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Docteur Obama
Permettre à tous les Américains de bénéficier d'une assurance-maladie : c'est la réforme-phare d'Obama. Les Républicains s'y opposent. Emissions, spots de pub, rumeurs, sont les armes de cette bataille exemplaire.
Publié le 18/08/2009  Alimenté le 08/01/2010
observatoire le 19/08/2009 par Dan Israel

Santé : Obama pactise avec son ennemi d'hier

Surprise ! L'industrie pharmaceutique soutient la réforme (2/2).

Dans sa lutte pour imposer sa réforme du système de santé américain, Barack Obama bénéficie d'un soutien inattendu : cachée notamment derrière le mythique couple de publicité "Harry and Louise", l'industrie pharmaceutique pèse de tout son poids pour aider le président à instaurer une couverture maladie universelle. Nous vous en parlions dans la première partie de cette enquête.

Ce soutien est a priori étonnant : durant sa campagne, Obama avait menacé de s'attaquer aux profits considérables de cette industrie. Mais à y regarder de près, le coup de main est loin d'être désintéressé.

Billy Tauzin, président de PhRma
Billy Tauzin, président de PhRma

La manne est énorme. Durant tout le mois d'août, PhRma, le lobby de l'industrie pharmaceutique devrait dépenser 150 millions de dollars en campagnes de publicité et de soutien en faveur de la réforme du président. A titre de comparaison, le New York Times rappelle que durant toute sa campagne présidentielle, Obama a dépensé 236 millions d'euros en pub. Et son rival républicain John McCain "seulement" 126 millions...

 

Paul Krugman, New York Times Les publicités "Harry and Louise" ne sont que la face émergente de l'iceberg. Un peu partout dans le pays, des campagnes locales sont financées. Bonne nouvelle pour les démocrates ? Dès mai dernier l'économiste Paul Krugman, prix Nobel 2008, marqué à gauche et chroniqueur au New York Times, s'interrogeait.

Dans un article prémonitoire, près de trois mois avant leur retour, il citait Harry et Louise en se demandant pourquoi les représentants de l'industrie commençaient à émettre des signaux favorables en direction de l'administration Obama.

"Y a-t-il des raisons d'être suspicieux à propos de ce cadeau ? Et comment"
, balançait-il alors, suspectant "un cheval de Troie" : "Souvenez-vous que nous autres appelons frais de santé, ils l'appellent bénéfices." En clair, plus de personnes seront couvertes par l'assurance-maladie, plus le nombre de médicaments prescrits augmentera, plus les compagnies pharmaceutiques seront rentables.

L'économiste expliquait par ailleurs que les lobbies divers estimaient que le plan allait passer, avec ou sans leur soutien, et qu'ils faisaient donc le maximum pour pouvoir s'asseoir à la table des négociations pour défendre leur territoire le jour venu. Et si cette motivation logique permet, en plus, de limiter la casse... Car, comme le magazine Time l'expose très clairement, les fabricants de médicaments ont monnayé leur soutien. Et réussi à ce qu'Obama s'asseye sur une promesse de campagne.


Financements politiquEs et embauches douteuses


En juin, PhRma a annoncé que ses membres allaient consentir de très grosses baisses des prix sur les médicaments prescrits aux 43 millions de bénéficiaires de Medicare : 80 milliards de dollars sur dix ans. Un geste de bonne volonté ? Pas vraiment, puisqu'en échange, affirme Time, la Maison blanche a renoncé à exiger que l'Etat puisse désormais négocier lui-même le prix de ces médicaments. Ce qui aurait fait perdre beaucoup plus aux industriels.

La promesse de campagne devrait donc rester lettre morte. Tout comme une autre proposition du candidat Obama : selon cet article très bien informé du Los Angeles Times, la loi ne légalisera pas les importations de médicaments depuis le Canada, où ils sont facturés bien moins cher par les mêmes fabricants.

