La Sarkozie contre le "problème du Net" : l'heure de l'assaut ?
Cartographie (légèrement parano) d'un encerclement annoncéLe Net est sensationnaliste ; le Net tue la presse ; le Net fait fuguer vos filles ; le Net est installé dans la chambre à coucher de vos enfants : depuis quelques temps, le pouvoir multiplie les signes d'hostilité et d'irritation à l'égard de la Toile.
Désordonnés, ces signes ? Oui, mais de moins en moins. Revue de détail des indices annonciateurs d'une vaste offensive.
On est paranos ? Peut-être. On est sur le Net, nous aussi, après tout. A vous de le dire.
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C'est la longue tribune de Franck Louvrier, conseiller pour la presse de Nicolas Sarkozy, dans Libération du 4 juin, qui nous a plongés dans le doute. Son titre ? L'information de qualité n'est pas soluble dans le haut débit. Tout un programme. |
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Alors que l'outil devrait permettre le déploiement d'un espace public de discussion et de débat, il semblerait qu'il s'intéresse plus à dévoiler les dessous de la vie privée de chacun, regrette le conseiller. Mise à disposition des informations personnelles, rumeurs anonymes, usage faussement amateur de la vidéo qui consacre la violation de l'intimité et du droit à l'image... Ne faisons pas d'Internet le temple du voyeurisme et sachons préserver l'acquis historique de la sphère privée.
Et pan dans les dents des blogueurs...
Vient ensuite le tour des journalistes :
Conscientes que le gâteau publicitaire de la presse s'est réduit, les rédactions ont entamé sur le web une course à l'audience sans précédent qui, dopée par la pression de l'actualité "en temps réel", fait primer le commentaire sur l'explication et le scoop sensationnel sur l'information vérifiée. Dans l'immédiateté du haut débit se perd le temps de la pédagogie, de l'investigation, de la mise en contexte nécessaire, de sorte que l'on a pu assister dernièrement à des écarts étonnants entre la qualité des journaux papier et celle des sites Internet du même nom.
Pour les non initiés, ces douceurs sont principalement destinées au site internet du Nouvel Observateur, pour la désormais fameuse histoire du SMS (probablement inventé) de Nicolas Sarkozy à Cécilia, Si tu reviens, j'annule tout.
Sur le web, d'autres ont attaqué l'image du président. Comment ne pas penser au site du Parisien , qui l'a sérieusement ébranlé avec sa célèbre vidéo du Casse-toi pauvre con, lâché par Nicolas Sarkozy lors du salon de l'agriculture au passant qui ne voulait pas lui serrer la main.
Auparavant, la séquence d'un président apparemment perturbé au sommet du G8 le 10 juin 2007, avait fait le tour du net. Diffusée par la télévision belge, elle n'avait pas été vue dans les JT des trois premières chaînes, mais avait fait les délices des internautes.
Sous des aspects policés, l'attaque de Louvrier est assez violente. Surtout lorsqu'elle vient d'un des prinicpaux conseillers du chef de l'Etat. D'ailleurs, le discours est proche de celui qu'a tenu Nicolas Sarkozy sur RTL le 27 mai.
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Internet, "problème considérable", c' est ici |
La position du chef de l'Etat est intéressante. Ou inquiétante pour les fanas d'internet.
D'une main, il aide la presse, au nom de la démocratie. Selon Le Figaro , la toute nouvelle chargée de mission censée étudier l'accompagnement des médias traditionnels confrontés au défi du numérique n'exclut aucune solution, "même fiscale" pour surmonter la crise actuelle.
Au rayon des solutions, on évoque la multiplication des points de vente ou la constitution de plus grands groupes médias.
Mais jamais n'est évoquée la pauvreté du contenu de la presse...
De l'autre main, Nicolas Sarkozy feint de s'étonner de la multiplication des médias sur le web, de leur gratuité, et les qualifie de problème.
Problème pour qui ? Du point de vue de l'Elysée ou des ministères, on peut en effet concevoir que la multiplication des sources d'informations, parfois très virulentes contre le pouvoir, pose question. Davantage d'acteurs déboulant dans le paysage médiatique traditionnel, il faut donc trouver des moyens de les canaliser ou, du moins, de les surveiller.
Garder un œil sur le net, couver le buzz, c'est justement le rôle de Nicolas Princen, ce jeune militant dont la nomination aux côtés de Louvrier en mars avait déclenché tant d'émotion sur le net français.
Nous y allons trop fort ? Le gouvernement ne vient-il pas d'organiser des "Assises du numérique" pour faire de la France une puissance numérique ? Ces Assises sont manifestement tombées dans un trou noir. Ni les médias traditionnels, ni les nouveaux, ne leur ont accordé un large écho.
Morano a l'attaque
Et c'est tout ? Non... Tout le monde le sait, Nadine Morano, récente
secrétaire d'Etat à la Famille, est une proche de Sarkozy. Et dans
quelle croisade se lance-t-elle, à peine arrivée à son poste ? Dans une
guerre contre la "pédo-pornographie" sur internet.
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La secrétaire d'Etat a eu tout le loisir d'exposer sa pensée sur France 5, dans Revu & Corrigé le 5 mai. Et des blogs qui la calomnient, aux adolescentes fugueuses appâtées via internet, elle a tapé large |
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Rumeurs, caricature... Les mêmes arguments qu'utilise Franck Louvrier dans sa tribune de Libération.
OÙ le dossier de la suppression de la pub rejoint la web-o-phobie.
En même temps qu'il cogne comme un sourd sur les lâches blogs et les sites attrape-audience, le gouvernement s'efforce de taper où ça fait le plus mal : au portefeuille.
On peut aussi analyser le projet de seconde coupure de pub dans les films diffusés par les chaines privées à la lumière de ces diverses attaques anti-web.
Car offrir davantage de créneaux publicitaires à TF1 et à M6 revient à s'assurer que la manne publicitaire, détournée de la télévision publique, ne retombera pas vers les médias en ligne. La logique est simple, expliquait ainsi Paule Gonzalès, dans Le Figaro. Il faut faire en sorte que la publicité qui quitte les écrans de France Télévisions reste dans le monde de la télévision au lieu de migrer vers l'Internet ou le hors-média.
La désormais célébrissime Commission Copé caresse aussi l'idée de taxer les fournisseurs d'accès internet pour pallier la fameuse disparition de la pub. La redevance n'est pas la source de financement à venir face à la perte des publicités dans le groupe France Télévisions, a par exemple indiqué le 2 juin le ministre du Budget Eric Woerth. Il y a d'autres pistes à explorer, et notamment celle touchant par exemple à une fiscalisation d'internet.
Paranos, vraiment ?
le 21/11/2008
le 13/06/2008
le 04/06/2008

