Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

17h56 grrr !

Enfant / pub : "collision malheureuse" dans Le Monde

Par
Robin Andraca le 04/09/2015

Hier, le quotidien Le Monde a fait parler de lui deux fois. Une première après avoir publié la photo de Aylan Kurdi, alors qu'en Europe seule la presse française n'avait pas accueilli l'enfant de trois ans à la Une. Une seconde pour avoir publié, dans le même journal, cinq pages plus loin, une publicité pour une marque de luxe, dans laquelle une mannequin -et son sac à main- sont échoués sur le sable. Contacté par @si, Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde, assure que personne, au moment du bouclage, n'avait vu cette "collision malheureuse".


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Un enfant mort sur la plage, un mannequin échoué sur le sable, et cinq pages seulement entre les deux. Hier, Le Monde a fait l'évènement en mettant à la Une de son quotidien la photo du petit Aylan, que le reste de la presse française avait loupé (le numéro deux de Libé, Johan Hufnagel, a même tenté une douloureuse introspection pour expliquer ce ratage). Problème : page 5 du même quotidien, une autre personne s'est échouée sur la plage. Elle a les yeux ouverts et un sac Gucci dans les mains.

Sur Twitter, plusieurs dizaines de personnes ont vivement critiqué le quotidien :

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"Ce n'est pas non plus une publicité qui alerte les yeux"

Contacté par @si, Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde, assure qu'au moment du bouclage, personne n'avait vu cette "collision malheureuse". "C'est un regret évident, mais je retiens surtout la fierté collective d'avoir publié cette photo. C'est un acte éditorial important". Avant d'ajouter : "Cette publicité était déjà parue dans d'autres journaux, ce n'est pas non plus une publicité qui alerte les yeux".

Peut-on imaginer que Le Monde fasse prochainement son mea culpa ? "On va publier un texte, aujourd'hui sur le site et demain dans le journal, pour exprimer ce regret évident".

L'occasion de relire la chronique de notre matinaute : "Aylan Kurdi, 3 ans".

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15h14 suivi

Rail africain : Rocard contre Bolloré (Le Monde)

Par
la rédaction le 04/09/2015

La ligne Cotonou-Abidjan, la "bataille" que Vincent Bolloré a "volée" à Rocard ? Après sa série d’été sur Vincent Bolloré, lancé en Afrique dans la construction pharaonique d’une boucle ferroviaire de 3 000 kilomètres à travers cinq pays (sujet de notre émission de rentrée), Le Monde abordait hier une dispute franco-française sur le sujet. "Vincent Bolloré est en train d’essayer de nous voler", estime ainsi l’ancien premier ministre Michel Rocard. "Nous" ? "Africarail, une structure désargentée avec un petit bureau à Niamey dont il est le président d’honneur. A l’origine d’Africarail, il y a Michel Bosio, un expert ferroviaire qui exhume au début des années 1990 un vieux projet colonial", détaille le quotidien. Projet qu’il soumet à Michel Rocard, alors président de commission de la coopération et développement au Parlement européen, à la fin des années 90.

Rocard

Les deux hommes vont alors tenter de mettre sur pied cette gigantesque interconnexion ferroviaire, en faisant notamment jouer le carnet d’adresse de l’ancien chef de gouvernement français. Reste le problème du financement. A l’été 1999, Bosio et Rocard approchent Vincent Bolloré, qui opère déjà la ligne Ouagadougou - Abidjan. Mais l’homme d’affaires français émet des "craintes sur le plan de financement" et "pense qu’il n’y aura pas assez de trafic pour rentabiliser l’ensemble, selon un compte rendu de la réunion".

Un peu plus de dix ans plus tard, les "amis socialistes" de Rocard arrivent au pouvoir, et on lui "conseille" donc de se rapprocher d’Arnaud Montebourg qui se montre "enthousiaste". Mais le 7 août 2012, le ministre du redressement productif annonce qu’il apporte finalement le soutien de la France "au projet de Bolloré, qui a entre-temps changé d’avis sur l’intérêt économique de la grande boucle, fasciné, dit-on, par le potentiel de la mine de Tambao [une des plus grandes réserves de fer non-exploitées du monde]". Vexation ultime pour Africarail de Rocard et Bosio : la société de Bolloré qui centralise une partie de ses opérateurs de chemin de fer africains se nomme… Africa Rail Innovation. "Une maladresse" selon le groupe français, qui assure qu’elle changera de nom.

En attendant, Bosio a porté plainte contre l’État français cet été devant le pôle financier, et Rocard rappelle que les "États [africains] se sont engagés et ont signé des accords avec Africarail". Surtout, pour l’ancien premier ministre, "la grande boucle ferroviaire est un projet à hauteur de la France, de l’Europe. S’il n’est pas question de le réaliser sans Bolloré, il faut qu’il comprenne qu’il doit respecter le droit. Et qu’il ne peut pas le mener à bien seul".


L’occasion de voir notre émission : "Bolloré l'Africain", sujet tabou pour les medias ?

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09h17 le neuf-quinze

Migrants contre tracteurs

Par
Daniel Schneidermann le 04/09/2015

Elle n'a pas fini de le payer, "la presse française", d'être la seule presse européenne à être restée aveugle comme un seul homme à "la" photo du petit Aylan (voir la chronique du matinaute d'hier). Mentalité racornie, "réflexes journalistiques émoussés" (Thomas Legrand, sur France Inter ce matin), idéologiquement inféodée au FN : internautes et éditorialistes audiovisuels ne se privent pas de cogner sur elle. Plus précisément, sur la poignée de quotidiens nationaux survivants (Libé, Le Figaro, Le Parisien, L'Huma, La Croix) qui se sont abstenus, ont refusé, n'ont pas pensé, n'ont pas eu le réflexe, de publier "la" photo (la publication à la Une par Le Monde ne compte pas, le journal bouclant le lendemain, et ayant donc intégré l'impact international de la photo avant de prendre sa décision).

Petites causes, grands effets. A ce jour, seul le numéro Deux de Libé, Johan Hufnagel, a tenté une douloureuse introspection, en se repassant le film du ratage. "La réponse est malheureusement simple : nous ne l'avons pas vue" commence Hufnagel. Avant de nuancer quelques lignes plus loin. Plus précisément, "ceux qui l'ont vue ont eu un mouvement de recul", et la photo a été "trop rapidement jugée trop dure pour être publiée." C'est ce "mouvement de recul", qu'il faudrait disséquer. Ce réflexe mécanique consistant à appliquer au "dossier des migrants" les critères journalistiques ordinaires, sans en prendre la mesure historique. Cette incapacité à saisir, quand il passe, l'instant décisif, cette hantise de tout journaliste : et si je m'étais trouvé place de la Bastille, le 14 juillet 1789, aurais-je moi-même pris immédiatement la mesure de l'événement, et immédiatement distingué cette journée révolutionnaire de toutes celles qui, depuis plusieurs semaines, l'avaient précédée ?

Aylan presse française

A cet égard, l'unanimité de la presse britannique est symétriquement saisissante, y compris celle des journaux les plus outranciers, les jours précédents encore, à l'égard de tout penny dépensé en faveur des migrants. Hufnagel se défend de toute contamination lepénoïde inconsciente, en rappelant que Libé, lui, a consacré six Unes aux migrants depuis le mois de juin. Restera pourtant, impitoyable, l'image, ou plutôt la non-image de la cécité collective de la presse française, préférant consacrer ses Unes aux tracteurs à l'assaut de Paris, plutôt qu'au petit noyé. Paysans français contre miséreux étrangers, Corrèze contre Zambèze, vieille empoignade impitoyable des signifiants. Libé, journal "pro-migrants", trouve la photo trop dure, quand le Daily Mail, journal "anti-migrants", la propulse à la Une. Allez comprendre, mais l'effet d'optique restera.

