Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

18h02 entendu

Charlie à Angoulême : un prix, une place et "un con"

Par
la rédaction le 01/02/2015

"Le maire d'Angoulême est un con". Comme prévu, dans le cadre du festival de BD d'Angoulême, un grand prix spécial a été décerné, jeudi 29 janvier, à Charlie Hebdo et aux dessinateurs assassinés. Mais loin d'être un hommage consensuel, comme a pu l'être la marche du 11 janvier, la cérémonie de remise du prix a "décoiffé", comme l'a noté la Charente Libre, avec le discours de Jean-Christophe Menu, auteur et éditeur de bandes dessinées, venu chercher le prix au nom de Charlie Hebdo.

Voilà un discours qui n'est pas passé inaperçu. Mandaté par le dessinateur Luz et la rédaction de Charlie Hebdo, Jean-Christophe Menu est venu récupérer le prix décerné au journal satirique par le festival de BD d'Angoulême. Menu ? C'est un auteur et éditeur de BD alternative (il a notamment cofondé la maison d'édition L'Association). Et à l'Hôtel de ville d'Angoulême, ce jeudi 29 janvier, il n'a pas mâché ses mots.

"Etre Charlie, c'est en avoir rien à branler. C'est ça la meilleure réponse. Je suis Charlie, ce n'est pas faire sonner Notre Dame pour des anticléricaux, Je suis Charlie, ce n'est pas transformer en héros nationaux des satiristes dont l'activité principale était de chier sur le pouvoir et toute forme d'oppression", a-t-il déclaré. Avant d'allumer le maire UMP d'Angoulême, Xavier Bonnefont, présent dans la salle, à propos des grillages posés autour des bancs contre les SDF (@si vous en parlait ici) : "Je suis Charlie, ce n'est pas un slogan, c'est Charlie qui dit au maire d'Angoulême que c'est un con. Je transmets", a lancé Menu.

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Continuant dans une tonalité très politique, Menu a ensuite déclaré que l'esprit de Charlie Hebdo, "ça pourrait être refuser le traité de libre échange transatlantique, qui va permettre à Monsanto de transformer les champs européens en désert de cailloux. Je suis Charlie, ça pourrait être enterrer le projet d'aéroport ou de barrages aussi inutiles qu'absurdes. Je suis Charlie, ça pourrait être d'arrêter de prononcer le mot de croissance, qui, tout le monde le sait, est loin derrière nous". Et Menu de poursuivre : "Je rêve de planter des carottes sur les pistes de Notre-Dame-des-Landes avec M. François Hollande, M. le maire d'Angoulême (...) et que l'on rédige ensemble des lettres d'insultes aux multinationales, au FMI et à tous les bureaucrates qui tuent la planète pour s'en foutre plein les poches. Ce jour-là, oui, nous pourrons dire ensemble Je suis Charlie".

Ecoutez son discours, mis en ligne par France inter :

Interrogé à l'issue de son discours, Menu s'est justifié : "C'est Luz qui m'a demandé [de venir chercher ce prix]. Il m'a dit: 'sois toi et tu seras nous. Démerde toi'. J'en ai pas dormi pendant trois jours". L'insulte contre le maire d'Angoulême ? "C'est encore Luz qui m'a dit: n'oublie pas de parler des bancs. Le maire est venu me serrer la main après".

Tout est pardonné ? Trois jours après ce discours, une "place Charlie, pour la défense de la liberté d'expression" a été inaugurée à Angoulême en présence d'Alain Juppé et du maire de la ville, Xavier Bonnefont. Lequel a voulu temporiser : "Même si l'insulte gratuite ne fait pas partie de mon vocabulaire, politique j'entends, j'ai quand même pu partager l'esprit Charlie Hebdo avec Jean-Christophe Menu, jeudi soir à l'issue de son discours. Moi aussi en tant que maire d'Angoulême je suis Charlie ! "

Place Charlie

On n'a pas fini de rire : consultez tout notre dossier Charlie Hebdo.

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17h23 lu

Internet nuit-il à la liberté d'expression ? (Maggiori / Libé)

Par
la rédaction le 31/01/2015

Internet, un outil qui appauvrit la liberté d'expression ? La question peut paraître saugrenue, mais elle est posée par un journaliste de Libération, Robert Maggiori (qui signe depuis près de trente ans dans le quotidien).

Déplorant l'appauvrissement du langage d'une manière générale, Maggiori estime qu'Internet a contribué à nuire à la liberté d'expression, au bénéfice (financier) des grands groupes américains (comme Facebook et Twitter) : "Les grands groupes capitalistes qui en bénéficient le plus, et qui en quelques décennies ont acquis une puissance financière et un pouvoir de «formatage» des individus supérieurs à ceux des Etats, ne sont guère soucieux de l’expression, ou mieux, sont davantage intéressés au fait de s’exprimer qu’au contenu de l’expression, puisqu’ils vendent des «connexions», constate le journaliste. A tel point qu’ils ont réussi à convaincre le monde entier, y compris ceux dont le métier est de former, d’instruire ou d’informer, qu’on pouvait s’«exprimer» par un like et que 140 caractères suffisaient à tout dire, tout commenter, tout critiquer". Selon lui, Google, Facebook et leurs consorts ont réussi à "transformer le monde en un peuple de métayers qui, presque à son insu, travaille, jour après jour, clic après clic, à les enrichir".

 

Contre Internet

Ne voyant pas dans ces outils un nouveau moyen d'expression, Maggiori estime, au contraire, qu'il s'agit d'une régression : "La facilité, la gratuité, la pseudonymie, l’anonymat, le sentiment d’impunité, la vitesse, la viralité, ont fait que, à côté des merveilles qu’il offre, le Web provoque l’ouverture d’un gigantesque vase de Pandore, d’où jaillit comme d’un geyser tout ce que les hommes ont de pire, les mensonges, la perfidie, la cruauté, les extorsions, les arnaques, les faux savoirs, les diffamations, déplore Maggiori. Forcée d’être rapide, instantanée, réactive, l’expression s’est dépouillée de tout semblant d’argumentation, pour devenir dans bien des cas (interrogez un modérateur de forum ou de tchat !) insulte, invective, offense, borborygme, crachat de haine, vomissement de rancœurs, de ressentiments et de frustrations…"

D'abord mis en ligne sur Liberation.fr, puis publié le lendemain dans le quotidien papier, ce réquisitoire contre Internet a été tâclé, sur Twitter, par... le directeur délégué de Libé, Johan Hufnagel :

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08h12 ça reste à vérifier

Crash du vol MH17 : armée russe impliquée (CORRECT !V/Mediapart)

Par
Anne-Sophie Jacques le 31/01/2015

Qui est à l’origine du crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines au-dessus de l’est de l’Ukraine le 17 juillet dernier et dont la totalité des 298 passagers a péri ? Un missile de l’armée russe, conclut une enquête menée par le site d'investigation allemand CORRECT!V et publiée sur Mediapart. Les enquêteurs se fondent sur le rapport des autorités hollandaises mais aussi sur le travail effectué par le site britannique Bellingcat – objet d’une chronique de Jean-Marc Manach sur @si – ainsi que sur la récolte de nombreux témoignages en Ukraine et en Russie.

Attention : "c’est l’un des plus graves crimes de guerre de notre temps et la vérité n’a toujours pas été établie". Ainsi commence la longue enquête publiée sur Mediapart et menée par le site d'investigation allemand CORRECT!V parti à la recherche de l’engin qui a abattu le Boeing du vol MH17 de la Malaysia Airlines au-dessus de l’est de l’Ukraine le 17 juillet dernier. Un crash qui a vu la totalité de ces 298 passagers périr – pour moitié des Hollandais – et dont certains médias n’avaient pas hésité à montrer les passeports et les affaires personnelles des victimes comme nous le rapportions ici. Est-ce une bévue pro-russe, russe ou ukrainienne ? Malgré les nombreuses enquêtes officielles et indépendantes, il n’y a à ce jour aucune réponse officielle. Vol MH17

A moins que l’enquête menée par CORRECT!V change la donne. Ce travail de longue haleine commence par une certitude : le Boeing n’a pas été abattu par un avion de chasse mais par un missile tiré au sol selon l’un "des meilleurs experts en combat aérien" cité par les enquêteurs allemands, mais dont le nom n’est pas révélé. Sur la base du rapport des autorités hollandaises du trafic aérien OVV qui ont mené leur propre enquête, qui reconstitue les dernières minutes du vol sans formuler de conclusions, l’avion a été heurté par un grand nombre «d’objets à forte énergie». Or, d’après l’expert, seul un missile tiré du sol peut causer de tels dommages. Et pas n’importe quel missile : "ce ne peut être qu’un BUKM1, un missile tueur d’avion développé par les Soviétiques".

