Vite-Dit

Les "vite-dit" sont tous les contenus des médias français et étrangers qui nous semblent dignes d’être signalés. Si nécessaire, ils feront l'objet d'un traitement approfondi dans nos articles payants. La page des "vite-dit" a pour fonction de donner aux non-abonnés une impression des centres d’intérêt du site. La page des "vite-dit" est très fréquemment actualisée au cours de la journée.

Déplier tous les Vite dit Replier tout

20h56 ça reste à vérifier

Le faux Lubitz est-il cuisinier ?

Par
la rédaction le 30/03/2015

L'information n'as pas fait grand bruit. Une fausse photo d'Andreas Lubitz, le co-pilote apparemment responsable du crash qui a fait 150 morts mardi 24 mars, aurait circulé dans plusieurs médias, dont le journal de 20h de TF1 jeudi 26 mars.

L'information a été reprise samedi 28 mars par Vincent Glad sur son blog médias "L'An 2000" pour Libération : il y explique qu'Andreas G., présenté comme un "cuisinier allemand résidant en Suisse", a vu sa photo apparaître dans plusieurs médias à la place de celles du véritable co-pilote.


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Article de Vincent Glad, publié sur le site de Libération le 28 mars 2015.
Photo de la Dépêche du Midi

Petit problème : Andreas G. n'est apparemment pas cuisinier. Quelques heures plus tard, une mise à jour de l'article supprime le terme du chapeau et barre le mot "cuisinier" dans l'article.


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Deuxième version de l'article : "cuisinier allemand" est remplacé par "un Allemand résidant en Suisse"

Un retour à la source première de l'information ne montre effectivement aucune mention d'un travail dans la restauration. C'est le site suisse italien localisé dans le canton du Tessin (Ticino en italien) tio.ch, repris par le 20 Minutes suisse, qui a révélé l'histoire jeudi 26 mars. L'article originel présente alors Andreas G., dont le nom serait un homonyme du second prénom d'Andreas Günter Lubitz, comme un homme "d'origine allemande employé par une entreprise active dans le secteur de l'énergie". L'erreur viendrait selon le site "d'un compte Twitter sur lequel aurait été publié la [fausse, ndlr] photo en question". L'homme n'aurait pas l'intention de faire quoi que ce soit pour remédier à l'erreur : "J'ai pensé que les choses se clarifieraient assez rapidement, d'autant que mon nom de famille ne correspond pas à celui du co-pilote".


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"Ils m'ont confondu avec le co-pilote suicidaire", article de tio.ch, 26 mars 2015
A gauche, la photo apparemment erronée, à droite la photo d'Andreas Lubitz

Le site de l'hebdomadaire allemand Focus décrivait, vendredi 27 mars, Andreas G. comme un homme travaillant dans une "firme énergétique bernoise". Quant à l'article de Glad, il a depuis été repris par le site de l'Express et le site d'information médias PureMédias. Les deux s'en tiennent à la version du cuisinier.

(Par Juliette Gramaglia)

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19h19 suivi

Charlie "crapules" : mutation d'office pour le prof de Poitiers

Par
Justine Brabant le 30/03/2015

Pas de poursuites judiciaires, mais une sanction disciplinaire. Après l'abandon des poursuites contre lui pour "apologie du terrorisme", le professeur de philosophie de Poitiers Jean-François Chazerans a appris, vendredi 27, qu'il serait en revanche sanctionné par sa hiérarchie. Il est muté d'office, et rattaché à un lycée des Deux-Sèvres. Ce qu'on lui reproche : d'avoir qualifié de "crapules" les membres de l'équipe de Charlie Hebdo.

Pour avoir avoir "tenu des propos inadéquats" en classe, et "porté atteinte non seulement à l'image de la fonction enseignante mais [aussi] à celle du service public de l'Éducation nationale", Jean-François Chazerans n'enseignera plus à Poitiers. Le conseil de discipline de la commission paritaire d'académie, qui l'a entendu le 19 mars, a décidé qu'il serait muté d'office dans le département des Deux-Sèvres, à une heure de route de son domicile.

Le doute a longtemps plané sur ce qui était reproché précisément à l'enseignant, ainsi qu'@si le relevait. Aujourd'hui, il admet avoir parlé de "crapules" pour désigner des membres de l'équipe de Charlie Hebdo, lors d'un débat avec l'une de ses classes, au lendemain de l'attentat au siège du journal. "Mais c'était en référence aux débats sur la montée du racisme et l'islamophobie, par rapport à ce qu'était devenu Charlie Hebdo, en aucun cas pour justifier l'attentat", explique-t-il à @si. "J'ai arrêté depuis, mais j'étais lecteur de Charlie toute mon adolescence. Parler de petite crapules pour eux... Vous savez, "crapule", étymologiquement, ça veut dire "poivrot"...", rappelle-t-il.

La lettre lui notifiant la décision lui reproche notamment d'avoir organisé un débat avec ses élèves "sans la moindre préparation". Un grief étonnant : le jour même de l'attentat, la ministre de l'Education adressait une lettre aux enseignants dans laquelle elle les invitait "à répondre favorablement aux besoins ou demandes d'expression qui pourraient avoir lieu dans les classes".

Il y a un mois, le parquet avait abandonné les poursuites contre le professeur de philosophie, estimant qu'il avait tenu des propos "déplacés et choquants", mais qu'il ne s'était pas rendu coupable "d'apologie d'actes de terrorisme".


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La lettre de Najat Vallaud-Belkacem invitant les enseignants à répondre aux "demandes d'expression" des élèves suite à l'attentat au siège de Charlie

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19h11 suivi

Radio France : l'orchestre et les top models

Par
Justine Brabant le 30/03/2015

"Vous gagnez combien ? Donnez votre salaire !" Une salariée hélant la n°2 de Radio France à propos de sa paie, ou un musicien racontant comment l'Orchestre national subit la politique de locations de salles et studios à des entreprises extérieures : autant d'instantanés de la grève à Radio France que l'on peut entendre, commentés par deux sociologues du travail, dans un document sonore de cinquante minutes diffusé sur SoundCloud par des grévistes.

RF

La grande "rue" qui traverse de bout en bout la Maison de la Radio

De sa voix assurée, la directrice générale déléguée de Radio France Catherine Sueur avance ses arguments : "crise des finances publiques", situation "compliquée pour tout le monde",... Une salariée l'interpelle, rompant le flot du discours bien rôdé : "Vous avez fait des choix, c'est votre boulot, vous êtes payée assez cher pour ça... Donnez votre salaire, tiens ! Non mais si, pourquoi pas, après tout, merde !" C'est l'un des extraits sonores issus d'assemblées générales des grévistes de Radio France compilés par le collectif "Le Meilleur des Ondes" et commentés par les sociologues du travail Vincent de Gaulejac et Danièle Linhart :

Ce document sonore de cinquante minute donne à entendre les "petites mains" de Radio France. Y est raconté le sentiment d'humiliation des employés de sécurité à qui on a retiré leur poste de travail, et ont été contraints de travailler debout, "plantés devant les portiques"– jusqu'à ce qu'ils obtiennent de haute lutte quelques chaises où s'asseoir. On y entend également l'inquiétude de cette employée du service du courrier, qui relève que la direction cible "les petits" : le personnel de sécurité, les plombiers, ceux qui "n'ont pas de forces" pour protester contre leurs conditions de travail :

Les deux sociologues commentent ces extraits, décrivant les effets des "nouvelles sciences de gestion", dont l'un des piliers est l'externalisation de certaines tâches– dans le cas de Radio France, les employés de ménage ont été touchés par cette externalisation, avant que les négociations ne reviennent sur cette réforme.