Tiens, les paysans, justement. Libé et Le Monde révèlent ce matin de conserve que Marine Le Pen tient, sous le pseudonyme de Anne Lalanne, un compte Twitter personnel clandestin. Tiens tiens. Précipitons-nous. Quelle est la dernière activité de ce compte ? Un retweet, le 10 août, par "Anne Lalanne" d'un tweet du député FN Gilbert Collard, opposant justement la prodigalité européenne en faveur des migrants, à la supposée pingrerie des mêmes institutions envers "nos pauvres paysans". Migrants contre paysans, encore. Maudits effets d'optique, décidément.

Anne Lalanne twitter

 

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18h22 suivi

Aylan Kurdi : photo recadrée

Par
Vincent Coquaz le 03/09/2015

De l'importance du recadrage. La photo reprise par la presse internationale, qui pourrait bien "faire bouger les consciences" du réfugié syrien, Aylan Kurdi, mort sur les côtes turques, a été recadrée. De The Independant, dont la une a été particulièrement reprise sur les réseaux sociaux, au Monde ce matin, les journaux ont tous relayé cette image d'un garde côte, seul face au corps d'Aylan Kurdi.

Independant


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Le cadrage retenu est pourtant différent de celui du cliché original de la photographe turque Nilüfer Demir, où l'on voit deux autres personnes, dont un garde côte muni d'un appareil photo sur la droite, comme le note l'enseignant chercheur en culture visuelle à l'EHESS André Gunthert. En France, seul le site de France Info a diffusé le cliché dans son intégralité.


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Ce n'est pas la première fois qu'une photo devient iconique après resserrement de son cadrage. Comme le note Gunthert, la célèbre photo de la "petite fille au Napalm" de 1972, reprise à l'époque par une grande partie de la presse, avait été recadrée de la même manière, faisant identiquement disparaître du champ...un preneur d'images.


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18h11 suivi

Sapir collabore à Sputnik, le site pro-gouvernemental russe (Obs)

Par
Sébastien Rochat le 03/09/2015

Un spécialiste de la Russie payé par la Russie ? Dans un portrait, L'Obs signale que Jacques Sapir, spécialiste de l'économie russe et partisan de la sortie de l'euro, régulièrement invité par @si, fait des piges pour le site pro-gouvernemental Sputnik, dont la version française a été mise sur orbite début 2015. Une collaboration rémunérée qui remet en cause son indépendance ? Joint par @si, Sapir assure être libre d'écrire ce qu'il veut.

Économiste, expert sur la Russie, directeur d'études à l'EHESS, partisan de la sortie de l'euro (quitte à s'interroger sur l'opportunité d'une alliance, à terme, avec le FN), Jacques Sapir publie l'essentiel de ses analyses sur son blog RussEurope. Mais pas seulement : au détour d'un long portrait, L'Obs mentionne que Sapir publie aussi ses analyses sur le site Sputniknews.com. Une collaboration rémunérée : "L'agence Sputnik, organe de la propagande poutinienne, reprend les billets de son blog RussEurope "pour 120 euros pièce", écrit L'Obs. Sapir, un expert de l'économie russe payé par la Russie ? Sans l'écrire explicitement, l'hebdo s'interroge sur son indépendance en citant l'un de ses billets publiés sur RussEurope et dans lequel l'économiste affirme que "Poutine a évité l'effondrement du pays. Il est d'une grande brutalité, certes, mais il est sincère".

nouveau media

Des analyses favorables à Poutine sur Sputnik ? Si vous ne connaissez pas l'histoire de ce site, qui emprunte son nom au premier satellite mis sur orbite autour de la terre en 1957, petit rappel : l'agence de presse Sputnik est née en novembre 2014, en remplacement de l'agence RIA Novosti. C'est à la fois un site, et une radio, entièrement financés par l’État russe et dépendant de Rossiya Segodnya, l'agence de communication gouvernementale. Objectif ? Faire rayonner la Russie à l'international. Dit autrement par le patron de Rossiya Segodnya, Dmitri Kisselev : "Nous sommes contre la propagande agressive qui nourrit le monde et impose un point de vue unipolaire (...) Le monde ne peut pas être unipolaire [car] cela aboutit à des victimes et à l'effusion de sang", a-t-il expliqué.

Sputnik

Disponible en 28 langues, Sputnik a été mis sur orbite en France en janvier 2015. Et aussitôt présenté en France comme "l’arme de propagande russe" (Rue89), "un média international pour contrer la «propagande» occidentale" (20 minutes). Un site alternant des "articles factuels" et d'autres "reflétant le point de vue des autorités russes", relève Challenges.fr. Exemple ? "Les agences de notation, un outil de pression contre la Russie", ou encore "L'Ukraine au Conseil de sécurité de l'ONU : l'hystérie traditionnelle".

Sapir

Contacté par @si, l'économiste conteste la présentation de l'Obs : si Sputnik a pu reprendre des billets de son blog (sans qu'il soit payé pour ça), Sapir est rémunéré pour écrire des articles originaux. "J'écris pour eux quatre papiers par mois", nous explique-t-il. A raison de 120 euros l'article, cela lui fait un complément de rémunération à hauteur de 400 à 500 euros par mois. Le contrat a débuté il y a 8 mois, et il est renouvelé tous les deux mois. "C'est comme un contrat de piges. Et je paye 33% d'impôts en Russie sur ce contrat, c'est prélevé à la source", précise Sapir. Avant d'ironiser : "Ce n'est pas ça qui va équilibrer le budget russe".

"Il n'y a que la presse française qui publie vos papiers sans vous payer" (Sapir)

N'est-ce pas un peu gênant pour un expert russe de travailler pour une agence de presse pro-gouvernementale russe ? "Je publie ce que je veux, il n'y a pas de thème imposé, se défend Sapir. Si eux ne sont pas d'accord avec ce que j'écris, ils ne publient pas le texte. Mais ce n'est jamais arrivé". Et celui-ci de rappeler qu'il s'agit d'une collaboration comme une autre : "Depuis 1999, je fais deux chroniques éditoriales dans la revue américaine World Oil. Je gagne entre 600 et 800 dollars par an. J'ai aussi écrit des papiers pour la presse coréenne et japonaise. A chaque fois, j'étais payé. Il n'y a que la presse française qui vous fait un honneur de publier vos papiers sans vous payer."

Et quel regard porte-t-il sur Sputnik ? "Ça va du bon au mauvais. Il y a des papiers sérieux et d'autres complètement fantaisistes. Ils ont par exemple publié un papier sur le développement d'un transport hypersonique. Or, c'est juste un projet d'ingénieur, c'est un peu n'importe quoi". Et leur positionnement politique ? "Évidemment, ils ont une position pro-gouvernementale et ce n'est pas scandaleux, tout le monde le sait", déclare Sapir qui n'y voit donc aucun problème.

L'occasion de voir notre débat entre Jacques Sapir et Eric Coquerel sur la question du FN et de la sortie de l'euro

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17h36 suivi

Aylan Kurdi : la photo revue par les dessinateurs

Par
la rédaction le 03/09/2015

Devenu le symbole du drame des migrants, la photo du corps du petit Aylan Kurdi, 3 ans, a aussi été reprise par les dessinateurs, comme le relève Courrier international. Mais ils ne sont pas les seuls. De nombreux internautes ont publié en ligne des montages éloquents.

"La photo qui fait taire le monde" selon le quotidien italien La Repubblica, n’a pas fait taire les dessinateurs. Plusieurs ont pointé la responsabilité des institutions internationales dans la mort d’Aylan Kurdi, 3 ans, dont le petit corps échoué sur la plage de la péninsule turque de Bodrum a été trouvé mercredi.

Ainsi Ruben L. Oppenheimer, dessinateur néerlandais repris par Courrier International, choisit dans son dessin publié sur Facebook d’inverser les rôles.


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De même, Elchicotriste (Miguel Villalba Sanchez), dessinateur espagnol intitule son dessin "L’Europe échouée" sur le site voxeurope.eu.


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De son côté, Bleibel, dessinateur libanais donne à voir le monde, caricaturé par un homme a tête de mappemonde, attristé devant le cadavre du tout petit. Sous les semelles d’Aylan, un message : «Vous puez».


