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Sans-papiers : le harcèlement Besson
Guerilla contre la CIMADE ou contre le Gisti : depuis son arrivée au ministère de l'Immigration, l'ancien socialiste Eric Besson a dignement pris le relais de Brice Hortefeux, pour appliquer les objectifs chiffrés de reconduites à la frontière. Et mène la bataille médiatique, avec ténacité...et mauvaise foi.
Publié le 02/07/2009  Alimenté le 03/12/2009
observatoire le 12/05/2009 par la rédaction

Le très mystérieux "collectif respect", choisi par Besson pour remplacer la CIMADE

Subventions confortables, site fantôme, objet incertain

"Coquille vide", "collectif fantôme", "faux-nez de l'UMP" ? Depuis qu'il s'est vu officiellement attribuer, via un appel d'offres, la mission d'aide juridique dans certains centres de rétention français, supplantant la CIMADE qui détenait le monopole de ces missions, le collectif "Respect" attise la curiosité de journalistes et militants associatifs. Qui se sont empressés de réunir les (maigres) informations disponibles à propos de ce collectif peu connu.

"Pas de local attitré", "impossible de connaître le nom des associations que le composent", "aucune information sur son budget" : lundi 11 mai, France 3 s'attardait sur le cas du "Collectif Respect" ... avec circonspection.

Cette organisation fait partie des six retenues par le ministère de l'immigration pour apporter de l'aide juridique et accompagner les étrangers retenus dans les centres de rétention français, mais elle est quasi-inconnue dans le milieu associatif.

picto France 3 a entrepris d'enquêter sur le mystérieux collectif ... regardez le reportage du 19/20

 

La chaîne n'est pas le seul média a avoir eu envie d'en savoir plus. L'annonce de l'attribution du "marché des centres de rétention" a eu lieu le 10 avril 2009, mais dès octobre 2008 – et le dépôt de candidature des associations concernées –, le collectif "Respect" avait attiré l'attention de quelques observateurs. Le blog "Combat pour les droits de l'homme" est le premier à commenter le sujet, le 22 octobre. Il note qu' "un chargé de mission UMP du ministère de l'immigration était à la tête du collectif "Respect" ayant répondu à l'appel d'offres", et détaille le parcours de Frédéric Bard, président du collectif jusqu'en 2008, responsable local de l'UMP en 2003 puis chargé de mission au ministère de l'Immigration et de l'intégration.

Le journal Le Monde, de son côté, insiste sur la surprise constituée par cette candidature : "Six associations ont répondu à l'appel d'offres lancé par le ministère de l'immigration pour intervenir auprès des étrangers placés en centre de rétention. Le délai de dépôt des candidatures expirait mercredi 22 octobre. Parmi elles figure un acteur mystérieux et inattendu : le Collectif respect", pouvait-on lire dans le quotidien le 24 octobre. La journaliste Laetitia Van Eeckhout précisait également : "Selon nos informations, le Collectif a été créé en 2003 au lendemain du match de football France-Algérie au cours duquel La Marseillaise avait été sifflée. Il a pour but de « promouvoir le respect dû à l'autorité légitime, et en particulier aux institutions et au président de la République »."

Mediapart (sur abonnement) s'est aussi mis en quête d'informations dès octobre. Là encore, le site dresse le portrait d'une organisation quasi-inconnue, et politiquement proche de la droite. "Un site internet désactivé, des coordonnées difficiles à trouver, plus de 24 heures pour réussir à joindre un responsable, des affinités politiques à droite et «une envie d'intervenir dans les centres de rétention»: le halo de mystère entourant le Collectif Respect, qui a répondu à l'appel d'offres du ministère de l'immigration réorganisant la présence associative dans les centres de rétention, commence à se dissiper", analyse la journaliste Carine Fouteau le 24 octobre 2008.

Interrogés par les journalistes, le Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés), la Cimade, ou encore l'entourage de la secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville, Fadela Amara, ne semblent pas connaître le collectif.

