Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

12h48 suivi

Dette grecque : les Européens ont tenté de bloquer un rapport du FMI

Par
Anne-Sophie Jacques le 04/07/2015

50 milliards d’euros : c’est la somme nécessaire à la Grèce d’ici les trois prochaines années selon un rapport du FMI rendu public jeudi. Le Fonds monétaire international ne voit que deux solutions : ou rallonger de délai de remboursement de la dette de quarante ans ou carrément en supprimer une partie. Pourtant, selon l’agence de presse Reuters, ces conclusions ont  failli rester dans l’ombre sous pression des membres européens de l'institution.

Faut-il alléger la dette grecque qui frôle actuellement les 180% du PIB ? Selon un rapport du FMI publié jeudi, il existe deux hypothèses : soit rallonger les délais de paiement de la dette grec de quarante ans "avec une période de grâce sur les taux d’intérêt de… vingt ans", soit procéder à un effacement de la dette de l’équivalent de 30 % du PIB. Cette dernière hypothèse va dans le sens du gouvernement grec – qui milite en vain pour une restructuration de sa dette – mais n’arrange pas vraiment les institutions européennes.

Aussi, à en croire l’agence de presse Reuters, "lors d'une réunion du conseil d'administration du FMI mercredi, les membres européens de l'institution se sont interrogés sur l'opportunité de publier un tel rapport à trois jours d'une consultation populaire susceptible d'entraîner la Grèce hors de la zone euro en cas de victoire du non". En clair : mieux valait cacher les conclusions de ce rapport afin d’éviter toute récupération politique. Ce que n’a pas manqué de faire le premier ministre Alexis Tsipras qui, lors d’une intervention télévisée vendredi, a invoqué ce rapport en poussant les Grecs à voter non aux exigences des créanciers lors de la consultation prévue dimanche.

Rapport FMI Reuters

Toujours selon Reuters, ce souhait des Européens est resté lettre morte : "il n'y a pas eu de vote mais les Européens étaient manifestement minoritaires et les Etats-Unis, dont la voix est prédominante au sein du FMI, étaient nettement favorables à la publication du rapport. […] Tous les arguments ont été soupesés par le conseil d'administration, y compris le risque d'une récupération politique de ce document, mais l'opinion majoritaire était que tous les chiffres et tous les éléments de réflexion devaient être exposés de manière transparente avant le vote des Grecs". Et une source citée par Reuters de tacler les administrateurs européens (qui sont élus par les pays membres du FMI) : "nous ne vivons pas dans une tour d'ivoire ici. Mais l'UE doit comprendre que tout ne peut pas se décider en fonction de ses propres impératifs".

Pour autant, lors de la publication du rapport en question, tous les journaux n’ont pas choisi de titrer sur cette hypothèse de l’allégement de la dette. Ainsi, le site de La Croix a choisi de mettre en avant la pression exercée sur la Grèce par le FMI. En effet, le rapport n'est pas tendre avec le gouvernement de Tsipras rendu responsable de cette situation économique "déplorable" et affirme que "les besoins de financements globaux ont été aggravés par «d'importants changements politiques»."  Syriza est clairement visé. Et encore, rapporte Le Figaro, "le FMI précise dans son rapport que les récentes péripéties du pays (fermeture des banques, contrôle des capitaux, défaut vis-à-vis du FMI) ne sont pas prises en compte. Leur «impact négatif» ne fait aucun doute".  L’institution fustige également "les «engagements vagues» des autorités à Athènes sur les privatisations réclamées par les créanciers occasionnant 9 milliards d'euros de manque à gagner" et assure par ailleurs que la croissance du pays estimée à 2,5% pour 2015 serait en réalité proche de zéro. Le FMI au secours de Tsipras ? C'est vite-dit.

>> Une pièce de plus dans notre dossier Grèce, derrière l'image

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17h56 suivi

Canal+ : Les Guignols maintenus, le Grand Journal menacé

Par
la rédaction le 03/07/2015

Les Guignols seront bien sur l'antenne de Canal+ à la rentrée 2015. Selon Le Monde, lors du comité d'entreprise de Vivendi qui s'est tenu ce vendredi 3 juillet, Vincent Bolloré a assuré que les Guignols ne seraient pas supprimés. Une décision sans doute prise en raison de la forte mobilisation pour défendre le programme (@si vous le racontait ici). En revanche, pas sûr que le programme reste en quotidienne. Tout est envisagé : un changement d'horaire, un passage en hebdomadaire, et une diffusion en payant et non plus en clair.

Cette réflexion s'inscrit dans une refonte complète des programmes de la chaîne. A l'issue de ce comité d'entreprise, le numéro de 2 de Canal+, Rodolphe Belmer, en charge des programmes, a été remercié après douze années au sein du groupe. Il est remplacé par Maxime Saada (jusqu'ici directeur général adjoint en charge des chaînes payantes comme Ciné+ ou Planète+). Sur Twitter, le journaliste du Monde, Cédric Pietralunga, a d'ailleurs fait remarquer que tout est allé très vite : le nom de Belmer a déjà disparu de l'organigramme sur le site du groupe.


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Avant


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Après (sans Belmer)

Objectif ? Relancer la chaîne dont les abonnements plafonnent alors que les coûts ont augmenté (notamment le droits sportifs avec l'arrivée de BeInSport) et que de nouveaux concurrents sur la fiction ont émergé (par exemple, Netflix). La reprise en main de Canal par Bolloré passe donc par un changement de grille, avec la volonté de diminuer les coûts en ayant moins recours à des producteurs extérieurs. Et qui dit producteur extérieur, dit surtout KM production, la société de Renaud Le Van Kim qui produit le Grand journal. Le programme, facturé 100 000 euros par jour d'après les chiffres de Télérama, paraît réellement menacé vu les baisses d'audience. Le Grand journal est définitivement distancé par l'émission de Cyril Hanouna sur D8, et est talonné par C à vous sur France 5. En évinçant Rodolphe Belmer, celui qui avait renouvelé le Grand journal la saison prochaine, Bolloré a donné le signal qu'un changement complet n'était plus à exclure.

L'occasion de revoir notre émission de 1996 avec les auteurs des Guignols : "Quand les Guignols étaient au top de leur impact"

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17h14 grrr !