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Venant de l'artiste jordanien Rafat Al Khateeb, cet autre dessin intitulé "The new world map" ("La nouvelle carte du monde") illustre l’inhumanité de la politique internationale également décliné par Hakam W. à travers un dessin dans lequel l’Europe devient un requin avalant les cadavres de migrants.

graphiqte aylan
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Pour interpeller les dirigeants du monde, les photomontages se sont également multipliés: au milieu du Conseil de sécurité des Nations Unies ou aux pieds des chefs d'Etat manifestant le 11 janvier, Aylan hante les instances internationales.


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Parmi les photomontages forts recensés sur le web, celui de Daniel Janus, manager dans une entreprise de literie qui rappelle l'impact des photos. Il accole ainsi à la photo d’Aylan, à deux photos d’enfants devenues mythiques. Prise par Nick Ut pendant la guerre du Vietnam en 1972, la première, parue dans le New York Times et reprise dans le monde entier, avait souligné la barbarie de la guerre. La seconde, du photographe Kevin Carter où l'on voit un enfant sous-alimenté guetté par un vautour, avait attiré l'attention sur la famine qui sévissait au Soudan alors en guerre civile.


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Un point de vue et une intervention ... qui lui ont valu un live à la BBC.


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"Pff... une interview en direct pour un tweet. Ca ne m'étais jamais arrivé avant"


Celui qui résume la pensée générale, très partagé sur Twitter, est venu d'une dessinatrice appelée Mathou sur sa page Facebook :


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Par Julia Gualtieri

(Lire aussi la chronique de Daniel Schneidermann : Aylan Kurdi, 3 ans)

de l'artiste jordanien Rafat Al Khateeb

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16h37 suivi

Maroc/chantage : l'AFP moins affirmative que le JDD

Par
Vincent Coquaz le 03/09/2015

Un enregistrement de trop mauvaise qualité pour trancher ? Dans l’affaire de soupçons de chantage qui oppose les journalistes français Eric Laurent et Catherine Graciet au roi du Maroc, il subsiste une question principale, qui sépare les versions des deux camps. "Qui a initié, le 11 août, l’idée d’un accord financier pour annuler la sortie d’un livre présumé sulfureux sur le Maroc ?", résumait hier l’AFP. Mais pour l’agence, qui précise avoir eu accès à "des retranscriptions rapportées", les bandes ne permettent pas de trancher, notamment à cause de leur qualité. "De «nombreux passages sont inaudibles, notamment les propos du journaliste», ont noté les policiers dans leur retranscription, selon la source." Une seule certitude donc : "Le journaliste de 68 ans n’a jamais refusé cette solution, tandis que son interlocuteur, Me Hicham Naciri, mandaté par le secrétaire particulier du roi du Maroc, ne condamne pas le procédé."

Du côté du JDD, qui publiait ce week-end des extraits des mêmes enregistrements, réalisés par l’avocat du roi du Maroc, on se montrait plus catégorique. Les bandes étaient ainsi jugées "accablant[e]s pour les deux journalistes mis en examen pour «chantage et extorsion de fonds»".

JDD

En fait, une différence de taille dans un passage clé distingue le JDD de l’AFP. Dans l’hebdo, une scène rapportée, lors du premier rendez-vous entre Eric Laurent et l’avocat du roi Mohamed VI dans un hôtel parisien, donne le ton :
"L’avocat a, dans sa poche, un Iphone en mode enregistrement. Eric Laurent explique son projet de livre, avec sa jeune consœur, "qui est mordante"… La bande est entre les mains de la police qui a dû en booster le son… "Vous voulez quoi?" demande l’avocat.
- Je veux 3.
- Trois quoi, Trois mille? interroge l’avocat.
- Non, 3 millions.
- Trois millions de dirhams?
- Non, 3 millions d’euros."

Côté AFP, la scène est beaucoup plus confuse. "Selon leur source", l'avocat du roi interroge le journaliste français en ces termes : "Donc pour vous, vous êtes dans l'optique (...) d'une transaction, moyennant quoi, vous prenez l'engagement avec Mme Graciet d'oublier, d'oublier de façon absolue de parler de tout ce qui peut toucher de près ou de loin (...)." Toujours selon l'agence, "la réponse du journaliste est inaudible. Mais il acquiesce -- «oui, tout à fait d'accord» -- quand l'émissaire marocain évoque «un engagement contractuel». [...] «Qu'est-ce qui vous intéresse?», insiste-t-il. Silence du journaliste, qui semble écrire quelque chose. «3.000 euros, en dirhams?», demande l'avocat. Pour les policiers, la somme de 3 millions d'euros a été évoquée."

"Une phrase lourde de sous-entendus"

Dès le deuxième rendez-vous, l’enregistrement est plus "clair" puisque l’iPhone de l’avocat est désormais sur la table (et des policiers français sont en planque). Et là aussi le JDD donne plus de précision, avec un passage qui accrédite l’idée du chantage : "[Le journaliste] glisse en partant qu’il peut tout aussi bien faire «Le Roi prédateur» ou «Une affaire de famille» [titres de ses livres] tous les deux ou trois ans…". "Une phrase lourde de sous-entendus", pour le JDD.

Interrogé sur la question, le journaliste du JDD Laurent Valdiguié se montre catégorique : "au vu des enregistrements, il n’y a aucun doute possible sur le fait que c’est Eric Laurent qui propose le deal." Et sur le dialogue saisissant portant sur la somme ? "Je persiste et signe. Il a eu lieu tel quel, au mot près". Du côté de l’AFP, le rédacteur en chef France Jean-Luc Bardet précise à @si que l’agence a bien relayé l’information du JDD dès dimanche (sans reprendre le dialogue intégralement), mais que la retranscription "la plus récente" à leur disposition hier ne permettait pas de trancher. Bardet n'a pas souhaité préciser si les journalistes de l'agence ont pu écouter les enregistrements eux-même.

L'occasion de lire la chronique du matinaute : Laurent, Graciet et le Maroc: les perdus

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14h30 entendu

Mazerolle, et la "Marocaine" El Khomri

Par
Sébastien Rochat le 03/09/2015

Il n'aura pas fallu longtemps à Olivier Mazerolle pour trouver ses marques sur RTL. Ce matin, celui qui a remplacé Jean-Michel Aphatie recevait la nouvelle ministre du travail, Myriam El Khomri. Une première question sur le chômage ? Non, Mazerolle démarre l'entretien sur les origines marocaines de la ministre. "Vous dites : je suis marocaine par mon père. Ça donne quel trait de caractère ?" Bim. La nouvelle ministre reste zen et répond "chaleureuse". Deuxième question indispensable : "Bretonne par votre mère, quel trait de caractère ?". "Tenace", répond-elle.Tant mieux. Car il faudra s'accrocher avec la troisième question sur le nom un peu trop marocain de la ministre : "Vous avez décidé de faire carrière sous votre nom de jeune fille alors que vous auriez pu vous présenter avec votre nom de femme mariée. Votre mari est un Bordelais pur sucre. Pourquoi ? Parce que c'est important de montrer qu'en France quand on s'appelle El Khomri, on peut réussir tout aussi bien que si on s’appelait, je ne sais pas moi, Marceline Dupont ?"


Des questions flirtant avec le racisme ordinaire, d'autant plus remarquées qu'elles émanent de l'intervieweur politique de la station qui emploie Eric Zemmour. Elles ont été aussitôt dénoncées sur les réseaux sociaux :

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09h16 le neuf-quinze

Aylan Kurdi, 3 ans

Par
Daniel Schneidermann le 03/09/2015

Ses petites semelles, son T shirt rouge, son short bleu. Un petit corps sur une plage. Toute la presse britannique publie à la Une la photo de Aylan Kurdi, 3 ans, échoué sur une plage de Bodrum, en Turquie, après une traversée ratée vers l'île grecque de Kos, distante de seulement 3 miles.