Partant de là, quel est l'engin qui a tiré ce missile ? Les enquêteurs – après avoir écarté l’hypothèse d’un tir provenant d’un avion de chasse ukrainien – étudient la version russe qui affirme la présence de deux lanceurs de missiles BUK ukrainiens dans un champ près du village de Zaroschens'ke. Or un tir de ce genre fait beaucoup de bruit et, d’après les témoignages des villageois, aucune détonation n'a été entendue. Les enquêteurs s’intéressent alors à la piste d’un lanceur de missile Buk appartenant à la 53e brigade russe de défense anti-aérienne repéré par le site britannique Bellingcat dont les recherches à partir de photos et vidéos récupérées sur Internet furent l’objet, sur @si, d’une chronique de Jean-Marc Manach ainsi que d’une émission avec le blogueur Olivier Berruyer. Lequel émit de vives critiques sur les conclusions des enquêtes du site britannique trop proches, à son goût, de la version de l’Otan.

Avions de chasse ukrainiens cachés derrière avions de vacanciers

De là, les enquêteurs partent sur la trace d’un sergent de cette 53e brigade, démobilisé en juin, ainsi qu’un tiers des membres de son unité. Pour quelles raisons cette démobilisation ? Probablement pour se rendre en Ukraine. Pour les enquêteurs, "peu de doutes, c’est bien la 53e brigade de défense anti-aérienne de Koursk qui a pris position à Snizhne, dans l’est de l’Ukraine, cet après-midi-là", soit le 17 juillet. Les enquêteurs se rendent alors à Snizhne et rencontrent là encore des habitants dont une femme qui assure avoir "entendu quelque chose, un son long, puis il y a eu un bruit". Un missile a donc bien été tiré. Reste une question : est-ce un officier russe ou un séparatiste pro-russe qui a tiré le missile ? La parole est donné à l’expert en combat aérien qui est formel : "les missiles russes ne sont lancés que sur ordre d’un officier russe". Son analyse est partagée par un ancien de la 53e brigade russe de défense anti-aérienne de Koursk.

Conclusion de l’enquête : "le gouvernement de Vladimir Poutine est responsable d'avoir abattu l’avion. […] Que cela ait été fait intentionnellement ou par accident, dans un moment de panique, n’a aucune importance". Une responsabilité partagée, note toutefois l'enquête, avec le gouvernement ukrainien "qui a utilisé les passagers des avions de ligne comme boucliers humains lors de ses attaques aériennes sur les chars russes. Ces avions de chasse se sont cachés derrière des avions remplis de vacanciers, mettant en danger la vie de centaines d’innocents". Une responsabilité relevée également par Berruyer durant notre émission.

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16h04 flash

Les affiches "décalées" de Sucx

Par
Alain Korkos le 30/01/2015

Sucx est une chaîne de magasins vendant des bonbons en vrac, aux affiches promotionnelles pour le moins provocantes.

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Affiche de 2011


Des campagne de pub décalées, dit le site de la marque. Mouais. Si certaines de ses affiches, placardées dans les boutiques, peuvent être considérées comme marrantes…

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… d'autres, sexistes ou homophobes, le sont beaucoup moins :

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Ce vendeur de sucreries pourrait se défendre en arguant du fait qu'il ne vise pas les enfants, mais une clientèle ados-adultes entre seize et trente-cinq ans apte à comprendre ce genre d'humour, soi-disant "décalé" :

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Admettons. Mais cela n'empêche pas les enfants d'entrer dans ces boutiques et de se voir confrontés à des affiches au goût plus que douteux.

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Photos de magasins issues du site Sucx

La marque a d'ailleurs bien compris qu'elle était allée trop loin, puisque les slogans de certaines de ses affiches parues en 2011 ont été, en 2013, revus à la baisse. En voici quelques exemples, la liste n'est pas exhaustive :

AVANT APRÈS
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Des slogans moins provocateurs, certes. Mais des affiches toujours aussi beaufs. Ah non, pardon, on ne dit pas "beaufs", on dit "décalées".

 

Merci à l'aimable @sinaute qui m'a donné l'idée de ce Vite dit.

L'occasion de lire ma chronique intitulée Le Bonhomme Kamishibai qui raconte l'histoire d'un merveilleux raconteur d'histoires fournisseur de bonbons.

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09h15 le neuf-quinze

Journalisme : A comme amour

Par
Daniel Schneidermann le 30/01/2015

On peut dire beaucoup de choses sur le journalisme, mais c'est tout de même un métier où on s'amuse bien. Surtout quand on écrit n'importe quoi. Auteur d'un "dictionnaire amoureux du journalisme", et "grand Monsieur du journalisme", Serge July, ex-directeur de Libé, est l'invité de Patrick Cohen. Qui l'amène à revenir sur l'affaire Duras-Villemin. En 1985, Marguerite Duras se rend dans les Vosges, pour enquêter sur le meurtre du petit Grégory. Elle en revient avec un texte, publié dans Libération, dans lequel elle accuse sa mère, la "sublime, forcément sublime" Christine Villemin, d'avoir tué son enfant.

Cohen au "grand Monsieur" : "Vous avez laissé écrire n'importe quoi". Et l'autre de se défendre, convoquant à la barre les ombres prestigieuses du siècle dernier : Marguerite Duras pensait être une voyante. D'ailleurs, à la fin de la guerre, elle avait vu son mari, Robert Antelme, mort dans un charnier dans son camp de concentration, avant qu'il soit retrouvé mourant, mais vivant, par Mitterrand. Cohen, le ramenant au sujet : "Et vous avez laissé publier..." "Non, j'ai pas laissé publier. J'ai précédé le texte de Duras d'un avertissement définissant son statut". Je me suis fâché avec Marguerite parce que je lui ai fait mettre des conditionnels. Christine Villemin nous a fait un procès, et on l'a gagné".

Ce que dénonce (gentiment, confraternellement, on est entre soi) Cohen, c'est le choc des registres. Le fait de publier, dans un espace habituellement soumis aux règles théoriques du journalisme -disons, pour faire court, un certain souci du rapport aux faits- des contenus qui s'en affranchissent. Et il peut en parler en connaissance de cause. Recevant lui-même, quelques semaines plus tôt, et dans le même créneau horaire, Michel Houellebecq, pour l'interroger sur l'Islam, que faisait-il d'autre que July avec Duras ? Offrir un espace journalistique à un écrivain brillant, et vaguement medium sur les bords. Qui dit certes n'importe quoi, mais le dit si bien ! L'exemple, d'ailleurs, vient de loin. Albert Londres lui-même, qui a donné son nom au plus prestigieux prix de journalisme français, considérait qu'il vaut mieux partir en reportage sans avoir consulté la moindre documentation au préalable, histoire de subir le contact direct avec la réalité. Mais il écrivait si bien ! Quel beau métier.

A propos de journalisme, vous vous souvenez de cette photo, que nous publiions mardi matin, et qui a fait le tour du monde.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

RFI a retrouvé son auteur. La station en faisait le sujet d'ouverture de son journal de 8 heures. Depuis "la" fameuse photo, Islam Oussema est recherché au Caire par des hommes en civil, dont il ne connait pas exactement la fonction. Allez savoir pourquoi, il se méfie de ces hommes en civil, même si ce sont des policiers du régime du maréchal Al-Sissi, grand ami Charlie des démocraties occidentales. Il ne tient pas à connaître le sort de son collègue Shawkan, emprisonné depuis un an et demi pour avoir photographié la dispersion sanglante d'un campement de pro-Morsi, en août 2013. En un an et demi, Shawkan n'a été interrogé qu'une seule fois. Sans doute la délicate police égyptienne sait-elle déjà tout à son sujet, et ne souhaite-t-elle pas le déranger pour rien. Quant à l'auteur de "la" photo, son journal a promis qu'il le protègerait. Au pire, il figurera peut-être dans les dictionnaires amoureux des années 2050.