Grèce / Inter : Seux invente un ministre d'Aube dorée (puis s'excuse)

Par
Anne-Sophie Jacques le 03/07/2015

Grosse boulette : ce matin, dans sa chronique économique de France Inter, Dominique Seux, par ailleurs directeur délégué de la rédaction des Echos, a assuré que le gouvernement grec comptait dans ses rangs un Ministre de la Défense issu du parti néo-nazi Aube dorée. Pourtant, Panos Kammenos, c’est son nom, appartient aux Grecs indépendants (ANEL). Seux a reconnu son erreur sur twitter en promettant de la rectifier lundi. Mais pour Jack Dion, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, cette erreur est significative de la campagne de désinformation menée contre Syriza.

"Dites @dseux, pourquoi inventer un ministre Aube dorée dans le gouvernement Tsipras ?" La journaliste du Monde Sylvia Zappi a alpagué en ces termes Dominique Seux sur twitter après avoir entendu l’éditorialiste de France Inter affirmer dans sa chronique de ce vendredi (sans être rectifié par Patrick Cohen) que le gouvernement grec comptait dans ses rangs un Ministre de la Défense issu du parti néo-nazi Aube dorée. Or pas du tout : le ministre en question, Panos Kammenos, appartient en réalité au Grecs indépendants (ANEL), parti qu’il a créé en 2012. Il était auparavant membre de la très conservatrice Nouvelle Démocratie.

Comme nous le racontions dans ce portrait consacré à Kammenos, l’ANEL se veut ni de gauche ni de droite mais uni seulement par les valeurs du nationalisme grec et de la religiosité chrétienne orthodoxe. Dès son arrivée au gouvernement, les opposants de Tsipras – mais aussi les médias étrangers – ont soulevé dans ses discours des relents d'antisémitisme, de complotisme ou d'homophobie. Il n’en est pas pour autant un membre du mouvement violent Aube dorée, parti ouvertement néo-nazi.

C’est donc une grosse boulette que Seux, par ailleurs directeur délégué de la rédaction des Echos que nous avions reçu dans notre émission sur l’arrivée de Syriza au pouvoir, a formulée ce matin à la radio. En réponse à sa consœur et à l’émoi suscité sur le réseau social, Seux a admis dans un tweet "une erreur factuelle très regrettable" dont il s’excuse et qu’il corrigera lundi. Un mea culpa qui n’est pas le premier : @si avait déjà signalé en 2011 un revirement de Seux qui avait assuré dans un premier temps que le creusement des écarts du niveau de vie entre riches et pauvres était une vue de l’esprit avant de se démentir.

Seux

S’il reconnaît que l’erreur est humaine, Jack Dion, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, n’en est pas moins sévère à l’égard de Seux. Il rappelle qu’en Grèce, "la gauche radicale et l’extrême droite se sont toujours opposés, parfois même très violemment. Entre les deux, il y a eu du sang, hier comme aujourd’hui. Quiconque a mis les pieds à Athènes le sait, sauf à se contenter de rester dans les hôtels où la jet set a ses quartiers de villégiature". Et de viser "une aristocratie médiatique" composée notamment de Bernard-Henri Lévy, auteur d’un récent bloc note du Point titré "Tchao Tsipras", le journaliste Arnaud Leparmentier qui tance régulièrement les Grecs dans Le Monde, ou encore Jean Quatremer, "porte-voix de l’eurocratie dans Libération".

Pour Dion, la "bêtise" de Seux est surtout significative de la campagne de désinformation menée contre Syriza et plus largement à l’encontre de "quiconque ose critiquer l’ordre européen, le diktat de la Troïka, le règne de l’euro, la nécessité de l’austérité, le pouvoir des eurocrates", aussitôt "classé dans la catégorie infâmante des «extrêmes», de gauche ou de droite".

>> Heureusement, il n’y a pas que les éditorialistes dans les médias. Pour découvrir comment travaillent les journalistes qui couvrent la crise grecque, lisez ou relisez notre enquête sur le sujet.

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14h35 lu

Hollande refuse l'asile politique à Assange

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Robin Andraca le 03/07/2015

Dans une lettre ouverte publiée sur le site du Monde, Julian Assange, fondateur de Wikileaks, a demandé l'asile politique à François Hollande. L'Elysée n'a pas tardé à refuser.


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"En m’accueillant, la France accomplirait un geste humanitaire mais aussi probablement symbolique, envoyant un encouragement à tous les journalistes et lanceurs d’alerte qui, de par le monde, risquent leur vie au quotidien pour permettre à leurs concitoyens de faire un pas de plus vers la vérité". Dans une (longue) lettre publiée dans Le Monde, Julian Assange, journaliste, fondateur en 2006 de Wikileaks, réfugié au sein de l'ambassade d'Equateur à Londres depuis juin 2012, a lancé un appel à François Hollande. "Ma vie est aujourd'hui en danger, Monsieur le président, et mon intégrité physique, comme psychologique est, chaque jour qui passe, un peu plus menacée" estime Assange, recherché depuis 2010 par la justice américaine après la publication de 500 000 documents classés secret-défense sur l'Irak et l'Afghanistan et 250 000 communications diplomatiques.

Dans cette lettre, le fondateur de Wikileaks dit avoir été touché par les déclarations récentes de Christiane Taubira. Le 25 juin dernier, sur BFM TV, la garde des sceaux s'était en effet dite ouverte à ce que la France accueille Julian Assange et Edward Snowden : "Cela serait un geste symbolique", avait-t-elle déclaré, tout en précisant que ce choix appartenait au président, au Premier ministre et au ministre des Affaires étrangères.

Insuffisant pour convaincre l'Elysée qui, moins d'une heure après la publication de la lettre ouverte, a signifié son refus, "compte-tenu des éléments juridiques et de la situation matérielle de M.Assange". Le communiqué précise que la situation d'Assange ne présente pas de "danger immédiat" et rappelle qu'il fait "en outre l'objet d'un mandat d'arrêt européen".

 


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Le communiqué du service de presse de l'Elysée

Christiane Taubira n'est pas la seule personnalité, en France, à soutenir Assange. Le 2 juillet, des personnalités françaises issues des mondes politique, intellectuel et artistique ont interpellé Hollande sur "le devoir de protection de la France" à l'égard de Julian Assange, mais aussi d'Edward Snowden, autre lanceur d'alerte. Edgar Morin, Jacques Audiard, Edwy Plenel, Eva Joly, Thomas Piketty, Eric Cantona, Vincent Cassel et la journaliste du Monde Raphaelle Bacqué figuraient parmi les premiers signataires de cette lettre.

