Connectez-vous au site



Vous avez oublié votre mot de passe ?
Vous n'êtes pas abonné ?
Vous avez besoin d'aide ?

Vous avez oublié votre mot de passe ?


Connectez-vous au site
Vous avez besoin d'aide ?

Iran : tumultes et opacité
Ampleur des fraudes électorales, rapport de forces politiques, fractures à la direction : en dépit de sa large médiatisation, la présidentielle de 2009, qui a vu éclater des troubles après la réélection contestée d'Ahmadinejad, présente de nombreuses zones d'opacité.
Publié le 16/06/2009  Alimenté le 29/12/2009
enquête le 18/06/2009 par Gilles Klein

Iran : Twitter a obéi au gouvernement américain

Jared Cohen, 27 ans, fonctionnaire technolâtre, sert-il ou embarrasse-t-il Obama ?
Twitter, ce service de "micro-blogging" utilisé par les opposants au régime iranien, (comme nous vous l'avons raconté ici et ici) a annoncé le 15 juin reporter une opération de maintenance qui aurait rendu le service inaccessible pendant plusieurs heures.

Certains utilisateurs du service s'étaient mobilisés pour demander ce report. Mais il s'avère que c'est le gouvernement américain, en la personne d'un haut-fonctionnaire de 27 ans, Jared Cohen, qui a demandé à Twitter de décaler d'un jour cette opération.

Jared Cohen sur la BBC

Cohen, embauché au département d'Etat sous l'administration précédente, est un théoricien de la "révolution passive" en Iran. Son initiative semble embarrasser Obama. A moins qu'elle ne le serve ?

 

Tant pis pour certains fans du Web 2.0 qui claironnaient que Twitter avait cédé à l'amicale pression de ses utilisateurs. Certains s'étaient mobilisés sur le réseau, en ponctuant leurs messages du mot-clé "#nonmaintenance", ("non à la maintenance"). Le mot-clé était devenu très populaire dans la conversation en ligne. Mais la réalité est très différente : en reportant un arrêt technique pour ne pas priver les anti-Ahmadinejad d'un moyen de communication jugé essentiel, Twitter a simplement obéi à une demande du gouvernement américain.

Sur demande officielle du ministère des Affaires Etrangères américain, Twitter a donc fonctionné sans interruption lundi dernier, le jour de la plus grande manifestation pro-Moussavi, et l'interruption de service n'a eu lieu que le lendemain mardi, durant la nuit iranienne.





"Hillary Rodham Clinton a défendu mercredi les interventions américaines pour s'assurer que le réseau social Twitter reste disponible pour que les manifestants iraniens puissent l'utiliser, l'Iran se plaint d'une ingérence américaine." explique le site du Los Angeles Times mercredi à 15 h 31 ( 00 h 31 jeudi à Paris).

"Clinton a déclaré qu'elle considérait comme important de garder «cette ligne de communication ouverte pour permettre aux gens de partager des informations, particulèrement au moment où il n'y avait pas beaucoup d'autres source d'information... C'est un droit fondamental pour les gens d'avoir la possibilité de communiquer.»"

LAT, Twitter, Clinton

Le Los Angeles Times ajoute que l'Iran a officiellement protesté contre les ingérences américains dans les affaires intérieures du pays auprès de l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les Américains en Iran, faute d'ambassade américaine.

NYT, Twitter, Iran "Avec Twitter, Washington utilise une nouvelle arme diplomatique" titre l'article du New York Times du jeudi 17 juin, qui explique sur une demi-page que lundi après-midi, Jared Cohen, officiel du Département d'Etat (ministère des Affaires étrangères américain) a "envoyé un email à Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter, lui demandant de retarder ses opérations de maintenance qui auraient pu couper le service alors que les Iraniens utilisaient ce service pour échanger des informations et informer le reste du monde des manifestations en cours à Téhéran."

picto Le New York Times jeudi 17 juin 2009

 

 





Twitter a répondu positivement à cette demande, et annoncé le report de l'opération de maintenance sur son blog officiel lundi soir. Mais la société n'a pas joué la transparence, elle n'a pas mentionné la demande des autorités américaines. Elle a par contre mis avant, et remercié son partenaire technique.

"Nos partenaires de NTT America reconnaissent le rôle que Twitter joue actuellement comme outil de communication en Iran."

La réalité est plus prosaïque : ce n'est pas NTT America qui s'intéresse au rôle de Twitter, c'est le gouvernement américain qui utilise Twitter dans sa stratégie contre le pouvoir iranien, tout simplement.

