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Elkabbach, grand professionnel... du dérapage
Il ne peut pas s'en empêcher. Quand il y a un dérapage à commettre (fausse nouvelle, question machiste), le patron d'Europe 1 est toujours présent. Ce qui ne l'empêche pas de discourir régulièrement "d'éthique journalistique".
Publié le 22/04/2008  Alimenté le 03/02/2010
observatoire le 22/04/2008 par la rédaction

Le soir où Elkabbach a tué Pascal Sevran

Tentatives de défausse en chaine au sommet d'Europe 1

Il voulait lutter contre la dictature de l'émotion. Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l'ère de l'immédiateté, de l'apparence, de la dictature de l'émotion, la contagion est générale, déplorait Jean-Pierre Elkabbach, président d'Europe 1, dans une interview à La Croix du 11 avril dernier.

Il annonçait à cette occasion la création d'un "comité d'éthique" pour se prémunir contre des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.

Il visait alors explicitement le site Bakchich.info. Mi-mars, Michel Grossiord, en charge de la revue de presse de la radio, avait relayé une information du site affirmant que David Douillet faisait partie des contribuables français qui fraudent le fisc via le Liechtenstein. Depuis, le judoka a porté plainte pour diffamation contre Bakchich (qui a retiré son article) et est venu s'expliquer sur l'antenne d'Europe 1,comme nous vous l'expliquions dans cet article. David Douillet a ensuite perdu son procès.

 

Pascal Sevran


Mais aujourd'hui, c'est sa radio, Europe 1, qui est prise dans la tourmente.

Lundi 21 avril à 19h, la présentatrice Hélène Zélany annonce que l'animateur Pascal Sevran est décédé le jour même à 14h. S'ensuit une "nécro", signée du journaliste Laurent Delpech.

 

Ecoutez-les picto

 

 

Laurent Ruquier, aussi collaborateur d'Europe 1 et à ce moment-là en direct sur France 2 dans "On n'a pas tout dit", reçoit l'information, qu'il annonce à 19h10. Sur le plateau, les chroniqueurs et invités réagissent à la nouvelle.

Pour Karl Zero, par exemple, il était beaucoup plus intelligent que l'image que pouvaient donner ses émissions. (...) Le mec était absolument génial. C'était quelqu'un de sympathique dans ses choix. (...) C'était quelqu'un à côté de qui la presse est passée.

Regardez la bande à Ruquier en plein éloge funèbre (pas drôle) d'un vivant picto

 

 

Sur Direct 8, Morandini lui aussi l'annonce et commente cette disparition.

Il fait même réagir par téléphone son collègue d'Europe 1, Jacques Pradel.



> Cliquez sur l'image pour un gros plan <



Europe 1 l'annonce également sur son site, avant que plusieurs sites Web ne le reprennent.

picto L'article est daté de 19h17

 

Mais patatras, peu après, un communiqué de France télévisions dément l'information : l'animateur de la "Chance aux chansons" pendant 16 ans se repose en famille, selon une source très proche et très sûre. D'autre part, selon ce journaliste d'Europe 1 interrogé par Le Post, la famille de Sevran elle -même a appelé la radio pour démentir.


A 19h26, la station s'excuse
picto

 

La cascade de démentis ne se fait pas attendre.

Sur France 2, Ruquier mange son chapeau picto

On a été la victime de quelqu'un qui a lancé une rumeur. On va trouver le responsable de ce genre de plaisanterie qui n'est pas très bienvenue. Au sein même de cette production, on trouvera qui m'a remis cette dépêche AFP, menace-t-il.

Erreur de l'humoriste : l'agence France-presse n'a produit aucune dépêche sur cette affaire.


(Erreur identique, d'ailleurs, du blogueur Guy Birenbaum, par ailleurs chroniqueur à Europe 1, qui semble faire porter la responsabilté du bug aux agences de presse, alors que pas une seule d'entre elles n'a repris l'erreur d'Europe 1.)

 


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <




picto Les explications arrivent à 22h04


Sur le site d'Europe 1, un communiqué de 22h04 explique que depuis le milieu de l'après-midi, Europe 1 avait de sources concordantes journalistiques généralement sûres et fiables, des informations sur la disparition de Pascal Sevran. A plusieurs reprises, Europe 1 a tenté de joindre la famille de Pascal Sevran sans y parvenir. Jusqu'ici Europe 1 n'avait pas de raison de douter de ces sources et regrette sincèrement que ces propos aient pu affecter Pascal Sevran, ses proches et ses auditeurs.