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Devant ce corps échoué, le nez dans la vaguelette, un policier turc immobile. Pourquoi est-il immobile ? Impuissance désolée, ou passivité indifférente ? On ne sait pas. On ne saura jamais. Il est de dos. Peut-être pleure-t-il, le grand gaillard. Peut-être attend-il des consignes. Peut-être est-il en train d'enfiler ses gants. La photo est cadrée en plan serré sur les deux personnages, on ne voit ni les autres policiers, ni les photographes, ni les autres corps, rien de toute l'effervescence qui, on l'imagine, entoure la scène.

L'instant d'après, sur une autre photo, le policier s'est saisi du petit corps et, délicatement, comme s'il était seulement endormi, le transporte sans doute vers une morgue.

Aylan porté

Autant cette seconde photo est acceptable selon les critères de la presse (il y a une intervention humaine, les autorités remplissent leur rôle, même si ce rôle est dérisoire) autant la publication de la première est inhabituelle. Un corps mort d'enfant blanc : ces photos sont fréquentes (par exemple lors des bombardements sur les villes de l'Est de l'Ukraine), mais les journaux ne les publient pas. Cette fois, si certains journaux ont classiquement choisi la seconde, d'autres ont osé la première, ça se partage à peu près cinquante cinquante. L'impuissance immobile, contre l'impuissance en mouvement.


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En Europe, seule la presse française n'a pas accueilli Aylan à la Une. La Bild allemande, lancée depuis quelques jours dans une grande campagne d'aide aux migrants, comme toute la presse allemande, en fait sa dernière page. Même le Daily Mail, habitué aux Unes anti-migrants, publie la photo. Ce qui ne l'empêchera sans doute pas, demain, la semaine prochaine, de publier d'autres Unes contre les millions de livres, que coûte au contribuable l'aide sociale aux oncles de Aylan.


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Ce consensus matinal sur Twitter, dans les revues de presse radiophoniques : c'est la photo qui va faire bouger les consciences. Pourquoi celle-ci ? Des dizaines, des centaines d'enfants comme Aylan se sont noyés ces derniers mois en Mediterrannée. Mais Aylan s'est peut-être noyé au bon moment. Au moment où la banquise européenne commence à craquer, où dans les discours politiques le mot réfugié l'emporte sur le mot migrants, où Angela Merkel vient de décider de ne plus renvoyer d'Allemagne les réfugiés syriens. Aylan s'est endormi au bon moment et au bon endroit comme le résume, plus efficace que tous les discours, le photomontage d'un internaute.

 

Aylan photomontage

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15h33 vous n'êtes pas obligés

Morandini, Ardisson, Crespo, et Le Canard

Par
Sébastien Rochat le 02/09/2015

Des brèves positives contre un programme ? Cet été, le blog de Jean-Marc Morandini a suivi de très près les prestations du joker de Claire Chazal sur TF1, Audrey Crespo-Mara. Comme l'a remarqué Le Canard enchaîné, rien n'a échappé à Morandini. Le 17 juillet, il met une vidéo en ligne de son premier journal. Et dans les jours suivants, Morandini.com relève les très bonnes audiences : "Pour ses débuts, Audrey Crespo-Mara creuse l'écart avec France 2" (17 juillet), "1,5 million de téléspectateurs d'écart hier soir entre le 20 heures d'Audrey Crespo-Mara sur TF1 et celui de France 2 !" (20 juillet). Mêmes remarques les 25 et 27 juillet.

Crespo


Et au mois d'aout, les audiences sont toujours aussi bonnes par rapport à France 2. Mieux : le 6 août, "Audrey Crespo-Mara a relevé les audiences des JT de TF1 le week-end, mais elle reste modeste", relève le blog de Morandini. Modeste ? Elle a déclaré qu'elle retournerait à LCI après l'été. Modeste et meilleure que Chazal : "Son dernier JT, c'est ce soir. Elle a fait plus d'audience que Claire Chazal", s'enthousiasme encore JeanMarcMoradini.com le 23 août.

Crespo 2

Un peu trop d'enthousiasme ? Selon Le Canard enchaîné, l'explication est simple : à la rentrée, Morandini va animer une nouvelle émission hebdomadaire sur NRJ12. Le titre ? Face à France. Un programme créé dans les années 1980 par Thierry Ardisson. Diffusée sur La Cinq, l'émission consistait à confronter une personnalité à un panel de Français. D'après l'hebdomadaire satirique, pour que Morandini puisse remettre à l'antenne ce programme, "il fallait impérativement l'accord de Thierry Ardisson". Et alors ? Ardisson est marié à une certaine Crespo-Mara Audrey. Quoi de mieux que vanter les mérites de madame Ardisson pour faire affaire avec monsieur Crespo-Mara ?

"Je l'ai toujours trouvé très bonne" (Morandini)

Contacté par @si, Morandini nous a répondu par SMS en réfutant les sous-entendus du Canard. "En faisant une simple recherche sur jmm.com, vous verrez que nous suivons depuis 6 ans la carrière d'Audrey :) Je l'ai toujours trouvé très bonne !", nous écrit Morandini. Effectivement, en 2011, le blog de Morandini suivait déjà la carrière de Crespo-Mara sur LCI.

Pas de lien entre toutes les brèves de cet été et l'accord d'Ardisson pour Face à France ? Ne répondant pas directement à cette question, Morandini nous renvoie un deuxième SMS pour souligner que l'été dernier, il avait été "encore plus élogieux avec Anne-Claire Coudray", la joker de Chazal de l'époque.

De son côté, Thierry Ardisson, joint par @si, réfute également les infos du Canard : "Il n'y a pas d'articles élogieux de Morandini, il n'a fait que donner les audiences. Et il y avait les mêmes articles sur PureMedias". De quand date le deal avec Morandini ? "J'ai donné mon accord au mois de juin. J'ai vendu le concept comme j'en vends toute la journée à tout le monde depuis trente ans", nous explique Ardisson. Disons que des éloges sincères entre personnes faisant affaire, cela ne peut pas faire de mal.

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15h30 suivi

Payer pour être (ou rester) dans Wikipedia

Par
Robin Andraca le 02/09/2015

Il n'y a pas que la bande de Soral qui infiltre Wikipedia. Après plusieurs semaines d'enquête, des membres bénévoles de la version anglaise de Wikipedia ont bloqué 381 comptes. Leur tort ? Ces utilisateurs proposaient de maintenir en ligne certains articles de l'encyclopédie contre de l'argent.


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Capture Mashable, 02/09/2015

"Vous n'avez pas encore de page de Wikipedia ? On s'occupe de tout !" Tel aurait pu être le slogan de ce groupe d'internautes, banni hier de l'encyclopédie en ligne. La méthode du groupe était simple : "Après avoir repéré des brouillons d’article que la communauté avait refusé de publier – par exemple parce qu’ils portaient sur une personne ou une entreprise insuffisamment connue – les individus derrière ces comptes suspendus contactaient la personne ou l’entreprise en question et proposaient, contre de l’argent, de remettre puis de maintenir l’article en ligne, en se présentant souvent comme des administrateurs ou des modérateurs aguerris de Wikipedia", détaille Le Monde.

A-t-on une idée des sommes d'argent en jeu ? Wikipedia ne le précise pas, évoquant simplement le cas d'un virement de 30 dollars par mois pour le maintien d'une page en ligne. En plus du blocage de ces comptes, 210 articles créés récemment, et qui concernaient essentiellement des artistes peu connus ou de petites entreprises, ont été supprimés. "La majorité de ces articles, liés à des entreprises, des hommes d'affaires ou des artistes, étaient de nature promotionnelle et contenait souvent des informations biaisées", précise Wikipedia. Selon l'encyclopédie en ligne, ces contributions présentaient suffisamment de similitudes pour conclure qu'elles provenaient d'une action de groupe coordonnée.

