Hadopi : Albanel et les "députés ninjas"
Sur internet, le rejet de la loi par l'Assemblée déclenche commentaires et sarcasmes."Alléluia! C'est un miracle
parlementaire!", lance le député socialiste Christian Paul à Ecrans.fr. "Une technique classique d'obstruction qui
consiste à planquer une dizaine de députés au bon moment derrière une colonne
pour faire planter un texte", râle Jean-François Copé, le président du
groupe UMP à l'Assemblée auprès
du Point...
Le rejet de la loi Hadopi par l'Assemblée ce jeudi 9 avril, à un
moment où aucun observateur ne s'attendait à un tel retournement de situation,
a créé un mini-séisme parmi les parlementaires, de droite comme de gauche. Et a
mis en ébullition les sites d'info en ligne et les associations engagées dans
le débat un peu partout sur le web français.

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La nouvelle est tombée à 13h15. Adoptée quelques heures plus tôt par le Sénat, la dernière mouture du projet de loi Création et Internet, dit "loi Hadopi", a été rejetée sur les bancs de l'Assemblée nationale, à 21 voix contre et 15 voix pour. Deux députés de la majorité, Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), ont voté avec l'opposition. Le texte, élaboré jusqu'à mardi soir par une Commission mixte paritaire, est rejeté. Regardez ce vote événement |
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Aussitôt, les sites d'information en ligne se mettent en
chasse et commencent à amasser commentaires et réactions.
Le député UMP Lionel Tardy ne se fait pas prier pour
répondre, lui qui s'est clairement prononcé à plusieurs reprises contre le
texte soutenu par sa majorité, et était absent lors du vote final. Sur
Eco89, il affirme qu'il "trouve ça excellent", expliquant
qu'"à l'UMP, il y avait un malaise par rapport au texte" : "Normalement,
quand un texte est bien ficelé, on a la majorité sans problème. Sur
20minutes.fr, il enfonce le clou, et juge que "l'UMP s'est mal
débrouillé".
Un autre opposant déclaré au projet de loi, Jean Dionis du
Séjour se lâche : "Le Titanic a coulé et l'orchestre ne joue plus",
déclare-t-il sur
le site du Figaro, en dénonçant "une gestion maladroite et sourde
des débats législatifs" qui a provoqué un "naufrage
législatif".
Le socialiste Christian Paul se répand lui aussi volontiers,
ironisant sur 20minutes.fr et le
Post à propos de Frédéric Lefebvre, député et porte-parole de l'UMP, qui
avait défendu le texte dans l'hémicycle, mais n'était plus présent lors du
vote. "Ce n'est quand même pas de ma faute si Frédéric Lefebvre était
parti déjeuner", balance Paul. Sur ce sujet d'importance, Lefebvre tient
à s'expliquer aussitôt au Post. Non, il n'était pas en train de déjeuner,
mais animait "depuis 12h30 un atelier du changement à l'UMP sur le partage
des richesses".
Le député développe ensuite l'explication qui va devenir
l'antienne quasi-officielle de l'UMP et du gouvernement pour expliquer ce
désaveu : "Les socialistes ont monté un coup et se sont planqués à une
dizaine derrière l'hémicycle. Le président de séance, qui était socialiste, a
fait tout de suite voter" lorsqu'ils sont entrés, ne laissant pas le
temps à leurs collègues de la majorité d'affluer en nombre sur leurs bancs.
L'explication est la même pour le rapporteur UMP du texte, Franck Riester, joint
par 20 Minutes : "Des députés socialistes se sont cachés et
sont arrivés au dernier moment pour voter le texte."
Jean-François Copé, patron du
groupe UMP à l'Assemblée, essaye de dissimuler le camouflet sur le
site du Point : "C'est un bon vieux mauvais coup socialiste. Une
technique classique d'obstruction qui consiste à planquer une dizaine de
députés au bon moment derrière une colonne pour faire planter un texte. Nous
étions majoritaires tout le reste de la matinée..." Il est ensuite
bien obligé d'admettre qu'il n'étais pas présent lors du vote : "J'étais
dans mon bureau juste à côté. Mais là n'est pas le
problème", tente-t-il...
