Journaliste d'Inter chez Royal : ses ex-collègues sont gênés
| Il n'est pas rare de voir des journalistes passer "de
l'autre côté de la barrière", en devenant responsable de la communication
de diverses institutions. Il est moins fréquent qu'une reporter politique
chevronnée rejoigne les rangs de celle dont elle était chargée d'analyser la
stratégie et de critiquer le travail. En quittant France Inter pour devenir "conseillère spéciale" de Ségolène Royal, la journaliste Françoise Degois a déclenché le trouble parmi ses anciens confrères. |
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Allaient-ils oser ? La rédaction de France Inter allait-elle discuter des problèmes que pose le départ vers le cabinet de Ségolène Royal de Françoise Degois, dix ans d'ancienneté dans la radio, notamment en tant que grand reporter en charge du PS et chroniqueuse politique ? Réponse positive ce mercredi 18 novembre dans la bouche de... Stéphane Guillon.
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Très à l'aise dans son rôle de fou du roi, l'humoriste a énuméré tout haut les
questions légitimes posées par ce transfert. En faisant mine d'en rire, même si
ses remarques sont tout à fait pertinentes : "Ce départ nous pose un
problème de conscience. Même si France Inter est étiquetée à gauche, (...) on
est quand même assujetti à une certaine impartialité. (...) En passant
directement de l'écurie d'Inter à celle de Ségolène, elle jette la suspicion
sur nous tous.' chez le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand |
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En dehors de France Inter, et sans le masque de l'humour, d'autres journalistes critiquent ce "transfert". Face à Ségolène Royal, mercredi 17 dans le Grand journal de Canal +, Jean-Michel Aphatie reconnaissait certes qu'"on peut comprendre le point de rencontre" entre journalistes et politiques, mais assurait que "c'est un problème" puisque "du coup, on a l'impression que les journalistes ne sont pas à distance, qu'ils mélangent un peu tout, qu'ils ne sont pas capables de faire leur travail". En réponse, Royal loue le "courage" de sa nouvelle
recrue. |
Aphatie s'était déjà arrêté sur le rapport entre les deux
femmes. Degois est en effet l'auteur de Femme debout, un livre d'entretiens
avec l'ex-candidate PS à la présidentielle. Sur
son blog à l'époque, le journaliste s'interrogeait avec pertinence sur
leurs relations : "Faut-il qu'il existe entre ces deux femmes un sacré
lien, quelque chose qui relève de la confiance la plus forte, pratiquement de
l'intimité. Du coup, cette proximité particulière brouille les cartes. Pour
parvenir au résultat de ce livre, nous ne sommes pas vraiment en présence d'une
responsable politique et d'une journaliste. Nous sommes, pour le moins, face à
deux personnes qui ont connu beaucoup d'épreuves communes, les ont traversé
ensemble, et ont forgé ainsi une complicité qui conduit l'une à confier à
l'autre le formidable cadeau d'une parole «sans filtre»."
Un autre journaliste, Daniel Carton, y était allé plus fort dans son livre sur la présidentielle de 2007, Une campagne
off. Il y traitait Degois (ainsi que deux de ses consœurs, sans les nommer directement)
de "groupie" de Royal, "toujours sur la même longueur d'onde
pour la propagande de leur protégée", "épousant son combat
contre les horribles machos, misant, chose plus courante dans le milieu, sur
son élection pour s'assurer éventuellement demain quelques promotions." Attaqué
en diffamation par les trois journalistes, il avait été relaxé.
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Qu'elle le démente ou non, Degois avait bien laissé échapper quelques paroles bienveillantes à l'égard de Ségolène Royal en 2007. En février 2007, Arrêt sur images avait consacré une émission aux relations singulières entre Ségolène Royal et les journalistes, et Perrine Dutreil s'était notamment attardée sur son cas. Degois estimait à l'époque que juger Royal pas au niveau sur
les questions de politique étrangère par exemple, était un "manque de
professionnalisme" |
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Dans un
récent article, Rue89 cite un dernier journaliste, qui assure "l'avoir
vue «une ou deux fois sympathiquement souffler ses réponses à Ségolène Royal»
lors de conférences de presse où l'élue socialiste cherchait ses mots".
