmener. Quoi qu'on fasse, un référendum ou pas, qu'on reste à l'euro ou pas, on aura toujours de nouvelles taxes insupportables".

Quant à l'autre témoin interrogé par TF1 et faisant la queue, il s'avère être... favorable au référendum :

Témoin 2

"Je crois que c'est très bien que ça se passe ainsi. Je voterai pour le non, car les mesures de l'Europe sont inacceptables. Ils nous prennent pour un pays du tiers monde ou quoi ?"

Des files d'attente oui, mais des avis très partagés sur la suite.

L'occasion de revoir notre émission consacrée à la victoire de Syriza en Grèce.

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13h30 d@ns le texte

Tirer au sort les sénateurs ? Jacques Testart d@ns le texte

Par
la rédaction le 28/06/2015

Un biologiste au chevet de la démocratie ? Le scientifique Jacques Testart, considéré comme le père du premier bébé éprouvette, est l'invité de la dernière émission "D@ns le texte", présentée par Judith Bernard, et mise en ligne sur le site Hors-Série, pour son ouvrage intitulé L'Humanitude au pouvoir ; comment les citoyens peuvent décider du bien commun (Seuil).

Afin d'échapper aux élus professionnels, plus soucieux de leur carrière et souvent soumis aux groupes de pression en tout genre, Testart suggère la mise en place de "conventions citoyennes", c'est-à-dire de groupes de citoyens tirés au sort, par exemple chargés de réfléchir sur l'assurance chômage ou de la création monétaire et de proposer des solutions. Sans renoncer à la démocratie représentative - il n'est pas question de tirer au sort les députés - Testart affirme qu'on pourrait très bien appliquer ce tirage pour désigner les sénateurs. Et "un référendum pourrait permettre de trancher s'il y a une divergence entre les députés et les sénateurs", assure celui qui a soutenu José Bové en 2007.

Pour voir l'émission dans son intégralité, c'est ici.

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18h30 suivi

Référendum grec : où sont les meilleurs "live"

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Daniel Schneidermann le 27/06/2015

Le dernier acte ? Même pas sûr. Il y a déjà eu tant de derniers actes.  Mais en annonçant, dans la nuit de vendredi à samedi, l'organisation d'un référendum en Grèce pour le 5 juillet, Alexis Tspiras, a renversé la table.

L'annonce nocturne de ce référendum, non pas sur le maintien de la Grèce dans l'euro, comme l'auraient préféré les partis "mémorandaires" grecs évincés par Syriza, mais sur les propositions des créanciers, est un geste politique  à plusieurs finalités contradictoires : forcer la main aux "créanciers" dans la toute dernière ligne droite ; ou bien sortir de l'euro (et sans doute de l'UE) la tête haute, après avoir fait assumer la décision par le peuple.

C'est évidemment très dangereux, pour la Grèce comme pour l'UE. Mais existait-il une sortie de crise sans danger ? Par ailleurs, c'est, de la part des Grecs, très habile.

Au-delà du débat, interminable, sur les reponsabilités de chaque partie dans la rupture, c'est désormais l'enjeu essentiel qui se donne à lire, dans sa pureté cristalline : logique démocratique, contre logique des institutions européennes. Des deux, il faudra bien que l'une ou l'autre triomphe.

Cette crise interminable, qui ne cesse de voguer de réunion de la dernière chance en réunion de la dernière chance, a fatigué tout le monde. Ses protagonistes, certainement, mais aussi les journalistes qui la couvrent, sans relâche, depuis des semaines. Raison pour laquelle sans doute, en ce week-end, les couvertures "en direct" sont si rares dans les medias français. A l'heure où ce billet est écrit, les meilleures couvertures "live" sont celles des Echos, en France, et du Telegraph, en Grande-Bretagne. Du côté des partisans d'Athènes, on peut consulter le compte Twitter de Jacques Sapir, très bien informé depuis le débit de la crise.

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14h28 lu

US / Mariage pour tous : la Maison blanche arc en ciel

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la rédaction le 27/06/2015

#LoveWins. La Cour suprême des Etats-Unis, par 5 voix contre 4, vient de légaliser le mariage pour tous dans les 50 Etats. Une décision saluée sur les réseaux sociaux.

Le mariage gay était autorisé dans dans 36 Etats sur 50. Jusqu'à ce vendredi 26 juin et la décision de la Cour suprême des Etats-Unis qui vient de légaliser le mariage pour tous sur tout le territoire. "L'amour a gagné", a déclaré Obama sur sa page Facebook, lui qui n'est favorable à cette légalisation que depuis 2012. "Aujourd'hui est un grand pas dans notre marche vers l'égalité . Les couples gays et lesbiens ont maintenant le droit de se marier, comme tout le monde", a-t-il ajouté sur Twitter. Un message retweeté... 425 000 fois.