Ce n'est pas la première fois que des contributeurs organisés sont pris la main dans le sac. En juin 2015, une agence en charge des relations publiques de plusieurs stars hollywoodiennes, avait été contrainte de faire son mea-culpa : oui, des membres de l'entreprise avaient modifié la page Wikipedia de certains de leurs clients, sans révéler leur lien avec l'agence. Sur la page de Naomi Campbell, par exemple, avaient été supprimés la mention d'un album qui avait fait un bide ou une citation dans laquelle la mannequin reconnaissait avoir fait appel à un nègre littéraire pour écrire l'un de ses romans.


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Capture Rue89, 23/06/2015


Être payé oui, mais encore faut-il le mentionner

Ces procédés sont admis par l'encyclopédie en ligne, mais à condition d'être transparents. En juin 2014, la fondation Wikimedia avait imposé que les contributions rémunérées soient mentionnées par ses utilisateurs. "Si vous êtes rémunéré — en avantage ou en nature — pour contribuer sur Wikipedia, vous devez mentionner l'identité de votre client ou employeur et votre lien ou affiliation avec ce client ou employeur, soit sur votre page utilisateur, soit sur la page de discussion des articles où vous intervenez", indique depuis la page "Contributions rémunérées" de l'encyclopédie en ligne. Une déclaration "obligatoire", sans exceptions possibles. Dans le cas du coup de filet (numérique) du jour, c'est le caractère secret des paiements qui a conduit à la suppression de ces comptes.

L'occasion de relire notre article : "Comment la bande de Soral infiltre Wikipedia".

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09h15 le neuf-quinze

L'enfant barbu, et le vigile de BFMTV

Par
Daniel Schneidermann le 02/09/2015

Après le Canard enchaîné mentionnant un dîner DSK-Varoufakis qui n'a jamais eu lieu, après les investigateurs chevronnés qui se laissent acheter par le roi du Maroc, voici le reporter de BFMTV, en reportage de terrain sur la rentrée scolaire, qui se laisse berner par un enfant de 11 ans...barbu. Voyant le faux enfant (et vrai chroniqueur de D8 Betrtrand Chameroy) sortir ensommeillé de sa chambre, l'envoyé spécial Baptiste Gapenne poursuit imperturbablement son direct, comme s'il n'avait rien remarqué. Intox, corruption, aveuglement : c'est la grande rentrée du journalisme français.

Voyant la scène, on ne peut s'empêcher de se demander : et moi, reporter sur place, aurais-je vu ? Et si j'avais vu, en aurais-je cru mes yeux ? Pas impossible d'exclure que le reporter n'ait tout simplement "pas vu" le faux enfant. L'envoyé spécial en direct n'est pas là pour regarder la mince tranche de réel qu'il a sous les yeux. Il est là pour montrer au télespectateur qu'il se trouve immergé dans ce réel. Croit-on que l'envoyé spécial devant l'Elysée sort à peine du bureau de François Hollande ? Non. Dans le meilleur des cas, il textote à coups de smileys avec un conseiller, ce qu'il pourrait aussi bien faire de son bureau. Mais il s'agit de créer l'illusion que le media est "sur le terrain", qu'il s'informe "à la source", au prix d'un authentique déplacement investigatif. Consécutive à la mise en spectacle, cette tromperie est à la base du journalisme télévisé.

A supposer que les yeux de l'envoyé spécial aient entrevu les détails troublants (la carrure de "l'enfant", sa barbe naissante), peuvent-ils transmettre ces alertes à son cerveau ? Difficilement. L'envoyé spécial est là, ce matin-là, pour lire aux télespectateurs une histoire pré-écrite : une famille ordinaire vit, comme des millions d'autres, la situation banale et attendrissante d'une journée de rentrée scolaire. Il est ici davantage vigile que journaliste : sa patrouille de routine consiste à empêcher tout élément imprévu de percuter cette histoire formatée. Seul stress : il est en direct, et ne dispose donc d'aucun plan B en cas d'incident. Mais il est vigile devant une paisible bijouterie de quartier, où tout hold-up est inimaginable -jusqu'à ce qu'il se produise. La collision, qui pourrait le conduire à saisir son arme de service (entamer en direct une véritable investigation) -"mais dis-moi, petit garçon, pourquoi donc cette barbe naissante ?"- est donc elle aussi inimaginable. Pour se préserver d'une situation qu'il sait ingérable, le cerveau préfère rejeter toute information que pourraient, par extraordinaire, lui transmettre les yeux du reporter.

Le vigile de BFMTV nous offre ici le spectacle d'une caricature du rôle du reporter de JT, lequel n'est souvent qu'un agent de casting, chargé de dénicher l'agriculteur de JT (en colère), la victime d'inondations (désemparée), et l'enfant le jour de la rentrée (délicieusement balbutiant). En ce sens, cette séquence est une instructive leçon de choses sur le reportage audiovisuel en temps réel. Merci BFM.

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17h03 @rrêt sur images

Comment Wes Craven a perturbé, malgré lui, une émission d'@si

Par
Robin Andraca le 01/09/2015

Wes Craven, monument du cinéma horrifique américain, à l'origine des personnages mythiques de Freddy Krueger ou du tueur en série masqué de Scream, est mort le 30 août 2015, à l'âge de 76 ans. Le 24 novembre 2002, la philosophe Blandine Kriegel, conseillère de Jacques Chirac à l'Elysée, quittait le plateau d'@si, alors diffusée sur France 5, en pleine émission. Le lien entre les deux ? Plusieurs meurtres inspirés du film de Wes Craven et un rapport polémique remis au ministère de la Culture et de la Communication.


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Le célèbre serial-killer masqué de Scream

Le 4 juin 2002, dans la banlieue de Nantes, un adolescent de 17 ans tue d'autant de coups de couteaux une jeune fille âgée de deux ans de moins que lui. Arrêté et condamné à 25 ans de prison, l'adolescent explique aux enquêteurs avoir vu la trilogie de films d'horreur Scream quinze jours avant de passer à l'acte. Ce n'est pas la première fois que ce film d'horreur est évoqué, de façon plus ou moins lointaine, à l'occasion d'un morbide fait-divers. Au milieu de l'été 2000, cinq garçons âgés de 20 à 27 ans avaient été arrêtés et mis en examen, soupçonnés d'avoir agressé et violé une coiffeuse de 21 ans en portant les masques de Scream (inspirés du tableau Le Cri de Munch).

Plus grave encore : le 25 septembre 2000, les cadavres d'un couple de bouchers frappés chacun d'une trentaine de coups de couteau sont retrouvés, dans leur chambre à coucher, à Lebetain (territoire de Belfort). Le coupable ? Leur fils, âgé de 15 ans, qui affirme avoir eu des hallucinations auditives et croyait avoir reçu sur son portable des messages signés "Scream".

Cette série de faits-divers tragique pousse, en juin 2002, le ministre de la Culture et de la Communication Jean-Jacques Aillagon, à réagir : "Comme tout un chacun, je suis terrifié. Je m'interroge sur ma responsabilité". En plus de sa réaction, le ministre du gouvernement Raffarin confie une mission à la philosophe Blandine Kriegel sur "l'impact de la violence à la télévision sur le public et les jeunes".


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Capture Libe.fr, 6 juin 2002

Mission accomplie en novembre de la même année avec un rapport polémique de 75 pages qui conclut à "l'existence d'un pouvoir et d'un danger de la violence télévisée". Pour lui, aucun doute : "L'effet est net, proportionnel au temps passé devant l'écran", que ce soit pour les enfants mais aussi pour les jeunes adultes, estime le rapport.

Le document de 75 pages recommande, notamment, de s'aligner sur le Royaume-Uni qui accorde beaucoup moins de visas "tous publics" que la France : "La France a une approche très libérale en la matière, nettement différente par exemple de celle de la Grande-Bretagne ; pour exemple, en France, 80% des films ne sont assortis d’aucune restriction, seuls 20% le sont, en Grande-Bretagne, les proportions sont inversées".