Françoise Degois a apporté un démenti ferme au site d'info et assure que sa
proposition d'embauche, "la première", "date de trois
semaines". La journaliste reconnaît néanmoins que sa nomination
suscite un "effet de sidération" chez ses ex-confrères. Elle
se justifie ainsi auprès d'Augustin Scalbert : "Ça fait vingt ans que
je commente, maintenant je veux agir. (...) Je ne m'en suis jamais cachée:
pour moi, c'est Ségolène Royal qui porte le mieux les valeurs nécessaires pour
aujourd'hui et pour demain. (...) Même si mon esprit n'est pas du tout de miser
sur un cheval en politique, je crois à son immense capacité à rester dans le
jeu."
Qui parlait sur inter ? La journaliste ou la future conseillère ?
Et forcément, changer ainsi de rôle entraîne des
interrogations, que Guillon et Aphatie n'ont pas manqué de poser. Peut-on, doit-on,
relire aujourd'hui les interventions de la journaliste sur France Inter à la
lumière de ses relations particulières avec Royal ? Il est légitime de se poser
la question. Et pas besoin pour cela d'aller fouiller son blog,
laissé en friche depuis un an. Il suffit d'écouter ses éditos de la semaine du
26 octobre, où elle remplaçait Thomas Legrand dans le 7/10 de la station. Au
moins trois d'entre eux peuvent être réinterprétés aujourd'hui.
Lundi 26 octobre, après le passage de Jean Sarkozy au 20
heures de France 2, la journaliste s'en prenait férocement aux
"dramaturges de l'Elysée", dont elle dénonce le "talent
essentiel : retourner toutes situations à l'avantage du chef de l'état" en
nous prenant "dans les mailles du filet de l'émotion" grâce à
un "scénario cousu de fil blanc". Ironisant sur le livre
annoncé de l'institutrice de Nicolas Sarkozy, elle se demandait :"A
quand les mémoires de l'âne et du boeuf qui réchauffèrent jadis la
crèche?"
Deux
jours plus tard, après que Sarkozy avait entonné son éloge de la
"terre", Degois se défendait, de façon rhétorique, de faire
"ce mauvais procès au chef de l'état d'avoir voulu réveiller le
souvenir de cette "terre " qui ne ment pas... comme le disait un
certain Maréchal Pétain". A propos du débat sur l'identité nationale, elle
s'était aussi posée en analyste des défaites passées de la gauche,
rappelant que "Ségolène Royal avait crée la polémique en faisant
chanter la Marseillaise lors d'un meeting à Marseille, et en souhaitant que les
symboles nationaux, comme le drapeau français soient valorisés" et qu'"à
l'époque, la gauche avait toussé. Or, assurait la journaliste, "qu'il
s'agisse de la sécurité ou de l'immigration, ces thèmes lui ont déjà coûté
plusieurs victoires".
Bien sûr, Thomas Legrand ou d'autres éditorialistes auraient
pu eux aussi tenir ces propos. Mais aujourd'hui, toutes les analyses de Degois
peuvent être analysées avec un regard critique. Qui parle à cet instant, pour
estimer que Royal avait raison contre le reste de la gauche ? La journaliste ou
la future conseillère de Royal ?
C'est sans doute devant ce distinguo très, trop, subtil, que la
journaliste de Télérama Emmanuelle Anizon a carrément présenté ses "condoléances" à la démocratie dans un
billet corrosif : "Avis de désertion. Nous avons le regret de vous
faire part de la désertion de Françoise Degois, journaliste à France Inter et
de Véronique Lafont, journaliste à TF1, passées à l'ennemi." Lafont
rejoint en effet le cabinet de la ministre de la Santé et des Sports, Roselyne
Bachelot.
"Leur départ fait suite, nous devons le reconnaître, à
nombre d'autres : Catherine Pégard (ex-Point) et Patrick Buisson (ex- LCI) à
l'Elysée. Myriam Lévy (ex-Figaro) à Matignon, Jean-Marc Plantade (ex-Parisien)
à Bercy, Gaël Tchakaloff (ex-Nouvel Economiste) à la justice, ou encore,
dernièrement, Emile Josselin (ex-20minutes.fr) pour le PS" , énumère
Anizon. Qui s'inquiète de "cette guerre toujours plus inégale entre le
monde de l'information et celui de la communication".
le 27/11/2009
le 16/11/2009
le 16/09/2009