Journalistes, petites mains, mais également musiciens. Lors de l'une des assemblées générales, le corniste de l'Orchestre national (et délégué Sud Radio France) Jean-Paul Quennesson rapporte une anecdote étonnante : il explique comment une répétition de l'orchestre a été bouleversée pour laisser passer des... top models :

Des top models ? Contacté par @si, il explique : "Un jour, on a reçu ce mail du service de la diversification [chargé, entre autres, de louer des salles de la Maison ronde à des entreprises afin de diversifier les revenus de Radio France] pour nous expliquer qu'on devait décaler nos pauses pour ne pas être gênés par les top models qui défilaient sur la Galerie C, au-dessus de nous. Ça peut paraître anecdotique, mais j'étais furieux. Les gens de la diversification sont fiers de nous montrer qu'ils louent à Pernod Ricard et Givenchy. Nous, les formations permanentes, on comprend qu'on dérange."

Les orchestres et le chœur de Radio France seraient, en effet, dans le collimateur de la direction de la radio publique, qui estime qu'ils sont concurrents et coûtent trop cher : "Radio France n’a pas les moyens de financer deux orchestres symphoniques, un chœur et une maîtrise pour un coût de 60 millions, ne générant que 2 millions de recettes de billetterie", estime ainsi Mathieu Gallet. "Nous sommes face à une direction qui estime que la musique a un auditoire de "vieux". Mais nous avons une volonté farouche de nous renouveler ! Oui, en l'état, l'orchestre national et l'orchestre philharmonique n'ont pas des identités suffisamment différenciées. Mais la solution n'est pas de les fusionner : elle est justement de faire en sorte qu'on ne joue pas le même répertoire. Le National pourrait se recentrer sur la musique française, et le Philharmonique avoir un programmation plus audacieuse", détaille le délégué Sud.

L'occasion de relire notre article (avec bande-son) sur l'AG mouvementée entre Mathieu Gallet et les grévistes.

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13h04 vu

Rêver d'être une bouteille de Coca...

Par
Alain Korkos le 30/03/2015

Dans la presse et sur les murs ces jours-ci, une campagne de pub Coca-Cola centrée autour de la fameuse petite bouteille qui fête ses cent ans. Avec Marilyn, Elvis et Ray Charles :

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Trois monstres sacrés placardés dans cent quarante pays auxquels viennent s'ajouter, selon les lieux d'affichage, des vedettes contemporaines. On pourrait penser que ces trois images sont des montages, sauf que non. Voici Marilyn Monroe en 1953 pendant une pause sur le tournage de Les Hommes préfèrent les blondes (Gentlemen Prefer Blondes), de Howard Hawks. Avec Jane Russell, en train de revoir son maquillage :

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Photo © Edward Clark


Voici maintenant Elvis Presley faisant une pause - lui aussi - pendant l'enregistrement de Don't Be Cruel à New York en 1956 :

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Photo © Alfred Wertheimer


La photo de Ray Charles, enfin, vient d'un spot publicitaire tourné en 1969 pour Coca intitulé Things Go Better with Coke (Les choses vont mieux avec un Coca) :

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La petite bouteille ventrue a en effet cent ans. De 1899 à 1915, le Coca était vendu dans des bouteilles à la forme ordinaire voire banale. C'est la concurrence des faux Coca qui décida les patrons de la marque à demander que soit conçue une bouteille répondant aux recommandations suivantes : « [Elle] doit être très caractéristique,reconnaissable au simple toucher et identifiable même dans le noir, même cassée. » C'est ainsi que fut créée en 1915 une bouteille inspirée par les courbes et les nervures d'une cabosse de cacao. L'année suivante elle se dégonflait un tantinet pour ressembler à la celle qui est aujourd'hui connue de tous…

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… celle qui fut maintes fois célébrée par Andy Warhol. Ce tirage d'une sérigraphie réalisée en 1962, par exemple, s'est vendu en 2010 pour la coquette somme de trente-cinq millions de dollars :

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Andy Warhol qui avait dit, à propos du Coca : «Ce qu'il y a de bien avec ce pays, c'est que l'Amérique a inventé une tradition consistant dans le fait que les consommateurs les plus riches achètent à peu près les mêmes choses que les plus pauvres. Vous pouvez être là à regarder la télé et voir Coca-Cola, et y apprendre que le Président boit du Coca, que Liz Taylor boit du Coca, et vous dire que vous pouvez boire du Coca vous aussi. Un Coca est un Coca et aucune somme d'argent ne peut vous fournir un meilleur Coca que celui que le pauvre mec du coin de la rue est en train de boire. Tous les Coca sont pareils et tous les Coca sont bons. »

Et l'on voit par là que George Orwell aurait peut-être dû se faire sponsoriser par Coca pour écrire 1984


L'occasion de lire mes chroniques intitulées Le breizh cola: résistance ethnique, ou pâle copie? et La mini-ruse de Coca pour viser les enfants, sans oublier le Vite dit intitulé Copies-cola.

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09h15 le neuf-quinze

"Poussée" du FN : 32 ans déjà !

Par
Daniel Schneidermann le 30/03/2015

Bilan ? Une bonne grosse alternance départementale gauche-droite, en attendant la future alternance droite-gauche, toutes deux typiques des "élections inermédiaires", dans toutes les démocraties du monde. Et le FN, le fameux FN ? Aucun conseil départemental conquis, donc, mais une "poussée", une "consolidation", une "implantation" : le FN a remporté entre 43 et 47 cantons. Après que toute la campagne électorale a tourné autour du FN, le résultat -abstention massive, et "poussée" du FN- est grosso modo identique à celui de la plupart des élections, depuis...depuis combien de temps, au fait ?

Quand ai-je commencé à entendre parler de "poussée" du FN ? En 1983, lors de la Municipale partielle de Dreux. Je m'en souviens : l'événement coïncide avec mon embauche en CDI au Monde. Coup de tonnerre : la mairie est emportée par une liste d'union entre la droite et le FN. Yves Montand, Simone Signoret et Simone de Beauvoir s'indignent. Jacques Chirac, lui, n'est pas spécialement choqué. Depuis, rien n'a changé. 32 ans qu'ils poussent, la fille après le père, en attendant demain la nièce et petite fille. Ils ont conquis des villes, les ont perdues, en ont conquis d'autres. Ils ont dérapé, de point de détail en Durafour crématoire, ont été condamnés, ont redérapé.

La presse écrite a multiplié les scoops sur le passé de tortionnaire du père, les conditions d'acquisition du château de Saint Cloud, les finances du parti, tandis que la télé multiplie depuis 32 ans les invitations, génératrices de bonnes audiences. Mille reportages ont tenté de distinguer au scalpel les électeurs (sauvables) des dirigeants. La "poussée" du FN structure depuis une bonne grosse génération la vie politique et le journalisme politique français. Un électeur de moins de cinquante ans aura passé toute sa vie de citoyen à redouter (ou espérer, pour quelques uns) le grand soir du FN. Et 32 ans plus tard, le FN reste désespérément pauvre en cadres locaux, au point de devoir recruter des candidats nonagénaires à l'insu de leur plein gré, et des débiles qui se lâchent sur Facebook, pour prétendre ensuite que leur compte a été piraté.