LoveWins - Obama


Pour l'occasion, la maison blanche est devenue arc en ciel :

Maison blanche en couleur


Sur les réseaux sociaux, cette journée historique a été commentée avec le hashtag #LoveWins (l'amour gagne). Hillary Clinton, elle aussi opposée jusqu'en 2013, au mariage gay, a changé son profil Twitter et s'est déclarée "fière" de cette décision historique.

nouveau media

 

Sur cette question du mariage pour tous, l'évolution de l'opinion américaine est très récente. D'après un sondage Gallup, cité par Libé, 60% des Américains sont pour le mariage gay. Ils n'étaient que 40% en 2008. Quant à la Cour suprême, le vote s'est joué à une voix près. Avec quatre juges conservateurs, et quatre progressistes, c'est le neuvième membre de la Cour qui a fait basculer le vote. Il s'agit d'Anthony Kennedy, un magistrat de 78 ans ans nommé par Reagan et qui a toujours soutenu la communauté gay. A l'issue du vote, il a déclaré que les homosexuels "espèrent ne pas être condamnés à vivre dans la solitude, exclus de l’une des plus vieilles institutions de notre civilisation. Ils demandent une égale dignité au regard de la loi. La Constitution leur donne ce droit".

La Cour avait été saisie à la suite d'une plainte d'un agent immobilier de Cincinnati, Jim Obergefell. Ce dernier avait dû épouser son compagnon , John Arthur, dans un autre Etat que l'Ohio, qui interdisait le mariage entre personne de même sexe. A la mort de John Arthur, trois mois après leur mariage, Obergefell n'avait pas pu mettre son nom sur le certificat de décès.

Il aura donc fallu onze ans (le Massachusetts est le premier Etat à avoir accordé ce droit en 2004) et cette affaire de Cincinnati, pour que les Etats-Unis deviennent le 21ème pays à légaliser le mariage gay.

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09h15 le neuf-quinze

Uber : barbares contre barbares

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Daniel Schneidermann le 26/06/2015

"On n'arrêtera pas l'uberisation", dit Stéphane Soumier. "Probablement pas", rectifie Nicolas Colin. On est à la fin de Good morning business, et dans cet adverbe, est passée toute la nuance entre les deux dévôts de l'uberisation, pourtant d'accord sur l'essentiel. L'animateur (ici sur notre plateau) est un ultra du numérique : tout ce qui est nouveau est beau, et tout ce qui est beau est bon. Vive Uber, Vive UberPop, vive tous ceux qui enfoncent les murailles vermoulues du vieux monde ! Chroniqueur aussi fasciné que raffiné du déferlement des barbares (sa fascination s'exprime ici), Colin en tombe d'accord, à une nuance près : ancien inspecteur des finances, il connait de l'intérieur cet acteur qu'il ne faudrait pas enterrer trop vite, l'Etat. Et notamment, l'Etat français qui, en la personne de Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a annoncé jeudi soir, après une journée d'affrontements sur le périphérique et aux abords des gares et aéroports, que les conducteurs d'UberPop seraient désormais non seulement verbalisés -ils l'étaient déjà, et Uber paie les amendes, le poste est prévu dans ses charges- mais leurs véhicules saisis. L'Etat en a-t-il vraiment le droit ? Ca se discute. Mais tant qu'à faire, barbarie pour barbarie...

L'invasion des barbares, on y est. On y est en plein. Mais contrairement à ce que montrent les images de taxis vandalisant les VTC, d'autant plus impressionnantes que cette violence a touché, à Roissy, des touristes étrangers, à commencer par une star mondialisée, la barbarie est des deux côtés. A la barbarie télégénique des taxis arrierés, assis sur une rente indéfendable, répond la barbarie soft, cool, ludique, californienne en un mot, qui prend le monde pour le far west, et a décidé de s'asseoir, elle, sur les législations nationales, ces vieilleries vermoulues. Douceur des écrans tactiles, barbaries des invasions : quelle est la différence entre Travis Kalanick, fondateur de Uber, tel qu'il apparait dans cette interview, et Attila ? Kalanick n'a pas de cheval, et roule sans doute électrique. "Je ne comprends vraiment pas pourquoi c'est un sujet aussi controversé" : si l'art de la langue de bois avait existé à l'époque, Attila aurait pu prononcer la même phrase avec la même suavité, la hache dans une main, le brandon incendiaire dans l'autre.

