Clearstream : quand Mediapart et Libé ne voient pas la même audience
Lahoud, gênant pour Villepin, ou pour Sarkozy ? Au choix.Quoi de plus subjectif qu'un compte-rendu de procès ? Le journaliste présent dans la salle d'audience fait part de ses impressions et de son ressenti; libre à lui de mettre en avant l'événement qui l'a marqué pendant les plusieurs heures d'audience. Exemple particulièrement frappant ce matin, avec les comptes-rendus du procès Clearstream. Dans l'audience d'hier, Libération et Médiapart ont chacun vu des événements appuyant... des thèses opposées.
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Pour Libération (accès
payant), l'informaticien Imad Lahoud, soupçonné d'avoir falsifié les
listings de clients Clearstream pour y introduire le nom de Nicolas Sarkozy, a "chargé" hier Dominique de Villepin, soupçonné par la justice d'être son commanditaire.
Mais Médiapart (accès
payant), qui a assisté à la même audience, n'a pas l'air de juger que la
journée a été rude pour l'ex-Premier ministre. En revanche, le site d'info, hostile
à Nicolas Sarkozy, souligne que "le trouble a envahi le tribunal" quand est apparu un lien entre Lahoud et un proche du chef de l'Etat, François Pérol.
Le résumé de la journée de Libé s'ouvre sur les relations supposées entre Lahoud et
Villepin : "Soudain, après six heures d'audience, une question
tombe. Elle roule comme au bowling. Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas
Sarkozy, solidement appuyé sur ses dossiers, s'adresse à Imad Lahoud. L'ancien
trader, l'homme soupçonné d'avoir falsifié les listings de Clearstream, est au
micro. «Est-ce que vous connaissez
M.de Villepin?» Silence. «Oui», répond-il. «C'est-à-dire?»«C'est-à-dire
que je connais très très bien sa belle-sœur, Delphine Piloquet. J'ai par son
intermédiaire rencontré Dominique de Villepin.»"
Pour la première fois, Lahoud affirme avoir rencontré
Villepin, et assure qu'il était au courant de sa falsification du fichier
Clearstream. Clairement, c'est un mauvais coup pour Villepin. Et ses
dénégations, souriantes, n'ont pas convaincu les journalistes du quotidien : "Il
retourne à sa place, l'air amusé. Peut-être trop. Un mensonge d'audience aurait
sans doute valu plus d'indignation."
François Pérol s'invite à l'audience
Médiapart accorde beaucoup moins d'importance à l'épisode,
comme le révèle le choix des mots : Lahoud aurait "mécaniquement
répondu «oui»" à la question de savoir s'il connaissait Villepin. Le
site, en revanche, relève un point qu'aucun journal n'a mis en avant, et en
fait l'ouverture de son article : des notes de frais "prouvent" que Lahoud "a dîné ou déjeuné à plusieurs reprises avec l'un des plus
proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy - François Pérol! - entre fin février
et mi-mars 2004. C'est-à-dire durant la période où le nom du futur président de
la République a été introduit dans de faux fichiers de la chambre de
compensation luxembourgeoise". La thèse du site est que Villepin a, en fait, été piégé par Sarkozy, qui aurait à dessein placé son nom dans le fichier,
pour mieux en accuser ensuite l'ex-Premier ministre !
L'opposition entre les deux journaux est claire. Et elle n'est pas tranchée à la lecture du Figaro, pour qui Lahoud n'a "chargé" ni Villepin, ni Sarkozy, mais un autre prévenu, Jean-Louis Gergorin ! Elle apparaît
également à propos des révélations de Médiapart du 19 septembre, dont Daniel
Schneidermann vous
parlait ici. Le beau-frère de Villepin avait
révélé qu'il était ami avec Lahoud, mais qu'il l'avait surpris en train de
pirater son ordinateur, en compagnie de (suivez bien !) la fille d'un proche du
n°2 des RG de l'époque, Bernard Squarcini, lui-même proche de Nicolas Sarkozy...
Toujours la thèse d'une manipulation venue de Sarkozy.
Libération, de son côté, utilise ce témoignage pour rappeler
que Lahoud était ami avec le beau-frère de Villepin... Toujours la thèse de la
manip' Villepin.
Mise à jour - 12h50 :
L'auteur de l'article de Médiapart, Fabrice Arfi,
tient à souligner que son site ne défend aucune thèse. "Nos enquêtes
tendent, en revanche, à démontrer qu'il y a des choses plus que troublantes
dans le dossier, gênantes pour Nicolas Sarkozy, et que ni le parquet ni les
juges n'ont examiné de fond en comble, précise le journaliste. Les
déclarations d'Imad Lahoud sont évidemment un non-événement.
Comment donner une
once de crédibilité à un homme qui n'a fait que mentir pendant quatre ans
d'instruction ? Tous les journaux disent que c'est un affabulateur, mais prennent au
premier degré ses déclarations et font les gros titres dessus, sans le
moindre recul. C'est inouï. "
le 21/09/2009
le 21/09/2009
le 18/09/2009


