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Mourir au travail ?
A Renault, à France Telecom, nombre de salariés se suicident, parfois sur le lieu de travail. Un salarié de France Telecom s'est même poignardé au cours d'une réunion, le 9 septembre. Aucun suivi par les médias généralistes. Pourquoi ?
Publié le 25/05/2009  Alimenté le 29/10/2009
enquête le 19/05/2009 par Dan Israel

Suicides à France Telecom : à la Une dans les jours à venir ?

Dix-sept suicides, ou tentatives, en quinze mois dans une même entreprise : faut-il tirer la sonnette d'alarme ? Voici la question à laquelle sont confrontées les rédactions depuis la publication, le 18 mai dans France Soir, d'une double page sur les suicides de salariés de France Telecom. Malgré la volonté des syndicats maison, le sujet a peiné à émerger dans le débat public. Mais il pourrait prendre de l'ampleur dans les jours qui viennent.


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Deux pages, quatre articles, des témoignages précis et un représentant de la direction qui concède que le problème existe. Le 18 mai, France Soir à mis les pieds dans le plat : pour un certain nombre de salariés de France Telecom, le mal-être au travail est une réalité. Et il pousse parfois au suicide. L'ensemble, rédigé par la journaliste Isabelle Horlans, est solide et équilibré. Un syndicaliste reconnaît qu'" il peut y avoir débat" et que "les causes d'un suicide s'entremêlent parfois", tandis que Laurent Zylberberg, le directeur des relations sociales, "n'exonère pas totalement l'entreprise" dans les dix-sept cas recensés en quinze mois.

Les articles paraissent suffisamment travaillés pour avoir été largement cités dans les revues de presse de ce lundi matin. Ils n'auraient pas existé sans la volonté de l'"Observatoire du stress et des mobilités forcées" de France Telecom, qui a publié le 11 mai un communiqué alarmiste sur la situation. "Créé en juin 2007 par les syndicats Sud-PTT et CFE-CGC, l'observatoire a pour but de sensibiliser et de former les élus syndicaux aux questions du stress au travail, mais aussi d'enquêter et de rassembler des données sur la question", explique Patrick Ackermann, représentant syndical Sud-PTT, en charge de l'organisme. L'observatoire a par exemple commandé un rapport au vitriol sur les conséquences sociales du plan de restructuration de l'entreprise, qui prévoyait 22 000 départs volontaires entre 2005 et 2008, pour aboutir à un nombre final de 100 000 salariés.

"Dernièrement, nous avons décidé de prendre publiquement la parole pour des sujets graves, poursuit Ackermann. Et le cas d'une cadre qui s'est donnée la mort il y a une quinzaine de jours nous a poussé à envoyer ce communiqué de presse. Un suicide provoque toujours une émotion particulière au sein de l'entreprise, et nous sommes régulièrement interpellés en interne sur la question... Pour ce cas, nous sommes en contact avec la famille, pour qui il est évident que la cause principale du suicide est l'environnement professionnel."

Le 12 au soir, le fax de l'observatoire atterrit dans les mains d'Isabelle Horlans, qui décide de traiter le sujet. "J'ai enquêté durant trois jours, notamment grâce aux contacts du comité, explique la journaliste. J'ai longuement discuté avec des salariés, des délégués syndicaux et même des médecins du travail qui ont démissionné parce qu'ils tiraient en vain la sonnette d'alarme depuis des années. J'ai rapidement acquis la conviction qu'il y avait un vrai sujet. Depuis que France Telecom a perdu son statut public, fin 2003, les employés qui ont le plus d'ancienneté connaissent des problèmes d'adaptation face à la transformation très rapide de leur métier."

L'observatoire dénombre huit décès par suicide depuis janvier 2008. "Ce n'est pas forcément supérieur à la moyenne nationale [environ 12 000 suicides par an, ndlr], reconnaît Isabelle Horlans. Mais cela révèle un profond malaise, qui devient évident lorsqu'on prend en compte les cascades de dépressions dans l'entreprise : parmi les employés qui ont été embauchés comme fonctionnaires, 40 % prendraient des antidépresseurs, contre 10 à 20 % pour la population française !"


Pas de reprises dans la presse

Et pourtant, entre lundi matin et mardi soir, le sujet n'a pas trouvé d'écho dans les médias, contrairement aux cas de suicides chez Renault, Peugeot ou EDF en 2007 et 2008, qui avaient été très largement couverts. A France Info, le rédacteur en chef Erik Kervellek indique par exemple que "la question a été abordée en conférence de rédaction, mais nous avons estimé qu'il n'y avait pas grand-chose de neuf depuis 2007". Le fait qu'il n'y ait pas de journaliste spécialiste de la question dans la rédaction n'a sans doute pas aidé le sujet à émerger non plus. Idem à Libération, où le service économie a vu passer le communiqué de presse et l'article de France Soir sans réagir. Et France Inter a bien contacté l'observatoire, mais ne réalisera pas de reportage dans l'immédiat.

Pourquoi ce relatif désintérêt ? "Nos confrères ont peut-être hésité à établir le lien entre ces suicides et le mal-être au travail, envisage Horlans. Il est vrai que lorsqu'on rencontre plusieurs cas réunis dans un même lieu, comme au technopôle de Renault à Guyancourt ou à la centrale de Chinon, on a moins de doutes. Et j'ai moi-même déjà eu à traiter d'autre cas plus frappants, comme la soixantaine de suicides en un an dans la police..." Elle subodore aussi que la mauvaise réputation de son quotidien, qui a traversé une "période assez trash" jusqu'il y a deux ans, souffre d'un fort "déficit d'image" auprès des autres journalistes.

Pour Patrick Ackermann, une des explications est plus prosaïque : "Les médias s'intéressent en priorité aux cas les familles sont prêtes à témoigner", rappelle-t-il. Il précise tout de même avoir été interviewé par TF1, France 2 et France 3 en deux jours. Les trois chaînes devraient y consacrer un reportage avant la fin de la semaine... Le début d'une flambée médiatique ? Peut-être, d'autant que depuis la publication de ses articles, Isabelle Horlans a reçu de nombreux appels. Autant de nouveaux témoins qui pourraient nourrir de futures enquêtes.

Mots-clés : France Soir, France Télécom, Horlans, suicide



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Commentaires
"Ceux qui se suicident sont les plus investis dans leur travail"
1 - Preambule Je travaille pour un editeur de logiciel francais. Je suis un consultant, et j'ai eu l'occasion de voyager ...
Par Jovan
le 23/05/2009
"Ceux qui se suicident sont les plus investis dans leur travail"
Si ce message arrive sous les yeux de la rédaction : Je vous envoie une demande pour que cette émission soit dans les "...
Par Vian's
le 22/05/2009
Pourquoi j'ai poireauté plus que les autres à l'agence France Telecom
@si a effectivement un petit problème identitaire. Hors du cadre de France 5, l'émission ne subit plus les contraintes ...
Par IT
le 21/05/2009
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