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Chercheurs en grève
"Y a de la lumière, c'est chauffé" : ce sarcasme de Sarkozy moquant leur "conservatisme" a cristallisé l'opposition des enseignants-chercheurs à la réforme de leur statut. Après deux mois de grève, leur colère se focalise contre Le Monde.
Publié le 06/04/2009  Alimenté le 17/09/2009
interview le 08/04/2009 par Dan Israel

Enseignants-chercheurs : les articles du Monde sont "des coups de poignard dans le dos"

Jérôme Valluy a lancé l'appel au boycott du quotidien. Il s'explique.


Enseignant-chercheur en sociologie politique à l'Université Paris 1, Jérôme Valluy est à l'origine de la "charte de bonne conduite" vis-à-vis du Monde, véritable appel au boycott du quotidien lancé au monde universitaire, comme nous l'expliquions récemment.

Pour @si, il s'explique sur cette démarche.

Jérôme Valluy

Pourquoi lancer un appel au boycott du Monde ?
Nous aurions pu lancer cette charte beaucoup plus tôt : la couverture par Le Monde du mouvement lancé par les enseignants-chercheurs nous a posé problème depuis le début. En période de mobilisation, on est particulièrement à l'affût des articles de presse et des reportages radio ou télé qui en traitent, nous avons donc suivi de près la façon dont le quotidien en parlait.

Et chaque article du Monde, notamment ceux signés par Catherine Rollot, nous sont apparus comme des coups de poignard dans le dos et ont été largement discutés dans les listes de discussion et les forums que nous animons. Le parti-pris est flagrant, notamment quand on le compare avec le travail de Sylvestre Huet de Libération. Ce dernier travaille sur le terrain pour collecter des témoignages et des faits, qui alimentent son blog et des articles fréquents. Catherine Rollot, elle, donne de temps en temps des nouvelles depuis son bureau, en envoyant des messages quand le gouvernement en a besoin. Pour être clair, nous estimons que le Monde défend la ligne du gouvernement.


Est-ce une initiative personnelle ?

C'est moi qui ai rédigé le texte, mais je n'en suis pas seul à l'origine. Via la liste de discussion de la coordination nationale du mouvement, nous discutions régulièrement depuis plusieurs jours des initiatives envisageables face au Monde. Cette liste comprend les adresses e-mail de 300 collègues, répartis sur 80 universités et est très active : nous échangeons environ 300 messages par jour. J'ai proposé une première version du texte à cette liste, et d'une certaine manière, j'ai été pris de vitesse. Le texte a été validé, et a commencé à tourner à grande vitesse d'une boite mail à une autre.

Je l'ai envoyé à la direction du Monde, puis j'ai répondu aux remarques dans un texte de cadrage (diffusé sur le blog du collectif de liaison "Sauvons La Recherche et l'Université" de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Pour ce "cadre de discussion", j'ai mis en copie les destinataires de sept listes de discussion, puisqu'il y en a aujourd'hui beaucoup, une par université peut-être. Très vite, le texte a touché des dizaines de milliers de personnes.

 

Le site Acrimed s'est distancié de votre appel au boycott, en le critiquant. Avez-vous eu l'écho d'autres réactions dans le monde universitaire ?
J'ai reçu massivement des messages de soutien et de remerciements, adressés par e-mails, ou sur des forums et des blogs. En tout et pour tout, j'ai reçu un seul message de désaccord de la part d'un collègue.

Concernant Acrimed, les chercheurs qui animent ce site ont produit une analyse très intéressante très peu de temps avant que nous ne lancions notre initiative. Leur article est balancé, objectif, mais il ne nous a rien appris, il a seulement confirmé ce que nous savions. En nous critiquant, ils ont tenté de se démarquer du boycott, qui ne correspond pas à leur mode d'action. Cela étant dit, je ne suis pas d'accord pour dire, comme Acrimed, que le traitement de toute la presse se vaut. Quant à nous demander de nous lancer tous dans une critique des mass médias... Il existe une sociologie critique des médias à l'université. Acrimed a fait un travail énorme dans ce domaine, mais ils ne sont pas seuls.

 

Pourquoi s'en prendre au Monde ? Le traitement du Figaro, par exemple, n'est pas très favorable à votre mouvement...
Les enseignants-chercheurs sont des lecteurs de longue durée du Monde. Depuis longtemps, dans le monde universitaire, il y a l'idée que le Monde est une journal de référence, que l'on peut utiliser ses articles pour faire travailler nos étudiants. Il y a un vieux fonds culturel, irrationnel pour une bonne part, qui voit dans ses articles une forme d'équilibre, au moins entre le centre-droit et le centre-gauche.

Or, nous estimons aujourd'hui que le traitement du mouvement dans ses colonnes n'est pas très différent de celui du Figaro. Mais le Figaro, au moins, ne trompe personne et ne s'en cache pas. Entre le Monde et les universitaires, il y a aujourd'hui un sentiment de divorce.

Note d'@si : nous avons souhaité faire réagir la rédaction du Monde aux accusations formulées par certains enseignants-chercheurs, mais elle n'a pas donné suite à nos demandes.

Mots-clés : Acrimed, éducation, enseignants-chercheurs, grève, Le Monde, recherche



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Commentaires
"Sur notre grève, même Le Figaro est plus équilibré que Le Monde !"
Enfin une émission (presque ) parfaite ! Et ceci aussi bien dans la première partie que dans la deuxième. Pourquoi ? Tout ...
Par toni
le 11/04/2009
Enseignants-chercheurs : les articles du Monde sont "des coups de poignard dans le dos"
Ma fille ATER dans une université parisienne m'envoie, régulièrement par messagerie, des informations circulant entre ...
Par Bauzil
le 08/04/2009
Des universitaires appellent à boycotter Le Monde
"en tout cas, ce sont des gens qui ont visiblement beaucoup de temps" il aurait du dire: c'est chauffé, y a de la lumière...
Par tr4nz1t
le 06/04/2009
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