Hadopi : le 20h de TF1 a réservé son plateau aux fans de la loi
Après la "suspension" au cabinet Albanel, la colère continue sur internet
Jérôme Bourreau est bien une victime. Le ministère de la Culture a confirmé le 10 mai dans la soirée que l'email anti-Hadopi envoyé par le responsable innovation web de TF1 à la députée UMP Françoise de Panafieu avait bien été transmis par le cabinet de Christine Albanel à la direction de TF1. Ce qui a abouti au licenciement de Bourreau, comme l'avait révélé Libération le 6 mai : "Il est apparu qu'une copie de ce document (...) a bien été transmise à la chaîne TF1 à la fin du mois de février par l'un de ses collaborateurs (...) Christine Albanel a déploré cet envoi qu'elle considère comme une erreur regrettable. Elle a refusé la démission que lui a remise ce collaborateur et a décidé de le suspendre de ses fonctions présentes pendant une durée d'un mois", a expliqué le ministère, cité par l'AFP.
| Selon Libération, "Albanel refuse de
divulguer l'identité du coupable mis à pied pour un mois. Elle fait dire à
Libération qu'elle «revendique sa bonne foi» et n'était pas au courant de
l'envoi de ce message à TF1." Pourtant,
le nom du responsable de l'envoi est avancé par Emmanuel Torregano, ancien
journaliste média du Figaro. Sur
son blog, Electron Libre, il affirme qu'il s'agit de Christophe Tardieu, le
directeur adjoint du cabinet d'Albanel. |
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Cet aveu ne risque pas d'apaiser la bourrasque déclenchée sur internet par le "premier martyr d'hadopi". Au hasard des réactions virulentes, on peut noter celle du député Vert François de Rugy (récent invité d'@si), qui appelle à la démission de la ministre de la culture : "Cette histoire désolante n'est pas une simple anecdote. Elle illustre la confusion opérée entre le pouvoir politique et le principal média français. Elle met en cause le droit d'opinion de chaque citoyen, rendu comptable, devant son employeur, de ses prises de position politiques, exprimées à titre personnel et privé." Le ton est encore plus virulent pour le blogueur (et ex-journaliste de France 2) Bruno Roger-Petit, qui dénonce sur Le post une "faute grave, faute morale, faute de ministre".
Il rappelle que "la suspension n'est pas une sanction, juste une mesure prise à titre conservatoire dans l'attente d'une procédure
pouvant entraîner sanction" et que "durant le temps de cette
suspension le suspendu conserve tous ses traitements, primes et compagnie".... Pour enfoncer le clou sur ce "geste qui ne vaut rien", et avant
d'appeler à la démission de la ministre, il écrit : "Un membre du
cabinet du ministre de la Culture s'est cru autorisé à accomplir un acte de
délation. Ce grave manquement s'est accompli sous l'autorité d'un ministre
totalement responsable des actes accomplis en son nom. A ce premier manquement
s'en ajoute un second désormais: une procédure de sanction opaque,
dédaigneuse des règles de toutes les règles de transparence républicaine."
TF1, soutien officiel de la loi hadopi
Quant au groupe TF1, il s'en tient à une
déclaration officielle, affirmant que "le Groupe TF1 a toujours
manifesté une position de soutien au projet de loi "Création et Internet"
HADOPI pour mettre en place un système de réponse graduée contre le piratage"
et qu'il est "le seul groupe audiovisuel à avoir engagé des procédures
contre le piratage de ses oeuvres".
Voilà qui fait hurler la
rédaction du site Numérama, qui balance que "depuis la signature
des accords de l'Elysée qui ont présidé à l'élaboration de la loi Création et
Internet, TF1 a manipulé l'opinion publique sur les véritables enjeux de la loi
Création et Internet à travers son journal télévisé, le plus populaire de
France".
Le site affirme qu'"avant le passage de la loi au
Parlement, l'information fut minimum, pour ne pas dire inexistante" et
rappelle que "lorsqu'elle fut votée par l'Assemblée par 16 députés
avant son passage en commission mixte paritaire, après un débat très animé
pendant 41 heures, le reportage diffusé par le journal de 20 heures avait osé
montrer les images d'une Assemblée pleine à craquer où des centaines de députés
votaient avec enthousiasme", alors que seuls une poignée d'élus
étaient présents.
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Pour mémoire, revoici les images Sur ce point, il nous paraît exagéré d'accuser la chaîne de
manipulation. TF1 s'est plus certainement laissé aller à une négligence. |
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Lang a effectivement eu les honneurs d'un duplex de TF1, comme Christine Albanel le 11 mars. Les socialistes anti-Hadopi, eux, ont eu droit à la parole au cours de reportages plus concis. Idem pour Jérémie Zimmermann, fondateur du très engagé site la Quadrature du net, qui a pu développer ses arguments pendant... 12 secondes le 10 mars. C'est peu ? Sans doute, mais depuis le début de l'année, le 20 heures de la une n'a consacré au sujet que cinq reportages... |
Numérama note aussi que "TF1 n'avait jamais dit
explicitement qu'elle défendait la loi Création et Internet". C'est exact,
même si nous avions déjà noté que la chaîne pouvait
faire la chasse à ses images diffusées sur Dailymotion, et avait même
annoncé (apparemment sans suite) qu'elle allait attaquer
le site en justice.
L'ire des internautes contre la Une s'exprime aussi dans les
commentaires du site "TF1 et vous", sous sa déclaration officielle.
C'est ce que remarque par exemple SVM
Le Mag, qui signale que de nombreux commentateurs y crient à la censure,
dénonçant une "modération" musclée des commentaires. Et pour ceux qui
désirent ne rien perdre de la saveur des insultes et des admonestations des
internautes, PCInpact
signale qu'une page
web récupère l'ensemble des commentaires rédigés, avant leur éventuel caviardage.
le 13/03/2009
le 08/10/2008
le 28/05/2008