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14h24 suivi

Uber suspend UberPop en France

Par
Anne-Sophie Jacques le 03/07/2015

Uber capitule : dans un entretien au Monde, le directeur général du VTC, dans la ligne de mire des taxis depuis son arrivée en France, annonce la suspension d’UberPop, service qui permet à des particuliers de faire office de chauffeur, à compter du vendredi 3 juillet à 20 heures. C'est la première fois qu'Uber suspend un service dans un pays sans contrainte judiciaire.

Dans la guerre qui oppose les taxis à Uber – guerre qui s’est traduite la semaine dernière par des heurts entre chauffeurs – le VTC vient de perdre une bataille : dans un entretien au Monde, le directeur général d’Uber France Thibaud Simphal annonce la suspension du service UberPop ce soir à partir de 20 heures. Ce service, qui permet à des particuliers d’utiliser leur propre voiture pour faire office de chauffeur de taxi, est déjà banni par certaines préfectures, dont celle de Paris mais, bien qu’interdit par la loi Thévenoud, son application restait suspendue à la décision de la Cour d’appel de Paris qui doit se prononcer en septembre. Dans la capitale, comme le raconte ce reportage du Monde, les policiers avaient entamé une chasse aux chauffeurs UberPop. D'un autre côté, deux dirigeants d'Uber France (dont Simphal) seront jugés à la rentrée pour pratique commerciale trompeuse, complicité d'exercice illégal de la profession de taxi et traitement de données informatiques illégal.

UberPop

Sans attendre le verdict de la Cour d’appel, Uber France a donc décidé de mettre en suspens UberPop pour "préserver la sécurité des chauffeurs Uber" selon son directeur général. Il évoque également le souhait de "se situer dans un esprit d’apaisement, de dialogue avec les pouvoirs publics et montrer que l’on prend nos responsabilités". Pourtant, comme le rappelle Le Monde, la semaine dernière encore, Uber incitait des apprentis chauffeurs à rejoindre le réseau UberPop en assurant que "le service était juridiquement sûr". C’est la première fois qu’Uber, présent dans plus de 300 villes dans le monde, suspend un service dans un pays "sans y avoir été contraint par la justice".

>> Si vous avez manqué les derniers épisodes sur Uber, séance de rattrapage avec nos derniers articles : "Guerre taxis contre VTC : les réseaux sociaux s'enflamment pour Uberpop", UberPop : les taxis victimes de l'effet Streisand ou encore Uber déficitaire en France... et ailleurs ?

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13h18 suivi

Béziers / fichage d'élèves : enquête classée sans suite

Par
la rédaction le 03/07/2015

Pas de fichage à Béziers. L'enquête préliminaire pour "tenue illégale de fichiers en raison de l'origine ethnique", visant Robert Ménard et la mairie de Béziers, a été classée sans suite. "Il n'y a rien qui permette de prouver quoi que ce soit", a déclaré Yvon Calvet, le procureur de Béziers.

L'affaire avait été déclenchée à la suite des propos de Ménard dans l'émission Mots Croisés, en mai 2015. Pour illustrer "le problème de l'immigration", il avait déclaré qu'il y avait "64,6% d'élèves de confession musulmane à Béziers". Ses sources ? "Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n'ai pas le droit, mais on le fait. Les prénoms disent les confessions. Dire l'inverse, c'est nier une évidence".

Avec un chiffre aussi précis, à la virgule près, faut-il comprendre que les élèves de Béziers sont systématiquement fichés en fonction de leur origine ? Manifestement, l'enquête préliminaire n'a rien donné. Un classement sans suite pas vraiment étonnant : comme le rappelle l'AFP, le tribunal administratif de Béziers avait déjà rejeté, le 11 mai dernier, le référé déposé par une association qui demandait au maire de stopper le fichage des élèves. A l'époque, aucun fichier n'avait été retrouvé. Le tribunal avait simplement constaté que des informations "ont été collectées à partir des fichiers recensant les élèves inscrits dans les établissements publics d'enseignement dans lesquels les enfants supposés appartenir à la religion musulmane ont été identifiés par leurs prénoms".

"Je suis vraiment satisfait. C'est la fin d'une polémique bidon. Il n'y avait rien d'illégal à dire cela, le bon sens a triomphé. Dire ce qui est me semble être le métier du maire. Il n'y avait rien de rien dans ce dossier", s'est réjoui Robert Ménard.

L'occasion de relire notre article sur les statistiques ethniques : "Le fichage est interdit, les statistiques pas toujours"

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11h35 suivi

Bettencourt / Fuites : la juge Prévost-Desprez relaxée

Par
la rédaction le 03/07/2015

Qui a informé les journalistes du Monde dans l'affaire Bettencourt en 2010 ? Poursuivie pour "violation du secret professionnel", la juge Isabelle Prévost-Desprez a finalement été relaxée par le tribunal correctionnel de Bordeaux.

A l'origine de cette affaire, il y a un article du Monde en date du 1er septembre 2010 qui évoquait l'audition d'une femme de chambre de Liliane Bettencourt et annonçait une perquisition en cours chez la milliardaire.

Article du Monde

A l'époque, l'avocat de la milliardaire, Me Georges Kiejman, avait porté plainte contre Prévost-Desprez, en charge d'un supplément d'information dans le cadre de l'affaire Bettencourt (qui faisait déjà l'objet d'une enquête préliminaire pour "abus de faiblesse" menée par le procureur Courroye). Pourquoi Prévost-Desprez ? Parce qu'elle instruisait cette partie de l'enquête et qu'elle avait co-écrit un livre, Une juge à abattre, avec l'un des auteurs de l'article du Monde, Jacques Follorou.

Prévots Desprez



Après avoir épluché les factures détaillées du téléphone personnel de Prévost-Desprez, il s'avère que la juge parlait beaucoup à la presse. Dans son jugement, que se sont procurés Le Monde et Mediapart, le tribunal constate qu'elle "avait des contacts très nombreux et réguliers avec de nombreux journalistes" dont "Libération, Le Monde, Paris-Match, L’Express, Mediapart, Le Parisien, Elle, Marianne, l’AFP, TF1, le Nouvel Observateur". "Ces contacts se présentaient sous forme de SMS ou de conversations parfois très longues, aux heures ouvrables, mais également en soirée". Des échanges qui "ne pouvaient uniquement porter sur des questions de procédure ou de rôles d’audience comme l’affirme Isabelle Prévost-Desprez", constatent les juges. Des soupçons de fuite donc. Sauf que le tribunal reconnaît que "le contenu de l’ensemble de ces SMS demeure inconnu à ce jour". Conclusion ? "Il ne peut donc en être déduit qu’ils concernent le contenu des procès-verbaux en cause".