Mais il faut bien constater que le FN est utile. 32 ans, que cette "poussée" sert à la gauche classique à disqualifier à la fois la droite classique et, aujourd'hui, la gauche radicale, renvoyée dans l'enfer des "extrêmes". 32 ans, que cette "poussée" sert aux deux grands partis à entonner le couplet du "vote utile", pour écraser les petits. 32 ans, que cette "poussée" étouffe / hystérise les débats sur la sécurité, la laïcité, ou l'identité nationale. Et s'il n'y avait que ceux-là !  Une bonne dizaine d'années déjà, depuis le référendum de 2005, que cette "poussée" sert aussi à interdire, sur le mode Quatremer, tout débat sur l'UE, ou même sur le libre-échange et la mondialisation (on ne va quand même pas "faire le jeu du FN"). 

Je ne dis pas que c'est fait pour, c'est évidemment plus compliqué -même s'il a été établi que Mitterrand, dans les années 80, a fait pression sur la télé pour qu'on y invite Le Pen père plus souvent. Je ne dis pas non plus que le danger n'est pas réel. Ce n'est pas parce qu'on crie au loup depuis 32 ans, que le loup ne finira pas un jour par arriver. Je constate un effet, et je tente un bilan d'étape.

Dreux Libé

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15h54 grrr !

Pénurie de médicaments en Grèce ? La photo du Figaro date de 2014

Par
la rédaction le 29/03/2015

Aspirine, antiobiotiques, vaccins : la pénurie de médicaments "s'accélère" en Grèce, d'après Le Figaro. La faute au gouvernement Tsipras qui "pioche dans les caisses de la Sécurité sociale et du Pôle emploi local pour payer ses dettes". Et qui dit pénurie, dit longue queue devant les pharmacies, comme le montre la photo d'illustration de l'article. Sauf que le site Okeanews a relevé que la photo du Figaro... date de l'année dernière.

Voilà un effet inattendu du manque de liquidités de la Grèce. Selon Le Figaro, les pharmacies grecques sont prises d'assaut en raison de la pénurie de médicaments qui s'accélère. Pourquoi ? La population n'ayant plus les moyens de payer, et l'assurance maladie étant à sec, les laboratoires pharmaceutiques auraient décidé de limiter l'approvisionnement des pharmacies grecques : seules les pré-commandes, déjà payées, seraient livrées. Résultat : "depuis quelques jours, dans les pharmacies d'Athènes, il est difficile de trouver un certain nombre de médicaments : de la simple aspirine aux antibiotiques en passant par des vaccins", explique Le Figaro.

La preuve ? Pour illustrer l'article, Le Figaro a publié une photographie montrant une longue file d'attente de personnes âgées devant une pharmacie :

Okea

 

Une photo qui a attiré l'attention du site Okeanews.fr, qui dénonce régulièrement les clichés sur la Grèce. Après quelques recherches, il s'avère que la photo du Figaro, prise par l'AFP, date de mars 2014... lors d'une grève des pharmaciens. Rien à voir avec une quelconque pénurie donc.

Pharmcacie AFP

 

Et pour prouver que les pharmacies ne sont pas prises d'assaut à Athènes,la journaliste grecque Angélique Kourounis, a publié sur Twitter plusieurs photos de pharmacies, prises le jeudi 26 mars. Force est de constater qu'il n'y a pas de vent de panique :

tweet tweet

tweet tweet

 

L'occasion de revoir notre émission avec Angélique Kourounis : "Aux sources des bobards"

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12h58 suivi

Radio France : le jeu de "la tutelle" mis en cause

Par
la rédaction le 28/03/2015

C'est l'impasse. Les salariés de Radio France ont voté la reconduction de la grève jusqu'à lundi inclus. Et dix jours après le début du conflit, le PDG du groupe public, Mathieu Gallet, n'est plus la seule cible des grévistes. Ces derniers mettent en cause l'attitude de "la tutelle", c'est-à-dire le ministère de la Culture. Car derrière les craintes de la suppression d'environ 300 postes, c'est bien le gouvernement qui impose un plan d'austérité.

La pression s'accentue un peu plus sur Mathieu Gallet. Coup sur coup, la ministre de Culture, Fleur Pellerin, et le Premier ministre, Manuel Valls, ont rappelé à l'ordre le PDG de Radio France tout en appelant à la fin de la grève. Mercredi 25 mars, Pellerin "a convoqué" Gallet en lui demandant de lui remettre "sous 15 jours des propositions précises et fermes" pour son plan stratégique. Vendredi 27 mars, Manuel Valls en a remis une louche : "Il faut que cette grève s'arrête. Il faut que le dialogue social reparte sur de bonnes bases et il faut que Mathieu Gallet, comme la ministre Fleur Pellerin lui a demandé, nous fasse des propositions pour redresser Radio France. Il faut que Mathieu Gallet assume pleinement ses responsabilités", a-t-il déclaré.

Ces rappels à l'ordre focalisent l'attention sur Gallet (chahuté en AG face aux grévistes, notamment à cause des multiples révélations sur le coût de rénovation de son bureau ou le contrat de son conseiller en com). Mais pour les syndicalistes, reçus mercredi 27 mars par Pellerin, la tutelle (c'est-à-dire l'Etat) joue un double jeu en mettant la pression sur Gallet... tout en lui imposant un plan d'austérité.

Gallet

"Ils se sont foutus de nous, a dénoncé un représentant des salariés, cité par Le Monde, pendant l'AG, au lendemain de la rencontre avec la ministre. Nous n’avons pas été traités sérieusement, la tutelle ne prend pas la mesure de ce qui se passe à Radio France". Un autre évoque un "jeu" et un "comportement pervers" de la part de la tutelle. A l'origine de ce conflit, la négociation du "Contrat d'objectif et de moyens" entre l'Etat et Radio France qui fixera les objectifs et le budget du groupe public jusqu'en 2019. On sait déjà que Radio France doit trouver 50 millions d'euros d'ici 2017. Pour y parvenir, les salariés craignent la suppression d'environ 300 postes. Face à Pellerin, les syndicalistes souhaitaient donc obtenir des garanties sur le budget (90% des ressources proviennent de l'Etat) et sur l'emploi. Des garanties qu'ils n'ont pas obtenues. Et pour cause : l'Etat est à l'origine de ce plan d'austérité.

Interrogée par Le Monde, une journaliste dénonce cette situation : "On a le sentiment d’être des pions dans un jeu de pouvoir entre le gouvernement, le CSA et la direction. Les responsables de la tutelle regardent la crise avec distance, voire ont du plaisir à voir Mathieu Gallet s’embourber, croit-elle savoir. C’est un jeu dangereux pour les antennes. La sortie de crise ne peut passer que par la tutelle, or celle-ci laisse Mathieu Gallet dans son jus, je ne suis pas sûre que cela nous rende service. Remplacer Gallet nous rendrait-il service ? Non, on repartirait à zéro, avec les mêmes contraintes de la tutelle". Gallet est censé remettre à Pellerin son plan stratégique à la mi-avril.

D'ici là, les négociations quotidiennes continuent entre les grévistes et la direction de Radio France. Une première avancée a été obtenue à propos de la réforme... du service de propreté. L'année dernière, "les personnes qui s'occupaient du ménage des bureaux dans les étages, qui travaillaient là depuis parfois 25, 30 ans, ont été déplacées au sous-sol, tandis qu'une entreprise extérieure a été embauchée pour faire leur travail", a expliqué au Monde Anne Le Guehennec, technicienne et membre de la CGT. La réforme vient d'être abandonnée. Anecdotique ? Pour certains grévistes, cette réforme préfigurait les négociations à venir : "la direction a humilié des gens qui travaillaient là depuis des années, que l'on croisait tous les jours", analyse une salariée. Avec l'abandon de cette réforme, les salariés espèrent une reprise du dialogue.

L'occasion de relire notre article (avec bande-son) sur l'AG mouvementée entre Gallet et les grévistes.