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Le rapport en question, consultable à cette adresse

Un rapport et des recommandations accueillis très froidement par le monde du cinéma, inquiet qu'une modification des normes françaises empêche un grand nombre de films d'être diffusé à la télévision avant 22h30. Le 24 novembre 2002, le réalisateur Jean-Jacques Beineix, en première ligne des mécontents, fait face à Kriegel sur le plateau d'Arrêt sur images, diffusée à l'époque sur France 5. Après 25 minutes d'émission, l'universitaire quitte sur le plateau en lançant (tendez bien l'oreille) "Messieurs les censeurs, bonsoir !".

"C'est une première dans l'histoire d'Arrêt sur images !"

Très critique, le réalisateur reprochait à la philosophe de "recommander la censure qu'il y a dans les avions". A quoi faisait-il référence ? A un passage du rapport qui indique qu'aux Etats-Unis, "les chaînes hertziennes font attention et montrent, comme dans les avions, des versions édulcorées des films d’action hollywoodiens". L'émission reprend malgré tout et Beineix enfonce le clou, en expliquant avoir passé le rapport de Kriegel au traitement de texte pour en révéler les occurences qui revenaient le plus régulièrement. C'en est trop pour la philosophe qui prend son sac et quitte le plateau.

DS, sur le plateau à l'époque : "On n'avait encore jamais produit d'images de départ"

"Kriegel a été bousculée alors qu'elle pensait être en terrain conquis", explique Hélène Risser, présente sur le plateau ce jour-là, vingt ans plus tard . Le Parisien, qui avait à l'époque suivi cette affaire de très près, a une autre version : "C'est Beineix qui devait la faire sortir de ses gonds, déclarant à propos du rapport qu'il avait « l'impression de lire Tintin chez les Soviets ». Une formule assassine, Blandine Kriegel étant la fille du résistant et député communiste Maurice Kriegel-Valrimont".

Epilogue de l'histoire : le rapport n'eut aucune incidence sur les programmes télévisés français et Kriegel fut la seule invitée à quitter le plateau d'@si, du temps où l'émission était diffusée à la télévision.

L'occasion de relire notre enquête, où il était déjà question de ce départ précipité : "Coupage de cheveux en quatre et enculage de mouches : les anciens de l'émission racontent".

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16h17 vu

Rentrée scolaire : BFMTV piégée par D8

Par
la rédaction le 01/09/2015

Un enfant de 11 ans avec de la barbe ? En ce jour de rentrée, BFMTV a eu la bonne idée de suivre en duplex la rentrée des trois enfants d'une famille d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), localité proche du siège de la chaîne. A 7h, premier duplex, le père est levé mais pas les enfants. A 7h30, les deux plus petits sont en train de prendre leur petit déjeuner. "Et voilà le plus grand qui se lève à l'instant", commente le journaliste de BFM, en apercevant l'aîné de 11 ans. Sauf que l'aîné a légèrement de la barbe et a 26 ans. Il s'agit de Bertrand Chameroy, chroniqueur de Touche pas à mon poste sur D8. Un canular que l'envoyé spécial de BFM ne perçoit pas :

Comment expliquer que la chaîne se soit faite piéger ainsi ? Contacté par PureMedias, Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFMTV, reconnaît l'erreur : "Un père de famille a répondu via internet à un appel a témoins pour ce sujet sur la rentrée. On a discuté avec lui plusieurs fois par téléphone et on devait faire des repérages hier soir mais il a annulé le rendez-vous à la dernière minute en prétextant un contretemps. A 7h, tout s'est bien passé, mais à 7h30, on a été très surpris lors du direct du réveil des enfants, en découvrant que l'aîné qui avait soi-disant 11 ans avait une barbe naissante. Le reporter n'a pas bien vu la silhouette de «l'enfant» qui était derrière lui. En régie, on a compris qu'un truc louche se passait. Ce n'est que quelques minutes plus tard qu'on a reconnu Bertrand Chameroy. On a alors cessé les directs depuis la maison." Et Béroud d'assurer que les prochains castings seront davantage "verrouillés".

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11h58 suivi

Le Gorafi, non ce n'est pas fini

Par
Anne-Sophie Jacques le 01/09/2015

Ce n’était finalement qu’une refonte du site Internet… En annonçant hier la fin de leur site d’informations parodique, Le Gorafi, comme nous le racontions ici, avait mobilisé foule d’enquêteurs pour déterminer si cette annonce était une nième blague, un arrêt définitif ou un gros coup de pub de rentrée.

Gorafi

 

De nouveau en ligne aujourd’hui, Le Gorafi explique, avec ce ton décalé qui lui est propre, qu’il se devait "d’évoluer et de rester le fer de lance du journalisme post-moderne. Il fallait continuer à être l’exemple copié et plagié par toute la presse française et mondiale. Au travers de ce redesign global et complet, nous entendons prouver plusieurs choses. D’abord, apporter le meilleur à nos lecteurs stupides avec de nombreux liens sur lesquels ils pourront cliquer à loisir. Ensuite, nous voulions aider le fils de notre responsable marketing en lui donnant une petite mission pour l’occuper cet été. Et enfin, non des moindres, être toujours à la pointe de l’industrie du capitalisme transmédia".

Le Gorafi décrit sa transformation et ses nouvelles fonctionnalités, non sans se moquer des refontes de sites de presse : "en raison de l’acharnement d’un de nos lecteurs, nous avons décidé de concéder à ses demandes sur une mise en full responsive du reader axial de notre home pour un access devices ad hoc et géolocalisé dans une perspective de View On plus en forme avec une social experiment du C+++ ." Autrement dit, le site passe en responsive et peut se lire sur tous les écrans, tablettes et smartphones compris.

Les fans peuvent donc se réjouir, et les médias se concentrer – enfin – sur la rentrée des classes.

>> L'occasion de relire notre observatoire "La presse enquête (sérieusement) sur la (fausse ?) fin du Gorafi"

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09h16 le neuf-quinze

Refugees welcome : d'où sort donc cette Allemagne ?

Par
Daniel Schneidermann le 01/09/2015

Si on s'attendait ! Nos médias s'extasient, incrédules : il paraitrait que l'Allemagne accueille les réfugiés à bras ouverts. Il paraitrait que la Bild, la terrible Bild, aux couvertures persécutrices des Grecs dépensiers, lance une grande opération de solidarité avec les migrants (ou les réfugiés, comme on choisira de dire) qui déferlent sur le pays. "Wir helfen" : nous aidons. Il paraitrait que des banderoles Refugees welcome se déploient dans les tribunes des matches de foot, que des Allemands viennent dans les camps danser avec les réfugiés, ou partager des gâteaux. Il paraitrait que 60% des Allemands se déclarent prêts à accueillir, chez eux, un migrant. Mais d'où sort donc cette Allemagne ouverte et fraternelle, cette Allemagne inconnue ?

Bild wir helfen

Tous ces derniers mois, s'agissant de l'accueil des étrangers, l'image projetée par l'Allemagne fut celle du mouvement xénophobe Pegida : manifs devant les centres d'accueil, violences, rélents néo-nazis, décidement incorrigibles. Et voici que cette image s'inverse radicalement, faisant passer le discours officiel français, à son tour, pour rance et racorni. On se doute bien qu'il y a là, d'abord, un effet de loupe. Les caméras étrangères qui zoomaient hier sur Pegida auraient pu tout aussi bien zoomer sur les initiatives fraternelles. Et celles qui zooment aujourd'hui sur les banderoles des stades pourraient symétriquement rester sur Pegida, qui n'a pas disparu.

Comment le même pays, qui a souhaité acculer la Grèce au Grexit, qui enferme le continent entier dans la cage de fer d'une austérité budgétaire implacable, ouvre-t-il ses bras aux Syriens et aux Afghans ? Pas plus malin que les autres, le matinaute ne saurait prétendre avoir tout prévu ni tout compris. Tout juste peut-on esquisser une piste, à explorer : il faudrait essayer de concevoir que ces deux Allemagnes apparentes ne s'opposent pas, mais sont deux faces d'une même Allemagne, l'Allemagne de l'ordolibéralisme, ce libéralisme des bords du Rhin, né dans les années 30, et triomphant après la guerre, dont se déclarent aujourd'hui proches un Tusk ou un Schaüble. Dans ce système, il incombe à l'Etat de construire les structures de la libre concurrence, et de veiller à leur respect, au nom de principes moraux supérieurs dont il est le garant, le profit ne constituant pas une fin en soi. On ne dépense pas plus qu'on ne gagne, on ne triche pas sur ses comptes, et on accueille les migrants dans des conditions dignes, équitables, et...ordonnées : trois faces d'une même morale ?  

