Dans le forum de la chronique de Judith Bernard "mariage gris, noires insultes, blanche nausée", notre @sinaute Tom- a posté le témoignage suivant, auquel nous souhaitons donner un large écho. Ce témoignage n'a pas été recoupé par la rédaction d'@si.
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Allez, un conte de Noël. Ca s'appelle "des fois on gagne"
Ca se passe le 20 décembre 2006 en début de soirée. On est une douzaine devant la préfecture à se partager un paquet de cigarettes et à regarder la fenêtre encore éclairée du deuxième étage de la préfecture. On attend des nouvelles du camarade de la Cimade et du membre du cabinet du Maire qui sont allés implorer le directeur du cabinet de Madame le Préfet de faire preuve d'un peu d'humanité. Il fait très froid et on est un peu morts en dedans. On est là pour protester, mais on pense que c'est foutu, comme d'habitude. On s'est serrés les uns contre les autres. Pas pour avoir chaud, mais pour que le JRI de France 3 qui vient d'arriver, puisse faire croire en filmant en plan rapproché qu'on est nombreux. C'est un peu comme à la noce pour la photo sur l'escalier de l'Hôtel de Ville ; le journaliste fait un geste de la main qui veut dire "rapprochez-vous, le monsieur à droite, on vous voit pas dans le cadre". On grince parce qu'on n'a pas envie de rire. Mais c'est drôle. |
Voir ce journaliste ici, avec nous, c'est un peu comme une
doudoune chaude. On sent qu'on ne sera pas trahis, pour une fois. C'est
la nouvelle antenne de France 3 Champagne-Ardenne. Il vient de
s'installer. Nous, comme lui, on a été prévenus le matin même de ce
rassemblement triste. C'est bien, cette antenne, parce que si ils
avaient dû venir de Reims, ils ne se seraient pas déplacés. "Attention
Madame le Préfet, y a la télé en bas qui est en train de filmer un
vilain conte de Noël".
C'est important de pas être trahis. Le journal papier local en a
raconté un autre, de conte. Il a raconté l'histoire poignante de cet
ancien cultivateur perclus de solitude qui s'était résolu à aller
chercher une épouse en Bielorussie. Il en avait ramené Svietlana, 30
ans et son fils, 6 ans. Une vraie mégère, lit-on sous la plume du
journaliste. Le récit de l'enfer que Svietlana a fait vivre à ce brave
homme et que rapporte l'Union avec de si vives couleur passe tout seul,
comme une bonne lampée de ce vin rouge qu'on réchauffe avec de la sauge
amère. Ces gens, surtout leurs femmes, ils ne sont pas comme nous, vous
comprenez. En petits caractères, tout en bas de l'article, juste à côté
d'une astérisque, il est même précisé que la manipulatrice a poussé le
toupet jusqu'à porter plainte pour menaces de mort de la part de son
mari.
La dame à côté de la grille de la préfecture serre l'article du
journal collé sur une feuille de papier blanc. C'est elle qui a ramassé
Svietlana, la joue marquée par les coups, qui errait dans la rue, son
fils dans une main et un sac avec se affaires dans l'autre. Elle l'a
hébergé quelques jours avant de lui trouver une place dans un foyer
pour femmes battues. Svietlana et son gamin sont de l'autre côté de la
place, dans les locaux grillagés de la Police de l'Air et des
Frontières. Ils sont venus les ramasser au petit matin, la veille.
Demain, ils vont les expédier en centre de rétention avant de les
renvoyer à Minsk. "Rupture de la vie commune", c'est comme ça qu'est
justifié l'arrêt d'expulsion.
Implacable loi française. Il aurait fallu rester à la maison et supporter en silence la loi de l'homme.
On est là depuis trois heures. Ca bouge du côté de la porte
d'entrée de la préfecture. Manuel, de la Cimade, revient. Un sourire
fend sa barbe noire. C'est bon, dans une heure, on va la chercher. On
n'ose pas y croire. Il a fait valoir que le procès pour menaces de mort
réitérées aura lieu en octobre et que Svietlana devrait pouvoir y
assister. C'est malin. Bien sûr, ça ne tient pas, mais il y avait la
caméra de France 3, prête à diffuser un reportage l'avant-veille de
Noël. Madame le Préfet a sauté sur cette opportunité de sauver la face.
On est allé chercher Svietlana et son fils Arseni à la PAF. Les
policiers ont chipé un des paquets-cadeau pour l'arbre de Noël des
enfants de douaniers. Le gamin serre son costume de spider-man tout
neuf. Svietlana est belle. Tout le monde s'en va.
Le type a été condamné à trois ans de prison avec sursis par la cour d'appel de Reims. Le jour de son baptême Républicain, Svietlana m'a dit que la France, c'est le pays de l'amour.
le 26/11/2009
le 15/03/2009
le 13/03/2009