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12h15 lu

Labos et experts du médicament : ouverture d'une enquête

Par
la rédaction le 27/03/2015

Des gendarmes du médicament payés par les labos ? Mediapart a révélé que plusieurs membres de la commission de transparence, chargée d'évaluer l'efficacité d'un médicament pour déterminer son remboursement par la Sécu, ont cumulé leurs fonctions avec le rôle de consultants... des labos pharmaceutiques dont ils étaient censés contrôler les produits. La Haute autorité de la santé vient de saisir le procureur.

Pendant des années, des experts hauts placés, membres de plusieurs commissions chargées de contrôler le marché du médicament, ont été payés comme consultants par les labos. C'est ce qu'a découvert Mediapart : "Gilles Bouvenot (président de la commission de la transparence de 2003 à 2014), Bernard Avouac (président de la commission de la transparence de 1989 à 1998), Jean-Pierre Reynier (vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1994 à 2002 et membre du conseil d’administration de l’agence européenne du médicament), Christian Jacquot (membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché de 1996 à 2012), Renée-Liliane Dreiser (ancienne experte auprès de la commission de la transparence) et quelques autres, [ont] mené sans jamais les déclarer des activités rémunérées de consultants", énumère le site.

Labo


Deux commissions sont touchées par ce conflit d'intérêts majeur : la commission de mise sur le marché du médicament joue un rôle clé pour autoriser la mise en en vente d'un médicament en France. La commission de la transparence évalue, elle, l'efficacité d'un médicament (appelé "service médical rendu") et donne un avis sur la possibilité pour un médicament d'être remboursé par la Sécurité sociale. Autant dire que "l’avis de la commission peut peser jusqu’à plusieurs centaines de millions d’euros : sans remboursement, un médicament ne fera pas carrière", rappelle Mediapart.

Ce groupe d'experts rencontrait les cadres des labos à Marseille avant la mise sur le marché d'un médicament pour bétonner leur dossier. "Payer ce groupe de consultants ne garantissait pas une décision favorable, précise Mediapart. Les laboratoires le savaient. Ils espéraient juste que le regard de la commission soit plus bienveillant à leur égard. Sans garantie aucune". Contactés par le site d'information, tous ont plus moins reconnu les faits en tentant de minimiser les conflits d'intérêts.

A la suite de la publication de l'enquête de Mediapart, la Haute autorité de santé (HAS), dont dépend les deux commissions, a saisi le procureur de la République. "Si les faits rapportés sont exacts, ils sont inacceptables, et même d'une extrême gravité, a estimé la ministre de la santé, Marisol Touraine. La transparence est une condition essentielle de la confiance dans notre système de santé".

L'affaire est d'autant plus embarrassante pour la Haute autorité de santé qu'un autre ancien vice-président de la commission de la transparence, Jacques Massol, vient d'être mis en cause. Cette fois, c'est dans l'affaire du Mediator : il a été mis en examen pour "participation illégale d'un agent d'une administration publique dans une entreprise précédemment contrôlée" et pour "prise illégale d'intérêts". Vice-président de la commission de la transparence entre 2003 et 2008, il a signé un contrat de consultant avec le laboratoire Servier quelques mois après avoir quitté ses fonctions, alors qu'il était censé attendre au moins trois ans avant de travailler pour un labo sous son contrôle.


Un nouvel élément pour notre dossier : "Médecine : l'info-labo"

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12h07 lu

Crash : Germanwings retire ses pubs (Daily Mirror)

Par
la rédaction le 27/03/2015

"Préparez-vous à être surpris". C'est le slogan des publicités de la compagnie low-cost Germanwings, filiale de la Lufthansa, dans le métro londonien. Des affiches qui vont être retirées du "Tube", révèle jeudi matin le site du Daily Mirror.


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Article sur le site du Daily Mirror, 27 mars 2015

Mauvais timing pour la régie publicitaire de la compagnie aérienne Germanwings, qui n'a pas tardé à s'en apercevoir. Les affiches ont, en effet, commencé à être retirées dès le jour du crash de l'Airbus A320, qui a fait 150 morts mardi 24 mars. Un porte-parole de l'organisme public Transport for London, reponsable des transports en commun dans la capitale anglaise, a ainsi annoncé au Daily Mirror que l'organisme avait "retiré mardi 65 affiches en près d'une heure, et nous nous occupons maintenant de retirer les plus grandes affiches dans 17 stations". C'est la compagnie elle-même qui a demandé à Transport for London de retirer les publicités, explique The Independent.

La publicité, qui montre une hôtesse de l'air en uniforme de Germanwings, invite les passagers à "être surpris" en visitant l'Allemagne. Pour le Daily Mirror, elle n'est qu'un "rappel sinistre" de l'accident de mardi : "Il y avait trois Britanniques à bord de l'Airbus A 320", rappelle le site.

A terme, la "marque" Germanwings est de toute façon amenée à disparaître, comme l'explique la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le quotidien d'envergure nationale rappelle en effet que dès la fin octobre 2015, "le nom Germanwings doit disparaître des publicités" pour être remplacé par celui d'Eurowings, autre compagnie aérienne détenue par la Lufthansa, qui deviendra la "holding pour le secteur low-cost" de la Lufthansa.

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09h15 le neuf-quinze

Tableaux de bord et âme humaine

Par
Daniel Schneidermann le 27/03/2015

Une sorte de grand remplacement télévisé : en un instant, les spécialistes de l'âme humaine remplacèrent sur les plateaux de l'info continue ceux de la sécurité aérienne. L'instant d'avant, on parlait cockpits, trajectoires, météo, on calculait en milliers de pieds, on faisait du rase-mottes sur les tableaux de bord. Dès que le procureur de Marseille eût raconté dans le détail, dans une conférence de presse-happening assez inédite dans les annales de la communication judiciaire, l'acte fou du copilote de l'A320 Andreas Lubitz, confirmant les fuites dans la presse le matin même, le Suicide s'installa en maître sur les plateaux, avec sa longue traine d'éternelles questions sans réponses. "Professeur Machin, vous êtes chef du service psychiatrique de l'hôpital Bidule, est-il fréquent qu'un suicidaire entraîne avec lui cent cinquante personnes ?"

Les deux catégories de spécialistes, psychiatres et pilotes retraités, se croisèrent-elles au maquillage ? Sciences dures et sciences molles échangèrent-elles des considérations croisées sur les pathologies mentales spécifiques des pilotes ? Ont-elles seulement un langage commun ? Dans les explications embarrassées des compagnies aériennes, depuis hier, sur la difficulté de déceler la tendance dépressive chez un aspirant pilote, on croit bien deviner que non. Chacun son sillon. Chacun son couloir.

Mais l'histoire n'est pas finie. Car la boîte noire ne dit pas tout. Si elle a capté la respiration de Lubitz jusqu'au bout, elle ne nous dit rien sur son cheminement mental dans les dernières minutes. Fallait-il se livrer, si vite, à tant d'extrapolations ? Les piques à répétition lancées par le procureur, dans sa conférence de presse, contre le Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA), qui n'a pas informé assez vite la Justice des résultats de l'écoute de la boîte noire, laissent deviner une féroce bataille en coulisses, entre défenseurs du secret de l'enquête, et ceux de la transparence immédiate. A l'instant où écrit le matinaute, un syndicat de pilotes, le SNPL, vient d'annoncer son intention de porter plainte contre X pour violation du secret professionnel. Etrange plainte, a priori. Entre le risque de la surinformation sur le dossier médical de Lubitz (voir comment Bild, depuis hier, multiplie les révélations sur ses lourds antécédents dépressifs non décelés par la Lufthansa), et celui de la sous-information, quel est le plus considérable ? Ne tranchons pas trop vite.