Quant à la fuite sur la tenue d'une perquisition chez Bettencourt, elle n'est pas attribuée à Prévost-Desprez, comme l'explique Mediapart. D'autres personnes auraient pu éventer l'info, notamment l'infirmier de Liliane Bettencourt, qui a aussitôt appelé l’avocat de Bettencourt Pascal Wilhelm et la communicante Marion Bougeard. Le tribunal n'a d'ailleurs pas écarté l'hypothèse développée par la défense de Prévost-Desprez : "Me Kiejman avait tout intérêt à ce que l’information soit diffusée pour ensuite l’utiliser pour obtenir un dessaisissement de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, ce qui est finalement advenu, écrivent les juges. Isabelle Prévost-Desprez n’avait aucun intérêt à cette date à ce que les informations soient diffusées". Le parquet de Bordeaux n'a pas encore indiqué s'il comptait faire appel de la relaxe de Prévost-Desprez.

Un épisode supplémentaire à rajouter dans cette "saga Bettencourt"

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09h15 le neuf-quinze

Alain, Cécile et les autres contre le bolos Bolloré

Par
Daniel Schneidermann le 03/07/2015

Et d'un coup d'un seul, Juppé se barricada dans sa chambre d'ado avec Cécile Duflot et tous les autres. Tous coupés net, figés de stupeur, en pleine bagarre de polochons sur Tsipras. Tout d'un coup, le bolos Bolloré avait fait l'unanimité contre lui. Laissez-nous les Guignols ! C'est dit, ils bouderaient ensemble au moins jusqu'au diner.

Bien joué, c'est vrai, le tweet de Juppé, et le changement de sa photo de profil Twitter. D'un coup, vingt ans de moins. Ce qui ne lui en fait plus que cinquante, autant dire, donc, l'adolescence boutonneuse, pour un politique français aujourd'hui. Bien joué Alain. Même si les ficelles se voient un peu. Il faut quelques secondes pour faire la connexion, mais elle se fait. Le tweet-soutien de Juppé aux Guignols est, outre un coup de com' magistral, et qui ne coûte pas un centime, un amical coup de pied à Sarkozy, titulaire d'un pass médiatique à vie sur le yacht de l'oligarque, et ainsi acculé au bastingage par la tempête des marionnettes. Bien joué, de la même manière, Delphine Ernotte, nouvelle pédégée de France Télévisions, qui a inauguré ses fonctions sur Twitter en s'affirmant prête à donner l'asile aux marionnettes sur le service public, au cas où.

Après l'emballement d'hier, commencent, à J+1, à s'élever les premières voix grinçantes (c'est la loi immuable du contre-emballement de J+1, je théoriserai ça un jour). On commence ici et là à murmurer que les Guignols ont vingt ans de retard, et ne font plus rire personne. Peut-être. Mais s'ils ont vingt ans de retard, Bolloré, lui, en a cinquante. Il y a vingt ans déjà, les plus rusés des guignolisés savaient comment tuer leur marionnette : en lui faisant des mamours devant les caméras. Réécoutez donc l'équipe-culte des Guignols des années 90, le trio Delépine-Gaccio-Halin raconter comment Drucker, par exemple, a tué sa marionnette : en l'invitant sur son canapé (on vous remis en ligne l'émission entière). Hop, du jour au lendemain, c'était fini. Morale provisoire de l'épisode, puisqu'il faut bien trouver un motif de réconfort : l'intelligence et la classe, ça ne s'achète pas. Avis aux bolos.

Juppé - Marionnette

 

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18h28 vu

Des djihadistes en France ? La une trompeuse de Valeurs Actuelles

Par
la rédaction le 02/07/2015

"Les fous d'Allah sont parmi nous". Parmi nous ? Valeurs Actuelles a enquêté sur "la cinquième colonne djihadiste en France". En mettant à la une, un barbu censé donc être un djihadiste en France :

VA



Sauf que la photographie n'a pas vraiment été prise dans l'hexagone, comme l'a notamment remarqué un journaliste de BFM sur Twitter. Il s'agit d'une photo prise en mars 2012 à Tunis. Slate Afrique l'avait par exemple utilisée pour illustrer un article sur la menace salafiste en Tunisie.

Slate Afrique

 

Valeurs Actuelles a simplement inversé la photo. Une inversion qui en rappelle une autre : en 2013 déjà, l'hebdomadaire avait retourné Hollande.

Hollande inversé

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09h15 le neuf-quinze

Sapin : le plouf de l'argument argentin

Par
Daniel Schneidermann le 02/07/2015

Et si on avait mal jugé le FMI ? Et si son inflexibilité, déplorée de plus en plus fort jusque dans les couloirs de l'UE, ne relevait pas d'un désir sadique de faire rendre gorge à la Grèce, mais simplement de pressions de certains de ses membres ? Au micro de France Inter, hier matin, le ministre français des finances Michel Sapin : « Le FMI ne répond pas devant des pays d’Europe, il répond de sa responsabilité devant l’ensemble des pays du monde. Et dans ces pays du monde, savez-vous ceux qui étaient les plus exigeants ? L’Argentine, le Brésil. Des pays qui avaient, par le passé, bénéficié de l’aide du FMI et qui posaient une question à la directrice générale : “Pourquoi êtes-vous plus flexible avec un pays européen que vous ne l’avez été avec nous ?” »

A priori, pourquoi pas ? Ce serait possible. Méfions-nous de nous-mêmes. Méfions-nous, dans une guerre de propagande comme celle-ci, de notre propension à diaboliser les positions qui ne sont pas les nôtres. Cherchons toujours à comprendre la logique de l'autre, ses ressorts, ses contraintes. Et s'il était vrai que Christine Lagarde soit sous pression insoutenable de l'Argentine et du Brésil, il ne serait pas étonnant qu'on n'en soit pas informés. Une crise de haute intensité comme la crise grecque depuis quelques semaines fait craquer les cadres de l'information. L'épuisement est partout, comme le racontent dans notre enquête les journalistes qui la couvrent en première ligne. Chez les journalistes, chez les politiques et leurs sherpas, jusque chez les traducteurs, sans doute. Par manque de moyens, par manque de temps, par manque de sommeil, se réduisent les champs de vision intellectuel, géographique, temporel. On réduit "l'Europe" au duo France-Allemagne, en oubliant "les petits pays", comme l'Estonie. Donc, oui, il serait possible qu'une éventuelle jalousie argentine passe sous les radars d'une presse mondiale surchauffée. Qu'un pays ayant déjà fait défaut, et en ayant payé le prix (notre dossier complet est ici) veuille en faire payer un autre, ce serait possible.

