"Erreur" sur la virginité : mariage annulé, médias emballés
L'avocat de l'ex-épouse : "cette flambée n'aide pas ma cliente"En rédigeant son étude de cas, M° Xavier Labbée ne s'attendait pas à déclencher une tempête politico-médiatique.
Dans la livraison du 22 mai de la revue Dalloz (éditeur spécialisé dans le domaine juridique), cet avocat lillois relate et commente une affaire qu'il a récemment défendue devant le tribunal de grande instance de Lille : un homme a obtenu le 1er avril 2008 l'annulation de son mariage, parce que sa femme lui avait dissimulé le fait qu'elle n'était plus vierge. Les deux ex-époux sont musulmans.
Le tribunal s'est appuyé sur l'article 180 du code civil qui stipule que s'il y a erreur sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage. Il a été estimé que la virginité faisait partie de ces qualités essentielles.
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Dans son édition du 29 mai, le quotidien publie un article relatant les faits, qui débute par ces phrases fortes : La mariée n'était pas vierge. Le mariage a été annulé. Et c'est arrivé près de chez vous. Le reste est sur le même ton |
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La valse médiatique est lancée.
Dès le matin de la publication, radios, télés et magazines demandent des interviews à Xavier Labbée, cité dans l'article de Libé comme avocat de l'ex-mari.
Les divers papiers ne se font pas attendre, un peu partout, par exemple 20 minutes ou Europe 1.
M° Patrick Dupont-Thieffry, le défenseur de la jeune femme, s'avoue interpellé par ce phénomène médiatique : je savais que les médias se nourrissent entre eux, mais le cas d'école est assez fascinant. En moins de 24 heures, tous les médias me sont tombés dessus, et la polémique a démarré aussitôt.
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Certes, les JT se sont attachés à préciser que le tribunal n'a pas pris en compte un quelconque caractère religieux, mais a suivi le droit. Des précédents cas de mariages annulés pour "erreur sur les qualités essentielles" (le mari était impuissant, l'un des deux époux était un divorcé) sont rappelés. Appréciez les efforts d'explication de TF1 |
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Mais cette exégèse n'a pas empêché la polémique.
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Non, affirment en chœur commentateurs et féministes, comme la présidente de Ni Putes Ni Soumises ou l'avocate Elisabeth Badinter. "Fatwa contre la liberté des femmes", "le tribunal s'est soumis au Coran": invités et polémistes se déchainent |
Fatwa, Coran : les gros mots sont les mêmes que lors des précédentes grandes vagues d'effroi médiatique sur des sujets voisins. Souvenons-nous du feuilleton à rebondissements du voile islamique au lycée; de la piscine municipale qui avait décidé de réserver un soir par semaine aux femmes seules; des campagnes précédentes sur les femmes qui ne souhaiteraient se faire examiner que par des médecins femmes ; du "phénomène caché" de la polygamie ; de "l'explosion" des tournantes dans les caves des cités. A chaque fois, sans aucun souci de l'ampleur statistique réelle des phénomènes, des particularités psychologiques de chaque cas, ni des complexités techniques ou juridiques, le paysage médiatico-politique s'embrase en quelques heures.
Cette fois, c'est la philosophe Elisabeth Badinter qui a formulé la première (ou de la façon la plus vive) le thème sur lequel vient se cristalliser le malaise. Reprise dansLe Parisien, elle estime que cette affaire va aboutir tout simplement à faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l'hymen.
Immédiatement, l'hyménoplastie a été annexée par le tourbillon médiatique. Le Parisien s'alarme ainsi que des opérations de reconstruction de l'hymen soient proposées par des cliniques esthétiques privées de la région parisienne pour 1 000 à 2 000 euros et que des agences de voyages organisent même des séjours hymenoplastie en Tunisie pour 1 250 euros.
Dès vendredi matin, l'ami David Abiker relayait dans sa revue du web sur France Info un témoignage qui prend tout son sens après la décision du tribunal de Lille. Il s'agit d'un récit du BondyBlog, hébergé sur 20 minutes et spécialisé dans les chroniques de la vie des banlieues.
Hayat y raconte un voyage au Maroc il y a quelques années de ça, où elle s'est fait recoudre l'hymen pour 450 euros. Hayat s'est comme on dit beaucoup amusée avant de rencontrer son époux et elle n'a pas suivi ce conseil ancestral des mères à leur fille : embrasse, caresse mais prends garde à ta boîte d'or.
Ce témoignage mis à part, impossible de connaître les contours précis de la question. Ainsi, dans Le Parisien, un chirurgien parisien anonyme assure que depuis cinq ans, nous avons de plus en plus de demandes. Ces jeunes filles, issues des quartiers de banlieue comme des quartiers chic de la capitale, sont prêtes à tout pour masquer la honte de leur famille.
Mais sur le site du Figaro, Emile Daraï, secrétaire général du Collège des Gynécologues, rétorque que ces demandes, apparues il y a une quinzaine d'années, ne sont pas en augmentation, et sont plutôt stables. Elles sont seulement plus médiatisées ces derniers temps. Il rappelle en outre que le phénomène est impossible à chiffrer.
Flambée médiatique
Un flou artistique qui n'a pas empêché les politiques d'entrer rapidement dans la danse, même si les conséquences réelles du jugement sont difficiles à évaluer.
Vendredi 30 avril, la ministre de la Justice Rachida Dati a approuvé le jugement : La justice est là pour protéger. Le fait d'annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage.
Dati semble pourtant bien seule : Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la politique de la Ville, (et ancienne présidente de Ni Putes Ni Soumises) a aussitôt dénoncé, dans les mêmes termes que l'actuelle présidente, une vraie fatwa contre l'émancipation des femmes.
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a lui carrément demandé que la chancellerie déclenche un recours pour annuler le jugement. Quant au parti socialiste , il a dénoncé une décision atterrante, qui porte atteinte au principe constitutionnel d'égalité entre les hommes et les femmes et de non-discrimination.
Pourtant, l'avocat Patrick Dupont-Thieffry n'est pas à l'unisson: Le débat me laisse un peu perplexe, les deux époux étant tombés d'accord pour annuler leur union. Ma cliente souhaitait faire rapidement le deuil de cette relation douloureuse, et cette flambée médiatique ne l'y aide sûrement pas.
le 31/05/2008

