Violences scolaires : il ya treize ans, Sarkozy dénigrait la "sanctuarisation"
...alors prônée par BayrouFouiller les cartables, mettre en place des "équipes mobiles d'agents" pour "sanctuariser les établissements scolaires" : ce sont les annonces faites aujourd'hui par le président de la République pour remédier aux violences scolaires. "Sanctuariser" : un terme pourtant critiqué par Sarkozy il y a treize ans. Pourquoi la violence scolaire faisait-elle alors la une ? @si s'est replongé dans ses archives.
C'est l'agression au couteau d'une enseignante par un élève de treize ans près de Toulouse le 15 mai qui, en 2009, a été l'élément déclencheur. Le ministre de l'éducation nationale a tout de suite promis des décisions rapides, évoquant la possibilité d'installer des portiques détecteurs de métaux et de prévoir des fouilles à l'entrée de certains établissements scolaires, ou encore de mettre en place des sanctions financières pour les parents qui ont "démissionné". Des mesures dans l'ensemble approuvées par Nicolas Sarkozy ce jeudi 28 mai. Le président a déclaré vouloir faire de l'école un "sanctuaire", même s'il a remis à plus tard sa décision sur les portiques de sécurité.
Pourtant, les propositions du ministre ont été ces derniers jours fortement critiquées par les syndicats d'enseignants, par l'opposition mais aussi au sein même de la majorité: la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a estimé que ces mesures devaient être "précisées" et que "ce qui sera proposé devra être réalisable".
Parmi ces critiques, le président du Mouvement Démocrate (MoDem), François Bayrou, n'est pas en reste : il a dénoncé jeudi à Bordeaux les "annonces à répétition qui ne sont jamais suivies d'effets" . "Les valeurs de l'éducation, ce n'est pas de transformer les principaux et les proviseurs en officiers de police", avait-il dit la veille.
La violence à l'école ? Un sujet qu'il connaît bien. En 1996, alors qu'il était ministre de l'Education, il avait dû affronter la fronde d'enseignants criant leur ras-le-bol de la violence quotidienne dans leurs établissements. Et à l'époque, le ministre souhaitait, lui aussi, "sanctuariser" l'école... "On a plaidé pendant des décennies qu'il fallait que l'école soit ouverte, qu'elle ne soit pas sanctuarisée, que c'était la cité qui devait entrer dans l'école. On a eu tort. Il faut travailler à resanctuariser l'école, pour que ces valeurs soient une nouvelle fois affirmées", avait-il déclaré à l'Assemblée nationale.
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Or, comme l'a noté Rue89, à l'époque, Nicolas Sarkozy n'était pas de cet avis. Il avait "des réserves sur le terme de sanctuarisation". C'est ce qu'il expliquait à Alain Duhamel dans l'émission "Invité spécial" sur France 2 le 8 février 1996 "On donne l'impression depuis quelques jours que tous les collèges de France sont enflammés par la violence. C'est faux", ajoutait-il. |
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Mais pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il cette impression ? @si s'est replongé dans les archives des journaux télévisés. En janvier 1996, des enseignants de plusieurs établissements s'étaient mis en grève pour exprimer leur "ras-le-bol" de la violence scolaire. Le problème n'était alors pas arrivé sous les feux de l'actualité suite à un incident particulier (comme aujourd'hui l'enseignante agressée à Fenouillet, ou l'enseignante menacée par un élève armé d'un couteau à Vaux-en-Velin). Les caméras ne venaient alors pas pour raconter un fait divers, mais pour écouter les récits des professeurs, dans des établissements concernés par plusieurs incidents : cocktails molotov, agressions, voitures incendiées... C'est pourquoi le débat était alors beaucoup moins focalisé sur la présence d'armes au sein de ces établissements, et plus généralement concentré sur le "climat d'insécurité".
Exemples : au collège Louise Michel de Saint-Etienne-du-Vouvray (Seine-Maritime), les personnels avaient suspendu la classe plusieurs jours pour dénoncer un "climat d'insécurité" dans l'établissement, quelques jours après la fermeture du collège de Goussainville (Val d'Oise), qui avait fait l'objet de dégradations et de jets de cocktails Molotov.
François Bayrou avait alors proposé un "plan d'urgence", que ne renierait certainement pas le gouvernement aujourd'hui : parmi les mesures proposées, punir l'intrusion d'une personne étrangère dans les établissements scolaires par une contravention de classe cinq, faire venir 2 200 appelés du contingent supplémentaires dans les collèges et les lycées, renforcer les clôtures autour des collèges, renforcer l'éducation civique, et limiter la violence... à la télévision.
Les violences d'abord ignorées par les 20 Heures
Face à cette situation, les 20 heures ne se sont pas réveillés tout de suite. Il semblent avoir attendu l'alerte des professeurs pour se pencher sur les violences. Fin janvier 1996, ils évoquent des grèves de professeurs, dans des reportages truffés de témoignages où des jeunes expliquent face caméra que l'enseignante giflée l'avait "mérité", et qu'ils sont sans arrêt punis "sans raison". Le thème ne fait cependant pas l'ouverture des journaux, le nombre d'établissements concernés restant modeste.
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Par contre, sur TF1, l'émission "Le magazine de l'info" (animée par Guillaume Durand), avait alors choisi de consacrer tout un numéro à la violence scolaire, et de se rendre dans plusieurs établissements "à problèmes". Parmi eux, le collège déjà évoqué de Goussainville, où les journalistes de TF1 ont tourné des images impressionnantes : une bande de jeunes prenant à partie un automobiliste à la sortie du collège. Peut-être pour faire honneur aux caméras ?
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Peut-être Nicolas Sarkozy avait-il regardé TF1 deux jours avant son intervention sur le plateau de France 2... le laissant penser que "tous les collèges de France sont enflammés par la violence".
le 28/05/2009


"Problèmes sociaux et ambiance garantis", assure Guillaume Durand pour vendre son reportage