Facebook, histoire d'une supercherie ordinaire
Par Jean-François Achilli, journaliste à France InterJean-François Achilli, journaliste politique à France Inter, un des journalistes dupés par "l'imposture Facebook", nous adresse ce témoignage. On apprécie qu'après avoir été présenté dans notre enquête comme l'un de ceux qui ont aidé à la propagation de cette rumeur (nous écrivions : Et enfin, c’est la consécration. Lundi 31 décembre à 11 h.38, l’élection est annoncée par le site de Radio France, via l’un des 11 blogs de France Inter, celui de Jean-François Achilli") notre confrère reconnaisse publiquement son erreur explique comment il en est arrivé là
Voici le récit factuel d'une
intoxication médiatique heureusement sans conséquence, mais riche en
enseignements : l'élection du pseudo président de Facebook, qui a excité
les médias pendant quelques semaines, avant qu'ils ne s'aperçoivent qu'il ne
s'agissait que d'un non-évènement. Mon nom a été notamment évoqué dans cette
farce et je souhaite apporter une contribution libre au site de Daniel
Schneidermann, au nom de la transparence et de la clarté.
Je suis journaliste au
service politique de France Inter, et par ailleurs auteur de deux ouvrages,
consacrés à Nicolas Sarkozy. L'un d'eux a été édité, il y a un an, par Ramsay.
C'est à ce titre que j'ai collaboré avec Arash Derambarsh, alors directeur de
collection au sein de cette maison. Je connaissais le jeune homme, par ailleurs
conseiller national UDF, son autre casquette, ayant eu à traiter la campagne
présidentielle de François Bayrou par le passé. Avant de publier mon ouvrage,
j'ai signé avec plaisir et sans regret la préface du livre personnel que M.
Derambarsh a publié à la fin de l'année 2006. J'y évoquais alors la nouvelle
donne politique moderne, qui fait parfois s'estomper les frontières entre
gauche et droite. La campagne présidentielle, avec des thèmes si proches entre
les deux candidats, et l'ouverture à gauche pratiquée par le chef de l'Etat me
donnent à croire que les lignes politiques se sont déplacées. Mais il s'agit là
d'un autre sujet.
J'ai conservé depuis ce
temps un lien amical avec le directeur de collection, passé au Cherche Midi. Il
incarnait un exemple de jeune issu de la diversité, qui cherche à s'imposer
dans le paysage médiatique.
Arash Derambarsh m'a annoncé
en septembre dernier sa candidature à la « présidence de Facebook
monde », m'invitant d'ailleurs à rejoindre ce machin. Non merci, j'avais
déjà fort à faire avec mes activités au sein de France Inter. De plus, je suis
peu adepte de virtualité, mon blog suffit.
Durant tout l'automne, le
candidat président virtuel a multiplié les passages télé, radio, presse,
interrogé notamment par des journalistes experts de la planète Web, dans un
incroyable plan médias.
De retour d'un bref congé, à
l'occasion de Noël, j'ai reçu un coup de fil d'Arash Derambarsh, qui m'a
annoncé sa victoire, mail à l'appui.
Je m'occupe de vie
politique, pas de variété, quoiqu'en ce moment, il y aurait de quoi se poser
des questions. Ce jeune homme avenant, de longue haleine implanté dans le PAF,
venait de remporter ce scrutin certes fantaisiste, mais la performance méritait
un salut amical.
J'ai donc publié sur mon
blog un coup de chapeau de quelques lignes, avec la seule photo dont je
disposais de l'intéressé, prise lors d'une belle exposition de peinture. Avec
un message d'encouragement, et une petite touche d'ironie, sur le caractère
anecdotique de ce vote. « Brave new world ». Tout cela restant à mes
yeux très... léger.
La révélation n'a pas
traîné. Ce n'était pas Facebook, le machin à soixante millions d'internautes -
est-ce le bon chiffre - mais « epresident », une application de
Facebook téléchargeable par ses membres, un confetti de quelques dizaines de
milliers d'âmes, soyons généreux. Une belle foutaise, donc. Agacé, j'ai retiré
la photo de mon blog, en l'expliquant en quelques lignes, bien évidemment.
"Je n'ai pas vérifié, pas plus que la météo..."
Cet épisode grinçant doit
nous inciter à la prudence, nous, journalistes. La permanence médiatique ne
signifie pas légitimité. Cette élection a duré trois mois. Si j'ai bien
compris, personne n'a donc vérifié la nature réelle de ce scrutin
électronique ?
Quand je salue Arash
Derambarsh sur mon blog le jour de l'an, je ne vérifie évidemment pas cette
information, qui tourne en boucle depuis de longues semaines. Pas plus que je
n'ai à vérifier la météo du jour, que tous les médias ont martelé depuis la
veille.
Cette autocritique sur le
fonctionnement moutonnier dans lequel se commettent les médias vaut aussi pour
le Net. Combien de fausses informations y circulent, et ne trouvent leur
légitimité que dans la répétition...
Moralité de cette
supercherie ordinaire : comme l'a dit Topor, « l'erreur, comme le
rire, est humaine ».
le 15/12/2008
le 12/12/2008
le 07/01/2008