Lubitz Bild

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18h55 lu

Crash : des médias allemands ne nomment pas le copilote

Par
la rédaction le 26/03/2015

Étrange indécision sur le nom d'Andreas Lubitz. Alors que le procureur de la République de Marseille Brice Robin a révélé en fin de matinée l'identité du co-pilote de l'avion A320, apparemment responsable du crash qui a fait 150 morts mardi 24 mars dans les Alpes-de-Haute-Provence, des médias allemands se montrent réticents à publier son nom. Certains ne le citent pas du tout, d'autres ne donnent que le prénom et l'initiale du nom.

C'est le cas du quotidien de gauche Die Tageszeitung, qui ne donne dans son article en ligne qu'une fois son nom en abrégé (Andreas L.) et préfère utiliser le mot "copilote". Pareil pour le site du quotidien Die Welt, qui floute de surcroît la photo du jeune homme... mais donne son âge, 28 ans, et son lieu de résidence. Le site de l'un des trois grands magazines hebdomadaires Focus Online s'en tient aussi à Andreas L.


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Article sur le site de Die Welt, 26 mars 2015

Du côté du site Spiegel Online, la rédaction annonce sa décision "de ne pas donner le nom entier du co-pilote pour le moment, ni de montrer une photo de lui", sans expliquer pourquoi. Âge, cette fois 27 ans, et lieu de résidence sont là encore cités. Le rédacteur en chef du site du quotidien Tagesspiegel Markus Hesselmann a par ailleurs lancé une discussion sur son compte Facebook en annonçant sa décision de ne pas nommer le copilote, décision relayée sur le site : "Avons-nous trop de retenue ? Nous hissons-nous au-dessus des autres ? Ou bien cela rime-t-il à quelque chose d'ouvrir la voie pour un chemin différent ?". Hesselmann n'explique cependant pas sa décision. Il envisage juste, dans un commentaire, de "donner le nom plus tard", lorsque plus d'informations auront été délivrées sur Andreas Lubitz.


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Discussion Facebook de Markus Hesselmann

Ailleurs, on se pose moins de questions : la Süddeutsche Zeitung et la Frankfurter Allgemeine Zeitung, deux quotidiens d'envergure nationale, nomment explicitement Andreas Lubitz, tout comme la Bild, qui publie en plus des photos du jeune homme et de son domicile surveillé par les policiers. Et dans le reste du monde, Lubitz fait la Une.

(Par Juliette Gramaglia)

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18h52 vu

Les djihadistes et Star Wars

Par
Alain Korkos le 26/03/2015

Selon un article de CNN publié il y a deux jours et abondamment repris, « La ville tunisienne proche des décors de Star Wars apparaît maintenant dans la lutte contre ISIS ».

Les premières phrases dudit article continuent de lier les jihadistes venus de Libye et les décors de La Guerre des étoiles : «Les falaises désertiques brunâtres qui entourent la ville de Tataouine servirent autrefois de décor au film Star Wars qui fut, en 1976, tourné en grande partie dans cette région retirée de Tunisie. Cette ville pauvre en bordure du Sahara attire toujours quelques fans du film. Elle se trouve maintenant mêlée à un conflit bien réel, car elle constitue une étape pour les jihadistes traversant la frontière libyenne, à 90 kilomètres de là vers l'est. »

Plus loin, il est question de deux caches d'armes qui auraient été découvertes ce mois-ci dans la région, « l'une d'elles comprenant un lance-roquettes et plus de vingt mille cartouches ». Plus loin encore, il est question de trois hommes arrêtés à Tataouine qui avaient, semble-t-il, l'intention de rejoindre un groupe terroriste en Libye.

Le début de cet article est illustré par une vidéo montrant l'un des décors de Star Wars, dont voici deux captures d'écran :

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Sauf que voilà, la ville de Tataouine n'a jamais servi de décor à aucun épisode de la saga Star Wars. George Lucas, qui s'est inspiré du nom de cette dernière pour la planète Tatooine, a tourné dans une dizaine de lieux en Tunisie. Voici une carte les situant précisément :


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Quant au décor visible dans la vidéo dont il est question ci-dessus, il se trouve bien loin de Tataouine puisqu'il est situé dans le Chott el-Gharsa au nord du Chott el-Jerid, à quelques kilomètres de Tozeur, près de la frontière algérienne. Totalement à l'ouest, donc. Là, fut construit tout un quartier de la ville de Mos Espa qui apparaît dans les épisodes I et II :

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Qu'on se rassure, donc, les décors de Star Wars ne sont pas devenus, comme on peut le lire dans 20 minutes ou sur Slate, le repaire de djihadistes passés par la Libye.

La carte géographique et les photos de de la ville de Mos Espa proviennent du site Star Wars universe.com, qui présente tous les lieux de tournage tunisiens avec force photos. Les illustrations ci-dessous, elles, qui représentent la planète Tatooine, ont été réalisées par Ralph McQuarrie en préparation des films (de cet illustrateur et de son travail pour Star Wars il fut question, dans un précédent Vite dit).

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L'occasion de lire ma chronique intitulée Il a gagné la yellow star.

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18h24 grrr !

Cantines : Valeurs Actuelles sonde sur des repas halal...qui n'existent pas

Par
la rédaction le 26/03/2015

Un sondage Ifop publié mercredi 25 mars sur le site de Valeurs Actuelles pose entre autres la question de la suppression des repas de substitution "halal" dans les cantines scolaires. Mais existe-t-il vraiment des "plats halal" dans les écoles publiques ?


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Article sur le site de Valeurs Actuelles (25 mars 2015)

"Êtes-vous favorables à la suppression des plats de substitution halal dans les cantines scolaires ?" C’est l’une des trois questions posées par le sondeur Ifop pour Valeurs Actuelles les 18 et 19 mars derniers. Le résultat a été publié mercredi 25 mars sur le site du magazine. La question fait écho à la décision, le 17 mars, du maire UMP de Chalon-sur-Saône Gilles Platret de supprimer les menus de substitution aux repas contenant du porc dans les cantines scolaires dès la rentrée prochaine. Nicolas Sarkozy s’est également opposé mardi 18 mars à "ce qu'on appelle des repas de substitution où, en fonction des origines des enfants ou des religions des parents, on choisit des repas différents".


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Sondage Ifop pour Valeurs Actuelles (25 mars 2015)

Existe-t-il des repas halal dans les cantines scolaires publiques ? Aucune enquête, aucune déclaration politique, n'a jusque ici permis de l'affirmer. Seule trace retrouvée : en Alsace, sous le régime du Concordat. Le Monde relatait en 2012 qu'à Strasbourg, "les cantines proposent le choix entre un menu standard, avec ou sans porc (3,28€), un menu halal (3,97€) et un menu végétarien (3,15€)", et ce depuis dix ans. Ces repas halal concerneraient 20% des élèves.

Le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité Nicolas Cadène affirme à @si qu’il n’y a "pas de plats de substitution halal dans les cantines scolaires" et explique qu'il n'y a pas de "contraintes imposées aux mairies" pour les choix de restauration scolaire. Il existe en revanche "des offres de choix avec ou sans viande", une pratique recommandée par l’Observatoire "qui permet de répondre à tous : croyants éventuels, végétariens ou ceux qui n’ont pas envie de viande".