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18h20 suivi

Maroc / chantage : le Seuil ne publiera pas le livre

Par
Vincent Coquaz le 31/08/2015

Une relation de confiance "dissoute". Les éditions du Seuil ont annoncé qu'elles ne publieraient pas le livre d'Eric Laurent et Catherine Graciet sur la monarchie marocaine. En cause, les soupçons de chantage portés contre les deux journalistes, qui se sont exprimés ce week-end dans la presse. S'ils évoquent une "manipulation" du pouvoir marocain en vue de les discréditer et réfutent toute "tentative de chantage", ils reconnaissent toutefois avoir accepté de ne pas publier le livre contre rémunération.

"Stupeur, tristesse et colère." Le président des éditions du Seuil, Olivier Bétourné, a estimé aujourd'hui que la "relation de confiance" avec les journalistes Eric Laurent et Catherine Graciet, accusés d’avoir fait chanter le roi du Maroc, était "de facto dissoute". "Catherine Graciet et Eric Laurent ont publiquement reconnu avoir accepté de ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc contre rémunération, violant ainsi délibérément les engagements contractuels qu'ils avaient pris avec les Editions du Seuil [...] Dans ces conditions, la publication envisagée ne saurait avoir lieu", a ainsi expliqué la maison d'édition dans un communiqué.

F24

Cette annonce fait écho à deux entretiens, l’un d’Eric Laurent au Monde Afrique, l’autre de Catherine Graciet, au Parisien. Les deux journalistes y ont donné leur version des faits pour la première fois, alors que l’avocat de Mohammed VI, Eric Dupond-Moretti, occupait jusque-là l’espace médiatique. Tout deux décrivent un "traquenard" tendu par le pouvoir marocain, mais reconnaissent avoir accepté de ne pas publier le livre contre rémunération.

Laurent l’assure : il a succombé à la "tentation" mais n’a en aucun cas fait "chanter" le roi. "Il n’y a jamais eu de tentative de chantage. J’ai appelé [le secrétaire de Mohammed VI] pour une raison très simple : dans ce livre que nous avions en préparation, il y avait des éléments concernant la famille royale que nous voulions croiser avec le Palais. Au lieu de cela, le lendemain, j’ai reçu un appel d’un homme qui s’appelle Hicham Naciri, qui est un avocat du Palais, que je ne connaissais pas. [...] Nous nous retrouvons le 11 août à sa demande. […] A un moment donné, il me dit : «On pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d’un retrait écrit». C’est lui qui m’amène à cette idée", argue Eric Laurent. Il reconnaît toutefois avoir proposé lui-même la somme de trois millions d’euros pour ne pas publier le livre, mais réfute que cela puisse aller à l’encontre de la déontologie journalistique : "Ce qui serait allé à l’encontre de la déontologie, cela aurait été de dire : j’ai ces éléments, et je vais vraiment vous demander de me payer, sinon je les publie et cela sera très douloureux pour vous. Ce qui n’a jamais été le cas." Et concernant la co-auteure Catherine Graciet, Laurent refuse de porter le chapeau seul : "Soyons clairs, du début à la fin, Catherine Graciet a tout approuvé. Avant cette réunion, nous préparions les choses ensemble."

Parisien1

De son côté, la journaliste freelance estime "être tombée dans un piège". "Je n'ai jamais voulu faire chanter qui que ce soit. Je suis tombée dans un piège. Le Maroc a voulu se débarrasser de quelqu'un de gênant pour le Palais", avance-t-elle au Parisien. Pourquoi alors a-t-elle accepté de se rendre à un rendez-vous qui portait sur les trois millions d’euros avec Eric Laurent et l’avocat du roi, Hicham Naciri ? "J'y vais pour voir parce que je n'arrive pas à y croire. Que l'avocat du roi soit là, en personne, à prendre un tel risque ? A endosser un rôle réservé plutôt aux barbouzes ? Je veux en avoir le cœur net. En dix ans, je n'ai jamais pu parler à un représentant du Palais. J'y vois l'occasion d'obtenir des réactions, même en off, par rapport aux affaires évoquées dans le livre. Je pense même qu'une tentative de corruption, cela ferait un beau chapitre d'ouverture..." Une proposition qu’elle aurait pourtant acceptée, en même temps qu’une avance, en argent liquide.

"Deux voix parlent dans ma tête : l'ange et le démon. Et je ne sais plus ce que je fais. […] Oui, je me suis laissée tenter (elle fond en larmes...). J'ai eu un accès de faiblesse... C'est humain, non ? Chacun se demande ce qu'il ferait de sa vie avec 2 M€. […] Ensuite, c'est [Naciri] qui a insisté pour que nous prenions une avance. Quand il est parti et que je me suis retrouvée avec tout cet argent liquide dans les mains, j'étais hébétée, hagarde. Quand la police nous a interpellés dans le hall de l'hôtel, je n'ai pas compris." Tout comme Eric Laurent, elle promet qu’elle souhaite désormais voir le livre sortir. Il leur faudra trouver un nouvel éditeur.

L’occasion de lire la chronique du matinaute sur la difficulté de traiter ce fait divers : Laurent, Graciet et le Maroc : les perdus

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17h31 pas vu

Discours Mélenchon : boycott de LCP ?

Par
Sébastien Rochat le 31/08/2015

Fini les discours de Mélenchon sur LCP ? Le leader du Parti de Gauche (PG) a dénoncé, sur Twitter et Facebook, le refus de La Chaîne Parlementaire de diffuser son discours de clôture des universités d'été du PG, appelées "Remues méninges". Pour quel motif ? LCP aurait décidé de ne plus diffuser de discours en direct, sauf ceux du parti "Les Républicains" et du PS. Exit le pluralisme ? Contactée par @si, la nouvelle présidente de LCP, Marie-Eve Malouines, nommée par le président PS de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, s'explique.

Si vous étiez branché sur LCP dimanche 30 août, aux alentours de midi, vous n'avez pas vu le discours de Jean-Luc Mélenchon (mis en ligne depuis sur Dailymotion), en clôture des universités d'été du Parti de Gauche à Toulouse. Au lieu de cela, vous avez assisté à la déshydratation de Manuel Valls, venu clôturer les universités d'été du PS à La Rochelle.

Bob l'éponge

Vu

Mélenchon

Pas vu

Rien d'étonnant. La veille, Mélenchon avait prévenu, sur les réseaux sociaux, que pour la première fois depuis six ans, son discours ne serait pas retransmis sur LCP :

tweet tweet

FB

Les accusations sont directes : LCP aurait décidé de ne plus diffuser que les discours du PS et du parti "Les Républicains". Une décision qui serait liée à la nouvelle présidente de LCP, Marie-Eve Malouines, ex de France Info nommée en mai à la tête de LCP par Claude Bartolone, actuel président de l'Assemblée nationale et candidat PS aux élections régionales en Ile-de-France.

Sur Twitter, les accusations vont même plus loin. Un partisan de Mélenchon sous-entend que Malouines est membre du PS :

tweet tweet

Et Mélenchon lui-même assure que la nouvelle présidente de LCP a mangé à La Rochelle "avec ses camarades" du PS :

nouveau media

Autant d'accusations fondées ? Contactée par @si, Malouines justifie l'absence de diffusion du discours en direct de Mélenchon : "C'est vrai qu'on n'a pas retransmis son discours, c'est un choix rédactionnel. La présidence de LCP a changé, j'ai été candidate contre l'ancien président. LCP et Public Sénat ont inventé la retransmission des discours en direct. Mais ça doit évoluer car les chaînes d'info continu ont une puissance et des moyens qu'on n'a pas. La diffusion des discours en direct, ce n'est pas notre vocation. Notre rôle n'est pas d'être un robinet à discours. On doit apporter autre chose. Je préfère qu'on analyse le contenu plutôt que le contenant. Le direct, tout le monde le fait, nous, on veut mettre plus de moyens sur les émissions et les matinales".