Mais ce sont les membres du gouvernement qui ont le mieux su trouver les mots pour évoquer ce désastre parlementaire. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, condamne les "actes de flibuste" de l'opposition. Vocabulaire bien choisi pour un texte censé lutter contre le piratage ! Et quand "l'entourage de la ministre de la Culture Christine Albanel" parle sur Ecrans d'une "commedia dell'arte pathétique", on ne sait plus si le terme déisgne le bon coup des socialistes ou l'échec de la majorité...
"Victoire pour les citoyens"
Malgré l'effet de surprise, chacun retombe donc vite dans le
classique affrontement politique. Ce qui n'est pas le cas des militants qui
bataillent depuis des mois contre la loi Hadopi. Ainsi, le site PCInpact n'en
revient pas de cette "claque
magistrale pour la ministre de la Culture", qu'il n'avait absolument pas anticipé. La preuve ?
L'adresse URL de son
article qui relate le vote, manifestement préparé à l'avance, indique
"hadopi-creation-internet-vote-adoptee" !
De son côté, la Quadrature du net, très active sur ce
dossier, n'en
revient pas de cette "formidable victoire pour les citoyens" :
"C'est un fantastique exemple de l'utilisation du Net pour contrer
ceux qui tentent de le contrôler,
déclare son porte-parole Jérémie Zimmermann, qui a notamment organisé des campagnes de "sensibilisation" des députés par e-mails. Les libertés
individuelles n'auront finalement pas été sacrifiées pour tenter de préserver
les intérêts corporatistes de quelques industries obsolètes." L'association
s'émeut et va jusqu'à saluer "la puissance du réseau", capable
de "rendre hommage à la justice et à la vérité". A peine plus sobre, le site Numerama se
félicite : "C'est absolument incroyable, mais c'est la démocratie
qui a gagné ! C'est vous, internautes, qui avez gagné. (...) Ce sont des mois
de combat et de démonstrations de la dangerosité juridique et technique du
texte qui trouvent leurs fruits."
Les militants ne devraient peut-être pas crier victoire trop
tôt. Dans un communiqué, Albanel "fait part de sa détermination
intacte à se battre pour la défense des créateurs et contre le pillage des
oeuvres" et "se dit déterminée à se battre" pour que le
texte soit finalement adopté "par les deux chambres lorsque le projet de
loi sera à nouveau débattu, dès la fin du mois". Son cabinet reconnaît
tout de même qu l'effet médiatique de la nouvelle discussion à l'Assemblée
nationale "sera désastreux".
Les plaisantins ont d'ailleurs commencé à s'en donner à coeur joie. Deux versions d'une affiche moquant la ministre circulent par exemple sur les boites mails et les blogs. La première est basique et pas franchement neuve. Mais la seconde tire parti de son communiqué, où elle dénonce, elle aussi des députés PS qui "ont dissimulé leur présence pour surgir dans l'hémicycle à la minute même du scrutin".
Gare aux députés ninjas !
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"Socialist ninjas" ? La
formule est peut-être appelée à un bel avenir médiatique. C'est déjà un succès sur
les comptes Twitter des journalistes et blogueurs spécialisés, où chacun
rivalise d'ingéniosité pour commenter la situation dans la limite des 140
caractères impartis par ce site de "micro-blogging".
Nos piques assassines
préférées ? "Lefebvre prend ses responsabilités,
quitte la politique et rentre dans les ordres" (en référence à ce détournement), et "Un député UMP
s'explique : «Y'avait des frites à la cantoche»", signées Alex Hervaud et Erwan Cario, tous deux journalistes à
Ecrans.
le 13/03/2009
le 08/10/2008
le 28/05/2008