Mais voilà. Deux jours avant que Sapin dégaine l'argument argentin en défense de Lagarde, le chef de cabinet de la présidente Kirchner, Anibal Fernandez, avait été parfaitement clair. La crise grecque « a été provoquée par les ajustements du FMI », avait-il dénoncé, voyant « l'ombre des fonds vautours,  spécialement Elliott, acheter des bons grecs » et redoutant qu'en cas de défaut, la Grèce soit "pillée". D'accord, cette position n'a donné lieu, en France, qu'à une brève dans Les Echos, mais après tout, on peut attendre que le ministre français des finances lise Les Echos. Contactée par Le Monde diplomatique, l'ambassadrice argentine en France a d'ailleurs confirmé la position de son pays. Quant au cabinet de Michel Sapin, il n'a pas donné suite aux demandes du Monde diplomatique. Le manque de temps, vous dit-on.


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13h51 lu

Uberpop : les taxis victimes de l'effet Streisand ?

Par
la rédaction le 01/07/2015

La grève des taxis qui ont mené des opérations escargot, le 25 juin, pour protester contre le service Uberpop, qui permet à des chauffeurs non professionnels de transporter des passagers contre rémunération, aura eu plusieurs effets. D'un côté, François Hollande a demandé la "dissolution" d'Uberpop et deux dirigeants français de l'application Uber ont été placés en garde à vue -ils seront jugés à la rentrée pour pratique commerciale trompeuse, complicité d'exercice illégal de la profession de taxi et traitement de données informatiques illégal. De l'autre, Uber (qui intègre Uberpop) a fait un bond phénoménal dans... le classement des applications les plus téléchargées en France la semaine dernière.


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Les taxis parisiens, victimes de l'effet Streisand ? En attendant de voir les conséquences juridiques des déclarations de Hollande et Cazeneuve, l'application Uber ne s'est jamais aussi bien portée en France. Sur l'Appstore, la plateforme de téléchargement d'applications en ligne d'Apple, Uber a même été propulsé en tête du classement l'espace de quelques heures, comme le relève le site L'informaticien :


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Un bond phénoménal, qui semble épouser la montée de colère des conducteurs de taxis la semaine dernière. Classée 25ème le 22 juin, l'application était deuxième le 25 juin avant de se retrouver en tête du classement le lendemain des opérations escargot menés dans plusieurs ville françaises. L'effet Streisand est depuis retombé, l'appli étant aujourd'hui redescendue à la 26ème place des applis gratuites les plus téléchargées sur l'Appstore.

Et sur Google Play, la boutique en ligne créée par Google, utilisée par tous les utilisateurs du système d'exploitation Android ? Pas de première place mais la progression du nombre de téléchargements au cours de la semaine dernière, reste spectaculaire. Uber, version Android, est ainsi passé de la 112ème à la 63ème place le lendemain des manifestations.

L'occasion de relire la chronique de Daniel Schneidermann "Uber : barbares contre barbares" et notre article : "Guerre taxis contre VTC : les réseaux sociaux s'enflamment pour Uberpop".

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09h15 le neuf-quinze

Cottrez-Pérol, deux procès

Par
Daniel Schneidermann le 01/07/2015

Pendant que la Grèce et l'Europe frôlent le précipice, qu'éclatent les bombes, qu'on mitraille les touristes sur une plage de Tunisie, une femme répond de huit infanticides devant la Cour d'Assises de Douai. Le procès de Dominique Cottrez est suivi passionnément par les chroniqueurs judiciaires de ce qu'il reste de la presse française. Les stars de la profession, Durand-Souffland, Millot, Robert-Diard, l'ont même préféré au procès pour prise illégale d'intérêt de François Pérol, ex-conseiller de Sarkozy, aujourd'hui président de Banque Populaire Caisses d'Epargne après avoir supervisé la fusion des deux banques, qui se déroule simultanément. Et, attiré par les signatures, par la qualité des plumes, on lit évidemment les compte-rendus. Comment cette femme a tué à la naissance huit de ses nouveaux-nés. L'amour pour elle de ses deux filles, ses premières nées, aujourd'hui âgées de 26 et 28 ans. Son spectaculaire revirement, quand elle avoue finalement que non, elle n'a pas été violée par son père dans son enfance.

Et chaque jour on se demande : mais que font-ils là ? Et que faisons-nous là, nous, à les lire ?

Que font-ils là, c'est clair. La Justice est rendue en public. Ils ont donc le droit d'y être, comme nous avons le droit de les lire. Mais qu'est-ce qui justifie que cette tranche de vie nous soit ainsi offerte ? Les faits jugés sont-ils en telle progression statistique qu'il soit urgent d'en informer le public ? Ont-ils pour cause un dysfonctionnement des institutions, qu'il importe de dénoncer bien fort ? L'accusée est-elle soutenue, ou combattue, par de puissants mouvements d'opinion, de puissants intérêts ? Le procès a-t-il une dimension politique ? Une loi pourrait-elle y mettre fin ? Autant de questions auxquelles, dans le procès Pérol, la réponse est "plutôt oui, a priori", tandis qu'elle est "plutôt non" dans le procès Cottrez. Ajoutons que sur le plan purement scénaristique, le procès Pérol se défend bien lui aussi, comme dans cette audience où l'accusé s'efforce de convaincre le tribunal que rien, strictement rien, ne se décidait à l'Elysée de Sarkozy, ou encore lorqu'il explique que Sarkozy "s'est trompé" en affirmant faussement que la commission de déontologie avait été saisie de son cas.