Site Internet indisponible

Une solution, dès lors : aller chercher du côté des principaux intéressés, les responsables du "Collectif Respect". Manque de chance, leur site Internet est en travaux depuis plusieurs mois, et l'on n'y apprend pas grand chose. La page d'accueil est aux couleurs du drapeau français, tout comme le logo de l'organisation.

Le site "en cours de réactualisation" ... depuis plusieurs mois picto

Pour les curieux, des archives de ce qui a été publié sur le site depuis 2003 existent. On y apprend que le collectif a organisé des "Rencontres du Respect" au Sénat en 2003, ou encore qu'il a édité un CD "Aux armes citoyens !..." pour "rendre hommage à notre hymne national."

 

 


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Mais le seul texte disponible pour les internautes qui consultent le site aujourd'hui est un communiqué du ministère de l'Immigration, qui indique qu' "Eric Besson a signé, en toute légalité, les marchés de prestations juridiques dans les centres de rétention administrative".

La page de contact donne les coordonnées de deux responsables de l'association – dont, accessoirement, le nom est mal orthographié : Maryse Lechesne ("Maryse Lechene") et de Didier Mouliom ("Dider Mouliom"), respectivement la coordinatrice et le chargé de communication du collectif (joignable plutôt aisément, comme a pu le constater @si).

Le nom de la coordinatrice, Maryse Lechesne, figurait sur une liste UMP aux régionales de 2004. Lechesne ne cache pas "le lien avec la droite en général" de l'organisation, tout en s'interrogeant : "Le fait d'être de droite, est-ce que cela nous empêche d'intervenir sur ce secteur ? Je ne vois pas le rapport."

Frédéric Bard, Maryse Lechesne ... Et quid d'Aliou Tall, interrogé par France 3 ? Celui qui est présenté comme porte-parole et vice-président du collectif n'est pas mentionné dans les "contacts" du site. A vrai dire, la communication de l'organisation semble ... compliquée, si l'on en juge les déboires de l'Humanité pour trouver un interlocuteur : "Rencontrer des membres du Collectif Respect relève du parcours du combattant. Pour détendre l’atmosphère, le chargé de communication, Didier Mouliom, avait lancé: «Je ne suis pas de droite, je viens tous les ans à la Fête de l’Huma.» Rendez-vous est donc pris pour septembre prochain… En attendant, c’est avec Gaston Kelman, porte-parole du collectif et par ailleurs auteur du best-seller Je suis Noir et je n’aime pas le manioc, que nous devions nous entretenir. Impossible de se retrouver au siège du collectif: l’écrivain ne sait pas où il se trouve. Le jour de l’entretien: interlocuteur et lieux sont changés. Finalement, ce sera Aliou Tapp (sic), vice-président, dans un foyer de travailleurs africains. Le mystère s’épaissit…"

Doutes sur la compétence du collectif

Ce "flou" n'est pas de nature à rassurer le milieu des associations intervenant auprès des étrangers. Car plusieurs d'entre elles ont des doutes sur l'organisation et la compétence du collectif. Un communiqué interassociatif publié sur le site du Gisti, et intitulé "«Collectif respect»: au mépris du droit des étrangers en Outre-mer" détaille :


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Un élément matériel peut en effet laisser penser que la vocation d'aide aux étrangers des centres de rétention est apparue tardivement. D'après le site de la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon (LDH-Toulon), le collectif a fait modifier sa déclaration à la préfecture fin août 2008, en ajoutant la mention "informer les étrangers, les aider à exercer leurs droits", qui n'y figurait pas auparavant.

Dernier point d'interrogation autour du collectif : ses comptes. Alors que France 3 disait ne détenir "aucune information sur son budget", ô, joie du net : le blog "Combats pour les droits de l'homme", décidément en pointe sur le sujet, a retrouvé sur des sites gouvernementaux la trace de subventions allouées au collectif. Si l'on en croit un document de performance-publique.gouv.fr, il aurait reçu 28.700 euros en 2006 (ainsi que 45.000 euros en 2003, et 30.000 euros en 2004, toujours d'après les documents officiels). De quoi mettre à jour son site Internet.

 

Mots-clés : CIMADE, Collectif Respect, France3, Lechesne, UMP



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