D'où vient alors la formulation du sondage ? Contacté par @si, le directeur délégué de la rédaction de Valeurs Actuelles Arnaud Folch explique que la question a été ainsi posée pour "exprimer les choses clairement" : "En précisant halal, on joue la parfaite transparence sur le sondage". L’emploi du mot halal dans la question se justifie par le fait qu’il y a des "plats de substitutions halal" dans les cantines scolaires, voire "des écoles qui ne mangent qu’halal". Sur quels faits s'appuie l'hebdomadaire ? "Cela a été écrit un certain nombre de fois. Lisez la presse". On n'en saura pas plus.

(Par Juliette Gramaglia)

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16h01 suivi

Loi renseignement : pas assez de restrictions ? (NextInpact)

Par
la rédaction le 26/03/2015

Des zadistes sur écoutes et vos données aspirées aux coins de la rue ? Le site NextInpact a détaillé, article par article, les différents problèmes soulevés par la loi sur le renseignement, en discussion à l'Assemblée en avril, et déjà évoquée par @si.

Sept. C'est le nombre de catégories de renseignements qui peuvent justifier le déploiement d'importants moyens de surveillance. On peut vous écouter ou avoir accès à vos données de connexion (heure d'appel, contacts, adresses IP)... en cas de "terrorisme", d'atteinte aux "intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France" ou encore dans un objectif de "prévention de la criminalité et de la délinquance organisées". Ces catégories existaient déjà. Mais le site Nextinpact (partenaire d'@si pour l'émission 14h42) relève que la loi prévoit une nouvelle catégorie baptisée "prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique."

Qu'est-ce que des "violences collectives" ? Le texte ne le précise pas. "L’expression offre une multitude de possibilités, comme valider l’espionnage cyber-technologique de ceux qui se sont opposés trop violemment au barrage de Sivens", estime NextInpact. Ainsi, tous les zadistes de Sivens ou Notre-Dame-des-Landes pourraient être considérés comme auteurs de "violences collectives" portant atteinte à "la paix publique".

Loi Renseignement

Autre problème du texte de loi : l'article L. 851-6 autorise l'utilisation d'outils qui collectent de nombreuses données sans filtre, comme le système ISMI Catcher, équivalent d'une fausse antenne relais qui aspire les données de connexion d'un utilisateur et permet aussi de le géolocaliser. Le texte prévoit qu'une telle antenne soit installée au maximum pendant six mois. Cette antenne pourra aussi collecter le contenu des conversations par tranche de 72 heures, renouvelable de manière illimitée. "Ces fausses antennes pourront être installées, après « autorisation spécialement motivée » du Premier ministre, sur un lieu déterminé où ils glaneront tout ce qui passe dans leur spectre", explique NextInpact. Mais en cas d'urgence, l'outil peut être installé sans autorisation. Et il aspire tout dans la zone géographique : "Lanceurs d’alerte, journalistes, parlementaires, avocats, et autres citoyens, tant pis pour vos données si vous passez dans les environs d’ISMI", prévient NextInpact.

Pour bien comprendre les risques de cette nouvelle loi, lisez notre article : Pourquoi le projet sur le renseignement peut créer une "surveillance de masse"

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11h25 suivi

Pollution : "réaction" entre fertilisants et trafic routier (Airparif)

Par
Anne-Sophie Jacques le 26/03/2015

Ah le satané charbon allemand qui vient polluer notre belle capitale ! Dimanche, à la veille de la mise en place de la circulation alternée, des voix se sont levées pour accuser les centrales à charbon allemandes soi-disant à l’origine de la pollution aux particules fines comme nous le racontions ici. Interrogée par Terra Eco et Metronews, une ingénieure d’Airparif, l'agence de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France, est formelle : c'est un fantasme. En revanche, le cocktail trafic routier et épandage agricole massif est à l’origine de ce pic du mois de mars déjà éprouvé l’an dernier. Et qu’on connaîtra sûrement l’an prochain.

Les centrales à charbon allemandes coupables de nous polluer ? C’était l’accusation lancée dimanche sur twitter à la veille de la mise en place de la circulation alternée pour tenter d’atténuer le pic – pardon le plateau de pollution prévu. Comme nous le racontions ici, cette accusation avait fait son apparition l’an dernier déjà lorsque le Nord de la France et notamment Paris avait connu en mars un épisode de ce genre. A l’époque, sollicités par @si, les responsables de Prev’air, le système national de surveillance de la qualité de l'air en France et en Europe, n’avaient su nous répondre faute de données.

Terra eco

Cette année, Karine Léger, ingénieure d’Airparif, l'agence de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France, est formelle : la pollution de l’air parisien due aux industries du nord de l’Europe ou à des centrales thermiques allemandes est un "fantasme" assure-t-elle à Metronews. Interrogée également par Terra Eco, l’ingénieure est plus précise : "la pollution émanant des centrales à charbon est facilement traçable, car elle contient du sulfate. Or, pour cet épisode printanier comme pour celui de l’an dernier, nous n’en avons trouvé aucune trace".

Alors d’où vient cet épisode exceptionnel ? Selon Laurence Rouïl, responsable du pôle modélisation et cartographie environnementale de Prév’air, cet épisode est "avant tout le résultat d’une réaction chimique entre l’ammoniaque issu de l’épandage de fertilisants sur les terres agricoles et le dioxyde d’azote émis principalement par le trafic routier. [...] Il faut imaginer une cocotte chimique qui produit des particules, puis ça s’étend, ça s’étend. […] Avec zéro trafic routier, ce phénomène ne se déclencherait pas."

Pour autant, précise l’ingénieur d’Airparif, la France n'est pas la seule à produire la pollution qu'elle subit : "à conditions météo équivalentes, nos voisins produisent donc le même cocktail chimique. Ces grandes masses d’air ne s’arrêtent pas aux frontières". Et de préciser : "pendant que nous nous plaignons de la pollution venue de l’est, les médias britanniques ont des mots très durs contre celle qui leur arrive de France". On les voit d’ici : ah ces satanés pollueurs français !

L’occasion de revoir notre émission consacrée à l’épisode de pollution de l’an dernier: "Arrêtons de parler de pics de pollution, ce sont des plateaux !"

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09h20 le neuf-quinze

Crash : la ration matinale de l'Ogre

Par
Daniel Schneidermann le 26/03/2015

Ouf, l'Ogre de l'info continue a reçu sa ration du matin : des coups ont été frappés, de l'extérieur, dans les dernières minutes, à la porte du cockpit de l'A320 fatal. C'est un scoop du New York Times, alimenté par une source anonyme "proche" du Bureau Enquêtes Analyses (BEA), après écoute de la boîte noire retrouvée. Des coups d'abord modérés, puis de plus en plus forts. Ca, c'est une ration de choix, ces coups. On en a pour la journée.

Pourquoi le New York Times, et pas un media français, espagnol ou allemand ? Mystère. Mais ce n'est pas ce mystère-là qui mobilise d'abord l'Ogre. Tout le monde, toutes les radios du matin (celles qui ne font pas grève) d'en déduire que l'un des deux pilotes était enfermé à l'extérieur du cockpit. Lequel des deux ? On ne sait pas. Cette hypothèse elle-même n'est d'ailleurs qu'une hypothèse. Etait-ce bien un pilote ? N'est-il pas envisageable que ce soit par exemple une hôtesse, qui cherche à entrer dans le cockpit ? On n'en sait rien. Rien de rien, pour l'instant.