L'affaire Cottrez n'a aucun autre intérêt que sa monstruosité intrinsèque.  Huit meurtres, une accusée aide-soignante en surpoids de 160 kilogs : c'est ce hors-normes, qui a attiré les chroniqueurs judiciaires vers ce procès pénal "chimiquement pur", plutôt que vers le procès politico-financier. On dirait d'ailleurs que certains s'en rendent compte, tentant l'impossible pour ne pas en livrer davantage qu'il n'est strictement nécessaire. Par exemple, dans Libération, Ondine Millot ne désigne les deux filles de la prévenue que par l'initiale de leur prénom, E. et V. tandis que Stéphane Durand-Souffland, dans Le Figaro, n'hésite pas à dévoiler les prénoms entiers de Emeline et Virginie. Comme si c'était là toute leur marge de manoeuvre.


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07h02 suivi

Yoshi : mais quel est le sexe du dinosaure de Mario ? (Le Monde)

Par
la rédaction le 01/07/2015

Yoshi, le célèbre destrier vert de Mario, est-il un homme ou une femme ? La question s'est posée, très sérieusement, sur le web après une remarque signée Anita Sarkeesian, blogueuse américaine spécialisée dans la représentation des femmes.


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"Nous sommes bien conscients que le genre de Yoshi a fait l'objet de discussions et de débats, mais Nintendo utilise un pronom masculin quand elle se réfère à Yoshi. Donc dans le cas de notre étude, Yoshi's Woolly World est classé dans les jeux où le héros est masculin". Dans le cadre d'une analyse quantitative de la part de héros masculins et féminins dans les titres présentés à l'E3, le salon annuel du jeu vidéo à Los Angeles, Anita Sarkeesian a tranché : Yoshi est un homme et le petit dinosaure vert, vedette d'un jeu sorti très récemment sur la console Wii U, a été rangé par la blogueuse dans les 32% de jeux présentés à l'E3 qui imposent le contrôle d'un personnage masculin, plutôt que dans la catégorie "Ne s'applique pas".

Comme le relève Le Monde, Internet n'a pas attendu Sarkeesian pour se poser la question du sexe de Yoshi. "Rien que sur Yahoo! Answers, la plateforme de questions-réponses collaborative du moteur de recherche américain, la question a été posée plus d'une trentaine de fois depuis 2007. L'encyclopédie collaborative de fans Mariowiki consacre une section entière aux principales thèses concernant sa biologie reproductive. Tandis que sur l'incorrigible Reddit, le forum anglophone géant où règne le second degré, un schéma corporel hypothétique de Yoshi circule pour expliquer sa constitution", note le journaliste.

Alors, mâle ou femelle Yoshi ? Difficile de savoir tant les arguments des uns (le prénom Yoshi est masculin en japonais) valents ceux des autres (Yoshi pond des oeufs et a la voix aigue). Pour Le Monde, le débat, de toute façon, est ailleurs : "Ce qui se joue désormais, c'est la blessure à vif au sein de la vaste et hétéroclite communauté des joueurs, entre les nostalgiques d'un discours sur le jeu vidéo apolitique et les tenants d'une grille d'analyse fondée sur la question du genre et désormais de plus en plus systématisée". Yoshi, nouvelle victime du Gamer Gate ?

L'occasion de revoir notre émission : "Gamergate : rebellion populaire, ou éruption réac ?".

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15h49 à voir et revoir

1996 : Quand De Greef "suspendait" Karl Zéro

Par
la rédaction le 30/06/2015

Quelles sont les limites de l'humour acceptable ? Qui doit les fixer ? Le mélange d'images d'information et d'images truquées ne pose-t-il pas des problèmes ? L'ex-directeur des programmes Alain de Greef, décédé le 29 juin, était venu en parler le 3 novembre 1996 sur le plateau d'Arrêt sur images.

Crise à Canal+. Un sketch du Vrai Journal de Karl Zéro a mis sens dessus dessous la présidence de la chaîne cryptée. Dans une parodie de Pulp Fiction, de Quentin Tarantino, Karl Zéro met en scène l'assassinat du président de la République, Jacques Chirac, par deux tueurs qui lui reprochent d'avoir trahi ses promesses de campagne. De Greef, qui reconnait ne pas avoir été assez vigilant, a donc décidé de suspendre l'émission pour quatre semaines, afin de "réfléchir à une émission devenue trop importante". Il s'en explique sur notre plateau.

 

Lire aussi la chronique de Daniel Schneidermann : Pasqua / De Greef, affairo-gaullisme et esprit Canal

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11h42 vu

Frères Dardenne : filmer "dans le cul des choses" (Hors Série)

Par
la rédaction le 30/06/2015

Haro sur le cinéma naturaliste. Du spectaculaire, du conflit, une volonté de tout montrer : le cinéma naturaliste triomphe, alors qu'un cinéma alternatif, moins connu, celui du silence et de l'invisible, existe mais peine à s'imposer auprès du public. Dans l'émission Dans le film, présentée par Murielle Jourdet et mise en ligne sur le site "Hors Série", le critique de cinéma, Marcos Uzal, déplore ce cinéma naturaliste qui veut "coller aux choses" et n'a plus de distance. Quand les frères Dardenne disent vouloir filmer "dans le cul des choses", Uzal ironise en constant que "lorsqu'on est dans le cul des choses, on ne voit plus rien".

Uzal insiste également sur la nécessité de distinguer le sujet d'un film et son traitement : ce n'est pas parce que le mariage pour tous s'est imposé que l'on est forcément obligé d'aimer La Vie d'Adèle...

Pour voir l'intégralité de l'émission, c'est ici

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11h38 suivi

Uber déficitaire en France... et ailleurs ?

Par
Anne-Sophie Jacques le 30/06/2015

Si les motivations du VTC Uber sont claires – grignoter puis s’imposer sur le marché des taxis – en revanche ses comptes sont obscurs. Selon l'agence de presse économique Bloomberg reprise par le site Numerama, Uber serait fortement déficitaire à en croire un document remis à des investisseurs potentiels – ce que le VTC dément. Une chose est sûre : Uber est bel et bien déficitaire en France grâce à un montage d’optimisation fiscale révélé par le site de BFM Business.