Shawkan

Abou Zied, dit Shawkan

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17h59 lu

Grèce/UE : premier accroc sur la Russie

Par
Anne-Sophie Jacques le 29/01/2015

Début des hostilités entre Syriza et l’Union européenne au sujet de la Russie ? Le tout nouveau gouvernement grec mené par Alexis Tsipras s’est en effet opposé à un communiqué de l’UE rédigé mardi, condamnant les violences dans l’Est de l’Ukraine et menaçant Moscou de nouvelles sanctions. Pour le ministre de l’économie Yanis Varoufakis, la raison est une simple "question de respect" : l’UE a annoncé des sanctions prises à l’unanimité… or la Grèce n’a pas signé ce communiqué.

Ça commence bien : le nouveau gouvernement grec mené par Alexis Tsipras et rejoint par le parti Anel – les Grecs indépendants de la droite souverainiste – s’est opposé à la publication d’un communiqué de l’Union européenne qui condamne les agissements russes dans l’Est ukrainien et menace de prolonger voire de renforcer les sanctions contre Moscou. Selon le site Euractiv, ce communiqué, signé à l’issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères qui s’est tenue mardi 28 janvier, condamne "le massacre de civils qui a eu lieu au cours du bombardement aveugle de la ville ukrainienne de Marioupol, le 24 janvier2015" et prend "acte des éléments qui attestent du soutien continu et croissant fourni aux séparatistes par la Russie, ce qui met en évidence la responsabilité de la Russie". Ce texte a été soi-disant préparé par les diplomates des 28 États membres.

Pas du tout, s’insurge le gouvernement grec qui condamne à son tour la manière "non institutionnelle" dont le communiqué a été rédigé, car celui-ci "a été publié avant la procédure prévue par laquelle il aurait dû obtenir le consentement des États membres et particulièrement sans que la Grèce ait marqué son accord". Conclusion : "la Grèce ne consent pas à ce communiqué". Reste une question : le communiqué de l'UE publié mardi a-t-il été envoyé avant ou après - ou pendant - la constitution du nouveau gouvernement grec dévoilé le même jour ? L'histoire ne le dit pas. Le site Euractiv précise cependant que "Tsipras a échangé un coup de téléphone avec Federica Mogherini, la Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères, pour lui communiquer son mécontentement". On apprend également que, "selon des sources au sein du gouvernement grec, d'autres États européens, donc Chypre, se sont également opposés au communiqué, mais ne sont pas parvenus à modifier la formulation".

Tsipras Russie

Un premier esclandre surprenant ? Pas vraiment. Selon Le Figaro, "le parti d'extrême gauche Syriza a toujours défendu Moscou. Il considère que la politique de l'UE s'est alignée sur les intérêts des États-Unis et de l'Otan". Et de rappeler que "l'ambassadeur russe à Athènes a été le premier à rencontrer Alexis Tsipras après son élection. Et que le président russe ait envoyé sur-le-champ ses félicitations au nouveau premier ministre". En effet : l’actuel premier ministre grec n’a jamais caché son hostilité vis-à-vis de la politique occidentale menée en Ukraine. Comme le relevait en mai dernier Okeanews – un des sites d’informations indépendants pour suivre l’actualité grecque, lors d'une visite officielle à Moscou sur invitation du gouvernement russe, Tsipras, à l’époque candidat de la gauche radicale à la présidence de la Commission européenne, avait "dénoncé les sanctions internationales contre Moscou, qui, selon lui ne pourront que «nuire à l'Europe»" et "affirmé que l'Ukraine doit devenir un pont entre l'UE et la Russie, et non une zone de division".

Plus récemment, selon le site Breizh-info.com, le directeur du département des affaires étrangères de Syriza, Kostas Sirixos, décrivait au journal Rossijskaya Gazeta – qui appartient au gouvernement russe – les orientations de la politique étrangère de la Grèce en cas de victoire de son parti. L’homme annonçait que son pays travaillerait "avec nos alliés politiques européens pour contrecarrer l’influence géopolitique et économique que l’Allemagne essaie d’imposer aux pays d’Europe du Sud-est et aux Balkans" avant d’assurer que les sanctions prises contre la Russie – du fait des représailles russes – avaient frappé l’économie grecque : "Nos agriculteurs ont perdu près de 430 millions d’euros suite à la rupture des contrats de livraison. Je pense que la Grèce gouvernée par Syriza peut proposer la voie du dialogue avec la Russie".

La Grèce mise devant le fait accompli

Ce premier esclandre est donc tout sauf une surprise. Pour autant, Le Figaro n’exclut pas une diversion de la part de Tsipras : "en posant d'entrée de jeu ses marques en politique étrangère, Alexis Tsipras prévient ses partenaires que la Grèce n'a pas l'intention d'être traitée comme un partenaire de second rang. Et qu'elle pourrait bien décider de compliquer, voire de bloquer, les politiques européennes si ses exigences sur la dette ne sont pas prises en compte". Avis partagé sur le site d’Euractiv qui cite certains analystes athéniens – sans donner de nom. Selon eux, "le nouveau gouvernement pourrait tenter d'utiliser la politique vis-à-vis de la Russie comme diversion, pour centrer le débat sur d'autres choses que son objectif principal, la renégociation de sa dette."

Pourtant les raisons de cette opposition sont peut-être plus prosaïques : selon le ministre de l’économie grec Yanis Varoufakis – dont vous trouverez un excellent portrait dans Mediapart – il s’agit juste d’une "question de respect pour la souveraineté de la Grèce". Dans un court billet paru sur son blog qu’il continuera à tenir en dépit de ses nouvelles fonctions, l’économiste égratigne les analyses alambiquées de la presse sur cet esclandre. Or, selon lui, le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, s’est vu mis devant le fait accompli d’un communiqué européen soi-disant signé à l’unanimité. Et donc le nouveau gouvernement grec n’a jamais été associé à ce texte déplore Varoufakis pour qui "la question n’était pas de savoir si notre nouveau gouvernement est d'accord ou non avec de nouvelles sanctions sur la Russie. La question est de savoir si notre point de vue peut être tenu pour acquis, sans même avoir été informé de ce qu’il en est".

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16h48 lu

Drahi (SFR) et Niel (Free) : guerre par hebdos interposés

Par
Robin Andraca le 29/01/2015

Ca chauffe entre Xavier Niel et Patrick Drahi. Mais entre grands patrons français, on ne se dispute pas n'importe comment. C'est par hebdos interposés que le nouveau propriétaire de Libération ( à deux doigts de racheter L'Express) et l'actionnaire du Monde ont décidé de régler leurs comptes.

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Drôle de guerre. En novembre 2014, Vanity Fair publie un long portrait-enquête à propos de Rani Assaf, "l'associé fantôme de Xavier Niel". Un article où l'on n'apprend pas grand chose– si ce n'est que Assaf est payé 1000 euros de plus par an que Niel. Cela a suffi pour déclencher la colère du patron de Free qui aurait, si l'on en croit la note de blog publiée avant-hier par le journaliste médias de l'Express Renaud Revel, dans la foulée résilié tous les accords qui existaient entre Condé Nast (le groupe américain qui publie Vanity Fair) et son entreprise. Et paf !

Le journaliste de l'Express en profite pour dénoncer une "curieuse conception de la liberté de la presse" mais se défend par avance d'avoir été guidé par les intérêts de son futur propriétaire : "Devançant l’éventuelle réaction du fondateur et dirigeant de Free, Xavier Niel, qui pourrait nous accuser de lui porter un mauvais coup à l’heure où le groupe Express-Roularta est entré en négociation exclusive en vue de son rachat par l’un de ses principaux concurrents, le propriétaire de SFR et de Numéricâble, Patrick Drahi, nous rétorquerons que les journalistes de l’Express, – et le tenancier de ce blog-, écrivent en toute liberté et indépendance".