A Kalanick, qui ne voit "vraiment pas" où est le problème, de nombreuses lectures pourraient être à conseiller ou, s'il n'en a pas le temps, le podcast de l'émission de Soumier, en lien plus haut. Même Colin y reconnait que le modèle social ubérisé pose comme un léger problème à nos systèmes archaïques de protection sociale. "Les revenus des chauffeurs UberPop ne sont pas soumis à prélèvements sociaux. Ces gens-là ne sont pas couverts par une protection sociale satisfaisante. C'est le principal défi des années à venir : quelle protection sociale mettre en place pour redistribuer une partie de la valeur créée sur ces grandes plateformes à la société et aux individus qui y travaillent ? Ce bouclage va permettre normalement de retomber sur nos pattes." Soumier, dans un rire ironique: "normalement". Encore un adverbe qui fait la différence.


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Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l'Italie et les arts (Delacroix)

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09h15 le neuf-quinze

Diversité menacée : au Louvre aussi ?

Par
Daniel Schneidermann le 25/06/2015

C'est une rebellion sans précédent. Depuis quelques semaines, la fine fleur des conservateurs du Louvre défile, l'un derrière l'autre, dans les colonnes de nos collègues de La Tribune de l'art, pour dire -anonymement- tout le mal qu'ils pensent du projet de leur président, Jean-Luc Martinez. Ce projet ? Transférer à Liévin une partie des réserves du musée, 250 000 oeuvres actuellement stockées dans les sous-sols, ou éparpillées dans une soixantaine d'autres sites. Transfert organisé dans le but de mettre les oeuvres à l'abri d'une crue éventuelle de la Seine.

Un transfert à Liévin (commune du Pas-de-Calais limitrophe de Lens, qui abrite déjà une annexe du musée) obligerait les conservateurs à de nombreux allers et retours, notamment lorsqu'ils accueillent leurs homologues étrangers pour leur faire visiter telle ou telle statue ou tapisserie entreposée dans les réserves. Sans doute la fronde des conservateurs, en ce sens, n'est-elle pas très différente de celles des personnels de n'importe quelle entreprise ou administration, invités à quitter les beaux quartiers d'un centre-ville pour se décentraliser dans une lointaine province ou pire encore, une banlieue. Mais on peut aussi estimer, comme Michel Guerrin, éditorialiste culturel au Monde, que "ce conflit est typique du blues des conservateurs. Avoir des réserves à côté de soi renvoie à une conception traditionnelle du métier: étudier, conserver, restaurer, enrichir la collection. Jean-Luc Martinez jure qu’il est favorable à cette conception, et qu’elle n’est pas incompatible avec le projet Liévin. Mais d’autres missions du conservateur sont en vogue: exposer et valoriser les œuvres les plus «bankables». Derrière le projet louable de les protéger les réserves des crues, ne se cache-t-il pas le dessein inavoué de concentrer tous les efforts de mise en valeur et de promotion sur des événements médiatisables, fondés sur ces fameuses oeuvres "bankable" ?

Patrimoine silencieux, relégué, sacrifié dans l'ombre, alors que les projecteurs sont braqués sur une vitrine "bankable", attrayante pour les mécènes : ça ne vous rappelle rien ? Mais si : l'inégalité de médiatisation entre espèces animales menacées, dont je vous parlais avant-hier. Un mignon petit panda sera toujours plus "bankable" qu'une grenouille du Sri Lanka ou une salamandre de Turquie. Animal ou culturel, le patrimoine, par son immensité même, est difficilement médiatisable. De vieilles statues, de vieilles toiles, des vieilles pierres, ça ne crée pas l'événement tous les deux mois, ce n'est pas invitable au Grand journal, et c'est même difficilement twittable. Raison pour laquelle sans doute seul un petit site indépendant mène ce combat de l'ombre.


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17h33 flash

Embargo enfreint : Reuters "puni" par la BCE

Par
Vincent Coquaz le 24/06/2015

Avant l'heure, ce n'est pas l'heure. L'agence de presse britannique Reuters va être privée de toute diffusion sous embargo de la Banque Centrale Européenne pour avoir brisé un embargo, a rapporté sur Twitter le journaliste de Libération Jean Quatremer. Le système "d'embargo" est une pratique qui consiste à demander aux médias de ne pas publier une information avant une date ou une heure donnée. Il permet par exemple de laisser du temps à plusieurs médias pour préparer des articles avant la publication d'un rapport.

