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enquête le 17/07/2008 par Justine Brabant

Binge drinking : les médias boivent les troubles chiffres de Bachelot

"Binge drinking", "ivresse aiguë", "beuverie expresse", "boisson-défonce" : les médias ont inventé toutes sortes de termes pour qualifier la pratique qui consiste à boire de très grandes quantités d'alcool pour se rendre ivre.

Les jeunes français s'y adonneraient de plus en plus.

Mais le flou demeure autour des chiffres censés le prouver.

Ce 17 juillet, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot lançait une campagne contre le "binge drinking". L'occasion pour les jités de multiplier les reportages sur ce phénomène importé des pays anglo-saxons.

Ici, des extraits des reportages de TF1 et France 2 picto

Tous notent que la pratique se répand dangereusement. Sur quoi s'appuient-ils ?

Deux chiffres : "les hospitalisations pour ivresse ont augmenté de 50% chez les 15-24 ans", mentionné chez France 2, et "les hospitalisations pour coma éthylique ont augmenté de 50% chez les moins de 15 ans", chiffre avancé par le Pr Reynaud sur TF1.

 

 

Ces statistiques sont aussi reprises largement par la presse. L'AFP écrit le 17 juillet : "Les ivresses graves nécessitant une hospitalisation sont en augmentation : les hospitalisations pour ivresse ont augmenté de 50% entre 2004 et 2007 chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, mais aussi chez les moins de 15 ans". Le Monde avance les mêmes chiffres dans un article intitulé "Le gouvernement envisage l'interdiction de la vente d'alcool aux mineurs".

 

Cette belle unanimité vient probablement du Ministère de la Santé, qui a lui-même mis en avant ces chiffres.

Sur son site d'abord, où l'on s'exclame : "La coupe est pleine! Trop d’accidents dramatiques, une augmentation de 50% des hospitalisations en pédiatrie pour ivresse (pour la tranche des moins de 15 ans et pour celle des 15-25 ans), 47% des jeunes de 17 ans qui déclarent avoir été ivres au cours des 12 derniers mois… "

C'est dans l'encadré bleu picto


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Dans le dossier de presse rédigé par les services du Ministère, ensuite. Celui-ci se propose d'étudier le "passage d'un usage de l'«alcool convivial» à un «alcool défonce»".

Après une "sociologie de la consommation des jeunes", qui détaille par exemple les lieux de consommation privilégiés des ados, un encadré se propose d'illustrer la démonstration par des chiffres.

Sous la mention "Augmentation des ivresses graves nécessitant une hospitalisation", on retrouve nos fameux 50%. On note au passage que le paragraphe suivant, "augmentation des ivresses répétées", traite de fréquences de consommation, mais pas de volume (qui est pourtant le coeur du concept de "binge drinking").

Les médias ont donc repris les chiffres avancés par le Ministère de la Santé, ce qui n'a rien de gênant en soi. Mais d'où le Ministère lui-même tient-il ces chiffres ?

De "la dernière enquête ESCAPAD", menée en 2005, indique le dossier de presse picto

Ca n'est en réalité pas le cas.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Explications : ESCAPAD est l'acronyme d'"Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la Défense". Elle est menée, comme son nom l'indique, durant les journées d'Appel de préparation à la défense (auxquelles sont tenus d'assister tous les jeunes français âgés de 16 ans). Les données récoltées par l'ESCAPAD sont exclusivement des déclarations faites par les jeunes, et ne peuvent donc porter, par exemple, sur des chiffres médicaux comme ceux du nombre d'hospitalisations pour ivresse.

Contacté par @si, le service de presse de la ministre de la Santé admet son erreur. "Les chiffres ne viennent pas d'ESCAPAD, contrairement à ce qui a été écrit, mais du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI)". Un programme de collecte de données hospitalières, donc, qui permet aux médecins d'indiquer les soins qu'ils ont effectués. Mais là encore, il y a un hic : le ministère ne veut pas donner le nombre d'établissement qui participent à ce programme, ni la nature des données recueillies. "Un certain nombre, un nombre significatif".

Les quelques chiffres qui permettent aux médias et au gouvernement d'avancer que le "binge drinking" est un phénomène important proviennent donc d'un échantillon d'établissements hospitaliers tenu secret. Le ministère se justifie : "Ca n'est pas un programme sur lequel on communique." Au contraire de la campagne de prévention lancée en grande pompe.

Mise à jour, 18 juillet, 18h

Le service de presse du ministère de la Santé a recontacté @si pour fournir quelques précisions sur le programme PMSI. Les données collectées portent sur les établissements dits "de court séjour", soit 1527 hôpitaux sur un total de 4100 environ en France. Le nombre d'hospitalisations pour ivresse chez les moins de 15 ans était, pour ces établissements, de 789 en 2004, contre 1226 en 2007. Mais les statistiques n'indiquent pas de quelle manière précise les jeunes gens se sont saoulés.

Mots-clés : alcool, Bachelot, binge drinking, jeunes



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Commentaires
Binge drinking : les médias boivent les troubles chiffres de Bachelot
Alors, cette bouteille de lait de vodka.... C'est le lobby du fumigène de la réaction immédiate à une succession de fait ...
Par SylvN
le 18/07/2008
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