Pas de coup bas, donc, mais la réponse n'aura pas tardé. Et elle est imprimée dans L'Obs de cette semaine, magazine du groupe Le Monde dont Niel est co-propriétaire, et qui publie une enquête de quatre pages sur... la chaîne israélienne de Drahi, i24news, intitulée "La petite chaine israélienne qui ne monte pas". Et re-paf ! Ambiance délétère, détecteurs de mensonges, humiliations, licenciements brutaux : rien n'est épargné dans ce papier à la "CNN du Moyen-Orient". Un petit encadré est aussi réservé au patron, ce "nouveau nabab", qui "contrôle sa société Altice, basée au Luxembourg et côtée à Amsterdam, via Next Limited Partnership Inc., une holding domiciliée dans le paradis fiscal de Guernesey". La guerre (des hebdos) est déclarée.

L'occasion de relire notre article : "Libération et L'Express-L'Expansion réunis dans une même entité créée par Drahi".

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15h18 suivi

Chambres à gaz : 30 000 euros d'amende requis contre Dieudonné

Par
Anne-Sophie Jacques le 29/01/2015

"Je suis comique, je ne donne pas des cours d'histoire" : entendu mercredi 28 janvier à l’occasion de son procès pour "provocation à la haine raciale" après ses propos visant le journaliste de France Inter Patrick Cohen – et qui furent à l’origine de l’interdiction de son spectacle Le Mur – Dieudonné s’est borné à répéter que "c’était pour rire" comme le rapporte Libération. Pour la procureure citée par l’AFP, ces propos sont une expression de mépris de Dieudonné à l'égard de la communauté juive. Ce dernier – multi-condamné et parfois relaxé comme nous le racontions ici – encourt une peine de 30 000 euros d'amende.

Souvenez-vous : en décembre 2013, un reportage de Complément d'enquête (France 2) diffusait en caméra cachée un extrait du spectacle de Dieudonné Le Mur dans lequel l’humoriste s’en prenait au journaliste de France Inter Patrick Cohen en ces termes : "Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise" ou encore "Quand je l’entends parler, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage". Cohen était dans le viseur de Dieudonné depuis que le journaliste avait estimé quelques mois plus tôt que certaines personnalités – qualifiées de cerveaux malades, dont Soral, Dieudonné, l'écrivain Marc-Edouard Nabe ou le théologien Tariq Ramadan – ne devraient plus avoir accès aux médias… Un point de vue que ne partageait pas Daniel Schneidermann et qui fut le point de départ d’une polémique à rebonds qui commence ici et se finit à peu près .

Suite à la diffusion de cet extrait auquel s’ajoutent le passage "Je n’ai pas à choisir entre les juifs et les nazis, je suis neutre dans cette affaire. Qu’est-ce qui s’est passé, qui a provoqué qui ? […] J’ai ma petite idée" ainsi que la chanson "Shoah nanas", le spectacle Le Mur a été interdit par décision du Conseil d’Etat. Dieudonné a alors remplacé son spectacle par un autre consacré à l'Afrique et expurgé de propos antisémites, comme nous le racontions ici. Parallèlement, le parquet a ouvert une enquête pour "incitation à la haine raciale" suite à la plainte déposée par La Licra, le Bureau de vigilance contre l'antisémitisme et l'association Ben Gourion. De son côté, Cohen ne s’est pas constitué partie civile et il n’a pas non plus été entendu comme témoin.

Dieudonné Libé

Pour sa défense, comme le rapporte Libération présent au procès qui se tenait hier, Dieudonné affirme vouloir répondre "sur le terrain du rire à des agressions me visant. […] Quand Patrick Cohen parle de «cerveau malade», c’est une référence à de vieux poncifs sur l’homme noir qui aurait moins d’intelligence. J’ai choisi de répondre par l’humour." Pas par l’antisémitisme ? "Mais non, l’antisémitisme, ça ne fait pas rire les gens. Alors que là, les gens se sont bien amusés." Ce n’est pas l’avis de la procureure citée par l’AFP qui évoque une "antienne" d'attaques contre les juifs à travers le spectacle incriminé et "une expression de mépris de M. M'bala M'bala [le nom de Dieudonné] à l'égard de la communauté juive". Quant à l’avocate de la Licra interrogée par Libé, "les spectacles de Dieudonné sont devenus des tribunes dans lesquelles il répond à ses condamnations, et on a le sentiment qu’il va de plus en plus loin à chaque fois. Et lorsqu’il dit que les juifs sont des «négriers reconvertis dans la banque», c’est de l’humour ? Et qu’il faut être «juif pour avoir la liberté d’expression en France»" ?" 30 000 euros d’amende – ou 300 jours de prison – ont été requis.

>> L'occasion de voir ou revoir notre émission "Raciste, fraudeur fiscal, Dieudonné est dans l'air du temps!"

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12h27 suivi

Charlie : l'équipe "mise sous cloche" (Libé)

Par
Anne-Sophie Jacques le 29/01/2015

Que devient Charlie trois semaines après les attentats ? Réfugiée dans la salle de réunion de Libé – dite le hublot – l’équipe s’est réunie hier en toute confidentialité comme le raconte le quotidien qui n’a pu participer aux discussions. La rédaction de Charlie, "après l’exposition médiatique des premiers jours, […] a choisi la discrétion : fatigue, deuil, blessures, incertitudes".

A quand le prochain Charlie ? "Ils feront le prochain numéro quand ils seront en état de le faire" assure Christophe Thévenet, l’un des avocats de Charlie cité par Libé qui avance une parution pour la mi-février.

Le "numéro des survivants" où tout est pardonné est en kiosque depuis deux semaines et, selon Les Messageries lyonnaises de presse, 6 300 000 exemplaires ont été distribués en France et 700 000 à l’étranger. Soit 7 millions à ce jour. Un record dans la presse française et pour l’hebdo qui tirait habituellement à 50 000.

Libé s’interroge également sur l’avenir du titre : "y aura-t-il de nouvelles têtes, de nouvelles plumes ? Et, sur le fond, le journal osera-t-il taper aussi fort qu’avant ? «Si on perd ça, si on ne défend pas la laïcité, la liberté de conscience, on perd notre identité»" selon Gérard Biard, le rédacteur en chef de Charlie. Une chose est sûre : Riss, blessé durant l’attaque, a été nommé directeur de la publication.

Libé Charlie

Et question argent ? Charlie a reçu plus de 1,7 million d’euros de dons. Cette somme, à laquelle s’ajoutent les recettes du dernier numéro, iront au journal et aux familles des dix-sept victimes des attentats mais aussi pour abonder un "fonds de dotation pour aider les journaux satiriques à travers le monde" selon Thévenet qui souhaite "générer plein de Charlie Hebdo dans le monde. Pour soutenir des cousins dans d’autres pays. C’est la meilleure réponse possible".

Pour l'instant, Biard annonce qu'il leur faut "réfléchir, individuellement et collectivement : il y a ce que chacun a envie de faire pour soi, et ce qu’on a envie de faire pour le journal". De son côté, Libé parle d’une "mise sous cloche" orchestrée par Anne Hommel, spécialiste de la communication de crise. Comme le rapporte L’Opinion, "c’est suite à un coup de fil de Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, deux jours après l’attaque du 7 janvier, qu’Anne Hommel a rejoint bénévolement l’équipe du journal satirique". Avant de monter sa propre agence, cette ancienne d’Euro RSCG travaillait notamment pour Dominique Strauss-Kahn. Hommel et Malka se connaissent bien : lors de l’affaire DSK, elle avait croisé l’avocat de Charlie qui était également "l’avocat d’Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn pour assurer la défense de leur vie privée contre cinq médias".

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11h18 suivi

Clichy : "Silence" devrait être réinstallé

Par
Alain Korkos le 29/01/2015

@si avait été le premier à vous en parler : une oeuvre de Zoulikha Bouabdellah, figurant dans l'exposition Femina ou la Réappropriation des modèles qui se tient actuellement à Clichy, avait été retirée suite aux pressions d'une association de confession musulmane. Il apparaît aujourd'hui qu'elle devrait être réinstallée…

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Silence de Zoulikha Bouabdellah,
galerie Anne de Villepoix, Paris, 2014


Silence, de Zoulikha Bouabdellah, est constitué d'une trentaine de tapis de prière percés en leur centre d'un trou circulaire laissant apparaître le sol, sur lequel sont posés des paires d'escarpins blancs et dorés.

