Frédéric Mitterrand rattrapé par sa "mauvaise vie"
Il a payé pour des "garçons". De quel âge ? Ses réponses, en 2005.| Embarras manifeste lundi 5 octobre sur le plateau de Mots
croisés, sur France 2. Invitée d'un débat consacré à la récidive chez les délinquants
sexuels, Marine Le Pen s'en est violemment pris au ministre de la Culture
Frédéric Mitterrand. Rappelant qu'il a été l'auteur d'un livre autobiographique en 2005, La Mauvaise vie (Robert Laffont), dans lequel il raconte en détail qu'il paye pour coucher avec des "garçons", la vice-présidente du Front National l'a accusé d'avoir pratiqué le tourisme sexuel et trouvé du plaisir à "payer des petits garçons thaïlandais". |
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Apparemment, personne n'avait prévu l'attaque de Marine Le Pen Pourtant, les propos de la représentante du Front national ne sont pas franchement une surprise, puisqu'elle reprend très largement un communiqué de presse de son parti, qui lançait le 1er octobre une pétition pour demander la démission du ministre. |
En outre, en 2004 dans France Europe Express sur France 3, Marine Le Pen avait déjà attaqué Daniel Cohn-Bendit, sur le même thème. Comme nous l'avions expliqué longuement, le Vert avait écrit en 1975 des phrases laissant entendre qu'il avait commis des attouchements sur des enfants. Le Pen l'avait accusé de "se faire tripoter la braguette par des gamins".
Concernant Mitterrand, les phrases lues sur France 2 figurent déjà dans le communiqué du FN. Le texte est
bien tiré de La mauvaise vie, tronqué, comme l'indiquent les points de suspension : "J'ai pris
le pli de payer pour des garçons [...] Évidemment, j'ai lu ce qu'on a pu écrire
sur le commerce des garçons d'ici .[...] Je sais ce qu'il y a de vrai. La
misère ambiante, le maquereautage généralisé, les montagnes de dollars que ça
rapporte quand les gosses n'en retirent que des miettes, la drogue qui fait des
ravages, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. Mais cela ne
m'empêche pas d'y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché
aux esclaves m'excitent énormément [...] On ne pourrait juger qu'un tel spectacle
abominable d'un point de vue moral, mais il me plaît au-delà du raisonnable [...]
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me
met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de réfréner ou d'occulter.
L'argent et le sexe, je suis au cœur de mon système, celui qui fonctionne enfin
car je sais qu'on ne me refusera pas."
La demande du parti d'extrême-droite est sans ambiguïté : "Le
Front National lance une pétition demandant la démission de Frédéric Mitterrand
(...) Au moment où le tourisme sexuel est enfin et à juste titre dénoncé en ce
qu'il représente une atteinte inouïe à la jeunesse des pays pauvres et un
mépris cynique du respect dû à la personne humaine, le Front National demande l'ouverture
d'une enquête judiciaire afin que Frédéric Mitterrand s'explique sur ses
déclarations."
La polémique naît dans le sillage de l'affaire polanski
Mais pourquoi le
parti demande-t-il une enquête quatre ans après la parution du livre ? Parce
que ces extraits circulent sur internet depuis que Mitterrand a défendu le
cinéaste Roman Polanski, arrêté le 26 septembre en Suisse pour répondre d'une
affaire de détournement de mineure (à laquelle nous avons consacré un dossier).
Selon nos
constatations, les phrases en question ont été exhumées le 29 septembre dans un
article publié sur Agoravox. Jusque là, quelques articles sur l'affaire
Polanski, dans
Libération, Le
Télégramme, ou sur le
blog d'un journaliste du Nouvel Observateur s'étaient contentés de
parler de "coucheries avec des «garçons» en Thaïlande",
dont Mitterrand se serait repenti.
Dès que les
citations ont été connues, elles se sont répandues sur le net, notamment sur
des sites proches de l'extrême-droite, comme François Desouche, le
Salon beige ou Nations Presse (une nébuleuse que nous avions qualifiée il y a un an de "fachosphère").
De fait, dans le livre, Mitterrand parle des prostitués masculins comme de "garçons", et il écrit même les "gosses". Mais il reste très ambigu sur leur âge. Difficile de savoir s'ils sont ou non mineurs, même si les bordels de Thaïlande ne sont en aucun cas réputés pour leurs hommes et femmes d'âge mûr. Et bien qu'ils ressortent aujourd'hui, ces passages du livre n'étaient en fait pas inconnus. En 2005, les critiques du livre ne les avaient pas explicitement cités, mais évoqués, comme Le Nouvel Obs¸qui parle des "boys de Thaïlande", sans s'attarder, ou L'Express, qui dépeint bizarrement "la solution du touriste ordinaire, qui part faire le plein de garçons en Thaïlande, dans le système sans faille de l'argent, de la misère et du sexe".
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Mitterrand, lui, a bien été interrogé sur ses phrases, sur au moins deux plateaux de télévision. Chez Marc-Olivier Fogiel, sur France 3 le 20 mars 2005, d'abord, qui lui lit de nombreux passages. Mitterrand explique sa démarche : écrire un
livre de "vérité", même s'il contient des anecdotes "moches",
"glauques". |
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En revanche, en avril, Franz-Olivier Giesbert, dans Culture et... dépendances toujours sur la Trois, lui pose frontalement la question. Il nie vigoureusement, mais ne semble pas très désireux de s'expliquer sur ces phrases précises. Devant l'insistance de Giesbert, il finit pas concéder qu'il qualifie tous les hommes de "garçons". Il assure faire une nette différence entre "garçons" et "petits garçons" Pour l'heure, selon Voici.fr et LePoint.fr, le ministère de la Culture ne fait pas de commentaire. Si la polémique prend, il faudra peut-être que Mitterrand s'explique une nouvelle fois. |
le 15/10/2009
le 15/10/2009
le 09/10/2009