Uber largement déficitaire ? L’agence de presse économique Bloomberg a épluché un document remis aux investisseurs susceptibles de mettre des billes dans ce VTC installé dans plus de 300 villes à travers le monde, et découvert qu’Uber réaliserait 415 millions de dollars de chiffre d'affaires et 470 millions de dollars de déficit. Soit un gros trou dans les comptes. Ce chiffre d’affaires tranche surtout avec les estimations de 10 milliards de dollars pour 2015, explique Numerama qui reprend l’information avant de nuancer : les 10 milliards estimés peuvent intégrer "les 80 % reversés aux chauffeurs, alors que les 415 millions d'euros peuvent ne refléter que les 20 % de commission collectée par Uber". Pour sa défense, le VTC assure que ces chiffres anciens ne reflètent pas l’activité commerciale aujourd’hui… ce qui n’explique pas pourquoi ces vieux chiffres apparaissent dans le document remis aux investisseurs potentiels.

Uber

 

Reste que ce trou dans les comptes apparaît bel et bien en France. Et pour cause : selon le site BFM Business, Uber a mis en place un montage d’optimisation fiscale pour lui permettre d’échapper à l’’impôt. Si le VTC possède bien une filiale en France, cette dernière est uniquement chargée de la relation avec les chauffeurs, de la promotion de la marque et du support marketing. Les courses sont facturées par une filiale néerlandaise qui reverse ensuite 80% de la somme aux chauffeurs… lesquels sont censés ensuite payer charges et impôts en France. Les 20% restants sont donc délocalisés d’abord aux Pays-Bas avant de rejoindre des contrées plus chaudes, en l’occurrence les Bermudes. En effet, souligne BFM Business, "la filiale néerlandaise paye une gigantesque redevance pour avoir le droit d'utiliser les brevets d'Uber […]. Cette redevance est envoyée vers une autre filiale d'Uber, visiblement la filiale immatriculée aux Bermudes. Intérêt : cette gigantesque redevance n'est pas imposée aux Bermudes, mais n'est pas imposée non plus aux Pays-Bas, grâce à une niche fiscale néerlandaise". Seul lot de consolation pour la France : Uber n’est pas dispensé de TVA.

Pour autant, rien de surprenant. Ces montages sont un grand classique dans le monde des barbares. L’an dernier, BFM Business avait déjà révélé les entourloupes d’Airbnb, plateforme de locations d’appartement entre particuliers, pour échapper au fisc grâce à ses filiales domiciliées dans des paradis fiscaux.

>> L’occasion de relire notre premier épisode sur la guerre qui oppose VTC modernes et taxis ringards.

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09h15 le neuf-quinze

Pasqua / de Greef : Affairo-gaullisme et esprit Canal

Par
Daniel Schneidermann le 30/06/2015

C'est l'heure où règne sans partage la parlote, sur les chaînes d'info. On papote Grèce, on papote Djihad, avec ces invités meublants à tiroirs et recoins, que l'on écoute d'un oeil, comme la bande-son vaguement vindicative des drames du monde. C'est l'heure où va boire à la rivière la meute des Yaka Faucon, comme tout serait simple si on les écoutait, comme la terre irait mieux. Et soudain, dans les bandeaux du bas de l'écran, s'inscrit la nouvelle de la mort de Charles Pasqua.

Il faut quelques minutes avant que cette nouvelle grimpe des bandeaux au cerveau des présentateurs, et tout d'un coup c'est fait, je vous interromps, priorité au direct, actu oblige, Charles Pasqua est mort. Et alors se produit le miracle : les invités Grèce ou Djihad se transforment instantanément en invités Pasqua. Pour tel spécialiste de la sécurité, rien de plus facile : de la sécurité djihad, il glisse à la sécurité Pasqua, terroriser les terroristes, comme il avait tout compris avant tout le monde, l'homme du Pernod-gaullisme. Jean-Marie Cavada (pourquoi diable Cavada ?) exprime tout son respect. Et le politologue Gaël Brustier, qui quelques secondes plutôt plaidait pour le Non au référendum grec, ô miracle, ô prodige, révèle qu'étudiant, il fut jadis invité par Pasqua à prendre un petit déjeuner au Parlement européen. Quoique marxiste, il dit aussi tout son respect pour l'ex-Résistant-à-quinze-ans. Puis, comme un orage d'été, s'abat sur les plateaux la mitraille téléphonique des Tiberi, Karoutchi, Alliot-Marie, Balkany (Patrick et Isabelle, successivement), qui eût cru que la Françafrique des Hauts de Seine recelait tant de trésors d'émotion ? Qui eût cru que Pasqua récitait à la jeune Isabelle Balkany "des sourates entières du Coran, et des pans du Talmud" ? Qui eût cru que la mort du jeune étudiant Malik Oussekine l'avait "atteint" ? Car sous la rude écorce, etc. De toutes ses forces, le présentateur d'iTélé Olivier Galzi rame à contre-courant, rappelle les "zaffaires" financières, les condamnations, la réputation sulfureuse. Mais on ne rame pas contre un orage.

Bref, on est en plein épisode caniculaire de Pasqualgie, quand sur Twitter tombe le second mort de la soirée, Alain de Greef, légendaire directeur des programmes de Canal+. Le même soir, quelle injustice. On repense à la mort de Cocteau, si injustement occultée par celle de Piaf. Sarcastique d'avance, on s'apprête à observer le second miracle de la soirée : la transmutation du chagrin Pasqua en chagrin de Greef, par les mêmes. L'éloge des Guignols par Xavière Tiberi, des Nuls par Nicolas Sarkozy, et du Kulunmouton par Michelle Alliot-Marie. Mais non. Rien. Pas un mot. Pas même de bandeau en bas de l'écran. Affairo-gaullisme contre esprit Canal : on ne pouvait imaginer symboles plus éloignés. Confrontées à l'irréductibilité radicale de ces deux composantes glorieuses de l'identité nationale, les chaînes d'info n'ont eu d'autre solution que le silence.

de Greef

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19h54 lu

Grèce : le début d'une épreuve (Lordon)

Par
la rédaction le 29/06/2015

Hic Rhodus hic salta. Par cet adage latin – "c’est ici qu’il faut sauter" – l’économiste Frédéric Lordon analyse dans un billet de blog la décision du premier ministre Alexis Tsipras de confier le sort de la Grèce au peuple invité à se prononcer par référendum sur les propositions de réformes des institutions européennes – qui n’hésitent pas à corriger en rouge le document officiel grec des négociations, ultime humiliation.