À l'issue du vernissage, le 24 janvier, la mairie informait les commissaires de l'exposition qu'elle avait reçu des « mises en garde émanant de représentants d'une fédération de citoyens clichois de confession musulmane sur "d'éventuels incidents irresponsables non maîtrisables pouvant survenir" ». L'oeuvre avait alors été retirée, sur décision deZoulikha Bouabdellah et desdits commissaires. L'affaire avait été rendue publique grâce à une lettre ouverte publiée par l'artiste Orlan sur son compte Facebook, @si vous en parlait par là.

Les commissaires de l'exposition viennent de changer d'avis, et ont poussé la mairie à prendre des mesures de sécurité afin que Silence soit réinstallé. La chose devrait être effective dans les jours prochains.

Dans le même ordre d'idée : les projections du film Timbuktu, annulées à Villiers-sur-Marne par crainte d'incidents (lire cet article de Jeune Afrique), n'ont en revanche, et contrairement à ce qu'affirmait le maire, pas été rétablies cette semaine. Les séances du cinéma municipal, programmées jusqu'au 18 février prochain, n'en font pas état.

Timbuktu, d'Abderahmane Sissako, raconte la vie d'un éleveur touareg et de sa famille confrontés à la charia imposée par les extrémistes religieux qui ont investi Tombouctou et sa région. Timbuktu vient d'être nommé aux Oscars, dans la catégorie Meilleur film étranger.

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L'occasion de lire ma chronique intitulée Quand les puritains censuraient le cinéma.

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09h16 le neuf-quinze

Les journalistes, les élus et les Césars

Par
Daniel Schneidermann le 29/01/2015

Fendant la petite foule qui se presse sous les lambris, Marion Maréchal Le Pen se précipite vers Gilles Leclerc. "Vous avez été vraiment minable. On va vous avoir. Et quand ça va arriver, ça va vraiment vous faire mal. Des fois on a un petit coup de mou, mais quand on a ça, on est vraiment motivés. Vraiment", lance la députée FN au président de Public Sénat. Et Gilbert Collard, au même Leclerc : "fallait mettre un préservatif, pour venir". L'ensemble saisi, comme il se doit, par une caméra du Petit Journal.

Un peu plus tôt, Leclerc a remis au maire FN de Henin Beaumont, Steve Briois, le prix de l'élu local de l'année. Enfin, pas vraiment remis. Comme nous le racontions hier, Leclerc est descendu de l'estrade avant que Briois y monte. Surtout, Leclerc a gratifié le lauréat d'un discours d'engueulade, conclu par un magistral "où étiez-vous, le 11 janvier ?"

Merci à Gilles Leclerc, et Arlette Chabot, et Christophe Barbier, et Laurent Joffrin (entre autres membres de ce prestigieux jury). Sans eux, on n'aurait peut-être jamais connu l'existence de ce prix annuel du Trombinoscope, par lequel une poignée d'éditocrates distinguent chaque année une poignée d'élus (avec une imagination créative qu'il faut saluer : la "personnalité politique de l'année" est Manuel Valls. Et le "sénateur de l'année", devinez qui ? Le président du Sénat, Gérard Larcher). A quoi rime cette cérémonie ? Je n'en sais rien. Et manifestement les jurés non plus, qui sortent les rames depuis deux jours pour expliquer que leur prix ne prime rien du tout, mais vise simplement à prendre acte, à remarquer, à saluer, à noter, à répertorier. Ce n'est pas un prix, si on comprend bien, c'est une liste de courses, un post-it sur le frigo.

A quoi riment toutes ces mondanités aux frais du contribuable, c'est mystérieux. A quoi elles servent est beaucoup plus clair. En même temps que le Petit Journal diffusait cette éloquente cérémonie, les deux 20 Heures de TF1 et France 2 proposaient deux intéressants sujets. Sur TF1, on apprenait qu'un certain nombre de parlementaires achètent les locaux de leur permanence avec leur indemnité de frais de mandat (5 770 euros brut mensuels), et la conservent après la fin de leur mandat. Selon le site de France Télévisions, au moins 12 députés encore en activité (dont Nathalie Kosciusko-Morizet, numéro deux de l'UMP), sont dans ce cas. France 2, elle, se penchait sur les libéralités dont bénéficient les trois ex-présidents encore vivants (Giscard, Chirac et Sarkozy). Au-delà du salaire de leurs chauffeurs (4 000 euros) et de celui de leurs collaborateurs (7 000), on y apprenait qu'ils sont seuls à décider des avantages dont ils disposent. Ils embauchent, achètent des voitures, et la République règle la note.

Quel rapport avec les prix du Trombinoscope ? Celui-ci. A l'origine de ces deux révélations, on trouve, non pas des journalistes, mais deux lanceurs d'alerte, Hervé Lebreton (pour les permanences) et Raymond Avrillier (pour les ex-présidents). Nous les recevions tous les deux l'an dernier, dans cette émission. C'est eux qui, de longs mois durant, ont enquêté, fouillé, rédigé des courriers, essuyé les non-réponses. Et les journalistes, pendant ce temps, qui connaissent si bien le personnel politique ? Ne les dérangez pas, ils décernent des Césars. On ne peut pas être partout.

Le Pen Leclerc

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16h51 grrr !

Compte Youtube plagié : France 2 s'excuse

Par
la rédaction le 28/01/2015

Lundi, dans l'émission "C'est au programme" (France 2) David Artur a jugé bon d'illustrer son billet sur le "Mashup" avec plusieurs vidéos d'un compte Youtube qui n'est jamais mentionné à l'antenne, et dont le logo est même remplacé par celui de France 2.

"C'est accessible à tous depuis un ordinateur". David Artur, ancien producteur de cinéma et aujourd'hui chroniqueur dans l'émission "C'est au programme", diffusé du lundi au vendredi sur France 2, ne croyait certainement pas si bien dire. Dans sa chronique, diffusée lundi, Artur s'attaque au "phénomène" du "Mashup", cette technique de montage qui consiste à mélanger des sons et des images provenant de plusieurs films différents. Et pour illustrer ce sujet, le chroniqueur n'est pas venu les mains vides. "Pour vous donner des exemples ce matin et vous faire partager ma passion des mashups, j'ai décidé de m'attaquer à des fleurons de la langue française (...) Donc, que donnerait le mariage, Sophie, d'un film comme Titanic avec les dialogues des Bronzés ?".

Problème : la vidéo choisie par le chroniqueur a déjà été publiée, en avril 2014, sur le compte Youtube "What's the Mashup". Ce que le chroniqueur ne juge pas utile de mentionner. Plus ennuyeux encore : le logo du compte Youtube "WTM", qui apparaît en haut à droite de la vidéo originelle, a été flouté et remplacé par celui de France 2. Et quand l'animatrice demande à son chroniqueur : "C'est vous qui l'avez fait ?", Arthur reste très flou, même s'il reconnaît que ce ne sont pas les siennes : "Y en a des milliers sur Internet que je vous invite allègrement à aller voir. Là effectivement on les a réduit".

Deux autres vidéos du compte Youtube ont été utilisées dans l'émission : une vidéo mariant La Guerre des étoiles et Les visiteurs, publiée en mars 2014, et un mix du film d'action américain Avengers et du Père Noël est une ordure, publié il y a plus d'un mois. Mais jamais le nom de "What's the Mashup" n'est mentionné dans la chronique. Une impolitesse vivement remarquée sur les réseaux sociaux, et qui a poussé la chaîne à poster le message suivant aujourd'hui sur sa page Facebook :

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Le compte Youtube "What's the Mashup ?" a choisi l'humour pour répondre à la polémique, en publiant hier une vidéo qui détourne cette fois-ci... le chroniqueur de "C'est au programme" !

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16h10 suivi

"Sabotage" TGV Lyon-Turin : Erri De Luca en procès

Par
Justine Brabant le 28/01/2015

"La Tav va sabotata", "Le TGV doit être saboté". L'écrivain italien Erri De Luca va être jugé pour avoir prononcé ces mots à propos du chantier de train à grande vitesse reliant Lyon à Turin lors d'une interview accordée en septembre 2013 au Huffington Post. Son procès s'ouvre à Turin ce mercredi.

