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On ne dit pas bonjour ?
Après "casse-toi pauvre con", une nouvelle vidéo-buzz présidentielle. Sur le plateau de France 3, sept minutes d'attente, de tics, d'énervement et de rapports de force.
Publié le 02/07/2008  Alimenté le 02/07/2008
enquête le 01/07/2008 par Dan Israel

Sarkozy à France 3 : "enquête interne" sur le scoop de Rue89

Comment lance-t-on une petite bombe sur le net ? C'est la question qui turlupine la direction de France 3, mardi 1er juillet, après la fuite sur internet d'une vidéo montrant les quelques minutes précédant l'interview de Nicolas Sarkozy sur la chaîne, lundi 30 juin.

Pendant plus de sept minutes, on y voit un président tendu, lançant quelques piques en direction des journalistes et des techniciens présents en plateau.

Vous ne l'avez pas encore vue ?

La voici picto



Comment cette vidéo a-t-elle atterri sur internet ? Une enquête interne est lancée pour le savoir, indique la chaîne à @si. A l'intérieur de la rédaction, un journaliste témoigne : Paul Nahon, le directeur de la rédaction qui était sur le plateau hier, est très remonté et semble vouloir percer le mystère... Même s'il n'est pas très compliqué d'imaginer que la fuite provient de la régie, où tout était prêt une dizaine de minutes avant l'interview.


En fait, de mystère il n'y a point, ou très peu. C'est Augustin Scalbert, journaliste à Rue89, qui a mis lui-même en ligne la vidéo sur Dailymotion

J'étais présent à France Télévisions pour couvrir en direct l'interview et ses coulisses, nous explique-t-il. J'avais fait une demande en ce sens au service de presse de France 3, qu'on m'a refusée : même les journalistes de la rédaction avaient du mal à entrer sur le plateau. Je me suis tout de même débrouillé pour entrer, et j'ai donc suivi cet échange sur un écran interne. J'ai réussi à me le procurer et je l'ai mis en ligne sur notre espace Dailymotion, mais sans pouvoir y ajouter notre logo.

C'est Rue89 qui a effectivement relayé cette vidéo le premier, suivi de près par wat.tv, le site de partage de TF1, qui a très rapidement "repiqué" les images, sans citer les auteurs du scoop.

Le buzz prend immédiatement : très tôt mardi matin, la vidéo de Rue89 comptait 25 000 visionnages ; à 15 heures, on en était déjà à dix fois plus.

Pour protéger ses sources, Scalbert ne souhaite pas raconter comment il est entré à France Télévisions, ni comment il s'est techniquement procuré la séquence. Mais il n'est pas difficile d'imaginer qu'il a obtenu l'aide des syndicats maison.

Une fuite d'images, c'est déjà arrivé auparavant, et récemment sur France 24 avec Rachida Dati, commente Bertrand Boyer, le président de la Société des journalistes de France 3. A France 3, pour beaucoup de techniciens et de journalistes, ce n'est plus de l'inquiétude face aux annonces de Nicolas Sarkozy, c'est de la colère. Avec cette vidéo, des gens ont eu envie de montrer l'autre côté du miroir.


Et que voit-on sur cette vidéo "off" ?

Un échange tendu, glacial, comme certains l'ont analysé ? En s'installant sur le plateau, le président était réellement tendu, raconte le dirigeant de la SDJ. Il avait été accueilli par plusieurs centaines de salariés de France 3 qui manifestaient sur les marches de France Télévisions, et il avait croisé dans les couloirs quelques techniciens portant un tee-shirt «Plus belle la vie... sans Sarkozy».

Le président a ensuite manifestement pris la mouche quand le technicien lui accrochant son micro n'a pas répondu à son salut...

picto Remarque de Sarkozy : "C'est une question d'éducation."

 

Présent sur le plateau, Gérard Leclerc plaide le malentendu : le technicien était affairé et avait son casque sur les oreilles, il n'a sincèrement pas entendu les salutations.

