Le soir où Elkabbach a tué Pascal Sevran
Tentatives de défausse en chaine au sommet d'Europe 1Il voulait lutter contre la dictature de l'émotion. Une information lancée sur le Net peut être reprise par tous les médias hexagonaux, voire internationaux. À l'ère de l'immédiateté, de l'apparence, de la dictature de l'émotion, la contagion est générale, déplorait Jean-Pierre Elkabbach, président d'Europe 1, dans une interview à La Croix du 11 avril dernier.
Il annonçait à cette occasion la création d'un "comité d'éthique" pour se prémunir contre des sites qui, pour exister, pour faire un coup, pour nuire à un adversaire, lancent des rumeurs, des fausses informations, des ragots, des nouvelles non vérifiées.
Il visait alors explicitement le site Bakchich.info. Mi-mars, Michel Grossiord, en charge de la revue de presse de la radio, avait relayé une information du site affirmant que David Douillet faisait partie des contribuables français qui fraudent le fisc via le Liechtenstein. Depuis, le judoka a porté plainte pour diffamation contre Bakchich (qui a retiré son article) et est venu s'expliquer sur l'antenne d'Europe 1,comme nous vous l'expliquions dans cet article. David Douillet a ensuite perdu son procès.
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Lundi 21 avril à 19h, la présentatrice Hélène Zélany annonce que l'animateur Pascal Sevran est décédé le jour même à 14h. S'ensuit une "nécro", signée du journaliste Laurent Delpech. |
Ecoutez-les |
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Laurent Ruquier, aussi collaborateur d'Europe 1 et à ce moment-là en direct sur France 2 dans "On n'a pas tout dit", reçoit l'information, qu'il annonce à 19h10. Sur le plateau, les chroniqueurs et invités réagissent à la nouvelle. Pour Karl Zero, par exemple, il était beaucoup plus intelligent que l'image que pouvaient donner ses émissions. (...) Le mec était absolument génial. C'était quelqu'un de sympathique dans ses choix. (...) C'était quelqu'un à côté de qui la presse est passée. Regardez la bande à Ruquier en plein éloge funèbre (pas drôle) d'un vivant
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Sur Direct 8, Morandini lui aussi l'annonce et commente cette disparition.
Il fait même réagir par téléphone son collègue d'Europe 1, Jacques Pradel.
Europe 1 l'annonce également sur son site, avant que plusieurs sites Web ne le reprennent.
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Mais patatras, peu après, un communiqué de France télévisions dément l'information : l'animateur de la "Chance aux chansons" pendant 16 ans se repose en famille, selon une source très proche et très sûre. D'autre part, selon ce journaliste d'Europe 1 interrogé par Le Post, la famille de Sevran elle -même a appelé la radio pour démentir.
A 19h26, la station s'excuse ![]() |
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La cascade de démentis ne se fait pas attendre. Sur France 2, Ruquier mange son chapeau On a été la victime de quelqu'un qui a lancé une rumeur. On va trouver le responsable de ce genre de plaisanterie qui n'est pas très bienvenue. Au sein même de cette production, on trouvera qui m'a remis cette dépêche AFP, menace-t-il. Erreur de l'humoriste : l'agence France-presse n'a produit aucune dépêche sur cette affaire. |
(Erreur identique, d'ailleurs, du blogueur Guy Birenbaum,
par ailleurs chroniqueur à Europe 1, qui semble faire porter la
responsabilté du bug aux agences de presse, alors que pas une seule
d'entre elles n'a repris l'erreur d'Europe 1.)
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Mardi matin, c'est justement dans l'émission "Le grand direct" de Jean-Marc Morandini (sur Europe 1) que le directeur de la rédaction (d'Europe 1) Benoît Duquesne s'explique sur ce bug médiatique. C'est, dit-il, le pire cauchemar journalistique.
Et, précise-t-il, même si Le Monde et Le Parisien ont subi le même genre de mésaventure, ce genre d'erreur doit agir comme une piqûre de rappel. Il faut avoir une info sûre, juste, ne pas aller trop vite. Nous interroger sur nos propres modes de vérification. Avant de conclure que face à la pression de plus en plus forte, c'est de plus en plus difficile de résister, de tout vérifier. Il faut accepter quelques fois d'être un petit peu en retard.
Magnifique exercice d'escamotage. Le nom d'Elkabbach n'est même pas prononcé, et la question de la source du "bug" n'est pas posée par Morandini.
Ecoutez-le |
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Interrogé sur le fait d'avoir lui-même repris l'information dans son émission de Direct 8, Morandini s'était défaussé sur...France 2. Si la propre chaîne de Sevran en parlait, ça devenait une information, at-il expliqué au Parisien.
De Morandini à Duquesne, en passant évidemment par Elkabbach lui-même, on semble donc avoir tenté de noyer cette erreur monumentale dans une glose généralisante sur la pression de l'urgence. J'assume personnellement une erreur collective, a déclaré Elkabbach devant la rédaction mardi matin, 22 avril.
Un mea culpa bien vague, que la rédaction d'Europe 1 n'a pas digéré.
Mardi après-midi, les journalistes réunis en assemblée générale demandent à Elkabbach d'assumer sa responsabilité.
En effet, alors que la rumeur de la mort de Sevran courait depuis 18 heures, sans que les journalistes aient réussi à obtenir confirmation, c'est le président d'Europe 1 en personne, qui a appelé à 18 heures 57 le "bocal", où se trouvent les journalistes à l'antenne et les techniciens, pour leur demander d'annoncer la nouvelle.
Quand au bout de 15 minutes j'ai vu qu'il n'y avait pas de dépêche AFP, j'ai vraiment commencé à m'inquiéter. Je le vis très mal, pour moi et pour toute la rédaction. Quelle va être notre crédibilité la prochaine fois qu'on sortira une information ?, s'inquiète aujourd'hui Hélène Zélany, qui présentait le journal de 19h.
Interpellé par sa rédaction, Jean-Pierre Elkabbach s'est excusé. Il a enfin reconnu sa responsabilité personnelle dans cette affaire.
Une affaire qui tombe bien mal : le jour même, l'animateur Jacques Pradel décidait d'arrêter la tranche matinale qu'il anime depuis l'été dernier. Usé par une longue présence à l'antenne de 7h à 11h, il aurait fini par demander lui-même à arrêter : J'ai
accepté sa proposition car mon principe c'est jamais de contrainte,
j'aime bien que les gens soient heureux dans ce qu'ils font, indiquait lundi 21 avril, Jean-Pierre Elkabbach à l'AFP. Le président d'Europe 1 ajoutait que Jacques Pradel avait fait gagner à la station 60.000 auditeurs dans cette tranche horaire.
Mais selon 20 Minutes du mardi 22 avril, l'audience matinale d'Europe 1 entre 7h et 8 h a baissé : en
janvier-mars 2007, 1,24 million d'auditeurs l'écoutaient, ils n'étaient
plus que 1,12 en janvier-mars 2008. Cette baisse de 8 % dans une
tranche si stratégique pour la radio a finalement eu des conséquences.
Autant d'événements qui mettent aujourd'hui le Président d'Europe 1 dans une situation inconfortable. La société des rédacteurs, en tout cas, est bien remontée contre le patron. Elle a déclaré dans un communiqué apporter son soutien à ceux sur lesquels le président d'Europe 1 a tenté de se défausser.
le 22/04/2008
le 04/02/2008



L'article est daté de 19h17