À l'origine du procès : une plainte déposée par la société Lyon Turin Ferroviaire (LTF), chargée de la construction de la ligne de TGV qui devrait relier la ville française à la ville italienne en traversant les Alpes. Elle accuse l'ouvrier, écrivain, poète et traducteur Erri De Luca d'avoir "incité publiquement à commettre un ou plusieurs délits et infractions aux dépens de la sociétéLTFet du chantier TAV [Treno ad Alta Velocità, TGV en italien] de La Mad­dalena di Chiomonte". Ce dernier risque jusqu'à cinq ans de prison..

Interrogé sur ce projet en 2013 par la version italienne du Huffington Post, Erri de Luca avait déclaré que le TGV devait "être saboté". Il précisait, après une relance du journaliste (nous empruntons la traduction de l'italien à Rue89) :

"Donc le sabotage et les actes de vandalisme sont licites?
– Ils sont nécessaires pour faire comprendre que la TAV est un chantier nocif et inutile."


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

L'entretien au Huffington Post pour lequel Erri De Luca est poursuivi
(en italien)

L'écrivain n'a jamais caché son opposition au projet. Dans un autre entretien, accordé à Libération en juin 2014, il disait "partager les arguments" des habitants du Val de Suze, vallée dont les habitants sont mobilisés contre le chantier, et estimait le TAV "nocif et inutile". Il y expliquait également les origines de son engagement : "Il y a huit ans, j’étais dans le Piémont pour présenter mon spectacle Quichotte et les Invincibles et on m’a proposé d’aller rencontrer les «NO TAV». (...) Dans la nuit, ils m’ont appelé car l’armée était intervenue violemment et avait détruit leur campement à Venaus. A dater de cette nuit-là, j’ai participé à la lutte de cette petite communauté montagnarde, à la légitime défense de cette vallée."

Quid de l'incitation au sabotage ? Erri de Luca maintient-il ses propos ? L'écrivain ne conteste pas avoir utilisé le mot "saboter", mais plaide pour une interprétation au sens figuré.

Il expose sa défense dans un petit livre de 48 pages intitulé La Parole contraire, paru le 8 janvier chez Gallimard : "Je revendique le droit d'utiliser le verbe "saboter" selon le bon vouloir de la langue italienne. Son emploi ne se réduit pas au sens de dégradation matérielle, comme le prétendent les procureurs de cette affaire. Par exemple : une grève, en particulier de type sauvage, sans préavis, sabote la production d'un établissement ou d'un service. (...) Il suffisait de consulter le dictionnaire pour archiver la plainte sans queue ni tête d'une société étrangère."

Livre Erri De Luca - La Parole contraire

 

→ L'occasion de revoir notre émission sur les "grands projets contestés" : projet de ligne TGV Lyon-Turin, mais également barrage de Sivens, ferme dite "des 1000 vaches" ou aéroport de Notre-Dame des Landes.

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09h15 le neuf-quinze

Paulette, Marceline, Poutine et Auschwitz

Par
Daniel Schneidermann le 28/01/2015

"Je vais poser une question un peu bête", prévient le reporter du Petit Journal à Paulette Sarcey, 90 ans, rescapée d'Auschwitz. "Est-ce qu'il vous arrivait de rire et de plaisanter entre vous ?" Le jeune Romain est là, avec ses tennis blanches de 2015, qui ne sait trop comment se tenir devant le monument vivant, dans une salle de la mairie de Paris. Et la question "un peu bête" qu'il a envie de poser, en s'excusant d'avance, c'est celle-ci.

"Absolument, répond la nonagénaire. On chantait. On riait. On fêtait le 1er mai à notre manière. On s'enfermait, on murmurait la Marseillaise. On chantait des chants révolutionnaires. On se promenait sur les Grands Boulevards, tu prends le côté gauche, je prends le côté droit, qu'est-ce qu'il y a comme magasins ?" Le Petit Journal ne le précise pas (ce serait sans doute trop long) mais Paulette Sarcey était une militante de la MOI (main d'oeuvre immigrée), comme l'ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki, avec qui elle a été déportée. Expliquer tout ça prendrait du temps. Il faudrait expliquer aussi que c'est sans doute la solidarité politique et humaine, dans un groupe constitué, qui a permis à Paulette de survivre à Auschwitz.

Bref, Paulette répond gentiment. Pas comme une autre survivante, Marceline Loridon-Ivens, entendue le matin sur France Inter, et qui a envoyé promener la terre entière, Bernard Guetta, les socialistes qui refusent de graver le nom d'Auschwitz sur les monuments aux morts, le grand mufti de Jerusalem, et les lycéens lâches qui claquent des doigts dans l'obscurité pendant les projections dans les établissements scolaires. Chacune son tempérament.

La question de Romain est peut-être une question bête. Mais c'est une question qu'on a le droit de poser. Et même le devoir. C'est une question qu'on poserait plutôt à sa grand mère qu'à un monument historique, et c'est très bien comme ça. Les déportés n'étaient pas des héros. Ils n'étaient pas d'une essence différente des garçons et des filles d'aujourd'hui. C'étaient des garçons, des filles, militants politiques ou pas, et qui rêvaient de faire les magasins sur les boulevards, même quand ils étaient militants politiques.

Des nouvelles des amis Charlie, pour finir. Poutine n'était pas à Auschwitz, pour le 70e anniversaire de la libération du camp, en compagnie de Hollande, de l'Ukrainien Porochenko, ou du président allemand Gauck. Il a refusé l'invitation, assure sobrement France 2. On ne l'a pas invité, rétorque, indigné, Sapir sur son blog. C'est entre les deux, comme d'habitude. On va dire que l'invitation n'a pas été envoyée à la bonne adresse. Sans doute Poutine n'a-t-il pas apprécié que des futés Ukrainiens expliquent que le camp a été libéré en 1945 par des soldats ukrainiens (à la vérité, pour éviter de longues controverses, le camp a été libéré par une unité de l'Armée Rouge comprenant des soldats russes et des soldats ukrainiens). Mais, question manipulation de l'Histoire, il y a eu mieux. Il y a en Ukraine un Premier ministre. Par définition, il n'est pas bête, puisqu'il est Premier ministre. Donc, il parait que ce premier ministre ukrainien, ami Charlie, a déclaré que c'était l'Armée Rouge qui avait envahi l'Allemagne en 41, et pas l'inverse. Je n'ai pas vérifié. C'est Le Figaro qui rapporte ces propos. Est-ce pour cette raison que Poutine n'est pas venu à Auschwitz ? Dommage. Marceline et Paulette auraient pu les prendre en tête à tête, les Russes et les Ukrainiens, dans un coin de la cérémonie. Avec les ados, elles ont l'habitude.

Paulette Petit journal

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16h09 lu

Grigny / Coulibaly : plainte du maire contre Malek Boutih ?

Par
la rédaction le 27/01/2015

Rien ne va plus dans l'Essonne. Le maire PCF de Grigny, Philippe Rio, met en demeure le député PS de la circonscription, Malek Boutih, de préciser ses propos après avoir accusé des élus de la ville de "pactiser" avec les voyous. Faute de ces informations, Rio envisage de porter plainte contre Boutih pour dénonciation calomnieuse.

L'inimitié entre le maire de Grigny et le député de l'Essonne est connue. Aux municipales de 2014, Boutih s'était présenté contre Rio sur une liste socialiste dissidente. Mais la rivalité entre les deux élus a franchi un cap en début d'année. Selon des propos rapportés par Rio, Boutih aurait déclaré le 10 janvier dernier, lors des voeux prononcés dans une commune voisine, que "ce n'est pas un hasard que [Coulibaly, le preneur d'otages du magasin de Vincennes] ait grandi à Grigny et qu'il soit devenu délinquant (...) dans une ville où des responsables, y compris des élus, pactisent avec le mal, les voyous, les délinquants, la corruption".

Interrogé par Le Parisien, Boutih avait confirmé ses accusations en précisant qu'il allait "écrire au procureur de la République pour lui signaler des faits troublants". Avant d'ajouter : "Une enquête sur le patrimoine de certains élus comme sur le choix d'élus à des postes sensibles alors que leur nom est bien connu dans les milieux délinquants de la Grande-Borne devrait éclairer beaucoup de choses".

