SIDA, Mediator, pilule : de nombreuses affaires de santé publique révèlent le poids des laboratoires pharmaceutiques sur les instances de santé publique, et donc sur l'information médicale. Et une loi, qui obligerait les médecins à déclarer leurs conflits d'intérêt, reste inappliquée.

Publié le 17/10/2010  Alimenté le 13/06/2016
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Mediator, autopsie d'un silence mortel

Mots-clés : AFSSAPS, CNAM, Mediator, Servier

"Le Mediator serait responsable de 500 à 1000 décès en France". C'est peu dire que l'information publiée dans Le Figaro du jeudi 14 octobre (lire cette chronique de Daniel Schneidermann) a frappé. Le Mediator, commercialisé par le groupe Servier depuis 1976, est un médicament réservé à l'origine à des diabétiques en surpoids. Mais son effet coupe-faim en a fait l'un des médicaments les plus prescrits à des patients souhaitant simplement maigrir.
Véritable succès en France, le Mediator était une poule aux oeufs d'or : 88% des ventes mondiales ont été réalisées dans l'hexagone, 2 millions de patients en ont pris, 7 millions de boites étaient encore vendues en 2009 et remboursées par l'Assurance maladie à hauteur de 65%. Au total, ce médicament aura rapporté 1 milliard d'euros au groupe Servier. Seul problème, la molécule à la base du Mediator - le Benfluorex - fait partie de la famille des fenfluramines, interdite aux Etats-Unis et en Europe depuis 1997 à cause de sa toxicité. Par quel miracle le Mediator a-t-il échappé à cette interdiction ? Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de dix ans (novembre 2009) avant qu'il ne soit retiré de la circulation ? Un livre tente de répondre à toutes ces questions, celui du Dr Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, intitulé à l'origine Mediator, combien de morts ? avant que le sous-titre ne soit censuré suite à la plainte du groupe Servier. Publié en juin 2010, le livre n'a pas eu le succès espéré en raison du silence assourdissant de tous les acteurs du milieu médical. Rarement une affaire a aussi bien illustré la collusion entre les autorités sanitaires supposées indépendantes, les laboratoires, et une presse médicale sous influence, le tout sur fond de connivence politique.



Comment le groupe Servier a tué le livre sur le Mediator

Le 3 juin 2010 est sorti le livre du Dr Irène Frachon sur le Mediator, un médicament interdit à la vente en novembre 2009 alors que des signes de sa toxicité étaient apparus dès 1995. Le livre retrace l'incroyable légèreté des autorités, à commencer par l'AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) qui a attendu novembre 2009 pour interdire la commercialisation du produit, qui peut provoquer des "valvulopathies cardiaques" pouvant entraîner la mort.

Au CHU de Brest, Irène Frachon a rencontré de nombreux cas. D'où son livre, pour tenter de comprendre pourquoi ce médicament n'a pas été interdit plus tôt. Un livre qu'elle a d'ailleurs failli ne pas publier : "de grands journalistes de la presse écrite ont tenté de me dissuader, car j'allais avoir des procès jusqu'à la fin de mes jours" nous a-t-elle raconté.

Dans les premiers jours de sa sortie, l'ouvrage au titre choc - Mediator, combien de morts ? - bénéficie d'une couverture médiatique limitée, mais correcte. Le Monde, Ouest-France, Le Télégramme, Libération et Le Nouvel Obs évoquent sa sortie. L'auteur a également été reçue sur France 5 dans Le magazine de la santé.

 

Mais ce lancement est entravé par les laboratoires Servier, qui portent plainte. Le 7 juin, la justice oblige les éditions Dialogues à retirer le sous-titre au motif qu'il causerait des dommages notables aux laboratoires Servier... si le ...

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