Quand France Inter décrypte les politiques en direct
Legrand et Demorand, à l'assaut de la langue de boisEt si on arrêtait la langue de bois ? Et si on mettait les politiques face à leur communication ? C'est la décision que semble avoir pris l'éditorialiste politique de France Inter, Thomas Legrand. (invité de notre dernière émission Ligne j@une). Depuis la rentrée, il a mis à plusieurs reprises les politiques invités de la matinale face à leur com'. Aubry, Besson puis Copé n'ont pas forcément bien pris la chose.
"Décryptage, Thomas Legrand ! ". Ces mots de Nicolas Demorand,
l'animateur de la matinale de France inter, sonnent quasiment comme un jingle. Et ils vont peut-être devenir le cauchemar des politiques.
Le 30 septembre dernier, Martine Aubry était l'invitée d'interactiv', qui entre
8h40 et 9h permet aux auditeurs de poser leurs questions aux politiques. Aux
auditeurs, mais aussi à Thomas Legrand, éditorialiste de la station.
Aubry a été interrogée sur le cas de Georges Frêche, exclu du PS en 2007 après des
dérapages verbaux, mais toujours soutenu localement pour les régionales de 2010, au grand dam de la première secrétaire.
"Je voudrais connaître ta position par rapport à Georges Frêche et ton
analyse de la situation", lui lance une auditrice, militante socialiste. Et Aubry : "nous avons convenu avec tous les élus de la région de faire le tour de nos
partenaires et de discuter aussi avec Georges Frêche, et nous déciderons
ensemble de la solution qui paraîtra la meilleure pour conserver cette belle et
grande région.(...) Je l'ai dit, Georges Frêche a été un très grand maire de Montpellier (..) mais il y
a des moments où il faut pouvoir se rénover et changer. Nous le déciderons tous
ensemble."
"Ça veut dire que Frêche peut retrouver la région ? Vous le souhaitez ou vous ne le souhaitez pas ?", l'interrompt Legrand. "Je vous tiens le discours que nous avons décidé collectivement de tenir", répond Aubry. "D'accord on a compris", lance Legrand, "Moi pas", s'amuse Demorand.
Et tandis que Martine Aubry continue de répéter ses arguments, Legrand demande à Demorand : "Vous voulez que je décrypte ?" "Décryptage, Thomas Legrand", lance alors Demorand comme un slogan.
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La
voix de Legrand change, on le croirait à l'extérieur du studio, en
train de commenter ce qui vient de se dire. Aubry essaie quand même d'avoir le dernier mot, mais est déstabilisée |
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Besson, énervé : "vous avez pris un café avec moi ?"
L'épisode a dû plaire aux journalistes de la matinale de France inter, puisque le même procédé a été réédité avec Eric Besson. Le ministre de l'immigration était l'invité de la matinale le 16 octobre, en pleine "affaire prince Jean". Vraisemblablement exaspéré d'entendre sans arrêt le même argumentaire chez
tous les représentants de la Sarkozie (particulièrement soigné, comme l'a relevé le Petit journal),
Legrand tente de percer la carapace. "L'affaire Jean Sarkozy, est-ce que c'est du népotisme ou pas
?", demande-t-il à Besson. Celui-ci embraie sans attendre sur la "chasse à l'homme", la "meute qui
s'acharne", sans oublier un petit "Jean Sarkozy a été doublement élu", avant de conlure sur un : "Ce garçon a une ambition et un talent personnel qui
n'ont rien à voir avec les souhaits de son père".
"Décryptage, peut-être Thomas ?", lance alors un Demorand goguenard.
Et de cette même voix extérieure au jeu, Legrand explique : "Oui, enfin, je crois que vous n'allez pas être très content
mais je pense qu'il faut faire un petit décryptage. On vient d'assister à une
langue de bois qu'on pourrait appeler langue de bois d'investissement." Besson s'énerve, Legrand continue. "J'ai l'impression, quand on voit tous les ministres qui
défendent Jean Sarkozy alors que quand on les prend un par
un, quand on prend un café avec eux et quand on les prend off, ils concèdent quand même que c'est un
peu compliqué".
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"Vous avez pris un café avec moi et vous m'avez entendu off sur ce sujet ? ", s'agace Besson, tendu.
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Acculé, Copé reconnait l'existence "d'élements de langage" de l'elysée
Finalement, le 23 octobre, le lendemain de la décision de Jean Sarkozy de ne pas briguer la présidence de l'EPAD, la stratégie anti-com' de Legrand va payer. C'est Jean-François Copé qui est l'invité de la matinale. Legrand l'entreprend sur les "éléments de langage" distribués aux ministres par l'Elysée. Et suprise ! Copé admet l'existence de ces "éléments de langage".
"Oui il y a eu des éléments de langage, ça c'est hautement probable, parce qu'effectivement les phrases étaient un peu stéréotypées.", admet Copé.
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"Arrêtez, vous le savez très bien, c'est le fils du président, tout ça est compliqué, enfin franchement, vous avez vraiment besoin de quoi de plus ?" lâche finalement Copé. Legrand arrive à ses fins |
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"Je pense que sur ces sujets-là c'est beaucoup plus difficile de dire des choses publiquement parce que quelque part ça touche à l'intimité", admet enfin Copé, un peu désabusé. Pas besoin de voir Legrand pour sentir qu'il jubile.
le 30/10/2009


... qui reste malgré tout dans les rails