Lordon

Si Lordon salue dans un premier temps le choix de Tsipras à qui "il faut une sacrée consistance pour faire face à ce mélange de périls et de chances qui s’offre à lui aujourd’hui – qui s’offre à lui ? non, qu’il a fait advenir en se tenant au plus près de l’essence de la politique : la proposition faite au peuple de décider souverainement" il esquisse rapidement les conséquences d’une décision qui peut conduire le pays vers une sortie de la zone euro… à moins que ce ne soit la Banque centrale européenne qui choisisse in fine de suspendre le refinancement des banques grecques. Auquel cas, selon l’économiste, "la Grèce sera forcée au réarmement de la Banque centrale grecque comme prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire émetteur d’une liquidité qui ne sera pas reconnue par le SEBC (Système européen de banques centrales). On l’appellera de la drachme".

Ce retour à la drachme constituerait ce que l'économiste appelle "le moment du chaos", surtout si on tient compte de la "totale impréparation du gouvernement grec". De fait, la remise en circulation précipitée de cette monnaie nationale pourrait conduire à "un moment bizarre de double circulation monétaire pendant lequel des espèces émises par le système bancaire grec auront toutes les apparences de l’euro mais n’en seront pas moins des drachmes… qui en principe ne seront pas reconnues comme euros à l’extérieur alors même qu’elles leur ressembleront comme deux gouttes d’eau !"

De même, "avec la dévaluation carabinée de la drachme qui suivra sa réintroduction, les Grecs y perdront du pouvoir d’achat international". Rien d’insurmontable cependant : "les premières fluctuations sont toujours d’une ampleur extravagante, et vouées à s’ajuster plus raisonnablement à moyen terme" comme dans le cas de l’Islande cité par Lordon. A l’heure de la crise en 2008, la couronne islandaise a en effet "perdu près des trois quarts de sa valeur contre euro" et "laissé derrière elle une inflation de 18 %" avant de "se stabiliser 40 % en dessous de sa valeur de 2008". Aujourd’hui, l’inflation est désormais proche de zéro. "Il en ira vraisemblablement de même avec la drachme" estime l’économiste.

Autre inconvénient : la flambée des prix à l'importation. La solution est de mettre en place un dispositif protectionniste "ciblé sur les (certains) biens de consommation (hors énergie notamment), et ceci jusqu’à ce que les exportations «réagissent» à la dévaluation de la drachme". Mais, pour Lordon, le timing tombe mal : "de ce point de vue, la sortie de l’euro se passe au plus mauvais moment possible de l’année puisqu’il est trop tard pour que le tourisme, qui est le secteur le plus dynamique du commerce international grec, en enregistre l’effet, et qu’il faudra attendre la saison prochaine pour en recueillir les bénéfices." L’économiste regrette ainsi que la Grèce n’ait pas profité "de l’accord de prolongation passé avec l’Eurogroupe le 21 février dernier […] pour préparer logistiquement et politiquement la sortie".

Lordon prévient : "le début va être une épreuve" qui peut néanmoins aboutir à la fin de l’austérité et permettre d’"envoyer se faire foutre" les créanciers et les 26 milliards d’euros dus d’ici la fin 2015. Mais l’économiste ne cache pas que "la Grèce passera par le fond du trou. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du «désastre grec» comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique" et, en cela, l’ordre néolibéral. "Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre", conclut Lordon, "être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements".

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14h33 suivi

Grèce : le rouge de la discorde

Par
Anne-Sophie Jacques le 29/06/2015

Des propositions grecques raturées de rouge : mercredi 24 juin, Le Guardian suivi de près par Marianne évoquent le document officiel des négociations remis deux jours auparavant par le gouvernement grec à ses partenaires – la Troïka composée du FMI, de la BCE et de la Commission européenne – et qui leur fut renvoyé avec des corrections… en rouge. Une humiliation (de trop ?) pour le premier ministre grec qui ce week-end a décidé de la tenue d'un référendum.


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Selon Marianne qui diffuse le document officiel des réformes proposées par la Grèce à ses créanciers le lundi 22 juin, "la copie rendue n’a pas satisfait la Troïka qui l’a largement amendée" en utilisant la couleur rouge, "à la manière professorale" insiste Marianne (même si le rouge, il est vrai, est la couleur par défaut du suivi des modifications sur Word). Parmi les propositions grecques retoquées, la TVA réduite pour l’ensemble des soins que la Troïka veut limiter aux médicaments seulement, un impôt sur les sociétés limité à 28% quand Athènes proposait 29% ou encore des propositions sur la réforme des pensions balayées par les partenaires européens.

Question de fond - inflexibilité de la Troïka - mais aussi question de forme. Pour Le Monde qui résume aujourd’hui les derniers épisodes opposant la Grèce et ses créanciers, "c’est en recevant les propositions raturées de rouge" que le premier ministre grec Alexis Tsipras "prépare le recours au référendum. Il se sent trahi, humilié". Le quotidien attribue ces corrections à la directrice du FMI Christine Lagarde en personne. La semaine du 18 juin déjà, comme le rapportait là encore Le Monde, en réponse à Tsipras qui accusait les créanciers de "piller" la Grèce, Lagarde demandait, à propos des négociateurs grecs, "s’il y a des adultes dans la salle". Il y a pour le moins des négociateurs qui se sont sentis infantilisés.

(Pour éviter à l'avenir à Christine Lagarde toute gaffe colorimétrique aux lourdes conséquences, le tutoriel permettant de modifier les couleurs du suivi de modifications dans Word est ici)

L'occasion de relire notre article Plan B : pression maximum des medias européens sur la Grèce.

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12h09 vu

Comment l'université a rejeté l'économie hétérodoxe (Hors Série)

Par
la rédaction le 29/06/2015

L'autorégulation des marchés ? C'est la pensée dominante des économistes d'aujourd'hui. Dominante car elle a étouffé tous les économistes "hétérodoxes", du keynésien au marxiste. Comment ? En s'emparant des postes clé nécessaires pour faire vivre une école de pensée (qui nécessite des équipes de recherche). Tous les professeurs des universités appartiennent aujourd'hui à cette école néoclassique qui prône l'autorégulation des marchés.

Dans l'émission "Aux Ressources", présentée par Laura Raim, deux universitaires "hétérodoxes" (Bruno Tinel, maître de conférence à l’Université Paris 1 et André Orléan, directeur de recherche au CNRS) racontent comment l'université leur interdit tout enseignement de l'économie hétérodoxe. Alors qu'ils étaient sur le point de pouvoir créer une section universitaire "Economie et société", le prix Nobel d'économie, Jean Tirol, s'y est opposé :

Pour voir l'intégralité de l'émission "Aux Ressources", c'est ici

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