Mardi matin, c'est justement dans l'émission "Le grand direct" de Jean-Marc Morandini (sur Europe 1) que le directeur de la rédaction (d'Europe 1) Benoît Duquesne s'explique sur ce bug médiatique. C'est, dit-il, le pire cauchemar journalistique.

Et, précise-t-il, même si Le Monde et Le Parisien ont subi le même genre de mésaventure, ce genre d'erreur doit agir comme une piqûre de rappel. Il faut avoir une info sûre, juste, ne pas aller trop vite. Nous interroger sur nos propres modes de vérification. Avant de conclure que face à la pression de plus en plus forte, c'est de plus en plus difficile de résister, de tout vérifier. Il faut accepter quelques fois d'être un petit peu en retard.

Magnifique exercice d'escamotage. Le nom d'Elkabbach n'est même pas prononcé, et la question de la source du "bug" n'est pas posée par Morandini.

Ecoutez-le picto


Interrogé sur le fait d'avoir lui-même repris l'information dans son émission de Direct 8, Morandini s'était défaussé sur...France 2. Si la propre chaîne de Sevran en parlait, ça devenait une information, at-il expliqué au Parisien.

De Morandini à Duquesne, en passant évidemment par Elkabbach lui-même, on semble donc avoir tenté de noyer cette erreur monumentale dans une glose généralisante sur la pression de l'urgence. J'assume personnellement une erreur collective, a déclaré Elkabbach devant la rédaction mardi matin, 22 avril.

Un mea culpa bien vague, que la rédaction d'Europe 1 n'a pas digéré.

Mardi après-midi, les journalistes réunis en assemblée générale demandent à Elkabbach d'assumer sa responsabilité.

En effet, alors que la rumeur de la mort de Sevran courait depuis 18 heures, sans que les journalistes aient réussi à obtenir confirmation, c'est le président d'Europe 1 en personne, qui a appelé à 18 heures 57 le "bocal", où se trouvent les journalistes à l'antenne et les techniciens, pour leur demander d'annoncer la nouvelle.

Quand au bout de 15 minutes j'ai vu qu'il n'y avait pas de dépêche AFP, j'ai vraiment commencé à m'inquiéter. Je le vis très mal, pour moi et pour toute la rédaction. Quelle va être notre crédibilité la prochaine fois qu'on sortira une information ?, s'inquiète aujourd'hui Hélène Zélany, qui présentait le journal de 19h.

Interpellé par sa rédaction, Jean-Pierre Elkabbach s'est excusé. Il a enfin reconnu sa responsabilité personnelle dans cette affaire.

Une affaire qui tombe bien mal : le jour même, l'animateur Jacques Pradel décidait d'arrêter la tranche matinale qu'il anime depuis l'été dernier. Usé par une longue présence à l'antenne de 7h à 11h, il aurait fini par demander lui-même à arrêter : J'ai accepté sa proposition car mon principe c'est jamais de contrainte, j'aime bien que les gens soient heureux dans ce qu'ils font, indiquait lundi 21 avril, Jean-Pierre Elkabbach à l'AFP. Le président d'Europe 1 ajoutait que Jacques Pradel avait fait gagner à la station 60.000 auditeurs dans cette tranche horaire.

Mais selon 20 Minutes du mardi 22 avril, l'audience matinale d'Europe 1 entre 7h et 8 h a baissé : en janvier-mars 2007, 1,24 million d'auditeurs l'écoutaient, ils n'étaient plus que 1,12 en janvier-mars 2008. Cette baisse de 8 % dans une tranche si stratégique pour la radio a finalement eu des conséquences.

Autant d'événements qui mettent aujourd'hui le Président d'Europe 1 dans une situation inconfortable. La société des rédacteurs, en tout cas, est bien remontée contre le patron. Elle a déclaré dans un communiqué apporter son soutien à ceux sur lesquels le président d'Europe 1 a tenté de se défausser.

Mots-clés : Elkabbach, Europe1, Sevran



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Commentaires
Le soir où Elkabbach a tué Pascal Sevran
Erreur ? Mais quelle erreur ? Comme je l'ai expliqué à mon camarade Daniel Schneidermann au téléphone - qui a "oublié" (sacré...
Par guy birenbaum
le 22/04/2008
Séguéla, revu et corrigé par Elkabbach...
Je suis frappé par cette photo de Sarkozy et d'Elkabbach, le premier son portable vissé à l'oreille, le second tête baissée ...
Par Ulysse Martagon
le 04/02/2008
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