Comment lance-t-on une petite bombe sur le net ? C'est la question qui turlupine la direction de France 3, mardi 1er juillet, après la fuite sur internet d'une vidéo montrant les quelques minutes précédant l'interview de Nicolas Sarkozy sur la chaîne, lundi 30 juin.
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Pendant plus de sept minutes, on y voit un président tendu,
lançant quelques piques en direction des journalistes et des techniciens
présents en plateau. La voici |
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Comment cette vidéo a-t-elle atterri sur internet ? Une enquête interne est lancée pour le savoir, indique la chaîne à
@si. A l'intérieur de la rédaction, un journaliste témoigne : Paul Nahon,
le directeur de la rédaction qui était sur le plateau hier, est très remonté et
semble vouloir percer le mystère... Même s'il n'est pas très compliqué d'imaginer
que la fuite provient de la régie, où tout était prêt une dizaine
de minutes avant l'interview.
En fait, de mystère il n'y a point, ou très peu. C'est
Augustin Scalbert, journaliste à Rue89, qui a mis lui-même en ligne la vidéo sur
Dailymotion
J'étais présent à France Télévisions pour
couvrir en direct l'interview et ses coulisses, nous explique-t-il. J'avais
fait une demande en ce sens au service de presse de France 3, qu'on m'a refusée
: même les journalistes de la rédaction avaient du mal à entrer sur le plateau.
Je me suis tout de même débrouillé pour entrer, et j'ai donc suivi cet échange
sur un écran interne. J'ai réussi à me le procurer et je l'ai mis en ligne sur
notre espace Dailymotion, mais sans pouvoir y ajouter notre logo.
C'est Rue89 qui a effectivement relayé
cette vidéo le premier, suivi de près par wat.tv, le site de partage de
TF1, qui a très rapidement "repiqué"
les images, sans citer les auteurs du scoop.
Le buzz prend immédiatement : très tôt mardi matin, la vidéo
de Rue89 comptait 25 000 visionnages ; à 15 heures, on en était déjà à dix fois
plus.
Pour protéger ses sources, Scalbert ne souhaite pas raconter comment
il est entré à France Télévisions, ni comment il s'est techniquement procuré la séquence. Mais il
n'est pas difficile d'imaginer qu'il a obtenu l'aide des syndicats maison.
Une fuite d'images, c'est déjà arrivé auparavant, et récemment sur France 24
avec Rachida Dati, commente Bertrand Boyer, le président de la Société des
journalistes de France 3. A France 3, pour beaucoup de techniciens et de journalistes, ce n'est plus de
l'inquiétude face aux annonces de Nicolas Sarkozy, c'est de la colère. Avec
cette vidéo, des gens ont eu envie de montrer l'autre côté du
miroir.
Et que voit-on sur cette vidéo "off" ?
Un échange tendu, glacial, comme certains l'ont analysé ? En s'installant sur le plateau, le président était réellement tendu, raconte le dirigeant de la SDJ. Il avait été accueilli par plusieurs centaines de salariés de France 3 qui manifestaient sur les marches de France Télévisions, et il avait croisé dans les couloirs quelques techniciens portant un tee-shirt «Plus belle la vie... sans Sarkozy».
Le président a ensuite manifestement pris la mouche quand le
technicien lui accrochant son micro n'a pas répondu à son salut... Remarque de Sarkozy : "C'est une question
d'éducation." |
Présent sur le plateau, Gérard Leclerc plaide le
malentendu : le technicien était affairé et avait son casque sur les oreilles,
il n'a sincèrement pas entendu les salutations.
En revanche, toujours selon Leclerc, la suite de l'échange
ne concernerait pas directement France Télévisions.
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On y entend le chef de
l'Etat grommeler : Ou alors on n'est pas dans le service public, on est
chez les manifestants... Incroyable... Et grave !, puis lancer Ca
va changer !. En tendant l'oreille, on entend effectivement Véronique
Auger glisser un mot sur la "France" |
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Un peu plus loin, Nicolas Sarkozy badine à propos
de la placardisation de Gérard Leclerc, qui avait disparu de l'antenne durant
deux ans après l'arrivée d'Arlette Chabot à la direction de la rédaction en
2004.
Mais il n'y avait pas là de tentative de me déstabiliser, assure
l'intéressé. Au contraire, il s'est félicité d'avoir dénoncé à l'époque ma mise
à l'écart lors d'une conférence de presse...
Détail savoureux : c'est pendant cette période que Leclerc a
réalisé, avec Florence Muracciole du Journal du Dimanche, "Sarko mot à
mot", acerbe analyse du discours de l'homme politique, qui n'a jamais
été diffusée dans sa version originale sur France Télévision (mais qu'on peut visionner
ici grâce à Marianne). On entend d'ailleurs Pulvar évoquer allusivement une petite série sur les discours des candidats.
Interrogé mardi matin par l'AFP,
l'Elysée n'a souhaité faire aucun commentaire sur cette fuite
vidéo.
Mais le déplacement de Nicolas Sarkozy à France 3 ne vaut
pas seulement pour ses coulisses.
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Au milieu d'un océan de questions courtoises, plutôt simples à gérer pour le président, se sont glissés quelques échanges musclés avec les journalistes Véronique Auger, Gérard Leclerc, Paul Nahon et Audrey Pulvar. Principal sujet de piques ? La suppression de la pub sur France Télévisions, bien sûr. Il faut dire que Auger, Leclerc et Pulvar venaient de signer une tribune s'inquiétant de l'avenir de France 3 dans Le Monde. En voici un florilège |
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Leclerc se dit frappé par la brutalité des propos et
du ton de Nicolas Sarkozy sur ces sujets, alors que dès que les caméras ont cessé
de tourner, il est redevenu détendu et a eu l'air plutôt content de sa
prestation.
Un autre journaliste de France 3 juge que l'attitude des journalistes a été
plutôt incisive sur le sort de France Télé, même s'ils ont été "bénis-oui-oui"
sur l'Europe. Les questions répétées d'Audrey Pulvar ont notamment été bien
accueillies. Idem pour la sortie de Gérard Leclerc qui demande au président
s'il veut dégager Michel Drucker des soirées du samedi. C'était bien vu : Drucker venait
de déclarer sur
le site de L'Express qu'il soutenait Sarko. Il nous crache à la gueule
alors qu'on le nourrit grassement depuis des années...
le 01/07/2008
le 01/07/2008
le 01/07/2008