Terrorisme-Boutih

 

Qui Malek Boutih vise-t-il ? Au Parisien, il ne donne pas de nom. Mais ses accusations ne sont pas passées inaperçues. Dans une lettre envoyée en début de semaine, que Le Figaro s'est procurée, le maire de Grigny demande à Boutih de s'expliquer et de donner les noms de ces élus corrompus. "Je ne peux rester sans réaction face à de telles accusations, écrit Rio. Si des élus de ma ville entretiennent de telles relations, il me les faut connaître pour les combattre. Vous et moi en qualité d'élus de la République sommes tenus d'informer le procureur de la République de tout crime ou délit dont nous aurions eu connaissance. En conséquence vous auriez dû vous-même immédiatement agir. Afin de passer outre votre inertie, je vous mets en demeure par la présente de transmettre les identités des prétendus élus impliqués, ainsi que toutes informations ou précision en votre possession". Et Philippe Rio de menacer Boutih à la fin du courrier : "En l'absence de réponse de votre part, je ne pourrais que considérer qu'il s'agit en réalité d'une dénonciation purement calomnieuse à l'endroit des élus de Grigny, commune nommément visée dans les discours, ainsi qu'à mon égard. Partant, une plainte à votre encontre serait alors déposée".

L'Après Charlie : que faire à Grigny et dans les banlieues ? Regardez notre émission de cette semaine avec, notamment, le président du conseil général de l'Essonne, Jérôme Guedj, et Omar Dawson, militant associatif à Grigny.

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11h52 ça reste à vérifier

(Auto ?) censures à Clichy

Par
Alain Korkos le 27/01/2015

L'artiste plasticienne Orlan a publié ce lundi une lettre ouverte sur son compte Facebook, dans laquelle on apprend qu'une oeuvre de Zoulikha Bouabdellah figurant dans l'exposition Femina ou la Réappropriation des modèles - qui vient de s'ouvrir à Clichy - a été retirée suite aux pressions d'une association de confession musulmane.

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Silence par Zoulikha Bouabdellah, 2014


Lors du vernissage de cette exposition, qui eut lieu samedi dernier, une pancarte informait les visiteurs que Zoulikha Bouabdellah et Christine Ollier, la commissaire générale de l'expo, « ont choisi de retirer la pièce Silence afin d’éviter toute polémique et récupération au sujet de la présentation de cette installation qui ne représente aucun caractère blasphématoire ».

Silence, de Zoulikha Bouabdellah, est constitué d'une trentaine de tapis de prière percés en leur centre d'un trou circulaire laissant apparaître le sol, sur lequel sont posés des paires d'escarpins blancs et dorés.

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Silence de Zoulikha Bouabdellah
à la galerie Anne de Villepoix, Paris, 2014


« En vérité, écrit Orlan, il suffit de se renseigner un peu pour découvrir clairement que cet acte d’auto-censure masque une censure plus grave. "Une association de confession musulmane" aurait fait pression auprès des responsables de la mairie pour obtenir le retrait de l’œuvre. La mairie a cédé à ces pressions et s’est désolidarisée de l’exposition si l’œuvre devait être présentée. (…) En conséquence puisque l’œuvre de Zoulikha Bouabdellah est définitivement retirée de l’exposition je demande que mon œuvre soit décrochée », conclut-elle.

L'oeuvre en question est sa célèbre photo baptisée Orlan en Grande Odalisque d'Ingres, qui date de 1977 :

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Orlan en Grande Odalisque d'Ingres par Orlan, 1977


Le lendemain, dimanche 25 janvier, Zoulikha Bouabdellah s'exprimait sur TV5Monde à propos d'un oeuvre la montrant en train de faire la danse du ventre sur fond de Marseillaise. Elle n'a, apparemment, pas fait mention de cette censure à Clichy.

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Femina ou la Réappropriation des modèles
Exposition du 25 janvier au 26 avril 2015
Pavillon Vendôme – Centre d’art Contemporain
7 rue du Landy - 92110 CLICHY
ENTRÉE GRATUITE

Zoulikha Bouabdellah fait également partie de l'exposition collective Cherchez l'erreur qui se tient à l'Institut des Cultures d'Islam de Paris jusqu'au 19 avril 2015.

Vous voulez en savoir plus sur le travail de Zoulikha Bouabdellah ? Allez par là.


L'occasion de lire ma chronique intitulée Le peintre et les bâillonnés, où il était question d'une exposition censurée en Tunisie par des salafistes.

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09h16 le neuf-quinze

Abdallah d'Arabie, Al-Sissi, et autres amis Charlie

Par
Daniel Schneidermann le 27/01/2015

Avec cette affaire grecque, je m'aperçois que j'ai perdu de vue, quelques heures, mes amis Charlie. Ils vont bien, je vous rassure. Quelques uns étaient rassemblés, le week-end dernier, à Ryad, charmante localité d'Arabie Saoudite, pour présenter leurs condoléances après la mort d'un vrai pote Charlie, le roi Abdallah. Comme tous les défunts, il était évidemment pourri de qualités, dont une éminente : c'était un discret soutien de la cause des femmes, comme l'a affirmé une connaisseuse, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Le roi Abdallah, 91 ans, était-il vraiment Charlie ? Il n'avait envoyé à la manif parisienne du 11 janvier que le numéro deux du ministère des Affaires etrangères saoudien. C'est mieux que rien. Mais on peut accepter ses excuses, pour cause de problème de santé.

A Ryad, réunis dans l'affliction, il y avait les vrais amis. Il y avait Obama. Il y avait aussi François Hollande, qui ne sait plus où donner de la tête. Il n'a cessé d'être Charlie que pour devenir Syriza. Bref, tout va si vite q'uil n'est pas sûr qu'il ait eu le temps, à Ryad, avec ses amis, d'évoquer le cas d'un autre ami Charlie. C'est un blogueur. Il s'appelle Raif Badawi. Oui, il y a des blogueurs, en Arabie Saoudite. Sans doute pas énormément. Car c'est une activité à risque. Badawi vient d'être condamné à une peine de 1000 coups de fouet, pour différentes raisons, dont une blague assez salée: il a remercié les autorités religieuses du pays d'interdire la célébration de la Saint Valentin, permettant ainsi à tous les Saoudiens d'accéder au paradis. Pas très responsable, cette blague. Surtout qu'il subsiste, dans les tribunaux saoudiens, quelques non Charlie. Ils l'ont condamné, donc, à 1000 coups de fouet. Mais pour plus d'efficacité, par paquets de cinquante. Après chaque paquet, on attend que le dos du condamné ait cicatrisé, et puis on reprend. Le dos du blogueur cicatrisant plus lentement que prévu, la peine est pour l'instant suspendue. Ils sont vraiment rigolos, ces Saoudiens. On comprend que Hollande, qui apprécie l'humour, se soit précipité là-bas.

A Ryad, Hollande a aussi croisé un autre ami : le chef de l'Etat égyptien, le maréchal Al-Sissi. Ils se sont entretenus trois quarts d'heure. Souvenirs souvenirs : quatre ans déjà, depuis le printemps arabe, qui a fait passer l'Egypte de l'ombre de la dictature, à la lumière de la démocratie, un pays où il fait bon vivre, où on respire mieux. Ce qui n'interdit pas de respecter les convenances. Dans sa grande sagesse, et pour observer le deuil de circonstance après la mort du roi Abdallah, le maréchal Al-Sissi a fait interdire en Egypte toutes les manifestations commémorant la révolution. Les Egyptiens ont bien compris. Sauf quelques uns, qui se sont obstinés à vouloir manifester dimanche. Bilan : douze morts. Presque tous des frères musulmans. Je dis presque tous, car il y a aussi le cas de Shaïmaa El Sabbagh, dirigeante d'un petit parti de gauche laïc, qui avait décidé de manifester la veille, justement pour ne pas défiler avec les Frères. L'idée était d'aller fleurir la place Tahrir.

El Sabbagh fleur

 

Mais Shaïmaaa El Sabbagh n'a pas pu déposer sa couronne de fleurs. Elle est morte avant, tuée par une décharge de chevrotines. Comme des photographes étaient présents, et comme une couronne de fleurs, c'est photogénique, cette mort a échappé à l'anonymat, et "ému les réseaux sociaux", comme on dit. Peut-être ces photos sont-elles parvenues jusqu'à François Hollande. Peut-être se tiendra-t-il informé des suites de l'enquête, que le gouvernement égyptien a assuré qu'il allait diligenter.