N'empêche. On se réveille avec ça. Et je sais bien : on est tous complices de l'Ogre. Cette nouvelle donnée nous met face à la galopade de nos propres imaginations, cet Ogre qui est en nous. On voit la scène. Sans en rien savoir, on l'entend. Le pilote affolé qui cogne à la porte. Et dans le cockpit, l'autre pilote (endormi sur les manettes, victime d'un malaise cardiaque, ou en plein attentat suicide ?) qui laisse le vol perdre de l'altitude, inexorablement. Ayant bien galopé, les imaginations exigent de nouveaux aliments. Tiens, à propos, on ne connait pas encore les identités des deux pilotes. Pourquoi la compagnie ne les a-t-elle pas encore communiquées ? Combien d'heures de vol ? Des antécédents médicaux ? Psychiatriques ? Et surtout, allons, ne faites pes semblant de ne pas l'avoir pensé, musulman, l'un ou l'autre ? Ca, c'est l'Ogre en nous, notre Ogre intime, celui qui est nourri, minute par minute, par l'Ogre majuscule.

boite noire A320

 

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17h04 suivi

Top Gear : Clarkson renvoyé par la BBC

Par
la rédaction le 25/03/2015

La BBC a annoncé mercredi 25 mars le non-renouvellement du contrat de Jeremy Clarkson. Le présentateur de Top Gear avait été suspendu le 10 mars dernier après avoir agressé un collègue. Le site du Guardian consacre un "live" à l'événement.



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"Le contrat de Jeremy Clarkson pour Top Gear ne sera pas renouvelé"
(sur le site du Guardian, le 25 mars 2015)

Top Gear, acte III, dernière prise. La BBC a annoncé mercredi 25 mars à 15h (14h, heure locale) le non-renouvellement du contrat du présentateur phare de Top Gear Jeremy Clarkson, suspendu par la chaîne le 10 mars dernier après avoir frappé un collègue. Le directeur général de la BBC Tony Hall parle d’une décision prise "avec regret" et "remercie grandement [Clarkson, ndlr] pour vingt-cinq ans de présentation remarquable". Il insiste également pour que cette décision "ne fasse pas oublier la contribution extraordinaire de Jeremy Clarkson à la BBC. […] Certes, il quitte la BBC, mais je suis certain qu’il continuera à distraire, stimuler et amuser les audiences pour de nombreuses années", rapporte The Guardian. Clarkson s’en va, donc, mais avec les hommages. Même son collègue Oisin Tymon, que Clarkson avait agressé, évoque, toujours d'après le Guardian, le "talent unique" du présentateur.

Le Daily Telegraph avait annoncé dès mardi 24 mars le renvoi du présentateur de la BBC. Bien que l’information n’ait à ce moment-là pas été confirmée par la chaîne britannique, et que Clarkson ait affirmé mercredi matin sur Twitter n’avoir "rien entendu" de son côté, l’information s’est tout de même propagée. Au point que le site du Guardian a lancé un live mercredi matin pour suivre les dernières évolutions– signe que la question intéresse apparemment le public au plus haut point.


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Live du Guardian sur Clarkson, 25 mars 2015

La suspension de Clarkson a fait grand bruit dans les médias britanniques, mais aussi dans la classe politique, jusqu’au Premier ministre David Cameron qui soutenait son "grand ami" et "grand talent" Clarkson "qui amuse tant de gens, et même mes enfants", racontait le site du Huffington Post le 11 mars dernier. La fille de Cameron Nancy, 11 ans, avait par ailleurs menacé de "faire une grève de la faim", rapportait entre autres The Independent mardi matin. Heureusement, son père n'a pas pris la chose trop au sérieux : "Ce n'est pas vraiment Gandhi", a-t-il relativisé.

Un million de signatures et un tank

La pétition en ligne pour le retour de Clarkson, lancée le jour de sa suspension, a dépassé en fin de semaine dernière le million de signatures. Ces dernières ont été apportées devant les caméras vendredi 20 mars... en tank. Le véhicule était conduit par un inconnu déguisé en "The Stig", le pilote anonyme de Top Gear, au siège de la BBC à Londres.

Est-ce la fin de Top Gear ? Richard Hammond et James May avaient refusé la semaine dernière de tourner l’émission sans leur collègue et ami. Interrogé par Sky News, May a déclaré que l'émission "existait avant nous, elle existera après nous". Une manière peut-être de sous-entendre que si l'un s'en va, les autres suivront.

(Par Juliette Gramaglia)

L'occasion de relire notre article sur les débuts de Top Gear France

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15h54 à voir et revoir

Le charme discret des pelotons d'exécution

Par
Alain Korkos le 25/03/2015

Le gouverneur de l'Utah (États-Unis) a signé lundi dernier une loi permettant d'exécuter les condamnés à mort avec un bon vieux peloton de gugusses armés de fusils. On n'arrête pas le progrès.


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Dispositif d'exécution par arme à feu
dans la prison de Daper, Utah, USA
Photo © Trent Nelson/AP


Cette exécution à coups de flingues est toutefois soumise à une condition : que les produits létaux ordinairement utilisés ne soient pas disponibles trente jours avant l'application de la sentence. Laquelle risque fort d'être remplie, car les États amerlocains pratiquant la peine de mort ne peuvent plus, suite à une interdiction d'exportation prononcée par l'Union européenne en 2011, se procurer en Europe du thiopental sodique, l'un des trois éléments couramment utilisés pour pratiquer une injection létale (la seule entreprise américaine qui en fabriquait cessa d'en produire en 2010).

L'interdiction énoncée par l'Union européenne était une manière de forcer les États-Unis à abandonner la peine de mort. Et de fait, privés du précieux produit, les États du Connecticut, de l'Illinois, du New Jersey, du Nouveau-Mexique, du Maryland et de New York l'ont abandonnée. La Floride, le Texas, le Missouri, la Georgie et l'Oklahoma, en revanche, ont eu recours à des produits de substitution - non testés - commandés à des laboratoires pharmaceutiques locaux couverts par l'anonymat. C'est ainsi qu'en Oklahoma, l'exécution de Clayton Lockett pratiquée en avril 2014 avec des produits peu fiables dura quarante-trois minutes. En juillet de la même année et en Arizona, celle de Jospeh Wood dura, pour les mêmes raisons, une heure et cinquante-huit minutes. Ces deux affaires firent scandale.

En Utah, les personnes condamnées avant 2004 avaient le choix entre l'injection létale et le peloton d'exécution. La dernière personne qui choisit la seconde solution fut passée par les armes en 2010. Aujourd'hui, donc, pour ne plus avoir à courir après des produits létaux difficiles à se procurer, l'Utah a rétabli ledit peloton. Parce que des cartouches et des fusils, on en trouve partout aux États-Unis. La tradition, ça a du bon. Surtout avec une chaise en plus (non branchée sur le secteur).


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Profitons-en pour contempler quelques pelotons d'exécution célèbres.

Le 2 mai 1808, les Madrilènes se soulevèrent contre l'occupant français. Le lendemain, nos braves pioupious exécutaient en représailles une brochette de prisonniers ibères. Goya immortalisa six ans plus tard cet assassinat, avec une toile intitulée Tres de Mayo (Le 3 mai) :


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Le 19 juin 1867, Maximilien de Habsbourg-Lorraine, bombardé empereur du Mexique par Napoléon III puis lâché par le même, était exécuté par des républicains mexicains. Édouard Manet fixa cet événement en 1868. Dans sa peinture, qui fait référence à celle de Goya, les Mexicains portent des uniformes français. C'était là, pour Manet, une manière de dire que Napoléon III (auquel le soldat rechargeant son fusil à l'extrême droite ressemble furieusement) avait assassiné Maximilien en l'abandonnant à son sort :


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Le 18 mars 1871 les Communards dessoudaient à Montmartre les généraux versaillais Clément Tomas et Jules Lecomte. Ernest-Eugène Appert en fit une photo, qui n'est en vérité qu'une mise en scène doublée d'un montage : le photographe, qui n'assista pas à l'exécution, fit poser des figurants et dessina le peloton ; quant aux généraux, ils furent découpés puis collés contre le mur :


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En 1957 sortaient Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick. Trois soldats français de la Première Guerre mondiale, soi-disant coupables de lâcheté devant l'ennemi, y sont fusillés. Ils furent environ un millier à être exécutés ainsi, "pour l'exemple" :

nouveau media


Terminons sur une pointe de rigolade amère avec ce sketch issu des Monstres de Dino Risi, intitulé On oublie vite. On y découvrira un discret quoique élégant petit pan de mur gris :

On oublie vite,
sketch extrait des Monstres de Dino Risi, 1963

 

 

L'occasion de lire ma chronique intitulée De l'épaisseur des murs.

