Total, redoutable manipulateur ou cancre de la communication ?
Une fois de plus, le groupe apparaît comme le méchant de l'histoire. Il ne manque pourtant pas d'arguments.|
|
|
Aussi, lorsque le souffre-douleur national annonce la suppression de 550 postes en France dans le raffinage, quelques jours après avoir affiché des profits record, aucun média ne semble entendre que le groupe projette aussi de générer 1 000 emplois par an. Il est vrai que le pétrolier entretient (volontairement ?) un certain flou sur ces créations d'emploi.
Total est-il le cancre français de la communication ? Tente-t-il, par l'ambiguïté, de tromper l'opinion ? Retour sur la journée du 10 mars.
![]() |
Ce sont les syndicats, qui ouvrent le feu les premiers en annonçant la
disparition des 550 postes. Une dépêche AFP le signale à 16 h 32, mardi
10 mars : "La direction de Total a annoncé mardi
la suppression de 249 postes dans le raffinage d'ici 2013, dont 199 à
la raffinerie de Gonfreville (Seine-Maritime), a indiqué la CGT en
marge d'un comité central d'entreprise. Le siège à La Défense (Hauts-de-Seine) doit perdre 50 postes. (...) "aucun
licenciement" sec n'est envisagé, "sous réserve de la mobilité
géographique des salariés", a précisé le syndicat dans un communiqué.
Un dispositif de "dispense d'activité" pour les salariés à trois ans de
la retraite est prévu." |
La CGT estime que Total est "au début d'un processus de désengagement progressif de l'activité de raffinage en France". Interrogée par l'AFP, la direction de Total refuse "de confirmer ou infirmer ces chiffres avant la fin du CCE extraordinaire qui se tenait à La Défense."
Est-ce parce que la CGT a parlé la première ? De toute la journée (et du lendemain), le groupe pétrolier n'arrivera pas à reprendre la main dans le match de communication qui s'annonce.
La première phrase de la dépêche AFP suivante, à 18 h 23, semble indiquer que la messe est dite : "Total a annoncé mardi une restructuration
en France de ses activités de raffinage et pétrochimie, qui va
entraîner 555 suppressions de postes d'ici 2013, une situation jugée
"scandaleuse" par syndicats et gouvernement au regard des bénéfices
record de l'entreprise."
![]() |
Dans l'après-midi, le groupe publie un communiqué présentant ses plans de manière plus avantageuse, espère-t-il. Il annonce avoir "prévu
d’investir plus d’un milliard d’euros dans ses activités raffinage,
pétrochimie et solaire en France. Les investissements envisagés
généreront plus de 1 000 emplois par
an en moyenne, entre 2009 et 2011, ce qui aura un impact important sur
l’activité économique et l’emploi des régions concernées." Le communiqué ajoute : "Les projets de la branche Raffinage Marketing et de Total
Petrochemicals France ont été présentés aujourd’hui aux Comités
centraux d’entreprise (CCE) concernés. Ils ne prévoient aucun licenciement et se
traduiront par un ajustement progressif des effectifs, moins 555
postes, sur une période de plus de trois ans, s’achevant courant 2013,
grâce à des reclassements internes, des départs à la retraite, des
préretraites maison et un dispositif de dispense d’activité." |
|
Comment les jités vont-ils traiter l'information ? Aucune allusion aux projets d'investissement, ni aux emplois dont Total évoque la création (sauf en Arabie Saoudite), dans le 20 Heures de TF1. Et admirez comme le "même sans licenciement sec" est glissé au détour d'une phrase du commentaire
|
"Mon fils est au chômage", explique une salariée de Total sur France 2. Mais quel est le rapport avec Total ?
|
Peut-être les journalistes des 20 Heures ont-ils coupé au montage l'argument de Total, selon lequel les investissements de la firme vont "générer" 1000 emplois par an, en 2009, 2010, et 2011.
|
On est donc impatients d'entendre en longueur le secrétaire général de Total, Jean-Jacques Guilbaud, au micro d'Aphatie mercredi matin 11 mars. Surprise : il ne livre pas immédiatement le chiffre-massue des "1000 emplois créés". Il ne le donne qu'à la quatrième minute d'entretien. Pourquoi le dirigeant de Total ne livre-t-il cet argument qu'à la quatrième minute ?
|
La multinationale est-elle le cancre de la classe en communication ? Radine-t-elle sur l'escouade des chargés de com' qu'elle pourrait s'offrir ? Ou bien les dirigeants tentent-ils de tromper l'opinion, en mélangeant embauches au sein du groupe, et emplois "générés" chez des sous-traitants ou des fournisseurs, par les investissements du groupe ?
D'après les précisions apportées par la direction de la communication de Total à @si, les 1 000 emplois par an évoqués par le secrétaire général sur RTL sont bien, en effet, des emplois "générés" chez des fournisseurs de Total, par les investissements du groupe. Lequel groupe, lui, va tout de même recruter 1 800 personnes en France en 2009.
Si c'est le cas, pourquoi ne pas l'avoir dit de cette manière ? Incompétence, ou tentative de manipulation ?
le 26/09/2009
le 06/05/2009
le 20/02/2009