 


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

 

 

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17h43 ça reste à vérifier

Netflix : les 200000 (ou 250000) abonnés qui viennent de nulle part

Par
Robin Andraca le 26/01/2015

200 à 250 000 ? Quatre mois après son implantation en France, les premiers chiffres commencent à sortir, sur le nombre d'abonnés de Netflix en France. Seul problème : les sites français qui ont repris l'info s'appuient tous (ou presque) sur un institut américain, qui n'a jamais donné de chiffres d'abonnés payants...

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Le géant américain du service de vidéos en ligne aura peut-être du mal à réussir son pari qui était, lors de son arrivée en septembre dernier, de "séduire globablement un tiers des foyers d'ici cinq à dix ans". Au bout de quatre mois, Netflix n'en serait qu'à 200 à 250 000 abonnés (à comparer à ses 36 millions d'abonnés américains). C'est en tout cas ce qu'on peut lire, ici ou , depuis la semaine dernière. Le Figaro assure qu' "après un démarrage en trombe avec plus de 100.000 abonnés en 15 jours (gratuits, NDR), le service n'aurait qu'à peine plus de 200.000 abonnés 4 mois après". Sans préciser d'où vient ce chiffre. Les Echos se veulent plus précis : "D’après l’institut Digital TV Research, il n’aurait recruté que 200.000 à 250.000 abonnés en France, dont la plupart passent par Internet (PC, tablettes...)", peut-on lire sur leur site. Un chiffre repris aujourd'hui par Numerama.

chiffres institut américain : "les opérateurs semblaient dire que c'était dans ces eaux-là"

Seul (petit) problème : l'institut américain Digital TV Research n'a... jamais publié les chiffres évoqués, ni même donné de détails sur les modes de connexion. Le 2 décembre, l'institut américain a bien publié un communiqué de presse, détaillant le nombre d'abonnés aux Etats-Unis et dans le monde, à la fin du mois de septembre 2014. Et en France, ils étaient alors 100 000 (gratuits, un chiffre également avancé par Le Figaro à l'époque). Que s'est-il donc passé entre le 2 décembre et aujourd'hui, alors que Digital TV Research n'a rien publié de neuf sur le sujet depuis ? Contacté par @si, Romain Gueugneau, l'un des deux auteurs de l'article des Echos, n'a pas pu nous aider. "J'avais vu passer ces chiffres fin décembre, je ne sais plus sous quelles formes. Mais on en a discuté avec les opérateurs et les acteurs du secteurs et tous semblaient dire que c'était dans ces eaux-là". Pourquoi, dans ces cas-là, s'appuyer uniquement sur l'institut américain dans l'article ? Le journaliste sèche : "Ça crédibilise un peu mais là c'est vrai que je ne les retrouve plus".

Difficile donc d'y voir très clair mais c'est sur le site du Parisien que ce chiffre (un peu magique) est apparu la première fois. Le lendemain de la publication du communiqué de Digital TV Research. Le Parisien évoquait déjà ces 200 à 250 000 abonnés en France, tout en précisant "selon nos estimations basées sur les chiffres publiés hier par l'institut Digital TV Research". Contacté par @si, Netflix ne souhaite pas communiquer sur son nombre d'abonnés. Cécile Fouques, responsable de la communication de Netflix en Europe a, cependant accordé une interview, le 13 janvier dernier, sur... un blog du journal Sud-Ouest. Interrogée sur le chiffre magique, elle refuse de confirmer cette tendance : "Des organismes font des études et leurs chiffres leur appartiennent. Je peux simplement vous dire que nous sommes contents des résultats obtenus en Europe, voilà".

L'occasion de relire notre article : "Comment la ligue tricolore anti-Netflix a renforcé Netflix".

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11h40 vu

La Belle et la Bête au Pays du JPEG

Par
Alain Korkos le 26/01/2015

Le Monde a récemment publié un article intitulé Des images deux fois moins lourdes dans lequel on apprend qu'un ingénieur télécoms français, Fabrice Bellard, a mis au point un nouveau format de compression des images qui divise leur taille par deux pour une qualité identique à celle des images en JPEG.

Il a notamment utilisé la nouvelle norme de compression vidéo HEVC/H.265 de 2013, dont le module pour compresser les images « réduit la taille d’une image par un procédé proche de la transformée de Fourier, c’est-à-dire la décomposition d’un signal en une somme de fonctions mathématiques ».

Si vous avez tout compris de ce qui précède, vous pouvez lire l'article en question. Si ces quelques mots vous sont incompréhensibles, vous pouvez vous consoler en admirant la photographie illustrant ledit article :

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Et vous pouvez vous demander ce que vient faire ici cette charmante demoiselle, suédoise de son état, qui s'appelle Lena Soderberg. Son portrait sert, depuis 1973 et dans les labos du monde entier, d'image test pour les algorithmes de traitement d'image.

Cet été-là, Alexander Sawchuk, qui était alors professeur à l'USC (l'université de Californie du Sud à Los Angeles), avait un article à illustrer. Las d'utiliser les habituelles images test aussi sexy qu'une mire télé, il ouvrit un exemplaire de Playboy daté de novembre 1972, découpa la partie supérieure du poster central exhibant les charmes de la jeune Lena Soderberg, et la scanna. Cette image a le mérite de présenter de nombreux détails et textures ; elle est parfaite pour opérer des tests, chante le choeur unanime des chercheurs du monde entier. Y'a pas mieux au monde, ils en sont sûrs et certains, voilà pourquoi ils l'utilisent quotidiennement.

Voici l'image originale, le poster central de Playboy :

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Il existe une autre image tout aussi célèbre, également utilisée depuis des dizaines d'années pour les tests d'images. Elle représente un portrait de mandrill, elle est surnommée The Baboon Test Image. La Belle et la Bête…

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L'occasion de lire ma chronique intitulée Trois petits singes sages.

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09h14 le neuf-quinze

Je suis Syriza

Par
Daniel Schneidermann le 26/01/2015

BFM exulte. C'est un raz de marée, un  triomphe, on frôle la majorité absolue. Tous syrizistes, tous mélenchonniens. D'ailleurs, on ne sait plus très bien si on fête un triomphe de Tsipras, ou de Mélenchon, qui campe sur l'antenne. "C'est la première fois que la gauche radicale gagne une élection en France depuis des années" exulte Christophe Hondelatte. "Euh, en Grèce", le corrige le rabat-joie Ulysse Gosset. Qu'importe. On ne va pas s'arrêter à ces détails. Et Hondelatte de demander à Besancenot s'il serait prêt, là, maintenant, tout de suite, à s'allier à Mélenchon, à LO, aux Verts. BFMTV en marieuse de la gauche radicale, et débouchant le champagne pour le déverrouillage européen de la rigueur, c'est le premier miracle de Syriza.

Autre miracle, la joie du PS français : "la victoire d'un parti de gauche est toujours une bonne nouvelle pour le Parti Socialiste", dit Cambadelis. Bref, tout le monde est Syriza, comme tout le monde était Charlie la semaine dernière. Oubliée l'époque, en 2012 où Tsipras, en visite en France, n'était reçu ni par Hollande, ni par les socialistes français. Ne reste, pour ronchonner, que la Troïka maudite. Et encore, pas toute la Troïka, comme nous le soulignions ici. Sur la renégociation de la dette grecque, le FMI et la BCE ne disent pas du tout la même chose, et les prochaines semaines devraient voir Tsipras élargir la faille, comme les divergences entre Paris, Londres, Rome, et Berlin, devraient lui fournir un autre terrain de jeu, s'il sait s'en emparer. Enfin, la politique est de retour !

Il faudra rediffuser ces extraits euphoriques dans quelques semaines quand, Syriza étant passée aux actes, et renégociant milliard par milliard, année par année, BFM le bombardera d'éditoriaux assassins sur ses responsabilités de fossoyeur de l'Europe, ses caisses vides, et matraquera le chiffre de 40 milliards, les 40 milliards que coûterait au contribuable français le défaut de la Grèce sur sa dette. Ils ne seront pas les seuls. Tsipras doit  surtout s'attendre à affronter, dans son pays, un ennemi redoutable : les medias, écrits et audiovisuels, quasiment tous aux mains des armateurs et des oligarques, à qui il entend faire payer des impôts, et qui ne vont pas se laisser faire. Cette bataille-là sera à observer avec attention.

Tsipras victoire

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