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08h49 le neuf-quinze

Une catastrophe d'Etat, trois instantanés

Par
la rédaction le 25/03/2015

hollande-felipe

Ce qu'il s'agit de montrer, dans les différentes mises en images qui suivent immédiatement la Catastrophe, c'est la mobilisation et la compassion de l'Etat. Et de lui seul. Le chef de l'Etat présente ses condoléances dans la cour de l'Elysée. La caméra est braquée sur lui. Et sur lui seul. A sa droite, un grand type barbu, dont le haut du visage sort du cadre. La caméra s'en moque. Et le cadre reste ainsi fixe, de longues secondes durant. Il faut que François Hollande, dans son discours, nomme le roi d'Espagne à ses côtés, pour que la caméra, au bout de quelques secondes, réalisant peut-être sa gaffe, dézoome enfin lentement, restituant aux spectateurs tout le visage de Felipe VI.

cellule de crise

Blanche est la table de la cellule de crise du ministère de l'Intérieur. Blanche est la lumière, blancs sont les fauteuils, au design futuriste. Ici, quoiqu'on soit dans l'hôtel particulier de la place Beauvau, aucune solennité. Ni dorure, ni moulure, ni même hiérarchie apparente. Aucune polémique, aucune passion non plus. Et étrangement, pas même de bouteilles d'eau -les participants doivent-ils oublier jusqu'à leurs corps ? Les ministres sont assis autour de la table, sur un pied d'égalité avec les dirigeants de la police, de la gendarmerie, des pompiers, de la protection civile. En dépit du faible nombre d'ordinateurs, on imagine que s'échangent ici davantage des informations techniques que des consignes. Et surtout pas le désordre des ordres et des contrordres. Tout respire l'efficace, le fonctionnel. Médical.

Cazeneuve préfète

Qui a dessiné les uniformes des préfètes ? Le créateur de cette majestueuse cape fermée par une chaîne dorée à larges boutons d'or, de ce tricorne spectaculaire à feuilles de chêne, imaginait-il que Patricia Willaert, préfète des Alpes de Haute-Provence, se retrouverait un jour au pied d'un hélicoptère militaire dans un village de moyenne montagne, sa silhouette d'opérette se superposant avec l'image mentale d'un A320 réduit en miettes, en confetti, et de restes de corps déchiquetés ?

Il y a tout le reste, dans cette prodigieuse photo, prise par Anne-Christine Poujoulat, de l'AFP, où s'interpénètrent la lente majesté républicaine et l'efficacité des secours de terrain. Toute la pompe protocolaire, que masquait l'égalitarisme apparent de la "cellule de crise", reprend ici ses droits. D'abord bien sûr le parapluie, tenu par un aide du ministre de l'Intérieur, car le haut dignitaire, qui vient de descendre du Puma qui l'a amené de Marseille, ne saurait évidemment se mouiller le crâne, ni tenir lui-même le pébroque. Les autres têtes sont baissées sur les accidents du terrain -surtout, ne pas trébucher dans un moment pareil-, à l'exception de celles qui sont dirigées vers le personnage principal, dont le reportage du Monde nous annonce que sa tâche va notamment consister à aller visiter les lieux de la future chapelle ardente, où ont déjà été disposés des biscuits et des boissons, en prévision de la visite des familles. Jusqu'à la lente déclivité du terrain qui, à défaut d'un fond estompé, nous rappelle mezzo voce l'implacable nature montagnarde du drame.

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18h45 buzz

Libé / Tunis : polémique sur un titre

Par
la rédaction le 24/03/2015

"C'est fini la Tunisie, c'est fini le tourisme". Ainsi titrait Libération le 18 mars dernier, après l'attaque du musée Bardo, à Tunis, qui a fait 21 morts le 18 mars. Un titre changé quelques heures plus tard pour "On savait qu'ils frapperaient, mais ici...". L'auteure de l'article Élodie Auffray a été vivement critiquée en Tunisie. Pourtant, ce n'est pas elle qui a rédigé ce titre, comme elle l'a expliqué hier soir au Petit Journal.


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Article d'Élodie Auffray pour Libération (18 mars 2015), avec le titre modifié

On l'oublie parfois, mais le journaliste qui écrit un article ne choisit pas forcément son titre. Le Petit Journal l'a rappelé lundi 23 mars à propos d’un article de la correspondante en Tunisie de Libération, Élodie Auffray. L'article, publié le 18 mars, portait sur l'attaque du musée Bardo à Tunis et était initialement titré "C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme". Le site de Libération l'a ensuite modifié, quelques heures après sa publication, le remplaçant par : "On savait qu’ils frapperaient, mais ici…"

Pourquoi ce changement ? Le Petit Journal parle d'une "polémique" déclenchée par la première version, citant deux jeunes Tunisiens interrogés jeudi dernier par l'émission. L'histoire a même fait réagir, vendredi 20 mars, lors d'une allocution, le président tunisien Béji Caïd Essebsi. Manifestement en colère contre les propos de la journaliste, il s'est adressée directement à elle : "C'est vous qui êtes finie, nous, nous sommes là".

Sauf que le titre n’était pas le choix d'Auffray, mais celui de la rédaction de Libération à Paris, explique le reporter Romain Hary sur le plateau du Petit Journal. La phrase n'était d'ailleurs pas directement de la journaliste, mais une citation d'un guide touristique interrogé par Auffray, et qui était encore "sous le coup de l'émotion", comme il l'explique lui-même dans l'article. Le nouveau titre est également une citation, celle d'une lycéenne cette fois. Libération s'est justifié de cette modification, expliquant qu'il ne "s'agissait en aucun cas de stigmatiser le pays ou de dissuader les touristes de s'y rendre".

En attendant, l'histoire a valu à Elodie Auffray une cascade de "menaces", raconte Le Petit Journal. Interrogée par le site Al Huffington Post, déclinaison en français pour les pays du Maghreb du Huffington Post, la journaliste a évoqué vendredi dernier avoir reçu "plus de 150 messages Facebook", et sur Twitter, les messages critiques parfois violents ont également afflué. Auffray reconnaît "la maladresse du titre, [mais cela] ne justifie pas l'acharnement", estime-t-elle.


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Article d'Élodie Auffray avec le titre d'origine, suivi de la réaction de la députée Ennahdha Sayida Ounissi
(Source : Al Huffington Post, 19 mars 2015)

Pour conclure la polémique,  Auffray a publié ce matin sur le site de Libération un "Making of" pour "clarifier quelques points" face aux "menaces personnelles" qu'elle a reçues. "Comme le veut l’usage, j’envoie mon texte brut et c’est la rédaction de Paris qui choisit le titre", explique-t-elle, assurant qu'elle comprend "la peine, l'incompréhension, la déception, la colère suscitées par ce titre". Elle considère cependant que cette histoire a pris "des proportions injustifiées" face à une journaliste "qui ne fait que rendre compte de ce qu'elle voit et entend".

(Par Juliette Gramaglia)

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