Santé : Obama pactise avec son ennemi d'hier
Surprise ! L'industrie pharmaceutique soutient la réforme (2/2).
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Dans sa lutte pour imposer sa réforme du système de santé américain, Barack Obama bénéficie d'un soutien inattendu : cachée notamment derrière le mythique couple de publicité "Harry and Louise", l'industrie pharmaceutique pèse de tout son poids pour aider le président à instaurer une couverture maladie universelle. Nous vous en parlions dans la première partie de cette enquête. Ce soutien est a priori étonnant : durant sa campagne, Obama avait menacé de s'attaquer aux profits considérables de cette industrie. Mais à y regarder de près, le coup de main est loin d'être désintéressé. |
![]() Billy Tauzin, président de PhRma |
La manne est énorme. Durant tout le mois d'août, PhRma, le lobby de l'industrie pharmaceutique devrait dépenser 150 millions de dollars en campagnes de publicité et de soutien en faveur de la réforme du président. A titre de comparaison, le New York Times rappelle que durant toute sa campagne présidentielle, Obama a dépensé 236 millions d'euros en pub. Et son rival républicain John McCain "seulement" 126 millions...
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Les publicités "Harry and Louise" ne sont que la
face émergente de l'iceberg. Un peu partout dans le pays, des campagnes locales
sont financées. Bonne nouvelle pour les démocrates ? Dès mai dernier l'économiste Paul Krugman, prix Nobel 2008, marqué à gauche et
chroniqueur au New York Times, s'interrogeait. Dans un article prémonitoire, près de trois mois avant leur retour, il citait Harry et Louise en se demandant pourquoi les représentants de l'industrie commençaient à émettre des signaux favorables en direction de l'administration Obama. "Y a-t-il des raisons d'être suspicieux à propos de ce cadeau ? Et comment", balançait-il alors, suspectant "un cheval de Troie" : "Souvenez-vous que nous autres appelons frais de santé, ils l'appellent bénéfices." En clair, plus de personnes seront couvertes par l'assurance-maladie, plus le nombre de médicaments prescrits augmentera, plus les compagnies pharmaceutiques seront rentables. |
L'économiste expliquait par ailleurs que les lobbies divers estimaient que le plan allait passer, avec ou sans leur soutien, et qu'ils faisaient donc le maximum pour pouvoir s'asseoir à la table des négociations pour défendre leur territoire le jour venu. Et si cette motivation logique permet, en plus, de limiter la casse... Car, comme le magazine Time l'expose très clairement, les fabricants de médicaments ont monnayé leur soutien. Et réussi à ce qu'Obama s'asseye sur une promesse de campagne.
Financements politiquEs et embauches douteuses
En juin, PhRma a annoncé que ses membres allaient consentir de
très grosses baisses des prix sur les médicaments prescrits aux 43 millions de
bénéficiaires de Medicare : 80 milliards de dollars sur dix ans. Un
geste de bonne volonté ? Pas vraiment, puisqu'en échange, affirme Time, la
Maison blanche a renoncé à exiger que l'Etat puisse désormais négocier lui-même
le prix de ces médicaments. Ce qui aurait fait perdre beaucoup plus aux
industriels.
La promesse de campagne devrait donc rester lettre morte.
Tout comme une autre proposition du candidat Obama : selon cet article très bien informé du Los Angeles Times, la loi ne légalisera pas les importations de
médicaments depuis le Canada, où ils sont facturés bien moins cher par les mêmes
fabricants.
Et pour illustrer le bon degré d'entente qui existe désormais (ou voir comment il a été préparé ?) entre les démocrates et le secteur pharmaceutique, il est intéressant de se pencher sur les dons octroyés aux politiques. Selon le Monde du 29 octobre 2008, lors de la campagne présidentielle de 2004, ce secteur avait donné deux fois plus d'argent au républicain George Bush qu'au démocrate John Kerry. Quatre ans plus tard, le financement était équitablement partagé entre John McCain et Barack Obama. Et alors qu'en 2005-2006, l'industrie des médicaments ne dirigeait qu'un tiers de ses 19,5 millions de dollars de dons vers les démocrates. En 2009, c'était plus de la moitié... et c'est la première fois que cela arrive en 20 ans.

Outre ces financements classiques, l'industrie a dépensé pas moins de 68 millions de dollars en lobbying dans les diverses instances de Washington. Une stratégie qui a déjà fonctionné dans le passé. En 2003, lorsque la dernière réforme de Medicare a été votée par les parlementaires, elle a fait tout ce qu'elle a pu pour empêcher que l'organisation publique puisse négocier elle-même les prix des médicaments. C'est notamment ce que détaillait en 2007 un numéro de 60 minutes, émission-phare de la chaîne CBS, consacré à la puissance du lobby pharmaceutique. L'émission est visible intégralement ici, et sa retranscription est par là.
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L'enquête détaille comment le parlementaire qui a le plus
oeuvré pour que la loi soit votée comme le souhaitait le lobby pharmaceutique, Billy
Tauzin, est devenu quelques mois plus tard... le porte-parole du lobby PhRma ! Faire une loi, c'est comme faire des saucisses : c'est sale,
dit un proverbe américain |
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A tel point que le candidat Obama l'avait ciblé tout particulièrement (sans le nommer), dans un de ces clips de campagne, en avril 2008.
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Dans ce clip, Obama déclarait qu'il ne voulait plus jouer. Aujourd'hui, et c'est ce que souligne sans complaisance le LA Times, l'homme qu'il attaquait si violemment est devenu un partenaire obligé, et privilégié, pour faire passer la réforme à laquelle il tient tant.
Mais si la négociation sur les prix des médicaments, la
possibilité de les importer, mais aussi et surtout la"public
option", disparaissent de la table des négociations, que restera-t-il
de cette réforme ? A partir de la rentrée parlementaire, en septembre, les élus
devront trancher. Valideront-ils le système des "coopératives de
santé", dans lesquelles des citoyens se rassembleraient pour rembourser leurs
médicaments sans que l'Etat n'intervienne ? Difficile d'imaginer comment ces
structures fonctionneraient face aux mastodontes des assurances, mais si l'administration continue à se montrer favorable à ce choix, elle tentera de
mettre ce système sur pied.
L'autre possibilité, entrevue
par Krugman, serait de "suissifier" les Etats-Unis, en copiant le
modèle helvète (pays qui a d'ailleurs rejeté en 2007 la création d'un assureur public) : il deviendrait obligatoire pour chacun de posséder une
assurance-maladie, privée. En contrepartie, les assureurs n'auraient pas le droit (ou
moins le droit) de refuser des clients, et les plus pauvres recevraient une
aide de l'Etat pour financer une partie de leur assurance. Un système qui ne
devrait pas coûter beaucoup moins cher que l'assureur public, mais qui ne
donnerait pas prise à la peur d'une bonne partie de l'opinion de voir l'Etat
mettre son nez dans la santé et la vie privée de ses citoyens.
le 17/08/2009
le 10/08/2009
le 10/08/2009