En revanche, toujours selon Leclerc, la suite de l'échange ne concernerait pas directement France Télévisions.

On y entend le chef de l'Etat grommeler : Ou alors on n'est pas dans le service public, on est chez les manifestants... Incroyable... Et grave !, puis lancer Ca va changer !.

Mais ce changement n'aurait rien à voir avec France 3, assure Leclerc. Quand il dit qu'on n'est pas chez les manifestants, la journaliste Véronique Auger lui répond «C'est la France». A ce moment-là, Sarkozy réplique : «Non, l'ancienne (France). Et ça va changer».

En tendant l'oreille, on entend effectivement Véronique Auger glisser un mot sur la "France" picto



Un peu plus loin, Nicolas Sarkozy badine à propos de la placardisation de Gérard Leclerc, qui avait disparu de l'antenne durant deux ans après l'arrivée d'Arlette Chabot à la direction de la rédaction en 2004.

Mais il n'y avait pas là de tentative de me déstabiliser, assure l'intéressé. Au contraire, il s'est félicité d'avoir dénoncé à l'époque ma mise à l'écart lors d'une conférence de presse...

Détail savoureux : c'est pendant cette période que Leclerc a réalisé, avec Florence Muracciole du Journal du Dimanche, "Sarko mot à mot", acerbe analyse du discours de l'homme politique, qui n'a jamais été diffusée dans sa version originale sur France Télévision (mais qu'on peut visionner ici grâce à Marianne). On entend d'ailleurs Pulvar évoquer allusivement une petite série sur les discours des candidats.

Interrogé mardi matin par l'AFP, l'Elysée n'a souhaité faire aucun commentaire sur cette fuite vidéo.


Mais le déplacement de Nicolas Sarkozy à France 3 ne vaut pas seulement pour ses coulisses.

Au milieu d'un océan de questions courtoises, plutôt simples à gérer pour le président, se sont glissés quelques échanges musclés avec les journalistes Véronique Auger, Gérard Leclerc, Paul Nahon et Audrey Pulvar.

Principal sujet de piques ? La suppression de la pub sur France Télévisions, bien sûr. Il faut dire que Auger, Leclerc et Pulvar venaient de signer une tribune s'inquiétant de l'avenir de France 3 dans Le Monde.

En voici un florilège picto



Leclerc se dit frappé par la brutalité des propos et du ton de Nicolas Sarkozy sur ces sujets, alors que dès que les caméras ont cessé de tourner, il est redevenu détendu et a eu l'air plutôt content de sa prestation.

Un autre journaliste de France 3 juge que l'attitude des journalistes a été plutôt incisive sur le sort de France Télé, même s'ils ont été "bénis-oui-oui" sur l'Europe. Les questions répétées d'Audrey Pulvar ont notamment été bien accueillies. Idem pour la sortie de Gérard Leclerc qui demande au président s'il veut dégager Michel Drucker des soirées du samedi. C'était bien vu : Drucker venait de déclarer sur le site de L'Express qu'il soutenait Sarko. Il nous crache à la gueule alors qu'on le nourrit grassement depuis des années...

Mots-clés : France3, Leclerc, Pulvar, Rue89, Sarkozy, Sclabert



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Commentaires
Sarkozy à France 3 : "enquête interne" sur le scoop de Rue89
Après avoir visionné la vidéo, je trouve que l'allusion au placard n'a rien d'aimable. Il est humiliant de s'entendre ...
Par Pibole
le 01/07/2008
Sarkozy, en "off" sur le plateau de France 3 : "ça va changer"
C'est bien la première fois que je réagis sur le forum d'@si, si je le fais c 'est bien pour partager mes craintes. Oui, ...
Par Bibine B
le 01/07/2008
Sarkozy, en "off" sur le plateau de France 3 : "ça va changer"
Dommage que l'on nous coupe la bande sonore à un moment donné, sans doute à un moment crucial. Mais encore; pourquoi faire ...
Par Ribba
le 01/07/2008
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