Le direct, tout le monde le fait ? Peut-être. Mais selon nos constatations, BFM elle aussi, a préféré le discours de Valls à celui de Mélenchon. Tout comme LCP, qui n'a pas renoncé aux retransmissions en direct puisque la chaîne a diffusé le discours du Premier ministre. Est-ce à dire que seuls le PS et LR auront ce privilège sur LCP, comme l'assure Mélenchon ? "Non, on ne fonctionne pas comme ça, on réfléchit en fonction de l'actualité. Je ne sais pas qui a pu lui dire ça. On a simplement pensé qu'il y avait un enjeu autour des universités d'été du PS", nous assure Malouines. Pas de consigne de boycotter les autres partis donc. Quant aux accusations sur sa proximité avec le PS, Malouines dément : elle n'a jamais eu sa carte au PS et elle a déjeuné avec "l'équipe de LCP" à La Rochelle (comme elle l'a indiqué sur Twitter).

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15h59 suivi

Houellebecq : "Ariane Chemin paie pour les autres" (ONPC)

Par
Vincent Coquaz le 31/08/2015

"Pas de photo et pas de correspondance privée. Le reste je m’en tape." Invité pour la première émission de la saison d’On n’est pas couché (France 2), Michel Houellebecq est revenu sur l’enquête en six volets que Le Monde lui a consacrée. Après avoir refusé de répondre à la journaliste du quotidien, Ariane Chemin, et demandé à ses proches de faire de même, Houellebecq a depuis fustigé le résultat de l'enquête. Il lui reprochait par exemple de "compliquer le travail de ses gardes du corps" (même si @si a pu vérifier l'inverse) et a cette fois souligné quelques erreurs factuelles dans les articles, sur le plateau de Laurent Ruquier. Mais les écarts d'Ariane Chemin relèvent plutôt de l'anecdotique : la "réunion de crise" entre Houellebecq et son éditrice le soir des attentats de Charlie Hebdo n'aurait ainsi pas eu lieu... à Flammarion, mais chez l'écrivain.

Surtout, poussé par Léa Salamé (et longuement défendu par le nouveau chroniqueur Yann Moix), Houellebecq a répété à plusieurs reprises son principal grief contre les articles du Monde : il n’accepte pas que "sa correspondance privée" soit publiée.

Mais à quelle "correspondance privée" Houellebecq fait-il référence ? Dans les six articles de la série d'été, aucune trace d’échanges écrits de l’auteur. Ce dernier vise en fait uniquement le "making-of" de l’enquête. Dans celui-ci, Ariane Chemin cite… la réponse de Houellebecq à sa demande d’interview : "Furieux que Le Monde engage, cet été, une série d’articles dont il n’a pas l’initiative, Michel Houellebecq nous a répondu, le 26 juin : «Je refuse de vous parler et je demande aux gens que je connais d’adopter la même attitude.» En copie de son mail, le Tout-Paris, des philosophes Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray en passant par l’écrivain Frédéric Beigbeder. Consigne leur est donnée, si Le Monde persévérait dans son entreprise, de ne pas hésiter à «porter plainte au civil» : «La procédure judiciaire est finalement simple, et plutôt lucrative.»"

Et pourquoi l’écrivain ne porte-t-il pas plainte, s’il estime qu’Ariane Chemin n’avait "pas le droit" de publier cette "correspondance" ? "J’ai rendez-vous chez l’avocat demain", s’amuse l’écrivain, qui a donc pu rencontrer son conseil vendredi dernier (l’émission étant tournée le jeudi). Surtout, l’auteur reconnait que s’il en veut tant à la journaliste du quotidien, c’est surtout parce qu’elle "paye pour les autres". "J'aurais du porter plainte [avant], quand il y a eu des photos de moi publiées contre mon gré il y a dix ans, j'aurais du porter plainte contre le site Bakchich qui a raconté que j'avais un compte caché au Liechtenstein. C'est vrai qu'elle paye un peu pour tout le monde", concède-t-il. "Elle paye aussi pour les futurs. J’espère qu’on m’emmerdera moins."

L'occasion de lire la chronique de Daniel Schneidermann : Houellebecq contre Le Monde, narrateur littéraire contre narrateur médiatique

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09h16 le neuf-quinze

Laurent, Graciet et le Maroc : les perdus

Par
Daniel Schneidermann le 31/08/2015

Donc c'était bien ça, et ce n'est que ça : les deux journalistes accusés d'avoir "tenté de faire chanter le roi du Maroc" ont bel et bien eu "un accès de faiblesse" avoue Catherine Graciet au Parisien. Et d'ajouter "C'est humain, non ? Chacun se demande ce qu'il ferait de sa vie avec deux millions d'euros". Et Le Parisien qui a recueilli ses propos signale, en italiques : "elle fond en larmes". Eric Laurent, en écho, au Monde, racontant dans quelles circonstances il a craqué lui aussi : "J’ai exercé ce métier pendant 30 ans et j’avoue que là, j’en ai un peu assez. Donc je me dis: après tout, on n’a pas envie, quelles que soient les réserves que l’on peut avoir sur la monarchie, que s’instaure une république islamique. S’il propose une transaction, pourquoi pas". Et de mettre en avant sa "situation difficile" -le cancer généralisé de sa femme.

Une république islamique ! Diantre. On aurait pu y penser avant. Si on ne veut pas déstabiliser un régime, on se consacre à d'autres sujets d'études que les turpitudes éventuelles de son roi. Reste que pour l'essentiel, la version du Palais, portée dans tous les medias du week-end par le bulldozer Dupont-Moretti,est donc vraie : deux journalistes français d'investigation ont bel et bien accepté d'enterrer une enquête anti Mohammed VI contre quelques millions d'euros. Ils ont signé un protocole, et empoché une avance.

Les deux journalistes démentent avoir été à l'origine du "deal", comme le suggèraient les versions, apparemment tronquées, des enregistrements des négociations, publiées ce week-end. Ils assurent être tombés dans le piège tendu par l'habile avocat de Mohammed VI. Cette nuance pourra peut-être leur valoir une peine plus douce au procès. Mais déontologiquement, ça ne change pas grand chose. Sortir d'un rendez-vous avec une enveloppe bourrée de billets, en échange d'un renoncement écrit à la publication d'une enquête : quel journaliste normalement constitué ne peut frémir à la seule idée de cette scène ?

C'est ça, et ce n'est que ça : un fait-divers. Dont on peine, jusqu'à plus ample informé, à tirer une leçon générale -dépassant le cas particulier de l'information sur le Maroc- sur le journalisme d'investigation, les pratiques de l'édition, ou la vénalité de la presse. Pas grand chose de commun, par exemple, entre le fait-divers d'aujourd'hui et la vaste entreprise de corruption menée voici plus d'un siècle, avec quelque succès, par la Russie tsariste, pour placer les emprunts russes dans le public français (relire ici ce récit édifiant). Ne pas se tromper d'analyse : oui, c'est davantage l'effet de système (poids des annonceurs, des actionnaires, etc) qui atrophie en France l'investigation médiatique, plutôt que les défaillances morales individuelles.

Reste enfin la difficulté pour les confrères à traiter le fait-divers, sans en faire ni trop, ni trop peu : un silence complice conforterait, dans une partie du public, la certitude déjà trop répandue que tous les journalistes sont plus ou moins des pourris. Une sévérité excessive donnerait à ce fait-divers davantage de portée qu'il n'en a. Ne pas excuser, ne pas accabler. Traiter les deux perdus comme des justiciables ordinaires, dont la qualité de journalistes ne devrait être ni un motif d'immunité, ni une circonstance aggravante.

Graciet Laurent

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