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Daily Telegraph : feu sur les députés dépensiers
Le Daily Telegraph crée une crise politique majeure en Grande Bretagne, en publiant les notes de frais des membres du Parlement. Le journal devait-il acheter cette information ? Ce déballage serait-il possible avec la presse française ?
Publié le 20/05/2009  Alimenté le 25/09/2009
observatoire le 19/05/2009 par Justine Brabant

Comment le Daily Telegraph a acheté les notes de frais de 650 parlementaires depuis 2005

Polémique en Grande Bretagne sur le "journalisme du chéquier"

Un grand déballage. Jour après jour, les parlementaires britanniques redoutent de voir leur nom figurer dans le Daily Telegraph, le journal qui a révélé le "scandale des notes de frais" et continue d'épingler les élus ayant abusé de l'argent public.

En se faisant rembourser, par exemple, une tondeuse à gazon (image extraite du diaporama des 20 demandes de remboursement les plus étranges, sur le site du Daily Telegraph) picto

Comment le quotidien a-t-il pu rassembler toutes ces informations ? D'après le Guardian, le Daily Telegraph aurait acheté, au prix fort, un disque dur contenant l'ensemble des notes de frais des députés de la Chambre des communes depuis quatre ans ... Une méthode qui fait grincer des dents.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Cela ressemble à un trombinoscope ordinaire, présentant, en rangs serrés, les photos des députés de la Chambre des communes. Sauf qu'en cliquant sur les bobines des parlementaires du "guide interactif" mis en ligne par le Daily Telegraph, on récolte des informations peu banales : le récapitulatif des dépenses les plus notables qu'ils ont effectuées durant les quatre dernières années – et se sont fait rembourser par le Parlement. On apprend ainsi que Gordon Brown s'est fait payer, en 2006, un abonnement au câble pour sa résidence secondaire, résidence qu'il a d'ailleurs décorée avec soin moyennant 1 396 livres (un peu plus de 1500 euros).


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

L'avalanche de révélations du Telegraph sur les notes de frais des parlementaires – de tous bords – a déjà fait plusieurs victimes. Vendredi 15 mai, le secrétaire d'État à la Justice Shahid Malik a démissionné, accusé d'avoir payé un logement pour une somme très inférieure aux prix du marché ; le 19, c'était au tour du "speaker" (président) de la Chambre des communes, Michael Matin, de rendre son tablier. Un fait exceptionnel : la dernière démission d'un "speaker" date ... de 1695, rappellent plusieurs médias, dont le Times.

picto L'annonce de la démission du "speaker", à la une du site du Times

 

Les articles du Daily Telegraph vont-ils finir par provoquer la chute du gouvernement de Gordon Brown ? Il semble en tout cas que le quotidien ait suffisamment de "billes" pour tenir le rythme un certain temps. Il posséderait pas moins de deux millions de documents comprenant "des formulaires de demandes de remboursement, des commentaires manuscrits griffonnés dans les marges, et même des "post-it" ", détaille le Guardian.

Les circonstances de l'acquisition de ces documents ont tout d'un scenario de film d'espionnage. Le Telegraph aurait acheté à un mystérieux intermédiaire, moyennant des centaines de milliers de livres, un disque dur contenant toutes ces données. Le député travailliste Sir Stuart Bell s'est fait le premier l'écho de l'existence d'un tel disque, relève le Guardian : "On m'a dit que les notes de frais des 650 MP's [membres du Parlement] étaient en vente pour 300 000 livres [environ 340 000 euros]", déclarait Stuart Bell en mars. Depuis, le Guardian a récolté d'autres informations sur cette étrange transaction. "Au moins trois journaux ont eu connaissance des documents sur les dépenses [des parlementaires] avant que le Telegraph ne révèle l'histoire il y a plus d'une semaine", explique le quotidien.

Le Times aurait d'abord été approché, il y a environ deux mois, par un homme d'affaires qui s'est présenté comme un intermédiaire employé par la personne à l'origine de la fuite des documents (provenant probablement du service comptabilité de la Chambre des communes). Mais le journal aurait reculé devant le prix prohibitif avancé par le mystérieux intermédiaire, de l'ordre de 340 000 euros.

"Après le Times, le vendeur a approché le Sun", poursuit le Guardian. Qui, après avoir pris connaissance d'un extrait des documents, décline également l'offre. Le troisième journal contacté sera le bon : le Daily Telegraph. Le journal refuse de confirmer qu'il a acheté ce fameux disque dur, et est encore moins prêt à préciser – si c'est le cas – à quel prix. Mais le fait est tenu pour acquis par la plupart des journalistes et politiques anglais, certains députés (comme Ruth Kelly, une des cibles du Telegraph) dénonçant dans cette affaire le "chequebook journalism" pratiqué par le Daily Telegraph – autrement dit le journalisme "carnet de chèques" qui consiste à payer pour obtenir des informations.

En achetant ce disque dur, le Telegraph s'expose-t-il à des poursuites judiciaires ? D'après le Financial Times, "l'homme d'affaire anonyme a déclaré aux journalistes que les informations [figurant sur le disque dur] n'avaient pas été volées, mais qu'il s'agissait d'une copie de données restées sur un ordinateur ayant servi à scanner les notes de frais".

Quant au patron de Scotland Yard, Sir Paul Stephenson, il a annoncé le 19 mai que le Daily Telegraph ne ferait pas l'objet d'une enquête de police, les informations publiées ne relevant pas de la sécurité nationale.

Mots-clés : Daily Telegraph, Financial Times, Grande-Bretagne, notes de frais, The Guardian, The Times



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