Le Canard dénonce le "cinéma" anti-incendies des gendarmes en Corse
Il y a dix ans déjà, Carolis et les CRS...|
Le Canard Enchaîné assure dans son édition du 5 août que les gendarmes d'Ajaccio ont joué la comédie devant les caméras de télévision pour vanter le travail de leurs experts qui traquent les pyromanes. Retourner sur les lieux et faire refaire plusieurs fois aux personnes filmées les mêmes gestes pour multiplier les plans, est une pratique courante du journalisme télévisuel. |
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Encore faut-il le signaler à l'écran. D'autant que les gendarmes et les policiers ont un passif avec les reportages bidonnés. Il y a dix ans, c'était France 3, dans l'émission "Des racines et des ailes", qui avait diffusé des images de sauvetage en montagne tournées lors d'un exercice, les faisant passer pour vraies.
Scoop du Canard Enchaîné ce mercredi 5 août : des sujets sur les experts en pyromanes de la gendarmerie d'Ajaccio diffusés sur TF1 et France 2 ont été "bidonnés", écrit l'hebdomadaire satirique. Le 27 juillet dernier, les deux chaînes ont en effet diffusé chacune un reportage sur la façon dont les gendarmes tentent de retrouver les pyromanes.
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"Des sujets brûlants... Mais bidonnés. Ces reportages sur le vif n'étaient qu'une reconstitution pour les caméras, avec mise en scène et pandores rejouant leur propre rôle", explique le Canard Enchaîné. Il donne tous les détails de la scène : "le tournage débute vers 14 heures sur le parking de la caserne, où TF1 et France 2, mais aussi le quotidien "Corse matin" , ont rendez-vous avec les gendarmes pour montrer le travail exemplaire des enquêteurs sur le terrain. Le temps de filmer ces derniers sautant dans leur voiture, et hop ! Dix minutes plus tard, tout ce petit monde s'arrête dans le premier champ calciné au bord de la route, à l'entrée de Péri."
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En images, qu'est-ce que ça donne ?
"C'est une scène de crime, et elle fait près de mille hectares", commence le reportage de France 2. On voit un gendarme déposer des flèches jaunes au sol, et faire des prélèvements. L'endroit, comme le suggère le Canard, a-t-il été choisi complètement au hasard, dans "le premier champ calciné en bord de route" ? Il y a bien une vaste tache noire au sol, devant l'expert. Selon le service d'information et de relations publiques des armées (SIRPA), il s'agissait vraiment de l'endroit d'un départ de feu criminel, qui avait été déjà examiné deux jours avant, et non d'un champ choisi au hasard.
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Dans son plateau final, le journaliste explique que les incendies en Corse restent encore circonscrits cette année. "Pour les gendarmes, aucun doute, c'est la surveillance du terrain et la sensibilisation de la population qui portent leurs fruits", conclut-il. Exactement le message que les gendarmes souhaitaient faire passer Le SIRPA assure cependant que ce sont les journalistes qui ont sollicité les gendarmes, et non l'inverse. Même si les militaires se sont prêtés de bonne grâce à la mise en scène. "C'était pour faire un sujet un peu pédagogique", indique la gendarmerie. |
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Sur TF1, les images sont sensiblement les mêmes. C'est aussi le même expert qui est interviewé.
"Les cameramen lui demandent tout de même de refaire ses gestes plusieurs fois. Accroupi, debout, face au soleil, dos au soleil. On joue des coudes, on cherche le meilleur angle, en évitant de filmer les pieds des confrères (...)le tout solidement encadré par le chargé de communication de la gendarmerie", détaille encore Le Canard. |
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Les images d'illustration, elles aussi, sont passées au peigne fin par le Canard. "Au passage, TF1 glisse de belles images de barrages dressés par les pandores. Pas de bol, on aperçoit dans un coin la pancarte d'un restaurant situé à... Calenzana, Haute-Corse, à 150 km de route du feu de Péri." En effet, on peut voir cette pancarte du restaurant "L'ange des mers"
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Le restaurant est bien situé à Calenzana, à 150 kilomètres de Péri. Selon une source au sein de la gendarmerie, un barrage se trouvait bien à cet endroit-là les jours précédents, c'est donc à ce moment-là que TF1 a dû le filmer.
En bref, il s'agit là d'une pratique assez courante dans le reportage télé : faire rejouer à des personnes une scène, plusieurs fois, afin de la filmer sous tous ses angles, transformant tout le monde en comédien. Le fait de retourner, le lendemain, à l'endroit où le départ de feu a été trouvé et faire rejouer les gestes aux experts va un cran plus loin. Mais une chose est sûre, une telle scène de crime n'aurait pas pu être foulée par des journalistes le jour même de l'enquête. Enfin, les images d'illustration choisies par TF1 ne sont pas particulièrement choquantes : le fait que le barrage montré à l'image ne se situe pas au même endroit que les experts n'est pas préjudiciable à l'information.
"Ils ont reproduit les gestes qu'ils font chaque jour...Oui, c'est une reconstitution", admet Yannick Letranchant, directeur adjoint de l'information à France 2, sur lepost.fr. On aurait dû appuyer par un commentaire, mais parler de bidonnage, c'est franchement dingue".
Faut-il parler de "bidonnage" ? Peut-on témoigner de faits réels avec des images posées ? C'est la question que posaient sur notre plateau les deux étudiants qui avaient piégé Paris Match en gagnant un concours de photoreportage avec des images truquées. C'est finalement le même débat que soulève aujourd'hui Le Canard.
Opérations de police : un passif de bidonnage à la télévision
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Mais si l'article du Canard fait du bruit, c'est aussi parce qu'en matière d'opérations de police et de gendarmerie, la télévision a un passif. L'exemple le plus flagrant des archives d'arrêt sur images est un reportage diffusé dans l'émission "Des racines et des ailes", alors encore animée par Patrick de Carolis, aujourd'hui président de France Télévisions.
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Plusieurs incohérences dans le reportage avaient mis la puce à l'oreille des journalistes d'@si version télé.
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Un extrait passé au crible Les images avaient en fait été tournées par un CRS-cameraman. Il s'agissait d'images d'exercices d'entraînement, les victimes étant des CRS-figurants. "J'aurais dû signaler qu'il s'agissait de démonstrations de secours. Mais ce n'est pas du bidonnage, puisqu'il s'agit de vraies conditions de secours", assurait alors le cameraman à Libération. Les journalistes de France 3 ne s'étaient rendu compte de rien. "On s'est fait abuser, expliquait alors le producteur Tony Comiti. Si le cameraman nous avait prévenus que c'était des images d'entraînement, on les aurait tout de même diffusées, mais en le précisant à l'antenne." |
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Reste une question : qui a "balancé" au Canard ? L'article n'en dit évidemment rien, mais sa chute permet de faire au moins...une supposition. Dans le cas des incendies en Corse, France 3, aussi présente sur place, n'a finalement rien diffusé. "France
3, qui s'était invitée au dernier moment sur le "tournage", n'a diffusé
aucune image de cette folle journée de traque . La chaîne a refusé de
jouer le jeu. Ce qui a provoqué l'ire des officiers de gendarmerie
d'Ajaccio", écrit Le Canard. Après cet article, France 3 sort finalement vainqueur.
le 24/04/2010
le 06/01/2010
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Mais les chaînes n'ont pas mis la mention "reconstitution"