Le blog officiel de Twitter lundi 15 juin picto

Blog Twitter, Iran

A l'origine de la demande, un théoricien de la "révolution passive"

Cohen, Departement d Etat


Le New York Times cite un commentaire du Département d'Etat qui précise que "M. Cohen n'a contacté Twitter que trois jours après le vote, et bien après que les manifestations aient commencé."

Une manière de tenter de faire valoir que les USA d'Obama n'ont pas provoqué ou soutenu le mouvement de protestation des partisans de Moussavi, et qu'ils ont seulement aidé sa communication.

En intervenant activement pour maintenir les outils de communication utilisés par les anti-Ahmadinejad, Cohen peut sembler placer sa hiérarchie dans l'embarras. Dans ses rares déclarations publiques sur le sujet, Barack Obama a en effet toujours pris soin de ne pas manifester de préférence en faveur de l'un ou l'autre des candidats. Le Département d'Etat est-il sur une ligne différente ? la "gaffe" de Cohen sert-elle, au final, l'administration Obama, très attaquée par les Républicains pour sa prudence dans l'affaire iranienne ? Toutes ces hypothèses restent ouvertes.

 

 

Qui est Jared Cohen ? Internet donne de nombreuses informations sur la carrière et les opinions du jeune fonctionnaire.

Jared Cohen est présenté sur le site de son ministère comme responsable, au sein du service, du "planning", du contre-terrorisme, du monde mulsulman et, entre autres, des nouvelles technologies.

Cohen a séjourné en Iran en 2004, avant de publier, en 2005, un article sur la "révolution passive" en Iran, sur l'opposition silencieuse et discrète au pouvoir dans la revue Hoover Digest de la fondation Hoover (basée à l'université de Stanford en Californie). Cette fondation n'est pas réputée pour être très progressiste. Considérée comme un fief républicain, elle a été au service de la politique américaine contre l'Union Soviétique, à l'époque de l'URSS.

La première partie de sa conclusion était claire : "Ce n'est pas un secret, les Etats-Unis voudraient une alternative au régime iranien." Rien de surprenant, mais ensuite, de manière plus étonnante, ce qui a dû plaire à l'administration de l'époque, il écrit : "L'atout numéro un des Etats-Unis, c'est que 70 pour cent de la population iranienne a moins de 30 ans et semble massivement soutenir les Etats-Unis et le président Bush."

Hoover, Cohen
L'article de Cohen dans la revue Hoover Digest

Cela a plu en effet, et Cohen a été recruté par le Département d'Etat en septembre 2006, alors que Bush était président.

Cohen, en 2008 : les jeunes musulmans adorent Internet, comme les jeunes Américains

 

En 2008, après avoir voyagé dans plusieurs pays du Proche-Orient, Cohen publie un livre, Les enfants du Djihad. Dans sa promo-télé...

picto ...comme ici lors d'une émission de la BBC, de février 2008...

...il dépeint une jeunesse arabe (ou iranienne) tout aussi technophile que la jeunesse américaine, amatrice de télé par satellite, de téléphones portables, et d'Internet.

 

Le New York Times est d'ailleurs clair sur l'utilisation du Web 2.0 américain, comme bras armé de la politique extérieure américaine : "M. Cohen, diplômé de l'université de Stanford, est le plus jeune membre du service du planning du departement d'Etat, il a travaillé avec Twitter, YouTube, Facebook et autres pour soutenir des initiatives diplomatiques en Irak et ailleurs. Le mois dernier, il a organisé une visite à Bagdad pour Dorsey [un co-fondateur de Twitter, ndlr] plus d'autres responsables de la Silicon Valley, et de son équivalent new-yorkais, la Silicon Alley. Ils ont rencontré le Premier ministre irakien pour évoquer la reconstruction du réseau d'information du pays et vanter les vertus de Twitter."

(Sous-titres, Jean-Guillaume Santi)

Mots-clés : Iran, Jared Cohen, New York Times, Obama, Twitter



RSS
Le dossier par mot-clés
Sommaire du dossier
Commentaires
"Oui, je suis bouleversé, ému, par le mouvement iranien"
Je suis assez atterré de voir le niveau des commentaires postés sur le sujet. Le questionnement sur un détournement ...
Par Thibault VALERIAN
le 20/06/2009
"Oui, je suis bouleversé, ému, par le mouvement iranien"
cette émission m'a fait malgré moi mener un paralèle entre la Grèce et l'Iran, En effet, quand on voit le traitement ...
Par Fred B
le 19/06/2009
"Oui, je suis bouleversé, ému, par le mouvement iranien"
Je suis un peu déçu par cette émission pour plusieurs raisons : (1) Pour commenter les traitements médiatiques, vous ...
Par Quijoda
le 19/06/2009
Tous les forums Besoin d'aide ?