Et pour illustrer le bon degré d'entente qui existe désormais (ou voir comment il a été préparé ?) entre les démocrates et le secteur pharmaceutique, il est intéressant de se pencher sur les dons octroyés aux politiques. Selon le Monde du 29 octobre 2008, lors de la campagne présidentielle de 2004, ce secteur avait donné deux fois plus d'argent au républicain George Bush qu'au démocrate John Kerry. Quatre ans plus tard, le financement était équitablement partagé entre John McCain et Barack Obama. Et alors qu'en 2005-2006, l'industrie des médicaments ne dirigeait qu'un tiers de ses 19,5 millions de dollars de dons vers les démocrates. En 2009, c'était plus de la moitié... et c'est la première fois que cela arrive en 20 ans.

logo PhRma

Outre ces financements classiques, l'industrie a dépensé pas moins de 68 millions de dollars en lobbying dans les diverses instances de Washington. Une stratégie qui a déjà fonctionné dans le passé. En 2003, lorsque la dernière réforme de Medicare a été votée par les parlementaires, elle a fait tout ce qu'elle a pu pour empêcher que l'organisation publique puisse négocier elle-même les prix des médicaments. C'est notamment ce que détaillait en 2007 un numéro de 60 minutes, émission-phare de la chaîne CBS, consacré à la puissance du lobby pharmaceutique. L'émission est visible intégralement ici, et sa retranscription est par là.

L'enquête détaille comment le parlementaire qui a le plus oeuvré pour que la loi soit votée comme le souhaitait le lobby pharmaceutique, Billy Tauzin, est devenu quelques mois plus tard... le porte-parole du lobby PhRma !

L'extrait que nous avons choisi commence par évoquer la nuit du vote de la loi, où les parlementaires ont pu voter trois heures durant, alors que le temps imparti dépasse très rarement le quart d'heure. Mais les républicains ont dû convaincre certains des leurs un par un, en raison du coût total du programme.

Faire une loi, c'est comme faire des saucisses : c'est sale, dit un proverbe américain picto





Billy Tauzin n'est pas le seul parlementaire ou employé fédéral à avoir été séduit par l'industrie. Mais il est l'un des plus emblématiques, puisqu'il est devenu son porte parole.

A tel point que le candidat Obama l'avait ciblé tout particulièrement (sans le nommer), dans un de ces clips de campagne, en avril 2008.

picto A l'époque, il voulait changer les règles du jeu.

Dans ce clip, Obama déclarait qu'il ne voulait plus jouer. Aujourd'hui, et c'est ce que souligne sans complaisance le LA Times, l'homme qu'il attaquait si violemment est devenu un partenaire obligé, et privilégié, pour faire passer la réforme à laquelle il tient tant.

Mais si la négociation sur les prix des médicaments, la possibilité de les importer, mais aussi et surtout la"public option", disparaissent de la table des négociations, que restera-t-il de cette réforme ? A partir de la rentrée parlementaire, en septembre, les élus devront trancher. Valideront-ils le système des "coopératives de santé", dans lesquelles des citoyens se rassembleraient pour rembourser leurs médicaments sans que l'Etat n'intervienne ? Difficile d'imaginer comment ces structures fonctionneraient face aux mastodontes des assurances, mais si l'administration continue à se montrer favorable à ce choix, elle tentera de mettre ce système sur pied.

L'autre possibilité, entrevue par Krugman, serait de "suissifier" les Etats-Unis, en copiant le modèle helvète (pays qui a d'ailleurs rejeté en 2007 la création d'un assureur public) : il deviendrait obligatoire pour chacun de posséder une assurance-maladie, privée. En contrepartie, les assureurs n'auraient pas le droit (ou moins le droit) de refuser des clients, et les plus pauvres recevraient une aide de l'Etat pour financer une partie de leur assurance. Un système qui ne devrait pas coûter beaucoup moins cher que l'assureur public, mais qui ne donnerait pas prise à la peur d'une bonne partie de l'opinion de voir l'Etat mettre son nez dans la santé et la vie privée de ses citoyens.

Mots-clés : Barack Obama, Billy Tauzin, campagne, financement, industrie pharmaceutique, laboratoires, lobby, réforme, santé



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Commentaires
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Moi, tout ça me fait penser à notre service public de télévision, qui a diffusé un reportage cette semaine sur les ...
Par Gavroche
le 17/08/2009
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Par Fan de canard
le 10/08/2009
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Le système de santé est une question intéressante et qui mériterait une émission d'@si. Je vous suggère des invités : ...
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