Reuters

Ici, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne avaient fait parvenir en avance aux journaux et aux agences une copie du "rapport des cinq présidents" des institutions de l'eurozone (Draghi de la BCE, Juncker de la commission, Tusk du sommet de la zone euro, Dijsselbloem de l'Eurogroupe et Schulz du Parlement Européen), publié officiellement lundi 22 juin, et qui "propose des pistes pour soutenir les Etats les plus fragiles". En contrepartie, les médias s'engageaient à respecter un embargo jusqu'à dimanche 22 heures.

UE

Problème : à 21h15, Reuters publiait sa première dépêche sur le sujet, en anglais, grillant la politesse à tous les autres médias et agences. Or, depuis 2010, la "BCE a signé des accords stricts avec les agences sur les embargos" explique à @si la responsable presse de l'institution, Alexandrine Bouilhet. Résultat, pendant quatre semaines, Reuters ne pourra plus bénéficier des diffusions sous embargo de la BCE. Il s'agit pourtant de la première faute de Reuters. "S'ils recommencent, ce sera plus long. La sanction est de trois mois pour une deuxième violation en un an", précise Bouilhet. Et le fait que les journalistes responsables de la diffusion de la dépêche soient en poste depuis peu de temps à Francfort n'est pas une excuse à ses yeux : "Au contraire, il faut bien apprendre. Et puis si une agence peut se permettre d'enfreindre un embargo, tout le monde se sentira légitime à les violer".

La "faute" de Reuters et sa sanction interviennent dans le contexte tendu de la couverture des négociations entre la Grèce et ses créanciers. Ainsi, dans une dépêche publiée vendredi dernier par l'agence britannique, on apprenait que deux responsables de la BCE auraient indiqué lors d'une réunion avec les leaders de la zone euro que les "banques grecques pourraient ne plus être ouvertes dès lundi" notamment en raison des retraits de liquide de citoyens grecs inquiets. Une information démentie rapidement par la BCE, puis de nouveau confirmée par le journaliste de Reuters ainsi que par le chef du bureau de Bruxelles du Financial Times.

L'occasion de lire notre observatoire : Plan B: pression maximum des medias européens sur la Grèce

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17h03 suivi

Ulcan : la police israélienne se réveille (Libération)

Par
la rédaction le 24/06/2015

"La défense d'Ulcan prise en défaut." Six mois après les premières demandes des policiers français à leurs homologues israéliens à propos du hacker franco-israélien ultra-sioniste Ulcan, les premières réponses sont enfin arrivées, révèle Libération. Le pirate, de son vrai nom Grégory Chelli, opère depuis plus d'un an depuis Ashdod en Israël, multipliant les agressions à distance contre des journalistes et des responsables d'associations, ainsi que des piratages de site. Son mode opératoire consiste notamment à envoyer la police aux domiciles de ses cibles, en effectuant de fausses dénonciations d'homicides (dont Daniel Schneidermann a été victime). Un de ses "canulars" macabres avait eu des conséquences particulièrement lourdes : selon un rapport d'expertise médicale, un "swatting" revendiqué par Ulcan en août 2014 a conduit à la mort du père du journaliste de Rue89 Benoit Le Corre.

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"Les enquêteurs attribuent aujourd'hui plus d’une centaine de faits à Grégory Chelli [Ulcan]. Cet hiver, les policiers français ont demandé à leurs homologues israéliens une localisation précise de Chelli, une saisie de son matériel informatique, ainsi que des vérifications de numéros de portables et d’adresses IP. La réponse n’est tombée que le... 15 juin, soit six mois plus tard", explique le journaliste du quotidien, Willy Le Devin (sur notre plateau à propos d'Ulcan ici).

Et malgré l'attente, les réponses de la police israélienne sont loin d'être anodines : selon Libé, les IP identifiées par la police française... mènent bien toutes à Grégory Chelli. Des éléments qui contredisent donc totalement la défense d'Ulcan, qui depuis quelques mois explique qu'il n'est pas directement l'auteur des attaques, mais qu'elles sont conduites par des membres de "Violvocal", le site de tchat qu'il a créé. Des éléments qui pourraient conduire à une éventuelle arrestation... sous certaines conditions, estime Libération : "A l’heure actuelle, seul un mandat de recherche a été notifié. Mais il n’est exécutoire que sur le territoire français. [...] Pour qu’une arrestation intervienne, il faut désormais que les juges d’instruction chargés du dossier publient un mandat d’arrêt international".

L'occasion de lire "Ulcan : notre rencontre avec Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira"

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