Enseignants-chercheurs : les articles du Monde sont "des coups de poignard dans le dos"
Jérôme Valluy a lancé l'appel au boycott du quotidien. Il s'explique.|
Pour @si, il s'explique sur cette démarche. |
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Pourquoi lancer un appel au boycott du Monde ?
Nous aurions pu lancer cette charte beaucoup plus tôt : la
couverture par Le Monde du mouvement lancé par les
enseignants-chercheurs nous a posé problème depuis le début. En période de
mobilisation, on est particulièrement à l'affût des articles de presse et des
reportages radio ou télé qui en traitent, nous avons donc suivi de près la
façon dont le quotidien en parlait.
Et chaque article du Monde, notamment ceux signés par
Catherine Rollot, nous sont apparus comme des coups de poignard dans le dos et
ont été largement discutés dans les listes de discussion et les forums que nous
animons. Le parti-pris est flagrant, notamment quand on le compare avec le travail
de Sylvestre Huet de Libération. Ce dernier travaille sur le terrain
pour collecter des témoignages et des faits, qui alimentent son blog et des
articles fréquents. Catherine Rollot, elle, donne de temps en temps des
nouvelles depuis son bureau, en envoyant des messages quand le gouvernement en
a besoin. Pour être clair, nous estimons que le Monde défend la ligne du
gouvernement.
Est-ce une initiative personnelle ?
C'est moi qui ai rédigé le texte, mais je n'en suis pas seul
à l'origine. Via la liste de discussion de la coordination nationale du
mouvement, nous discutions régulièrement depuis plusieurs jours des initiatives
envisageables face au Monde. Cette liste comprend les adresses e-mail de
300 collègues, répartis sur 80 universités et est très active : nous échangeons
environ 300 messages par jour. J'ai proposé une première version du texte à
cette liste, et d'une certaine manière, j'ai été pris de vitesse. Le texte a
été validé, et a commencé à tourner à grande vitesse d'une boite mail à une
autre.
Je l'ai envoyé à la direction du Monde, puis j'ai répondu aux remarques dans un texte de cadrage (diffusé sur le blog du collectif de liaison "Sauvons La Recherche et l'Université" de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Pour ce "cadre de discussion", j'ai mis en copie les destinataires de sept listes de discussion, puisqu'il y en a aujourd'hui beaucoup, une par université peut-être. Très vite, le texte a touché des dizaines de milliers de personnes.
Le site Acrimed s'est distancié de votre appel au boycott,
en le critiquant. Avez-vous eu l'écho d'autres réactions dans le monde
universitaire ?
J'ai reçu massivement des messages de soutien et de
remerciements, adressés par e-mails, ou sur des forums et des blogs. En tout et
pour tout, j'ai reçu un seul message de désaccord de la part d'un collègue.
Concernant Acrimed, les chercheurs qui animent ce site ont produit une analyse très intéressante très peu de temps avant que nous ne lancions notre initiative. Leur article est balancé, objectif, mais il ne nous a rien appris, il a seulement confirmé ce que nous savions. En nous critiquant, ils ont tenté de se démarquer du boycott, qui ne correspond pas à leur mode d'action. Cela étant dit, je ne suis pas d'accord pour dire, comme Acrimed, que le traitement de toute la presse se vaut. Quant à nous demander de nous lancer tous dans une critique des mass médias... Il existe une sociologie critique des médias à l'université. Acrimed a fait un travail énorme dans ce domaine, mais ils ne sont pas seuls.
Pourquoi s'en prendre au Monde ? Le traitement du Figaro,
par exemple, n'est pas très favorable à votre mouvement...
Les enseignants-chercheurs sont des lecteurs de longue durée du Monde.
Depuis longtemps, dans le monde universitaire, il y a l'idée que le Monde est une journal de référence, que l'on peut utiliser ses articles pour faire travailler nos étudiants. Il y a
un vieux fonds culturel, irrationnel pour une bonne part, qui voit dans ses
articles une forme d'équilibre, au moins entre le centre-droit et le
centre-gauche.
Or, nous estimons aujourd'hui que le traitement du mouvement
dans ses colonnes n'est pas très différent de celui du Figaro. Mais le
Figaro, au moins, ne trompe personne et ne s'en cache pas. Entre le Monde et les universitaires, il y a aujourd'hui un sentiment de divorce.
Note d'@si : nous avons souhaité faire réagir la rédaction du Monde aux accusations formulées par certains enseignants-chercheurs, mais elle n'a pas donné suite à nos demandes.
le 11/04/2009
le 08/04/2009
le 06/04/2009
